CHAPITRE XII
ANTOINE, 25e Abbé de Senones, depuis l’an 1090. jusqu’en
l’an 1136.
Antoine Voici un des plus grands Personnages et des plus illustres pneur de Abbés, qui aient gouverné LAbbaie de Senones et qui lui
ïiav suc-
cède à aient, fait plus de bien et d’honneur, depuis SL Gondebert l’Abbé son fondateur.
Berchére L’Abbé Berchére étant mort en l’an 1087. LAbbaie vaqua
dans l’Ab-
baye de trois ans, dit Richerius (a), non pas à cause qu’il n’y avoit Senones. point d’Eveque à Metz comme il le croit, car Adalberon III
(«) Richcr, 1. 2,
(i) Dans la liste des abbe's de Senones, au commencement de l’ouvrage, D. G. donne comme date de la mort de Bercherus l’année 1086 et ajoute ; Après sa mort l’abbaye vaqua jusqu’en 1000.
ne mourut qu’en 1012 et il eut pour successeur Heriman qui siégea depuis 1013. jusqu’en 1090; mais parce que les Religieux ne s’accordoient pas entre eux sur le choix d’un successeur (l). Richer fait encore une faute de chronologie, quand il avance que ce fut Etienne Eveque de Metz qui nomma Antoine à l’Abbaïe de Senones ; ce fut l’Evéque Hériman qui lui en confia le gouvernement en 1090. Enfin il se trompe lorsqu’il dit qu’Antoine mourut en 1136. et qu’il gouverna l’Abbaye pendant 38. ans. Il faut dire qu’il mourut en 1137. et qu’il fut abbé pendant 47. ans, comme le marque l’auteur manuscrit contemporain, qui a écrit en vers la vie de ce grand abbé et que nous suivrons ici dans ce que nous allons donner de sa vie.
Antoine étoit de Pavie, d’une famille très noble et considérable (a). Il fit ses études dans sa patrie et y fit de très grands progrès. L’amour des sciences et le désir de connoître les mœurs des Etrangers et de se former par les voiages, lui firent quitter sa patrie et ses proches. Il arriva à Metz, où il y auoit alors des Ecoles célébrés dans fabbaie de S1. Arnoud. Il y étudia quelque tems, mais étant tombé dangereusement malade, il fut touché de Dieu, et résolut de se convertir et d’embrasser la vie Pœligieuse. Il prit l’habit à S1. Arnoû et s’y distingua bientost par son humilité et par son zèle à pratiquer les vertus les plus essentielles à un Religieux de SL Benoit.
Bientost ses supérieurs le jugèrent digne des plus importans emplois. Son Abbé l’envoya au Prieuré de Lay prés Nancy, qui auoit été fondé en 950. par la comtesse Eve et donné à l’abbaye de SL Arnoû. C'etoit alors une simple obedience où l’Abbé envoioit quel Religieux il vouloit et qu’il retiroit aussi, quand il le jugeoit à propos (a). Antoine trouva ce monastère presqu’entiérement ruiné, à peine pouvoit-il nourrir deux où trois Religieux. Antoine en fit valoir les biens et y en acquit de nouveaux, en sorte qu’en
Vie d’Antoine, Abbé de Senones.
( aj Aullior anonim. Elogii Antonii Abb. Senonens.
Antoine est faitPrieur de liay.
(a) Richer, 1. 2, c. 21.
(1) Ces deux parties de phrase en italique sont ajoute'es en marge et en interligne par Dom Calmet.
peu de tems il s’y vit à la tête de dix ou douze moines. Les batimens étoient renversés ou menaçoient ruine. Antoine
Desordres arrivés dans l’Abb a y e de S e n o n e s après la mort de l’Abbé Berchére.
les répara et bâtit la belle et grande Eglise que l’on y voit encore aujourd’huy. Elle fut dédiée par l’Eveque Pibon en 1092. deux ans après que l’Abbé Antoine eut été nommé Abbé de Senones, mais apparemment auant qu'il en fut paisible possesseur; car il y eut sur sa nomination quelque difficulté, ainsi qu’on le véra bientost.
Adalberon III, Eveque de Metz étant mort au mois de Novembre 1072. Hériman son successeur fut élu et sacré en 1073. L’Abbaye de Senones se trouva vacante vers le meme tems par le décès de l’Abbé Berchére. L’Eveque de Metz en étoit Seigneur temporel, et il paroit qu'alors il y nomoit les Abbés sans attendre l’election des Religieux. Du moins il y pourvoioit, dès que les Religieux négligeoient ou différoient trop de faire élection, comme il arriva dans cette circonstance; car l’historien manuscrit dont nous avons parlé, dit que les Religieux de Senones par un esprit de lésine et d’interest, ( lucri scd turpis amore ) affectaient de grands délais, chacun voulant vivre à sa volonté et profiter du tems de la vacance de l’abbaye, pour s’affranchir du joug de la Régularité. En effet ils furent pendant environ trois ans, comme des acéphales, s’appropriant les biens du monastère et en cultivant les terres à leur profit. Les uns étoient à leur aise, les autres gémissoient dans la plus honteuse pauvreté, La piété et l’observance régulière etoient bannies du S1, lieu. G’étoit
une abomination de désolâon.
En 1092 Antoine est nommé Abbé de Senones.
Enfin Hériman Evêque de Metz informé de ces désordres, fit venir l’Abbé de SL Arnoû et le pria de lui donner Antoine son religieux Prieur de Lay, pour gouverner l'Abbaye de Senones; qu’il étoit informé du mérite, de la sagesse, de la piété de ce Religieux et qu’il n’en connoissoit point de plus propre que lui, à rétablir le bon ordre dans ce monastère. L’abbé de S1. Arnoû eut peine à se priver d’un aussi excellent sujet; mais la demande de l’Evéque étoit si juste et si raisonnable, qu'il ne put ne pas y acquiescer.
Antoine ayant donc pris avec lui quelques uns de ses
amis et de ses confrères se rendit à Senones, où il fut reconnu pour Abbé par les Religieux de la Communauté. Sa réputation lui attira plusieurs disciples du nombre même du clergé. Il donna d’abord tous ses soins à rétablir le bon ordre dans le monastère et a rappeller les anciens Religieux à leur devoir. Il les obligea de quitter leurs anciennes habitudes et les voies larges qu’ils s’étoient faites à eux mêmes.
Cette sévérité leur déplut. Ils se soulevèrent contre lui et l’obligèrent à se retirer. Les gens de bien du pays affligés de sa retraite, envoierent après lui et l’engagèrent à reprendre la conduite de son troupeau. vi
Il crut que la voie la plus courte et le moien le plus effi- Vertu» de cace, pour les convertir et pour les rappeler à Dieu, étoit le !*»e é
bon exemple. Il leur fit voir en sa personne un parfait modèle des vertus chrétiennes et Religieuses. On ne vit jamais un homme plus tempérant, plus silentieux, plus humble, plus sage, plus discret, évitant les dépenses folles et superflues, grave dans toute sa conduite, inspirant le respect par son air sérieux et sa gravité, mais toutefois accompagnée de douceur et d’affabilité. Sa ferveur dans la Psalmodie, son zèle pour l’observance des règles, étoient l’exemple de sa communauté. Ron et clément envers les Religieux dociles et obéissans, ferme et sévére envers ceux qui manquoient à leur devoir par malice où affectation, il se faisoit tout à tous et se communiquoit sans distinction du riche et du pauvre, du grand et du petit, du noble où du roturier, pour les gagner tous à Dieu. VII
L'abbaye de Senones ne fut jamais plus florissante ni en Etat flori*plus grande réputation. Dieu y versoit des bénédictions abondantes par les libéralités de plusieurs Grands du monde, qui y donnèrent des fonds considérables. Le nom d’Antoine étoit en vénération dans tout le païs. La bonne odeur de ses vertus et de sa bonne vie y attiroit un très grand nombre de sujets, qui y cherchoient un azile contre la corruption du siècle. Ce grand homme avoit du goût et de l’inclination pour les bâtimens. Il bâtit des Eglises en grand nombre tant dans l’abbaye que dans les Prieurés qui
saut de l’Abbaye de Senon es tou»
l’abbé Antoine.
Donations faites à l’ Ab b aye de Senon e s par Cunégonde , dame du Château de Viviers en
(a) Tilre de l’an 1242.
(b J Tilre de l’an 1103.
Prieuré de Schures.
en dépendent. L’auteur de sa vie dit qu’il n’y avoit pierre sur pierre qu’il n’eut bâtie dans son monastère et dans ses dépendances, fert lapis haud lapidem , quern non construxerit ipse.
Le temporel de l’Abbaye avoit été fort dérangé, surtout depuis la mort de l’abbé Berchérus, pendant la longue vacance qui suivit. Antoine s’appliqua très sérieusement à procurer à ses Religieux les choses necessaires à la vie, persuadé que la disette est la cause, où du moins le prétexte d’un grand nombre d’irrégularités et d’abus dans les cloitres. Dès l’an 11 OS. une dame nommée Cunégonde, veuve de Matfride seigneur de Tincey et mère de Gobert et de Thierry (Matfride etoit encor en vie en 1092. lorsqu’à la prière de la même Cunégonde son épouse, il donna au Prieuré de Lay l’eglise de Vuis) Cunégonde ne cessa pendant sa vie de faire du bien à l’abbaye de Senones. Elle étoit fille de Gérard, seigneur du chateau de Richecourt, et d’une Dame nommée Marthe, parente des fondateurs du Prieuré de Lay. Ailleurs on lit qu’elle étoit Dame du Chateiu de Viviers (a). Thierri son fils fut tué dans son jeune âge et enterré dans le Chapitre de l’Abbaye de Senones (b). Elle eut aussi une fille nommée Alcide qui épousa un seigr nommé Simon, dont elle eut Thierri et Gérard (c), tous bienfaiteurs de Senones et dénommés dans un titre de l’an 1129. qui est la fondation du prieuré de Schures.
En 1103. elle donna à l’Abbaye plusieurs fonds, qui furent dans la suite la dot du prieuré de Schures fondé seulement en 1129. par Etienne, Evêque de Metz, c’est-à-dire, que ce Prélat lui donna titre de Prieuré où de Monastère, et lui confirma les biens que la Dame Cunégonde lui avoit donnée 26 ans auparavant. Ces biens sont pour la plus part situés aux environs de Xures ; on y dénomme entre autres la terre et seigneurie de Moacour et le bois de Leaumont où de Beaumont, donné par le seigneur Matfride un peu avant sa mort. Le titre est du mois de septembre et signé de Cunégonde et de Gobert son fils, voué de l’abbaye de Senones, de Bertrice, abbé de Moyenmoutier, de Laurent, abbé de S1
Vanne, de Rainbaut grand prévôt de S1 Diez, d’Eduinus, seigr de Froville et de plusieurs autres Seigneurs.
Dans la cérémonie de la consécration de l’Eglise de ce prieuré, qui se fit le 8. Décembre de l’an 1129. en l’honneur de l’Apotre S. Jacque, l’Evêq. de Metz, Etienne de Bar, confirma non seulement les anciennes donations faites à ce monastère, mais y ajouta de nouveaux biens et de nouveaux privilèges, par Exemple de pouvoir enterrer dans leur Eglise où dans leur cimetière,* tous ceux qui auroient la dévotion d’y choisir leur sépulture ; de ne donner ni dixmes ni prémices à aucune Eglise paroissiale de leur labourage, ni de leur Bestiaux, ni du produit de leurs autres travaux. Les petits fils de la Comtesse Cunégonde dont on a parlé, firent aussi plusieurs presens à ce S1 lieu au jour de la dédicace; comme des gagnages qu’ils auoient à Schures, à Moacourt, à Poovil ; ils lui donnèrent les Eglises de Monz et de Fontenieres, une vigne à Torquerey et quelques autres biens sans s’y réserver aucuns droits d’avocatie. Le titre est datté du jour même de la dédicace, en présence de Hugues, Abbé de S1. Sauveur, de Hugues, archidiacre, d’ Amant, chancelier, de Frideric de Gerbéviller, de Bertrant de Saucey et de plusieurs autres (‘).
La même Dame Cunégonde est dénommée dans la donation du fief de Bassemont à l’Eglise de l’Abbaye de Chaumousey et y est qualifiée veuve de Geoffroy de Viviers chevalier, elle dit que cet aloeuf de Bassemont vient de son patrimoine. Cecy peut servir à éclaircir ce que dit Etienne de Bar Eveque de Metz dans la donation qu’il fait à l’abbaye de Senones, du même fief de Bassemont en 1130.
Dans un autre endroit Cunegonde veuve du seigneur de Richecourt, en considération de l’ame de Thierri son fils, donne a la même Abbaye de Chaumousey l’Eglise paroissiale de Dampierre.
Dédicace de l’Eglise du Prieuré de Schures
en 1129.
Ruyr., parlie3, p. 373.
(1) Ici se trouve un renvoi à un feuillet volant par une note de D. Calmet. Ce feuillet contient en écriture vingt lignes qui vont suivre, et par un autre renvoi de sa n ain, l’auteur ramène le lecteur au contexte du manuscrit. La feuille fixée en marge se termine par ces mots. . . fut enterré au Chapitre de V Abbaye de Senones .
Confïrmaon de la Donation de Dompierre faite en
V éxation s faites à 1 Ab b aye par les Seig. avoüés an
En comparant cecy avec ce qu’on a dit cy-devant article VIII. IX. il paroit que Gunegonde etoit fille de Gérard, seigneur de Richecourt et de Marthe , quelle avoit épousé Geoffroy, seigneur de Viviers peut etre en premières noces, et ensuite Matfride , qui vivoit encore en 1092. que son fils Thierri tué en sa jeunesse, fut enterré au chapitre de l’abbaye de Senones.
En H05. le Roy Henri V. confirma une autre donation que la même Cunégonde avoit faite au monastère de Senones, qui est du marché ou de la foire de Dompierre (<) près Bruyères. L’abbaye ne possède plus rien en cet endroit, mais on trouve dans les anciens dénombremens de ses biens exprimés dans les Bulles des Papes, mercatum Domni Pétri.
Gomme l’abbaye de Senones auoit des biens en différens endroits, il est à croire qu’elle avoit aussy ses avoués où deffenseurs dans les diverses terres qu’elle possédoit, et que les voués étoient établis au choix de l’Abbé. Mais pour le val de Senones, c’etoit l’Evéque de Metz qui les nommoit, comme on l’a pû remarquer ci devant. En l’an mille Adalbéron Evêque de Metz réprima les violences de Gérard de
(lj La Notice de Lorraine de Dom Calmet parle de trois Dompierre , Doînnus-Petrus. Dompierre-en-Voivre, bailliage d’Etain, diocèse de Verdun*, Dompierre-aux-bois , autre village du diocèse de Verdun, à deux lieues de SMMihiel, bailliage de cette ville; et enfin Dompierre dont il est question ici ; c’était un village chef-lieu d’un ban, bailliage de Bruyères, cour souveraine de Lorraine. La sonrière de Remiremont était dame du lieu et la seigneurie foncière appartenait pour moitié à MIR. le marquis de Lénoncourt et le comte de Baye, l’autre moitié à Mme la sonrière. Le ban de Dompierre était composé de Dompierre, Mesménil, Viménil et de partie de Fontenoy et d’Aydoille. Les plaids bannaux étaient ordonnés par la sonrière de Remiremont et pouvaient être eontremandés jusqu’à trois fois parle prévôt de Bruyères. Au plaid d’automne, la sonrière et le prévôt créaient le maire, qui restait deux ans à Grandvillers et un an à Dompierre. Le curé de Dompierre devait annuellement 5 reseaux d’avoine au domaine, celui «le Grandvillers 4 et demi. Le droit de passage sur les vins qui traversaient Dompierre venant d’Allemagne et du côté de Grandfontaine était d’un gros par mesure. M. Lepage dans sa Statistique du Dép* des Vosges, Nancy, 1847, dit qu’en 1830 la population de Dompierre était de 407 habitants et l’Annuaire des Vosges de L. Louis n’indique plus que 355 habitants. Dompierre est à égale distance d Epinal chef-lieu de l’arrondissement, et de Bruyères chet-lieu du canton, soit à 15kil. de chacune de ces villes.
Turkestein voué de Senones. (*) En 1105. Gobert fils de Matfride et de Gunégonde étoit voué de Senones. En 1111. c’etoit Herman comte de Salm; ce Seigr abusant de son autorité ne cessoit d'inquiéter les sujets de l’Abbaie par des exactions et des tailles qu'il leurs imposait et en indiquant malgré l’Abbé des Plaids, auxquels il les obligeait de comparoitre. Antoine Abbé de Senones en porta ses plaintes à Adalbéron IV. du nom, Eveque de Metz, qui cita devant lui Herman, l’excommunia, l’obligea à satisfaire à l’Abbé, à lui restituer ce qu’il auoit pris et à demander l’absolution de l’excommunication qu’il auoit encourue. Gela se passa à Metz dans une assemblée publique et solennelle des Abbés et des Seigneurs du pays. L’Evéque Adalbéron y parle d’une Bulle du pape Pascal IL que nous ne trouvons plus.
La même année l'abbé Antoine obtint de l’Empr Henri IV. (2 3 4) un ample privilège par lequel il confirme et prend sous sa protection tous les biens de l’Abbaye, dont il fait le dénombrement. Il nomme premierem1 Vipucelle avec ses dépendces, la forest de Varanseille, Moacourt, Racolingias peut être Reclonville, Basémont, le marché de Dompierre et ses dépendances, ce que l’Abbaye possédoit à Tingesheim, à Roshem et à Ghatenoy en Alsace ; ce qu’elle avoit à Moyen (3), à Buriville, à Golombey ('»); la maison qu’elle
Confirmaôn de tous les biens du monastère par 1 ’ E m p .
Henri IV (2) en 1111.
(1) Se reporter au Chap. IX, art. 3. de cette histoire.
(2) C’est Henri V que l’auteur a voulu écrire, car Henri IV mourut en 1 106 *, et plus haut art. XI, il faut lire Henri IV, car en 1103 Henri n’él ait pas encore monté sur le trône d’Occident.
(3) Moyen. — En latin Medium ou Modium, ou Medianum, ou Arx~ Media, tout simplement nommé Mo'in , même dans les titres latins. Dans la Notice de la Lorraine, de l). Calmet, on voit que Moyen était le chef-lieu de la châtellenie du même nom, diocèse de Toul, temporel de l’évêque de Metz et que ce village était autrefois célèbre par son château, déjà ruiné au moment où l’historien publiait son ouvrage. Les lieux dépendants de cette châtellenie étaient Moyen, le prieuré de Mervaville, dépendant de l’abbaye de Senones, Saint-Clément, Chenevière, la Ronce, la cense de Putaigne sur le ban de Saint-Clément, celle de Boulain sur le ban de Vatimënil et le village de Vatiménil. Ilest parlé de Moyen comme dépendant de l’abbaye de Senones, dans un diplôme de l’empereur Henri V de l’an 1111, dans une bulle du pape Calixte II, de l’an 1123, et dans une charte d’Etienne de Bar, évêque de Metz, de l’an 1124.
(4) Colombey . — Le Colombey dont il est ici question n’est ni Colorn -
auoit à Metz, avec la vigne et l’Eglise paroissiale de S1 Hilaire, et généralement tout ce que le monastère de Senones possédoit dans le Chaumontois, le Saulnois, le Saintois et le Blamontois ( Albensis où Alvinsis pagus où Albecliova le comté de Blamont) ('). L’Empr confirme toutes ces choses et toutes celles qui pourront être acquises au monastère, et renouvelle les privilèges d’immunité et de franchise dont r Abbaye jouissoit déjà. Le diplôme est datté de Strasbourg l’an 1111. L’Ernp1’ y dénomme Albert archevêque de Mayence, Brunon de Trêves, Conrad de Salzbourg, Burchard de Munster, Brunon de Sprie, Ebérard d’Eichsted, Ricuin de Toul et le Duc Frideric, les comtes Godefroi de Calve, Vuillaume de Luxembourg et Godefroy de Castres
bei (près de Neufchâteau) ni Colombey en Bassigny •, c’est Colombey au pays messin. Ce lieu était un très-ancien fonds de i’abbaye de Senones, dénomme dans des titres des années 1 1 1 1 , 1 123 et 1 152. Jean, évêque de Metz en 1124, en donna la dîme ou l’église à l’abbé de Senones, du consentement du Princier, du doyen et de tout le chapitre de l’église de Metz Et en 1216, Isabelle, dame de Craincourt, voüeresse de Colombey, et Thierri son fils, voilé du même lieu, vendirent ce qu’ils y avaient à l’abbaye de Senones. En 1293, Beauiinuin, abbé de Senones, et le couvent de la même abbaye, vendirent t ut ce qu’ils avaient à Colombey et à Coincy, à Méveni > le fils, et à Pierson Billerois, a la réserve des dîmes grosses et menues qu’ils retinrent en leurs mains. Toutefois, nous trouvons (D, Calmet dans sa Notice de la Lorraine') qu’en 1676 les sieurs Michelet etRolin, donnèrent leur dénombrement et reprirent la seigneurie de Colombey de l’abbé de Senones, Dom Vivin, savoir : le sieur Michelet, receveur général delà ville de Metz, pour la moitié de la terre et seigneurie du dit Colombey, en haute, moyenne et basse justice; et le sieur Rolin, ci-devant conseiller et échevin de la dite ville, le sixième de la dite seigneurie.
(1) Le pays ou comté de Blamont, Pagus-Albinsis , est connu dans l’anquité. Il y a apparence que c’est Albinsis-Pagus, qui est marqué dans le titre de dotation de l’abbaye de Senones de l’an 661, et qui était après Salinensis ; car dans un diplôme de l’empereur Henri V de l’an i 1 1 1 où il rappelle une partie du titre de l’an 661, après Salinensi , il met Albensi ou Aloinsi. Il est nommé Albccchova en 870 dans le partage entre les rois Charles et Louis le Germanique. Il porte le titre de comté de Blâmont , dans un titre d’Adalbéron, évêque de Metz, de l’an 938, pour l’abbaye de Senones. Je lis encore dans la Notice de la Lorraine de D. Calmet qu’on cite un autre titre de l’an 962, par lequel Frédéric Ier, duc de Lorraine et de Bar, reçoit de l’évêque de Metz l’avocatie de l’abbaye de Senones, et ou Oilard, comte de Blamont, signe comme témoin.
ou de Blis-Castel. Ce fut par conséquent un concile provincial de tous ces prélats. (*)
On voit par ce détail quels étoient alors les biens du monastère. Léomon mérite une réflexion particulière. Nous avons vû ci-devant que Matfride epoux de Cunégonde donna à l’Abbaye le bois de Léomont auant l’an HOS. Jean de Bayon raconte que vers l’an i091 . (a) un Religieux de Moyenmoutier nommé Hugues, pénétré du désir d’une plus grande perfection, résolut de vivre en parfaite solitude dans un hermitage. Il se retira dans la forest de Terne, appartenante à Gérard comte de Yaudémont, fils de Gérard d’Alsace Duc de Lorraine, et frère de Thierry son fils, aussi duc de Lorraine, oü il bâtit d’abord un hermitage, puis un Prieuré par la libéralité du Comte Gérard. C’est le Prieuré de Belval, qui fut donné à F Abbaye de Moyenmoutier et ensuite transféré à Nancy, où il subsiste aujourd’hui sous le nom de l’abbaye de St. Léopold.
Ce bon religieux Hugues auoit un talent particulier pour ces sortes d’établissemens, et Dieu bénit tellement ses travaux qu’il bâtit aussy les Prieurés de Romont, de Léomont, de Schures, et de Clairmont prés de SL Diez.
L’historien de Moyenmoutier (a) s’étonne que ces Prieurés, fondés par un Religieux de Moyenmoutier, ne soient pas demeurés en propre à cette abbaye, mais qu’ils soient passés en des mains étrangères. Il en attribue la cause où à la négligence des Abbés et des Religieux, où à la mauvaise conduite de ceux qui ont habités ces Prieurés ; mais il y a beaucoup plus d’apparence où que l’historien Jean de Bayon n'étoit pas bien informé de l’origine de ces Prieurés où que Hugues établit simplement des hermitages dans ces endroits de Schures et de Léomont, et qu’ils ne furent proprement dottés et fondés que par l’Abbé Antoine, qui y
(1) Après plusieurs corrections, D. Calmet a ajoute' de sa main cette dernière phrase sur le manuscrit.
Prieuré de Iiéomont.
(a) Hist. mediani mon. , fol.
(a) Johan. de Baïon, loc. cit.
bâtit des maisons Religieuses et y établit des communautés. ( )
On voit au pied du bois de Léomont vers le septentrion, une fontaine qui a été célèbre autrefois parles superstitions payennes qu’on y a exercées. Elle estoit apparemment consacrée à Diane, de meme que le bois de futaye, qui subsiste encore aujourd’huy et qui occupe la plus grande partie de cette montagne de Leomont, et forme la plus agréable seituation du pays. Cette fontaine auoit été très longtems négligée, et ce n’est que par hazard que le R. P. D. Pierre Alliot, abbé de Senones, y ayant fait trauaillier vers l’an 1703. on y trouua quelq. jambes d’erain, auec quantité de médaillés antiques, toutes du haut Empire. D. Augustin Galmet quelq. années après fit imprimer dans les journaux de Tréuoux une dissertation sur ces jambes d’erain; et étant deuenu Abbé de Senones en 1728. il fit creuser de nouueau dans cette fontaine, la fit réparer et enuironner de murailles, et il eut le bonheur d’y faire encore de nouuelles découuertes : car outre plusieurs médailles Romaines très antiques, il y trouua deux de ces jambes d’erain, dont on a parlé, et qui n’ont jamais été attachées à aucune statue ; mais qui sont de simples vœux où appensa , que l’on suspendoit aux arbres, et que l’on y fichoit par le pied ; car il y en a une où l’on remarque encore une pointe de fer qui pouuoit seruir à cet usage. De plus on y a déterré une petite fiole de verre très antique, où il paroit y auoir eu quelq. huille de senteur ; enfin ce qui fait juger que cette fontaine, aussy bien que le bois de Léomont, étoient consacré à Diane, c’est que l’on y a trouué deux especes de médailles de plomb, où Diane est représentée en habit de chasse, tenant en main un lievrepar le pied, et autour d’elle un grand chien courant ; de plus une autre petite figure de
(3) Ici se trouvent «leux renvois de II. Calmet à deux feuilles volantes. Le texte de ces deux feuillets écrits er grande partie par lui commence
aux lignes r| h i vont suivre et se termine par ces mots par laquelle il
le men«ç it des censures s'il continuait à refuser cette dignité.
Diane aussy en plomb, armée, auec le Bouclier et l’Epée. Tout le monde scoit qu’anciennement les payens suspendoient aux arbres où aux murailles de leurs temples, des images votives, comme autant de marques de leur reconnoissance. C'est de là cfU’est venue dans l’Eglise chrétienne l’usage de ces appensa que l’on voit dans nos temples, où l’on honore certaines images miraculeuses ; on sçait aussy que les peuples des Gaules, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne étoient très attachez au culte des arbres, des fontaines, et des Rochers et que dans plusieurs conciles (a) on condamne ces cultes supersticieux. Il n’est pas moins certain que les peuples jettoient leurs offrandes dans les Eaux des fontaines pour honorer les diuinites qui y presidoient, où pour reconnoistre les faueurs qu’ils croyent en auoir reçues. La ville de Lunéville située près de LeomonL conserve encore des vestiges de cette antiquité par son nom de ville de la Lune ou de Diane, et le village d’Antlup, anté lucum, rappelle le bois de Léomont dédié à Diane.
En Ü18. Cunon de Preneste légat du Pape en ces quartiers cy, apres auoir employé divers moiens pour porter Thestgere, Elu eveque de Metz, a accepter l’episcopat, Cunon luy addressa une lettre dont il chargea Antoine vénérable Abbé de Senones par laquelle il le menaçoit des censures s’il continuoit à refuser cette dignité.
On voit encor beaucoup mieux les anciens biens de l’abbaye de Senones, et combien ils étoient augmentés sous le gouvernement de l’Abbé Antoine, dans une Bulle qu’il obtint en 1123. du Pape Calixte IL Ce Pape y confirme au monastère l’église de Vipucelle, c’est à dire la collation de la cure et les dixmes, auec le marché qui se tenoit au même lieu tous les Samedis de chaque Semaine ; l’Eglise de Plaines, l’Eglise de S1. Jean, celle de S1. Maurice de Senones, auec
I*e Pape Calixte II.
c on fir m e les biens de l’Abbaye de Senones en 1123.
(a) Concil. Turon II, an 567, c. 22. Concil. Antissiodor, c 3. SlüsEtigius fer. in appendice S . Augustini. Concil Toi XII, c 1 1 . Concil. Leptin., an. 743 francoford, c 43. cap. Caroli M . pro saxunibus, Concil. nan., c. 20, etc. — Agathias d. Rcb. Justiniani, I. 1, c 5.
Prieuré de Vie.
(«) Riclier, 1. 2, c. 21, p. 523.
le marché qui se tenoit en ce lieu tous les Jeudis; les Eglises de Couvay, de Vaqueville, de Deneuvre, de Borville, de Domptail, celle de Moyen, de S4. Evre (a), d'Antlup, celle de Sauxures et de Golombay, auec les deux familles serves qui lui appartiennent; celle de S4. Hilaire de Metz auec la maison et la vigne du meme lieu, l'Eglise de Fonteney, l’Eglise de Mons (6), celle de Seteistorf (c); le marché de Dompierre (*) et le fief que Cunégonde possédoit au même lieu; l’Eglise de Leomont auec ses appendices, le Prieuré de Xures auec ses dépendances, le Prieuré de Vie auec ses dépendances, ce que l’Abbaye possédoit à Roshem, à Ghatenoy, et à Stal près Molshem (2).
Nous n’auons plus rien à Dompierre, ni à Gircourt, qui en est proche. Ges biens ont été vendus par l’abbé Raville en 15 (5).
Quant au prieuré de Vie, Richérius (a) raconte qu’il fut fondé par les libéralités de quelques personnes de condition, qui offrirent une portion de leurs biens à l’Abbé Antoine, pour construire près la ville de Vie un monastère. G’est ce que raconte Richer, mais nous scavons qu’un seigneur de Deneuvre nommé Vidric auec sa femme Gepa et ses deux fils Baudouin et Rainbaud, offrirent à S4. Hugue, abbé de Cluny, le Prieuré de S4. Christophe de Vie, qui étoit gou-
(а) Le village de S1 Epvre ne subsiste plus. Il etoit au-dessus de Antlup, l’église de S. Evre a été léunie à celle de Deuvilleen 1713.
(б) L’Eglise de Mons ou Montz étoit sur une montagne sans village; elle etoit l’annexe eglise de Richecourt et de Moussey. Depuis la ruine de l’eglise de Mons, on a érigé en paroisse Moussey et Richecourt.
(c) On ne sait où est Steistroff.
Ces trois notes sont en marge du manuscrit et écrites de la main de D. Calmet.
(1) Partout où il est question du marché de Dompierre, le copiste ou secrétaire de l’Abbé avait écrit Dompaire ; mais D. Calmet a chaque fois biffé la dernière syllabe pour ajouter de sa main pierre en surcharge.
(2) Au lie u de Stal il y avait Slestad dans le ms., mais ce nom est effacé et remplacé par Stal (écriture D. Calmet).
(3) Cet alinéa est écrit par D. Calmet et suit un passage surchargé, corrigé et enfin barré par lui.
verné par un religieux nommé Vaultier, lequel etoit entièrement déuoué à S1. Hugues. Il se faisoit plusieurs miracles dans l’eglise de S4. Christophe, et Vidric auoit donné au Prieuré des terres autant que huit bœufs en pouuoient labourer ; une place pour faire du sel et une poêle pour le cuire à Vie. Ce projet ne s’exécuta pas et Anthoine abbé de Senones etoit en possession du Prieuré dez l’an 1123. puisque le pape Calixte IL en fait mention dans le privilège qu’il donna à l’abbaye cette meme année, et que l’année suivant 1124 Antoine en fit présent à son Eglise au jour de sa dédicacé le 21 Juin 1124.
Ce prieuré fut d’abord construit sur le penchant de la colline qui regarde la ville, du coté du midy, mais dans la suite par le malheur des guerres, il fut ruiné et transporté dans la ville de Vie, ainsi que nous le verrons ci après sous l’an 1380.
Dans la même Bulle Calixte II. confirme les immunités de l’abbaye de Senones, l’exempte de toutes charges, tant envers les Eveques qu’envers leurs officiers (a); régie les droits des avoüez et leur ordonne de se contenter de ce qui leur a été accordé par les Eveques de Metz, dans la juridiction duquel est le monastère de Senones. Enfin il accorde aux Religieux l’exemption des dixmes et des prémices de tous leurs trauaux et des biens qu’ils cultivent par leurs mains, envers les Eglises paroissiales, qui y pouroient prétendre, illud quoque subjungirïius, et ex Beati Gregorij Papœ sententiâ definimus , ne loci illius fratres de Carrucis , aut vincis , vel quibuslibet laboribus sive nutrimentis propriis , Parochiali unquam Ecclesiae reddere décimas vel primitias exigantur. La meme chose se lit dans la Bulle d’HonorélI. de l’an 1125.
(a) Ut idem Mnrium Senoniens. cum atrio suo ab omni quorumlibet hominum incursione sit liberum, et ab Episcoporum omnium seu Epis copalium ministrorum omnimodis servitiis et gravaminibus sit alienum. Le Pape Honore’ IJ, dans sa Bulle de l’an 1125. répété la meme chose. Cette note, e'erite de la main de D. C , est en marge du manuscrit.
Dédicace de l'Eglise de S. Pierre en 1124.
Dédicace des autels