CHAPITRE XI
BERCHÉRUS ou DERCHÉRUS, 24e Abbé vers l’an 1050.
Le gouvernement de l’abbé Berchérus est marqué dans notre historien Richer par des traits honorables.
Ce fut, dit-il (a), un homme qui, suivant les traces de l’Abbé Rambert, conserva fidèlement le bien qu’il trouva dans l’Abbaie et y en ajouta encore de nouveaux. Il finit sa vie par une mort prétieuse aux yeux de Dieu. Le jour de son décés n’est pas marqué dans le Nécrologe de l’Abbaïe; mais on y conserve un titre original, qui est une donation faite en fan 1059. par un nommé Jean et Eve sa femme, de ce qu’ils possédoient dans le Ghaumontois à Sommerviller pas loin de Léomont. Non seulement ils offrirent à Dieu, à la Sle Vierge et à S1 Pierre, patron de l’Abbaïe de Senones, ce qu’ils avoient à Sommerviller, ils leur consacrèrent leurs personnes, leurs Enfans et tous leurs descendans, s’engageant de payer tous les ans pour marque de leur servitude et de leur assujetissement sur l’autel de S. Pierre, l’homme deux derradas (a), peut-être
(«) Richer, 1. 2, C. 21, p, 521.
Donation de ce que Jean et Eve a uoient à Sommerviller, au profit de l’Abb ay e de Senones. l’an
(*) Ici Dom Calinet a e'crit de sa main une note marginale qui est trop longue pour être mise à la même place que dans le manuscrit et qui est ainsi conçue :
« Dans un mss. de l’Abbaye de S. Hubert en Ardennes, on lit Dna Gela « nobilis femina tradidit ad altare S. Pétri ad lurnina Ecclesiaë XXX. « denerendas cerac. Mart. Voiage lit ter. t. 2. p. 144. Ces denerendae de «. cire, pourroient bien signifier des denrées de cire, c’cst-à-dire la valeur « de 2. de 3. ou de 30 deniers en cire. Une denrée de terre signifie cei taine~
deux denrées, ou la valeur de 2 deniers de cire, et la femme une denrée, c’est-à-dire un cierge de la valeur d’un ou de 2 deniers ; chacun de ses fils ou petits fils deux cierges ou un cierge valant deux deniers et chacune de ses filles où petites filles dans la suite de leur race, chacune un cierge d’un denier par an ; et pour ses héritiers, ceux qui hériteront de ces champs payeront aussi chaque année duas derradas , que nous expliquons de deux denrées de cire, ou la valeur de deux deniers de cire (•). Que si quelqu’un de ses héritiers se trouvoit dans la nécessité de vendre ces héritages, il ne le poura sans le consentement de l’Abbé de Senones, et s’il arrive que quelqu’un viole ce traité où retire cette donation, il ne sera pas traité comme homme libre,
« ment un fond d’un revenu de tant de deniers. Cette explication est confira « me'e par le canon 8. du concile de où il est ordonné que
« chaque famille donne à son Eglise paroissiale une denrée de cire, de sinc gulis domibus cerae denaratam ad illuminandam Ecclesiam altari « offerant. t. X. concil. p. 393. »
Puis par un renvoi de sa main, Dom Calmet reporte le lecteur à deux feuilles volantes, jointes au mauuscrit, qui contiennent sur le même sujet les remarques suivantes :
« Dans un très ancien obituaire de l’Abbaye de Remiremont, on lit sou- « vent de ces devoüemens de personnes, avec charge de donner par an à « l’Eglise pour le luminaire, des denrées de cire, dédit in censum denara-
< das duas de cera, ou quatuor decim derradas. Ailleurs singulas cerae
< obbolitas . La valeur d’une obole de cire »
« La princesse Ermengarde, petite fille de Charles de France, frère du « roy Lothaire, se vuüa elle et sa postérité, à l’Eglise de St. Diey en 1051 « et s’obligea de donner chaque année à cette église un cierge, le jour de « la feste de S1. Diey. Elle s’y obligea elle et sa postérité, à peine de deux « écus d’amende, monnoie de St. Diey, de deux écus pour chaque homme, c et un écu pour chaque femme, outre les censures ecclesiastiques qu’ils encourroitnt, et en cas de refus et de poursuites de la part du voué de « S*. Diey, et pour marque de son voeu, elle couppa une tresse de ses che- « veux et la mit sur l’autel de S1. Diey. »
(4) Dom Calmet a fait plusieurs corrections de sa main dans cette partie du mss. Ainsi on lisait dans la copie.. .. « l’homme denx derrada*, peut-être deux flambeaux de cire et sa femme un flambeau; chacun de ses fils ou petits fils deux flambeaux », etc. ... ; tandis que Dom Calmet a rayé flambeaux partout où il trouvait ce mot et à écrit en surcharge : € peut-être deux denrées, ou la valeur de 2 deniers de cire et sa femme une denrée, c’est-à-dire un cierge de la valeur d’un ou de 2 deniers », etc... ainsi que je l’ai transcrit plus haut.
mais comme enfant de Mammone (i) et il rendra la chose au centuple. Le titre est passé à Domtail l’an 1059. sous le régne du Roi où de l’Empereur Henri I V et sous l’Episcopat d’Adalberon III, Evéq. de Metz.
On voit dans l’Histoire Ecclésiastique de ces tems là et des siècles suivans, plusieurs exemples de pareilles dévotions. Quelquefois un homme dévoüoit sa personne, sa femme ses enfans, sa postérité à une certaine Eglise, à un S1, auquel ils auoient dévotion, et ils demeuroient serfs de cette Eglise. D’autrefois, ils se contentoient de dévoiler leurs biens où une certaine partie de leurs biens, qu’ils chargeoient à perpétuité d’un certain cens en argent, où en cire où en autre chose. Il étoit aussi très ordinaire de donner des hommes et des femmes, de condition servile, qui demeuroient esclaves du monastère eux et leur postérité. On en voit divers exemples dans nos titres. Voyes par Exemple ceux des années 1174, 1200, 1224, 1259.
Le nom de l’Abbé Berchérus se lit dans les souscriptions de deux lettres d’Udon, Evêque de Toul (a), l’une est del’anl057, contre les habitants de Varengéville, qui sous prétexte qu’ils dépendoient de l’Abbaye de Gorze, refu soient de se soumettre aux décrets synodaux de l’Evéque de Toul, et de payer le cens qui étoit dû à l’Archidiacre de cette Eglise ; de plus les Religieux de Gorze s’étoient établis de leur autorité près l’Eglise où est à présent le Prieuré de Varengéville, et auoient élevé un autel dans cette Eglise, sans attendre la bénédiction et la permission de l’Evêque diocésain. Vdon aiant assemblé les Evêques comprovinciaux, Adalbéron de Metz, Thierri de Verdun et l’Archidiacre de Trêves député de l’Archevêque de la même Eglise, et quantité d’ Abbés, de Clercs et de Seigneurs; l’Eveque Udon obligea les habitants de Varengéville à le reconnoitre pour
(1) Mammone n’est point une divinité de* Syriens, c’est un substantif commun syriaque et hébreu qui signifie richesses . Sa racine est atman (il a caché) et le dérivé matmon (trésor). Saint Mathieu dit dans un de ses Evangiles : Non potestis servir e Deo et Mammonae , vous ne pouvez servir Dieu et Mammone.
Berchére souscrit à deux Chartes de l’Ev ê q. de Toul, l’une de l’an 1057 et l’autre de
(a) Bennil, Hist. de Toul, fol. 73. preuves.
leur Evêque, consacra l’Eglise du lieu et pour en conserver la mémoire, en dressa une Charte à laquelle signèrent les Evêques dont nous auons parlé, auec les Abbés de S1. Evre, de SL Mihiel, de SL Mansuy, de Moyenmoutier, de SL Sauveur, de Senones, de Gorze, de SL Arnoud, de S1. Vincent, de SL Symphorien et de S1. Félix, aujourd’hui SL Clément de Metz. Le duc Gérard d'Alsace étoit présent à cette fameuse assemblée.
L’autre Charte où l’abbé Berchére a souscrit est celle du rétablissement de la collégiale de SL Gengoû de Toul, faite en Lan 1065. par le même Vdon Eveque de Toul. On y voit les noms de Vidric abbé de SL Evre, de Grimalde abbé de S1. Mansuy, de Leitfride abbé de SL Sauveur, de Benoit abbé de Moyenmoutier, de Berchére abbé de Senones, d’Abelfe grand Prévôt de SL Diés, de Lambert prévôt d’Etival; en présence de Henri IV. Roy de Germanie.
Berchérus mourut en l’année 1087 (i).