CHAPITRE I
St. GUNDEBERT Archevêque de Sens,
1er Abbé & Fondateur de FAbbaïe de Senones.
L’Abbaïe de Senones, dont j’entreprends d’écrire l’histoire, est située dans les montagnes de Vosge, sur la petite riviere de Rabado, qui tombe dans la Meurthe à une lieüe et demi de là, au-dessus du village de St. Biaise. L’Abbaïe est a deux lieues et demi de Raon l’Etape au couchant, à trois lieues de St. Diez au midi, à huit lieues de Molsheim à l’orient, environ à cinq lieues de Badonviller et autant de Raon sur Plaine vers le septentrion, à une lieue de PAbbaïe de Moienmoutier et à deux lieues de celle d’Etival, toutes deux au couchant. Quoyqu’environnée de hautes montagnes chargées de bois, elle ne laisse pas d’occuper un terrain assés dégagé et assés large, où il y a un bourg considérable et plusieurs habitations, des préys et des terres labourables en assés grande quantité. Elle est soumise immédiatement au S. Siège et jouit des droits quasi-épiscopaux dans toute l’étendue de son territoire, qui s’étend en longueur d’orient en occident, depuis la Broque jusqu’au bourg de Senones, et en largeur du septentrion au midi depuis le village de Ghatas jusqu’à Phermitage de la Mer.
Situation de l’Abbaie de Senones.
h Nous trouvons diverses assignations des limites de la dé-
limites du pendance de Senones. Celles qui sont marquées dans le
Val de Se-
nones. titre de fondation de l’an 661 ou 662. celles du Diplôme de l’Empereur Othon I donné en 949. celles de l’empereur Henri III. vers l’an 1040. celles de Richérius, 1. 1. c. 2. et enfin celles qui se voient dans un ancien écrit intitulé, les Bornes et devis du Val de Senones ; toutes ces descriptions différent en quelque chose, et la plus part des noms de lieux et de fontaines qui y servent de limites, sont aujourd’hui inconnus. On ne laisse pas d’en connaître assés pour juger que le val de Senones a toujours eû à peu près la même étendue qn’il a aujourd’hui ; mais le terrain qui fut donné (1) à St. Gondebert au temps de sa fondation, étoit bien plus grand, comme nous le vérons bientost. On peut consulter et comparer entre elles ces différentes assignations de limites.
Selon le titre de fondation de l’an 661. l’Abbaye de Senones possédait en toute propriété tout le terrain qui s’étend depuis le ruisseau Pierrier, ou Pigerius, qui coule au pied des murailles de l’abbaye de Moyenmoutier à l’occident, jusqu’à la Broque à l’orient, et depuis Hurbache au midy, jusqu’à Celles et Alarmont et la rivière de Plaine au septentrion, ce qui fait environ quinze lieues de circonférence et cinq lieues de diamètre .
Selon les limites plus modernes ce terrain est beaucoup plus resserré : l’Abbaye de Moyenmoutier possédant une grande partie de ce terrain du cote du Paire, de la Chapelle et du Bandesapt, au midy; et du coté de la Haute-pierre et de Mal-fosse au nord, la Maison de Salm possédant ce qui est dans le val de Celles, d’ Alarmont, de Plaine, et dans les environs de Framont. On trouvera le detail de ces assignations de limites dans le Cartulaire sous leurs dattes et même celles de Richérius et l’ancien devis, à la suite du Diplôme de l’Empereur Henri III.
111 St. Gondbert où Gondebert où Gondelbert, archevêque de
Tems de la retraite de S. Gondebert.
(1) A St Gundebert , e'criture de D. C.
Sens, aiant quitté son archevêché vers l’an 640. ou 650. se retira dans les montagnes de Yosge et y bâtit un monastère qu’il, nomma Senones, Senonias , en mémoire de sa première épouse, qui étoit l’Eglise de Sens. Les historiens sont fort partagés sur le tems auquel St. Gondebert vint dans cette solitude. Richerius (a) dit qu’il florissoit en 720. et ^ fa; Richer., qu’aiant été fait archevêque de Sens, il quitta son évéché et vint dans les Vosges sous le régne du roi Childeric II, c’est-à-dire, vers l’an 660. et qu’étant allé trouver (!) ce prince qui regnoit en Austrasie, et par conséquent sur ces déserts de Vosge, il lui demanda permission de s'y établir ;
que le Roi qui le connoissoit de longue main, et qui l'honoroit de son amitié et de son estime, lui accorda non seulement la permission de demeurer dans ses Etats, mais aussi lui donna un ample privilège et un vaste terrain pour y construire (^) un monastère.
Les autres historiens rapportés dans Bollandus au 21 février, p. 262, le font vivre plus tard ; Robert Moine d’Auxerre, dans sa cronologie, le met entre l’an 760 et 777. La cronique ms. d’un chanoine de Sens (3) le place au VIIIe siècle sous le pape Léon IV et l’empereur Charlemagne ; La cronique de St. Pierre le vif de Sens, s'accorde avec celle du chanoine de la même ville ; Claude Robert dans sa Gaule Chrétienne le pl ace après Gotescale, archevêque de Sens, mort en 773. et met la mort (où la retraite) de St. Gombert en 778. Ruyr dans ses Antiquités de Vosge, croit qu’il vivoit dans la Vosge vers l’an 575, pendant les guerres des reines Brunehaud et Fredegonde, après la mort du roi Sigebert I. où du tems des guerres de Thierri et de Theodebert, vers l’an 612. Bucelin dans son Martirologe Bénédictin, met sa mort en 778.
Sans nous arrêter à réfuter ces diuers sentim8, on peut démontrer que St. Gundebert a quitté l’archevêché de
(1) Trouver , écriture de D. C.
(2) Construire , Idem.
(3) Le place , Idem.
L’Abbaie de Senones fondée vers l’an 640. plus ancienne qu’aucune des Ab baie s du
fu) Histoire de Si Diez, p. 26, 27.
Le Père Mabil , t.
I, annal. Bened., p. 496, ne met le commen cernent de l’Abbaie de S.
Diez qu’en 669.
Comparés l’hist.
de Si Diez, p. 27.
( b ) Voies l’histoire de Moyenmoulier, p. 671.
(c) Vide ms. S.
M an sue t. imprcssum.,1. 1, List.
Lotharing. nostrae, preuves p.
128, et dans le corps de l’hist.,
( d ) Petr. Damian.j l. III, operum opuscule 19, c.
Hist. med. monasterii , p. 99,
Nom du lieu où Senones fut bâti dans le commencement.
Sens et s’est retiré dans les déserts de Vosge, vers l’an 640 où 650. puisqu’en 664. où 662. il obtint du roy Childeric II. un priuil'ege d'exemption pour le monastère qu’il auoit bâti en l’honneur de la Ste Vierge et de St. Pierre et la confirmation des biens quil auoit acquis dans le Chaumontois et dans le Saintois. Ce saint auoit dès lors un grand nombre de disciples, ubi plurimam ad praesens Monachorum turbam noscitur adunasse. Il auoit acquis de grands biens, non seulement dans le Chaumontois où son Abbaie est située, mais aussi dans le Saintois et dans le Saulnois sur la Seille ; il auoit acquis des sujets, des serfs et des seruiteurs; tout cela ne s’etoit pû faire que dans la suite d’un assés grand nombre d’années. Le titre est de l’an 661. On ne hazarde donc pas beaucoup de mettre sa venue dans la Vosge quinze où vingt ans auparavant, c’est-à-dire en 645. où 640. et par conséquent qu’il est le premier qui s’y est retiré, puisque St. Diez n’y est venu au plutôt qu’en 669 (a), St. Hidulphe en 671. (b) et que Bodon n’a fondé les monastères d’Etival, do Bonmoutier et d’Offonville que vers Fan 663 (c). S’il les a fondés avant son épiscopat, où après cette année, s’il les a bâti depuis.
Le Bienheureux Pierre de Damien parlant du lieu où St. Gondebert bâtit son monastère, l’appelle Grandiavium , in loco qui Grandiavium dicitur, Senonense Cœnobium construxit. Les manuscrits de Moyenmoutier, qui contiennent la vie de St. Hidulphe et de ses successeurs, donne aussy le nom de Grandiavium (1) au lieu ou St. Gondebert bâtit le monastère de Senones. Le roi Ghildéric dans le privilège dont nous auons parlé dit que St. Gondebert auoit travaillé et défriché des terres sur la rivière de Babadon et Grandrupj super fiuviolum Rabadonem et Grandem rivum... ce qui pourroit faire croire qu’au lieu de Grandiavium , il faut lire Grandem rivum dans le texte de Pierre de Damien; car dans ces quartiers on ne eonnoit aucun lieu du nom de Grandiavium. Mais le Grandrup Grandis-rivus est
(1) Grandiavium, correction de la main de D. C.
environ à un quart (l) de lieuë au-dessus de l’Àbbaïe et se jette dans le Rabodo entre la petite Ravon et l’Abbaye de Senones (2). Pierre de Damien auait sans doute appris ces particularités qu’il rapporte de St. Gondebert, de St. Diez et de St. Hidulphe, il les auoit, dis-je, apprises du pape Léon IX et du cardinal Humbert, qui auoient vécu dans ce païs-ci et qui étoient liés d’amitié avec Pierre de Damien.
Il y a très grande apparence que tout ce païs étoit inculte lorsque notre saint fondateur y arriua; puisque le roi Childéric dans le dénombrement qu’il fait des limites de la dépendance de Senones, ne marque aucun village que Petulum villare, apparemment Peton ville, dans le ban de la riuiére, qui est un très ancien fond de l’Àbbaïe, tout le reste ne sont que des fontaines, des ruisseaux, des montagnes, des bois, des chaumes, des chemins. De Pétonville jusqu’à la Rroque il y a environ dix lieues de chemin. De la Rroque la ligne alloit à la montagne d’Ormont et à la source du ruisseau d’Hurbache, de là elle retournoit joindre le ruisseau de Piérys qui passe aujourd’hui au pied des murs de l’Abbaïe de Moyenmoutier du coté de l’orient.
Lorsque St . Hidulphe vint de Trêves pour fixer sa demeure dans ces déserts, on croit que St. Gundebert lui céda une partie du terrain qui lui auoit été accordé par le roi Childéric, c’est-à-dire, le ban de l’Aitre où le ban de Sap et celui où sont situés St. Jean d’Ormont, Hurbache, la Chapelle- et le Paire et tout ce qui est depuis la montagne de la Haute pierre jusqu’à Malfosse (3) et jusqu’au petit ruisseau de Morgoutte, dont l’Abbaye de Moienmoutier joüit encor aujourd’hui. C’est la tradition des deux Abbaïes et
S. Gondebert cède une partie de son terrain à S.
Hidulp.
pour bâtir l’Abb. de Moienmoutier,
Ri chérius le suppose ainsi (a). Parsterrae adjacentis Mediano Monaeterio posteà fertur data esse viro sanctissimo Hidulpho ejusdem loci fundatorï.
Tous les monumens qui nous restent dans le monastère
(1) Un quart de, e'criture de D. C.
(2) La fin de la phrase est e'crite en surcharge par D. C.
(3) Ces sept mots jusqu’à la virgule, e'crits par D. C.
(a) Richer,l.l, c. 2.
Quelle régie onobserua à Senones dans les commeneem%
(b) Richer, 1. 1, c. 2.
S. Gundebert exerça-t-il les fonctions Episcopa les dans son m o nastére T
de Senones nous insinuent qu’on n’y a jamais observé d’autre régie que celle de St. Benoît. Richer l’assure ainsi positivement. (b) Aliquantis ibi fratrïbus Congregatis , sub Beati Benedicti regulâ ipsos militare decreuit, sicut hactenus immutabiliter usque ad tempora nostra Deo regente videntur subsistere. S’il est vray que l’Abbé Norgandus ou Norgaudus, qu’Angelram, évêque de Metz, établit en sa place Abbé de Senones vers l’an 785 ait été Religieux à Gorze, comme nous le croyons, ce sera encore une preuve qu’alors la régie de St. Benoit s’observoit à Senones de même qu’on l’observoit à Gorze.
L’Empereur Othonl. dans son Diplôme de l’an 949. marque expressément qu’on y gardoit la réglé de St. Benoit, f vôtres qui sub regulâ Beati Benedicti die noctuq. Domino indesinenter militant. Depuis ce tems il ne peut y auoir aucun doute que la réglé de ce St. Patriarche n’y ait toujours été observée. Il ne faut pas toutefois dissimuler qu’il y a quelque apparence que dans les commencemens la régie de St. Golomban y fut observée avec celle de St. Benoit, ainsi qu’il se pratiquoit à St. Diez, comme il paroit par lepriuilége deNumérien, archevêque de Trêves, accordé à ce monastère en l’an 671 . Deodatus monasterium construxit, ubi monachos et peregrinos sub regulâ Beati Benedicti et Sti. Columbani Abbatis collocavit. Il est même très croiable qu’en ce tems là les monastères de Senones, de St. Diez, de Moienrnou1, d’Etival, de Bonmoutier, de Remiremont et de Luxeu obseruoient la même manière de vie c’est-a-dire, la régie de St. Benoit jointe aux statuts de St. Golomban.
L’Abbaïe de Senones est en possession d’exercer la juridiction quasi épiscopale dans son propre territoire, qui consiste en quatre Paroisses, sauoir, St. Maurice, St. Jean, Plaine, la Broque, auxquelles on peut joindre St. Stail et la petite Raon (») et qui sont églises succursales, ou annexes, et si l’on veut Grandfontaine autrefois paroisse. Il est
(1) Depuis et qui sont jusqu’à la lin de la phrase, e'eriture de D. C.
question ici de sauoir si cette exemption lui est venue de St. Gondebert son fondateur, où des Papes, où des Rois, où des Euêques. Il paroit indubitable que St. Gondebert continua à exercer dans son monastère sur ses Religieux et sur ses sujets la même jurisdiction qu’il auoit exercée sur ses Diocésains dans l’Eglise de Sens. Notre Historien dit (a) qu’il consacra lui-même l’Eglise qu’il auoit bâtie. Le Titre du roi Ghilderic an. 661. le nomme Episcopus Sive Abba ; et Richerius (b) insinué que depuis St. Gondebert jusqu’à la démission faite par Angelramne, archevêque de Metz et Abbé de Senones, les Abbés de ce monastère étoient dépendans de l’Evéque de Toul (l) pour le spirituel et de T^Evéque de Metz pour le temporel. Archiepiscopus et Abbas Angelramnus huic loco substituit abbatem Norgandum, et à tempore illo Abbates hujus loci ab Episcopo Tullensi spiritualia receperunt ; ce qui duroit encor du tems de cet historien ; sicut et adliuc contingere videmus. En effet on trouve un grand nombre d’actes par lesquels il paroit que l’on s’est reconnu du diocèse de Toul, mais depuis assés longtems on voit diuers autres actes d’indépendance, et la possession où nous nous trouvons n’est pas même contestée par Messieurs les Evêques . Cette possession est le meilleur et le plus certain de tous les titres que l’on pouvoit produire. On véra l’exercice de notre jurisdiction quasi Episcopale dans la suite de cette histoire.
Richérius (a) dit que St. Gundebert aiant obtenu du roi Childeric le priuilége dont nous auons parlé, consacra une Eglise à la Ste Vierge et y joignit un monastère, (-) unmoutier , une Eglise, avec ses officines, où il voulut que l’Apotre St. Pierre fut particulier1 2 3 honoré. Ainsi il y eut dés lors deux Eglises dans l’Abbaïe de Senones, l’une dédiée à St. Pierre qui etoit (') en la même place que celle qui subsiste
(a) Richer, 1,2, c. 2.
(b ) Richer, I 2, c. 2 el 4.
Trauaux de St. Gondebert. Eglise s qu’il bâtit.
( aj Richer. !. i , c. 2.
(1) Pour le spirituel, jusqu’au point, écriture de D. C.
(2) Un mouticr, une église, écriture de D. C., en surcharge et interligne.
(3) Etoit en la même place que , mots écrits en interligne par O. C.
( b J Mabill , 1 1, annal. Bened p. 462.
(c) Richer, t.I, c. 3. De cellis cir'c umquâ que positis quas viri hujus nostri fundatoris Gundelberti eo tempore construxerant, mentioncm me facturum memini promisisse.
Mort de St. Gundebertvers l’an 673.
(a) Richer, 1.1, c. ».
aujourd’hui; et l’autre dédiée à la Ste. Vierge (l) et renouvelée ou rebâtie au XIIe siècle, que l’on démolit en 1708. lorsqu’on bâtit tout de nouveau le monastère.
Le R. P. Mabillon (b) a cru que l’Eglise de la Vierge qu’il vit en ce monastère, dans le voiage qu’il y fit en 1696. et qui étoit faite en rotonde et d’un goût particulier, etoit la meme qui auoit été d’abord bâtie par St. Gondebert. Mais nous apprenons par la vie manuscrite de l’Abbé Antoine, que ce fut cet Abbé qui la construisit vers l’an 1125. Elle etoit entièrement semblable à celle de l’Abbave de Honcourt, qui subsiste encore aujourd. dans le val de Viller ; (2) nous donnerons cy après le plan de cette rotonde. L’on y voyoit sur ses vitraux l’Abbé Antoine à genoux devant l’image de la Vierge, et de l’autre côté le frère Gautier qui étoit apparent le vitrier qui avoit fait ces images sur le verre ou l’architecte de la Chapelle .
L’on croit que le même St. bâtit des Celles (c) ou des habitations pour ses disciples en diuers endroits du Val de Senones, et que c’est ce qui a donné origine aux paroisses du dit val ; que ses mêmes disciples défrichèrent ce désert et le rendirent habitable. Gomme ils étoient propriétaires de tout le terrain du val et des environs et de tous les hommes qui l’habitoient, ils emploièrent tous leurs soins à le mettre en culture et en état d’en tirer leur subsistance et celle de leurs seruiteurs, des pauvres et des hôtes qui les visitoient.
Notre St. comblé de mérites et épuisé de trauaux, alla receuoir de Dieu dans une meilleure vie la recompense qu’il auoit méritée en celle cy.
Du tems de l’historien Richer, (a) la tradition de Senones étoit que St. Gondebert etoit mort et enterré à Moienvic, et qu’il y reposoit auprès des corps des SS. Pient (3), Agent, et
(1) Et renouvelée ou rebâtie au JT//ine siècle, écriture de D. C. en interligne.
(2) Ces deux phrases sont écrites de la main de D. C.
(3) Le copiste avait écrit SS. Pieure, mais D. C. a rectifié en mettant le nom véritable.
Colombe. On scait que ces trois Saints ont fleuri dans le diocèse de Toul sous le St. Euêque Antimonde, qui viuoit au 6e siècle, et que leur culte étoit célèbre à Moienvic dans ce siècle et dans le suivant, puisque peu après leur mort, on y bâtit un monastère sur leurs tombeaux (b). Leur église située hors de la ville (l) subsiste encore mais en très mauvais état. Il est assés croiable que St. Gondebert étant allé visiter leur Eglise y mourut et y fut enterré. On ignore le lieu précis de sa sépulture et nous n'avons aucune de ses reliques.
D'autres (c) conjecturent que le St. finit sa vie dans un hermitage situé dans un fond du val de St. Diez à deux lieues dô Senones proche la grande fosse, dans la dépendance de la cure de Provenchéres, où l’on voit une Chapelle sous son jnvocation, et une fontaine nommée la bonne fontaine, où les peuples vont en pèlerinage et où ils croient receuoir plusieurs grâces et plusieurs guérisons par l’intercession du Saint. On s’y assemble principalement des paroisses voisines le Dimanche dans l’octave de l’Ascension. Le lieu est des plus solitaire et des plus propre à inspirer le recueillement et ladéuotion. La tradition de ces lieux la est que St. Gondebert se retiroit souvent entre deux rochers qui se voient dans cette gorge, pour y vaquer plus en paix à la contemplation, de même que plusieurs autres SS. comme St. Rouïn à Beaulieu, St. Florent à Hazelach, St. Diez à St. Martin, St. Amé à Remiremont, St. Colomban à Anegray.
Ce qui prouve l’antiquité du culte de St. Gondebert dans le vallon de la bonne fontaine, c’est qu’en rebâtissant la Chapelle, dont l’autel est bâti sur cette fontaine salutaire, on trouva sous les toits plus de deux chariots de
vieilles crosses et béquilles, et une infinité d'inscription sur les murailles, qui rendoient témoignage du nombre et des noms des personnes qui y avoient reçus la guérison, ou du soulagement par les mérites du Saint. L’eau de la fontaine
(c) JD. Bartlielemi Claudon , Mémoire mss. sur les Abbés de Senones.
(1) Fin de phrase, écrite par D. C.
Culte de St.
Gondeb e rt.
sort immédiatement de dessous laChappelle de St. Gondebert, et va par trois canaux se rendre dans 3 maisons voisines, ou sont trois grandes chaudières, qui tiennent plus d’une de Bar, que Ton échauffe par dessous, en
mêlant dans l’eau des et d’autres herbes aroma-
tiques, et l’on en fait des bains aux malades, qui y trouvent du soulagement (t).
Depuis très longtems, on a érigé dans cette Chappelle une confrairie en l’honneur de St. Gondebert à laquelle non seulement les habitans du lieu, qui forment un petit village autour de la bonne fontaine, mais aussy ceux des environs, mais aussy ceux d’Alsace et de Bourgogne, se font inscrire et viennent se baigner en la bonne fontaine, dans la confiance d’en tirer du soulagement et Dieu y donne souvent des marques de sa miséricorde et y recompense leur foy, par la guérison de leurs mfirmitez .
Nous plaçons sa mort vers l’an 673. parce qu’Angelram Eveque de Metz qui fut le 6e Abbé après lui, obtint l’Abbaie de Senones de Charlemagne vers l’an 770. Or depuis la mort de St. Gondebert jusqu’à Angelram, nous ne comptons que cinq Abbés qui peuvent aisément remplir l’espace de 93 ans.
Le nom de St. Gundebert se trouve dans l’ancien Nécrologe de Senones le 17. octobre, où l’on lui donne le nom de St. Commemoratio Sti. Gundelberti praesulis hujus loci fundatoris. Ce Nécrologe a plus de cinq (2) à six (s) cents ans d’antiquité, de la première main ; car on y a beaucoup ajouté depuis. Il faut toutefois convenir qu’on (4) ignore le tems auquel on a comencé à lui rendre un culte public dans son Abbaie. Je trouve un acte de visite de ce monastère du 17 aoust 1671, par lequel il est ordonné de faire la fête de
(i) Tout ce passage, depuis Veau de la fontaine est écrit de la main de D. Calmet.
(2 et 3) Nombres, ajoutés en surcharge par I). C. La lin de la phrase est aussi de la main de l). C. et se trouve en note marginale.
(4) Correction en surcharge de la main de D. C.
St. Benoit martyr sub ritu dap. et celle de St. Gundebert de 2e classe et de 2. ordre auec octave. Mais (l) il est certain que longtems auparauant on la faisoit déjà, mais d’une manière moins solennelle, en sorte que ce reglement n’est (2) que pour l’augmentation de son culte. Je n’en trouve rien dans aucun de nos anciens liures d’ Eglise. On (") célébré la feste de St. Gundebert dans l’Eglise de Provenchere, et dans la Chapelle de la bonne fontai ne, le meme jour qu’icy, le 21 de février ; et quelques personnes devotes de la parroisse de Provenchere et autres pèlerins après leurs dévotions faites en la Chappelle de St. Gundebert, viennent les achever dans l’Eglise de Senones pour trouver du soulagement à leurs maux de jambes, et à la goûte. D. Barthelemi Claudon qui visita cette chappelle en 1655 . paroit persuadé que c’est le lieu de la sépulture de nôtre St. fondateur, étant un endroit très solitaire et des plus propres à attendre la mort. Il présumé que le St. y aiant fini ses jours, les moines de St. Diez, (aujourd’huy Chanoines) refusèrent de rendre le corps du St. qui étoit décédé dans leur territoire.
Au Prieuré de Mervaville derrière le grand autel, il y a une ancienne Chasse, qui a autrefois servi apparemment au grand autel de Senones, où l’on voit l’abbé Jean de Borville à genoux devant St. Simeon, et à coté de St. Simeon est représenté St. Gundebert en habits pontificaux et avec une gloire autour de la teste, et cette inscription S. Godeberti . Jean de Borville a vécu depuis 1491. jusqu’à 1506.
Au mois de décembre 1733. en relevant l’ancien pavé du Chœur et des environs, on découvrit les débris d’une statue de pierre ancienne, représentant un Archevêque avec le Pallium, tenant de la main gauche un livre fermé, et le bâton de sa crosse ou de sa croix archiépiscopale, car le haut en
(1) Mais il est certain que longtems, écrit en interligne par D. C.
(2) N’est que pour, écrit en interligne par D. C
(3) Cette partie de la dissertation jusqu’à la date de 1361, environ trente lignes plus loin, est écrite sur une feuille volante, collée en marge avec des renvois de la main de D. C.
etoit cassé, entre sa poitrine et son bras droit. Cette figure devoit avoir plus de deux à trois cens ans . Ce qui prouve l’antiquité du culte de notre fondateur. Mais je n’en trouve rien du tout dans un bréviaire de Senones écrit en 1361. Nous chômons sa feste dans l’Abbaïe et dans tout le val de Senones le 21. jour de février. Cependant son nom ne se trouve dans le Nécrologe qu’au 17. octobre comme on l’a déjà vû, ce qui insinue que c’est le jour de sa mort. Le ms. intitulé ftorarium sanctorum cité par Bollandus et M. l’abbé Châtelain dans son Martirologe universel, fixent le jour de sa fete au 1 . mars . Mais le Pere Ménard dans son Martirologe monastique ; Mr du Saussai, eveque de Toul dans son Martyrologe des SS. de France, le P. Bucelin dans son Ménologe Bénédictin et Bollandus le mettent au 21. de février. Depuis l’an 1722 on a imprimé un office propre de St. Gundebert, composé par le R . P . D . Maximin Longeau et qui se récite le jour de sa fête dans l’Eglise de l’Abbaye.
(l) Il est surprenant qu’un homme du mérité de St. Gundebert, un archevêque de Sens, fondateur d’un célébré Monastère, pere de tant de SS. Solitaires, d’une sainteté reconnue, soit décédé hors de son monastère et qu’on n’ait pas eu soin de marquer au moins le lieu de sa sépulture, ou de rapporter son corps dans son Monastère ; et s’il est mort à Senones, qu’on ait oublié jusqu’au lieu ou il avoit été enterré, qu’on n’ait pas levé ses reliques de terre. Je ne saurois croire que ce soit indifférence, ou négligence de la part de ses disciples. Je l’attribue plutost à leur respect pour la solitude, pour le silence, pour une vie cachée aux yeux des hommes, à un esprit de désintéressement et d’humilité, qui entrant dans les sentimens du Saint, souhaittoient qu’il demeurât dans l’oubli apres sa mort, comme il avoit voulu vivre oublié pendant sa vie. Combien de SS. Solitaires sont de meme enterrez dans les solitudes, connus de
(t) A partir d’ici jusqu’à la fin du chapitre I, la dissertation ne se compose que de passages écrits sur des feuilles d’inégales dimensions, fixées en marge, et portant des renvois de la main de 1). Calmet pour indiquer l’ordre et la suite du récit.
Dieu seul. Les Pères Chartreux et les Premontrez n’ont sollicité la canonisation de leurs SS. fondateurs que plusieurs siècles apres leurs morts . St . Théodore disciple de St. Pachome tira secrettement ce St. Abbé de son tombeau pour le mettre dans un lieu inconnu aux hommes, afin qu’on ne lui rendit pas des honneurs qu’il savoit que le St. ne souhaittoit pas. St. Antoine dans le même esprit, commanda qu’on cachat son corps apres son décés .
M . le Bœuf Chanoine d’Auxerre, m’écrit que le Chanoine de Sens qui travaille à l’histoire de cette Eglise, doute que notre St. Gondebert ait jamais été archevêque de Sens. Il conjecture que le lieu ou est situé le monastère de Senones, s’appelloit originairement Senon ou Senon-villay et que de là on aura pris occasion de dire que St. Gondebert etoit Archevêque de Sens, a cause de la ressemblance des noms. Mais cette conjecture n’a pas le moindre fondement dans l’histoire, n’y dans les monumens du pays. Le titre de Childeric IL de l’an 661 ne parle point de ce prétendu lieu de Senon ; il ne nomme aucun village dans l’etenduë du canton ou St. Gondebert eveque et abbé, Episcopus seu Abba, a construit son Monastère Senonicum. Les monumens de l’Abbaye de Moyenmoutier, et le B. Pierre de Damien portent que St. Gondebert bâtit son abbaye dans le lieu nommé Grandiavium. Mais on n’en trouve aucun vestige dans les monumens du Monastère de Senones, et je conjecture qu’au lieu de Grandiavium , il faut lire Grandem-rivum , qui est le Grand rupt au dessus du Monastère, bien marqué dans le diplôme de Childeric, ou St. Gondebert avoit beaucoup défriché avec ses disciples.
Quant à l’omission du nom de St. Gondebert dans les Catalogues de l’Eglise de Sens, la chose ne doit pas surprendre. Les anciens Catalogues generalement parlant, sont fort défectueux, et il etoit assez ordinaire de ne pas mettre dans les Diptyques les noms des Evoques qui avoient quitté leurs Eglises et qui n’y etoient pas morts. On peut voir sur cela l’histoire de Moyenmoutier p. 29. 30.
Quelques auteurs ont cru que St. Gondebert fondateur de
Lettre de M. le Bœuf de Paris, le 17 septemb. 1744.
Vita SU IliduU phi in hist.medi.
monasterii , p.99.
Pétri Damiani ,
t. 3, opusc. 19.
Hugo , sacrà antiquit. monument , p. 176.
fajRicher, 1 2, c 1, p. 299.
Mabillon, ve ter . , anaf..p.426.
Edition in-folio,
l’abbaye de Senones, avoit été lié d’une étroite amitié avec St. Diey fondateur de l'abbaye qui porte son nom. Mais je n’en trouve rien dans aucun bon auteur, ni domestiq. ni contemporain, ni dans les Monumens de Senones, ni dans ceux de St. Diey. Toutefois il est très probable que St. Gondebert, St. Hidulphe et St. Diey, tous trois revêtus du caractère Episcopal, tous trois venus dans ces deserts pour y vivre de la perfection de Christianisme, éloignez du grand monde, et pour inspirer à leurs disciples les mêmes sentimens de piété et d’éloignement du siecle, étant remplis du même esprit, vivoient aussy entre eux dans une parfaite union de cœur et d’esprit.