‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 2 sur 82 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dès que je me suis vû tranquille dans l’abbaïe de Senones, où il a plû à la Providence de m’établir Abbé par le choix de mes confrères, ie me suis résolu d’en écrire l’histoire ; et pour y réussir, j’ai soigneusement recueilli tous les monumens historiques et tous les titres de l’Archive qui y sont en très grand nombre et très bien conservés, et les aiant rangés par ordre cronologique , j’en ai tiré des connoissances suffisantes non seulement pour dresser une liste exacte de nos Abbés, mais même une histoire assés suivie de cette illustre et ancienne Maison.

Richérius, religieux de ce monastère, qui a vécu jusqu’après l’an 1260, nous a laissé une cronique ou histoire de Senones, où l’on trouve quantité de circonstances, de faits et de détails, qu’il dit auoir pris sur d’autres plus anciens monumens écrits en vers que nous n’avons plus, (a) Cet écriuain nous est important surtout pour son tems et pour le tems qui en est proche, dont il nous donne une

(a) Richérius in prologo Historiae Senoniensis. Ea quae in quibusdemserip -

tis versib. annotala de fundatione hujus Senonierlsis AbbatiaevelEcclesiae tel ejus fundatione et succedentibus Abbatibusreperirepotui } licet per paucasintrelatü digna... . huic membranae innerere studui.

connoissce très curieuse et très exacte, comme témoin et très bien informé; mais il faut auoüer que pour les tems plus reculés il a omis quantité de particularités importantes, pour n’auoir pas assés consulté les titres originaux qui se conservent dans l’Abbaïe. Il ne se borne pas à l’histoire de Senones, il parle des Abbaïes voisines, des Princes et Ducs de Lorraine, des Comtes de Salm et des Euéques de Metz et de Toul ; en un mot c’est un des plus précieux monumens que nous aions pour l’ histoire tant ecclésiastique que ciuile de ce pais.

On conserve son manuscrit en vélin dans la Bibliothèque de Senones, et on lit à la fin une vie manuscrite en vers de l’Abbé Antoine, qui a gouverné le monastère depuis l’an 1068. jusqu’en 1136. où 1137. Le R. P. D. Luc d’Achery s’etant fait donner communication de ce manuscrit par ordre de la Cour de France, le fit imprimer dans le 3e tome de son spicilége en 1687. On l’a réimprimé depuis in folio à Paris en 1723, avec le reste du spicilége et enfin nous en auons fait imprimer la meilleure partie dans le 2. tome de notre histoire de Lorraine. Il est bon de remarquer que le P. Dachéry en a supprimé les YI. XIX. XXI et XXVII chapitres du liure second; et les chapitres XVIII. XXXIV. XXXV. XXXVII. XXXIX du liure quatrième et enfin les chapitres IV et V. du liure cinquième. Mais les lecteurs ne perdent rien à ces omissions, puisque ces endroits ne contiennent rien d’interressant, ni qu’on ne puisse trouver ailleurs mieux digéré et plus exact, en un mot rien qui concerne notre Histoire. Nous auons aussi une version françoise manuscrite et ancienne de l’ouvrage deRichérius, mais elle n’a rien de particulier.

Depuis Richérius je ne sache personne qui ait travaillé à l’histoire de Senones, jusqu’au R. P. D. Barthelemi Claudon, qui y étoit Prieur en 1663. 1664 et 1665. et qui a recüeilli avec beaucoup de soin et de diligence, la succession chronologique des Abbés de ce monastère. C’étoit un homme d’une vertu et d’une capacité extraordinaires. Sa mémoire est encore aujourd’hui en bénédiction dans la congrégation

de St. Vanne. Ceux qui ont eû l’auantage de le voir et de le converser, n’en parlent qu’avec un respect mélé d’admiration. Sa mortification étoit extrême, son respect pour les S. S. mystères et pour les pretres du Seigneur se remarquoit dans tous ses discours, dans son maintien et dans sa modestie angelique dans l’Eglise. Lorsqu'il parloit de Dieu il étoit transporté hors de lui même, et rauissoit tous ceux qui l’ecoutoient; mais aussitôt qu’il s’en apperceuoit, sa modestie le retenoit et il renfermoit en lui-même les sentimens sublimes qui auroient pu lui attirer des applaudissemens et des louanges.

Son zélé et sa viuacité dans les choses qui concernoient la gloire de Dieu ou l’obseruance régulière, égalaient ses grandes lumières et l’ardeur de sa charité ; mais elles étoient au dessus de la portée commune de la pluspart de ceux au milieu desquels il viuoit. Ils le regardoient à peu prés de même que les premiers disciples de S. Bernard regardoient ce St. Abbé, c’est-à-dire, comme plus propre à converser avec des Anges, qu’à gouverner de foibles mortels. D. Barthelemi étoit né à St. Nicolas et auoit fait profession à Beaulieu le 21 mars 1639. Il fut deux fois visiteur de la Congrégation. Il mourut au prieuré de Deuilly simple religieux, raui de se trouver dans cet état de subordination, le 2. mai de l’an 1693. Le très R. P. D. Humbert Belhomme qui assista à sa mort, m’a dit plus d’une fois que jamais homme n’auoit parlé comme lui, et qu’au milieu des ardeurs de la fievre qui le consumoit, il témoigna un zele, une foi, une charité égales à tout ce qui étoit raconté des plus grands saints: On me pardonnera cette petite digression, puisqu’aussi bien nous écrivons pour l’édification de nos frères et que l’eloge de ce saint homme entre naturellement dans l’histoire de cette Abbaïe, à laquelle il a rendu de grands seruices et qu'il a trauaillé à illustrer par ses écrits. Plusieurs religieux m’ont assuré que dans l’incendie de l’Abbaïe de Bouzonville arriué le 19. Mai de l’an 1683. le R. P. D. Barthelemi Claudon auoit perdu un ouvrage considérable, qu’il aauoit composé uec grand soin et qui fut consumé par les

flammes ; mais comme il ne parloit presque jamais de luimême, on n’a pû sauoir quel étoit cet ouvrage.

Depuis ce temsle R. P. D. Bennin Jeannin trauailla aussi à notre histoire. Son ouvrage est en latin et plus étendu que celui de D. Glaudon; parce qu’au retour de S. A. R. Léopold I. dans ses Etats, en 1699, on retrouva dans les Archives de Lorraine des copies de presque tous les titres de l’Abbaïe de Senones, ramassées dans un très gros corps, composé sans doute pendant que Monseigr. le Prince Nicolas François étoit Abbé de Senones. D. Jeannin profita des lumières que lui fournirent ces monumens et poussa son histoire jusqu’à l’an 1708. auquel le très R. P. D. Pierre Alliot commença à bâtir l’Abbaïe, comme nous la voions aujourd’hui. Je me fais un deuoir de rendre honneur à ceux qui ont travaillé auant moi à cette histoire, et de reconnaitre que j’ai profité de leurs lumières et de leurs travaux.

LISTE DES ABBEZ DE SENONE

L’Abbaye de Senones fut fondée vers l’an 640 par S. Gundebert, archevêque de Sens, qui obtint en 661 du Roy Ghilderic un (i) privilège qui confirma les biens que l’Abbaye avoit alors, et y ajouta ce qu’on appelle le val ou le ban de Senones. St. Gundebert mourut vers Fan 673. La Reforme de St. Vanne y fut introduite en 1618.

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