CHAPITRE XXXVI
THIRION d’Antlup, 50e Abbé de Senones, depuis 1506. jusqu’en 1541.
Thirion d’Antlup étoit Prieur claustral de l’Abbaye de Senones, lorsque Jean de Borville mourut. Il fut élu cano-
(1) Merci à l'âme. Cette épitaphe^est reproduite sur une plaque commémorative des abbés de Senones inhumés dans l’église du monastère, placée contre le mur du sud de la chapelle où se trouve le tombeau de D. Calmet. Cette plaque est en marbre blanc : son fronton porte les armoiries de l’abbaye de Senones et une crosse monumentale la divise en deux. Elle reproduit les épitaphes qui existaient autrefois sur les tombes des abbés, depuis Jean de Borville jusqu’à I). A. Fangé.
(2) Ces dernières lignes, depuis pour la rotonde incl. sont de la main de ü. Calmet. Il est intéressant de retenir que Jean de Borville a été le premier abbé de Senones qui eut le droit de porter la crosse et la mitre.
Thirion d’Antl up Abbé de Senones.
XS06.
Cassaôn de l’union qui auoit été f aite du Prieuré de Iiéom o n t à l’Abbaye de Senonés. 1506.
niquem1. le jour même de la mort de son Prédécesseur, comme il le témoigne lui même dans le Registre de cette année i506. écrit de sa main, et ensuite mis en possession et confirmé par le Pape. Je n’ay pu trouver ses bulles. Mais nous apprenons d’une requeste présentée au Duc Antoine en 1524. par l’Abbé Thinon, qu’aprés la mort de l’Abbé Jean de Borville, le Duc René II. à la priere et sollicitation du Duc Antoine son fils, ayant désiré que Vary de Sauigny protonotaire du SE Siège, fut pourveu de l’Abbaye de Senones, et les Relig. s’etant hâtés de choisir Thirion d’Antlup, comme on le vient de dire, le Duc René en témoigna son mécontentement et pour lui donner quelque satisfaction et prévenir les procès qui eussent pu naitre entre Eux et le Protonotaire prétendant, on avoit jugé à propos de donner le Prieuré de Léomont au Protonotaire, nonobstant l’union qui en auoit été faite au monastère.
On s’addressa donc au Pape Jules II. en 1506. et on le pria de casser et annuler lad. union ; ce que le Pape n’eut pas de peine à accorder pour cette fois, cette cassation lui donnant lieu de conférer ce prieuré, vacant par là en Cour de Rome, au Protonotaire Vary de Savigny, Clerc du Diocèse de Toul, et pour lors attaché au service du Pape. Ses bulles sont du jour d’auant les Ides de février ou de l’incarnation i506. C’est a dire du 12e février 1507 . selon notre maniéré de compter.
Il paroit toutefois que Sauigny ne jouit pas paisiblemf du Prieuré et que l’Abbé et les Relig*. de Senones y formèrent opposition, qui ne fut levée qu’en 1524. Vary de Savigny ayant transigé auec Eux, et s’etant engagé de ne remettre jamais le bénéfice en, d’autres mains que celles des Relig*. et à se conformer aux termes de la Bulle de Jules II. qui porte, qu’aprés sa mort, le Prieuré demeurera pour toujours réuni au monastère. L’Abbé Thirion présenta donc alors sa requeste au Duc Antoine, pour le prier de ratifier cet accord et d’ordonner que la Bulle de réünion auroit son plein et entier effet, à la mort de Savigny, et faire deffense à ses officiers et sujets de troubler les Relig*. de Senones dans f exécution de cette réünion.
En 152 7. le Protonotaire étant tombé dangereusement malade à Lunéville, l’Abbé de Senones présenta de nouveau une requeste aud. Duc Antoine pour le prier de donner commission à quelques-uns de ses officiers, d’empécher que les parens où les créanciers dud'. Protonotaire, ne s’emparassent des biens et meubles qu’il pouvoit a.uoir au Prieuré de Léomont, de peur que l’office diuin n’y soit • retardé ny délaissé. Le Duc ordonna par son décret au Seigr. de Dombasle et au Lieutenant de Bailli de Lunéville, qu’incontinent après le décés du Protonotaire, ils missent l’Abbé de Senones en possession du Prieuré de Léomont et fissent inventaire des meubles et effets du deffunt pour les remettre à qui ils appartiendroient.
L’Abbaye demeura en possession du Prieuré jusqu’en 1543. qu’il fut de nouveau envahi par René du Puy du Four, ainsi qu’on le dira cy après.
En 1509. dans l’Assemblée des Plaids annaux tenus le 21. Décembre, dans la Grande Salle de l’Abbaye, Thirion d’Antlup fit lire une charte en parchemin, scellée de 4 seaux, saine et entière, contenant certains appointemens faits entre l’Abbé de Senones Henri Breton de Deneuvre, et les comtes de Salm Jean et Jacques, lesquelles lettres on auoit accoutumé de lire chaq. année aux plaids annaux, pour renouveller et confirmer les droits et usages de l’Abbaye au val de Senones. Après la lecture de ces lettres, les Echevins et habitans dud. lieu, se retirèrent à l’écart, pour délibérer entre eux, puis étant retournés, l’Echevin portant la parole dit, que le Ban, le fond et la roye du val de Senones est et appartient à l’Eglise de Senones, sauf le droit d’autruy. Après quoy l’Echevin proposa encore que led. Seigr Abbé deuoit pourvoir d’un moulin aux habitans du Val de Senones, moyennant certaine quantité de farine. Sur quoy il y eut encor difficulté, l’Abbé ne s’accordant pas sur la manière de livrer la mouture. Enfin les habitans prétendirent auoir droit de bâtir des moulins dans le Val, moyennant cinq gros de cens, ce qui fut contesté par l’Abbé, qui en demanda acte au Notaire, qu’il auoit amené aux plaids annaux.
ni
Droits de l’Abbé de Senones dans le val de Senon es en 1509 et
Ii a i x de 1’ hermitage et de la chapel- 1 e de la Mer. 1511.
PI
ds a nn a u x d’Ancerviller tenus en
Les mêmes cérémonies et formalités furent observées aux plaids annaux de l’an i5il . Et l’Echevin au nom des communautés du Yal de Senones, y forma pareilles difficultés, auxquelles fut répondu de même par l’Abbé de Senones, qui dit que ce n’étoit que depuis 7 où 8. ans qu’on s’étoit avisé de parler du droit d’autruy. Il y eut encor débat au sujet des trois bois bannaux, où de Chambre appartenans au Seigr. Abbé, sauoir les bois de Jehanexey, de Belfey et de Rotomont; l’Echevin prétendant que si quelque habitant du val étoit trouvé coupant la huche huche} s’il étoit trouvé chargeant, le forestier l’arrête ; et s’il est en chemin, on ne doit pas arrêter son chariot, ni lui faire payer l’amende; et qu’au cas que quelqu’un soit gageable, on ne lui peut prendre pour gage que sa hache, où autre instrum1. dont il se sert pour couper du bois. Mais le Seigr. Abbé s’opposa à ces prétentions, soutenant que quiconque étoit trouvé coupant, chargeant où charroyant dans ses trois bois bannaux et seigneuriaux susdits, étoit amendable de 60. gros à lui et à ses successeurs Abbés de Senones, de quoi il demanda acte au Notaire présent.
E ni 511. le même Abbé conféra la chapelle etl’hermitage de N. D. de la Mer à un prêtre nommé Etienne Liégiez, de la Comté de Charolois qui promit de ne rien demander aud. Abbé ny à ses successeurs à l’occasion de lad. Chapelle, et les déclara dès lors ses héritiers après sa mort. C’est la lre fois que je trouve la donation de la chapelle et hermitage de la Mer.
L’attention de l’Abbé Thiiion d’Antlup à conserver les droits de son Abbaye, le porta à tenir les plaids annaux dans la Seigneurie d’Ancerviller. Il y cita les Maire et habitans d’Ancerviller, d’Halloville et de Couvay, qui en dépendent, et après avoir lait lire la Charte qui contient les droits, rentes et revenus dud. Anserviller et des villages en dépendans, il demanda aux Prudhommes s’ils auoient quelque chose à y opposer où contredire, à quoy ayant répondu qu’ils s’y soumettoient et les vouloient observer à l’avenir, pour eux et leurs descendans, ainsi finirent lesd. Plaids
annaux le Dimanche 9e Janvier 1512. On peut remarquer dans cette charte que les Religieux de Senones sont seigrs. fonciers du Ban d’Ancerviller et du han, sans faire tort à autruy, et que toutes les amendes hautes et basses leur appartiennent, sans part d’autruy ; qu’ils y peuvent tenir leurs plaids annaux tous les ans, le dimanche d’après l’Epiphanie, s’ils ne jugent à propos de les différer. Ils ont droit de créer le Maire quand il leur plait, et les autres Gens de justice aux Plaids annaux, par élection des habitans d’Ancerviller et de Gouvay. Les cens et relévemens se doivent payer à la S4. Martin; ils ont droit de corvées et de chasse; si les habitans vont à la chasse et qu’ils tuent un sanglier, un cerf où un ours (*), ils en doivent apporter la tête, la trasse et le quartier droit, dans la maison des Seigrs. Relig*. de Senones. Il y a plusieurs autres particularités remarquables qu’on peut voir dans la Charte de cette année.
En 1513. quelques particuliers ayant construit des forges à faire du fer sur les finages de Grandfontaine et de Saussure, l’Abbé de Senones se plaignit qu’à son préjudice et sans sa participation, on eut érigé lesd. forges et qu’on ne lui en donnât pas le tiers du prodait, en conformité des anciennes transactions des années 1261. et 1284. Sur ces plaintes Jeanne de Fénétrange comtesse de Salm, comme tutrice de ses enfans Rhingraves comtes de Salm, et Marguerite de Sierck, aussi comtesse de Salm, passèrent une transaction auec led. Thirion Abbé de Senones, portant qu’il tireroit le tiers de tous les profits desd. forges, en fournissant par lui sa part des bois nécessaires pour leurs usages (2) ; Ce traité ne se trouve pas en original dans l’Archive, et la copie que j’en ay vüe, n’est pas signée, ce qui me fait soupçonner que ce n’est qu’un simple projet de transaction. Il est çertain qu’en 1510. l’Abbé Thirion (3) écrivit plusieurs lettres aux Dames comtesses ci-deuant
Transaction pour les forges de Grand- Fontaine,
(1) Cela prouve qu’on chassait encore l’ours à cette e'poque dans le ban de Senones, c’est-à-dire en 1512.
(2 et 3) Passages corrige’s par D. Calmet.
Sentence qui condamne les Carmes de Baccarat à fermer leurs Ecoles. 1515.
Plaids annaux tenus à Vip u c e 1 1 e ou la Broque. 1518.
nommées, pour se plaindre des contraventions que l’on faisoit aux anciennes transactions. Ces lettres auec les réponses sont écrites de la main de l’Abbé Thirion, dans un cartulaire aussi de sa main, qui contient le titre de fondation de l’Abbaye, les transactions de 1261. et 1284. et quelques autres titres.
Car il est important de remarquer ici, que ce bon Abbé est le premier qui nous ait laissé des registres de son gouvernement, dans lesquels on trouve plusieurs instructions importantes non seulement pour l’histoire de son monastère et de sa personne, mais aussy pour les biens et les affaires de l’Abbaye.
Les Carmes établis à Baccarat en 1433. par Conrad Bayer de Boppart Evêque de Metz, y auoient ouvert des Ecoles, et le maitre des Novices de ce couvent y auoit assemblé un assé’s bon nombre d’Ecoliers. Le Prieur où administrateur de Moniet et les Chanoines de Deneuvre, comme curés du lieu, et en possession de nommer et instituer les maitres d’ecole, dans l’étendue de leur Paroisse, s’y opposèrent et en portèrent leurs plaintes au Seigr. Evêque de Toul, comme ordinaire du lieu. Non seulemL les Carmes n’eurent aucun égard aux remontrances et aux plaintes du Prieur et des Chanoines, ils méprisèrent même les citations, monitions et censures de l’Official de Toul, et usèrent de paroles peu respectueuses envers la Cour Episcopale et envers les plaignans. Enfin néanmoins ils jugèrent à propos de se soumettre et le Seigr. Evêque de Toul par sa sentence du 23. Janv. 1515. les condamna à fermer leur école et leur defïendit d’attirer ni recevoir dans leurs Ecoles, aucun enfant de Baccarat, et en outre de taire désavouer publiquemf dans un sermon prêché par un d’entre eux dans leur Eglise, tout ce qui s’étoit dit au mépris de la jurisdiction Episcopale dud. Seigr. Evéq. de Toul.
En 1518. Thirion d’Antlup tint ses plaids annaux au ban de Vipucelle, dans la ville de Vipucelle où de la Broque> accompagné de Messire Guillemin Mignon Prieur de Xures et du maire Olry maire du ban de Salm et de plusieurs
autres. On y lut les droits de l’Abbaye de Senones au ban de Salm, et il y fut reconnu que le Sr. Abbé de Senones a droit de tenir ses plaids annaux aud. ban au terme de S1.
Martin, où autre jour selon sa commodité, et que chaque habitant est tenu de s’y trouver sous peine de 5. sols d’amende, que led. Sr. Abbé est seigr. foncier dud. ban et du han (a) ; qu’il crée le Maire, le Doyen et l’Echevin sans (a) Le Ban et part d’autruy ; qu’il a la moitié de toutes les amendes dud. ^ ^rierrlioTe" ban contre Messrs. les comtes de Salm pour l’autre moitié, ei ies iiabua- Item les droits de chasse et de pêche, divers cens et autres ha"
droits communs auec les Comtes de Salm, que l’on peut voir exprimés plus au long dans la lettre des Plaids annaux de cette année 15i8.
La même année il tint aussy ses Plaids annaux dans le ix ban de Plaine, au village de Saulxures, où les Gens de jus- Plaids antice, les Notables et les manans des lieux étant assemblés, naux
Ban de
on lut publiquemh on reconnut et on renouvella les anciens plaine, droits de l’Abbaye dans le val de Plaine. On y reconnut ibib.
1° que le Seigr. Abbé de Senones est seigr. foncier du fond, de la roye et du han dud. ban de Plaine ; 2° qu’il y peut et doit créer la justice, sans empechemh d’autruy ; 3° qu’il prend les deux parts de toutes les amendes, contre le Seigr. comte de Salm voüé de l’Abbaye pour le tiers. 4° qu’il peut tenir ses Plaids annaux trois fois l’année, sauoir au mois de février, au mois de May et au mois de Novembre. 5° Le Seigr. Abbé a droit d’acenser aud. ban de Plaine partout où il y a lieu de le faire, et ce sans part d’autrui. 6° Les criminels se doivent prendre et juger par la justice de Plaine, qui les remet aux Gens du Seig1’. avoué (2) pour les faire punir, et s’il y a confiscaôn, les biens fonds demeurent à l’Abbaye et les meubles au Seigr. avoüé (3). 7° Il a les droits de corvées, de chasse, de pesche etc. aud. ban de
(1) Cette note marginale est de la main de D. Calmet.
(2 et 3) Même observation que celle déjà faite dans le cours de cette publication, à savoir que le travail du copiste portait voué, mais que D. Calmet a partout e'crit avoué.
Plaine, ainsi qu’il est plus amplement marqué dans les lettres des Plaids annaux. Tout ceci prouve la diligence et l’exactitude de l’Abbé Thirion, à maintenir et à renouveller les droits de son Eglise.
x Les chanoines de S*. Diez ayant fait unir par Bulle apos-
S e none s
laquelle ils n’auoient que le tiers dans les grosses et mé-
fait aux nues dixmes, contre l’Abbé et le Couvent de Senones pour c ha no i- ies deux autres tiers, l’Abbé Thirion d’Antlup qui étoit seul
nés de S1.
Biez de là Patron et collateur de lad. Cure, s’en plaignit et fit ses opponominaon sitions à l’execution des Bulles d’union. Après quelques a la Cure débats on convint en 1518. que l’Abbé de Senones céderoit
de Brou-
ville. auxd. Chanoines son droit de nomination à la Cure de 1518. Brouville, moyennant trente frans barrois d’indemnité, que lui donneroient les chanoines, laquelle convention fut approuvée par le Pape Leon X. par sa Bulle du 6. des calendes de Décembre 1518. En outre il fut convenu que les Abbé et couvent de Senones continueroient à percevoir les deux tiers dans toutes les dixmes et novales de la Paroisse de Brouville et de ses annexes. Ce traité a subsista jusqu’en l’an 1686. que le Roy très chrétien ayant fixé les portions congrues des Vicaires à 300u. et ayant ordonné qu’à l’avenir il n’y auroit plus de vicaires amovibles, mais qu’ils seroient tous perpétuels, les vénérables Chanoines de SL Diez rétrocédèrent à l’Abbaye le droit de collation, au moien de quoy ils demeurèrent déchargés de la redevance de 30. frans que le Sr. Abbé de Senones paye aujourd’huy au couvent dud. lieu, pour indemnité de leur part au droit de collation de la Cure de Brouville.
xi Les Paroissiens des Paroisses de SL Jean et de SL Mau-
Bifficuités rice prétendoient que les Abbés et Relig. de Senones, où sur la des- \()UVS chappelains, étoient tenus de chanter chaque semaine Cu*res d * une messe à la paroisse de SL Jean, et une autre à la pas*. Jean roisse de S1. Maurice. L’Abbé et les Religieux soutenoient et de s‘- au contraire, qu’ils n’étoient obligés que de célébrer une
Maurice.
messe à chacune des deux Paroisses chaque semaine à l’alternative. Comme les esprits s’échauffoient et que f on étoit
à la veille d’entrer en procès, Nicolas comte de Salm et Seigneur de Viviers, fut prié par les parties de juger leur différent. Il le fit en disant que les chappelain où vicaire, quel qu’il fut, régulier ou séculier, demeurant en la maison de cure seroit tenu de célébrer chaque semaine deux messes, une à S1. Maurice et l’autre à SL Jean, et en outre de dire la messe dans les deux paroisses aux fêtes de la Vierge et des Apôtres, qui seront doubles; que les Abbés et Religx. seroient obligés de dire chaque semaine une messe à l’alternative dans l’une des deux Paroisses comme curés, et que pour la 2e. qu’ils diroient dans l’une des deux paroisses par une espece de surerogaôn, les paroissiens des 2. paroisses conjointem1. leur délivreroient cinq francs monnoye de Lorraine par année, au terme de S1. Martin d’hyver. Quant aux offrandes, on cède aux Abbés et Religx. toutes les Offrandes d’argent, de bled, de petites chandelles où petits morceaux de cire; mais si l’on offre quelque gros morceau de cire où des cierges où chandelles entières, d’une grosseur considérable, on les laissera à la fabrique pour l’usage des autels. Fait le 6e Sept. i520. Tout cela nous donne l’idée d’une discipline bien différente de celle d’aujourd’huy (i).
Il arriva en i522. un cas qui nous fait connoitre qu’elle étoit l’application de l’Abbé Thirion d’Antlup à conserver les droits de son Abbaye. Un nommé Michel de Senones ayant été arrêté pour fait de larcin, fut mené à Badonviller et détenu assés longtems dans les prisons dud. lieu, sans qu’on eut égard aux instances de l’Abbé de Senones, qui le fît répéter plusieurs fois, pour le faire mettre dans ses prisons, selon l’ancienne coutume. Quelque tems après le Maire et la justice de Senones étant assis deuant la porte dud. monastère prests à rendre la justice, les châtelains et Prévost de Badonviller amenèrent led. Michel à la porte de l’Abbaye. Alors l’Abbé Thirion accompagné des Religx. de
(Il Dans le inss. de Saint-Dié, on voit ici un passage e'crit, puis barré, par D. Calmet.
XI ï
Maniéré de juger et punir les cri min eis en ïa justice de l'Abbé de Senones.
Union de la Cure de S1. Hilaire de Metz à la mense Abbatiale de S e n ones. 1523.
sa communauté, addressant sa parole aud. châtelain et à tout le peuple présent, le pria de trouver bon qu’il lui lût l’article des Plaids annaux qui concerne la maniéré de procéder contre les criminels. Le châtelain y consentit et on lut, que quand on auoit pris un malfaiteur, on le devoit mettre entre les mains de l’Abbé, qui le faisoit mettre dans ses prisons par son Maire, après quoy le Maire le conduisoit dans la forteresse de l’avoué (Q, qui le faisoit ramener par son Prévost dans P Abbaye, et le remettoit entre les mains du Maire de l’Abbé, qui lui faisoit son procès dans la Sale et en présence de l’Abbé, lequel commandoit qu’on fit bonne justice mais qu’on ne fit point de tort au malfaiteur. Et après qu’il étoit ainsi jugé, on le remettoit entre les mains des Officiers de la justice du Seigr. avoué (2). C’est ce que portoit l’article qui fut lû deuant l’Assemblee.
Après cette lecture l’Abbé se plaignit de l’infraction qu’on avoit laite à cette ancienne coutume et en demanda acte de non préjudice au Notaire, disant que telle étoit l’intention du Seigr. Prince de Salm, que tout ce qui pouroit être fait où entrepris contre ses droits, ne tireroit pas à conséqce. et ne pouroit lui porter préjudice.
En 1523. l’Abbé Thirion obtint du Pape Adrien VI. l’union et incorporation à perpétuité des biens et revenus de la paroisse de Sf Hilaire de Metz, à sa mense abbatiale. Quelqu’un de ses Prédécesseurs auoit déjà lait incorporer à lad. mense 1^ moitié des revenus de cette Paroisse. Thirion pour prévenir les difficultés qui pouroient survenir à l’avenir auec les Curés dud. S1. Hilaire, au sujet du reste de ces revenus, en demanda l’entière union à sa mense, alléguant de plus que le culte diuin se feroit auec plus de décence dans son monastère et même dans lad. Eglise. Quoyqu’il en soit de la validité de ces raisons, le Pape accorda la grâce et l’Eglise de Sf Hilaire est demeurée unie à l’Abbaye jusqu’à la destruction totale de cette paroisse arrivée appa-
(1) ... du voué ; mais D. Calmet écrit de V avoué.
(2) Même observation que pour la note précédente.
rem4, en 1552. pend1, le siégé de Metz par l’Empr. Char-
les Y (i).
Pendant que notre bon Abbé met tous ses soins à récu-
perer les biens de son Abbaye et à conserver ses anciens incendie du
droits et privilèges, Dieu permit que le monastère de Senones fut entieremf consumé par le feu. Voici comme il raconte lui meme ce triste Evénement, dans un Registre écrit de sa main ez années 1533. 1534. et suivantes.
« L’an 1534. le 13e jour d’Avril, Lundi de quasimodo « entre les dix et onze heures de nuit, étant les Religieux « et autres de la maison endormis de premier somme, fut « totalement brûlée notre d. Abbaye du feu de fortune, « ainsi qu’il plut à Dieu le permettre, sans y rien réserver « en tous les états, tant dud. couvent que l’Etat abbatial « auecses Eglises, varriers, clouchies et douches (2) tota- « lemh fondues ; de laquelle Eglise nous auiens parti le « matin et en etiens allés au Prioré de Moniet, pour être à « la four à Deneuvre, onquel lieu les nouvelles de lad. force tune nous furent apportées, par Durand Vvirion sindic ce de l’Eglise. Après lesquelles ouïes, prîmes peine de dire « nos heures et après célébrer messe, rendant grâces à « Dieu le Créateur de lad. fortune et priant Dieu de vouloir «■ donner la patience de nous y conduire en bonne pa- « tience, à son honneur et à sa gloire et à salut des âmes, « Amen.
« Et à la même heure furent brûlées toutes les maisons « de deçà le pont, même celles du Rastant, jusqu’à la mai- « son Didier Meuget, que fuit à Chrétien du Bastant. »
Presque tout le reste de la vie dud. Abbé fut occupé à réparer l’Eglise et le monastère. Nous auons encore les mémoires et marchez qu’il fit à cet effet. Pour la réparation des marnages de la toiture de l’Eglise et des clochers, il
m o n a s tere et du bourg de Senones.
(4) La fin de cet art. XIII est e'erite de la main de D. C. et mise en surcharge du travail du copiste.
(2) La cloche de la paroisse de Senones , qui a été cassce et refondue en 1747. avoit été fondue par l’Abbé Thirion d’Antlup en 1534. — . Note de D. Calmet en marge de l’art. XIV. p. 275 du mss.
Rôle de Th iri o n d’Ant lup en 1536.
Coadjutorie deD. Jean D u r a n d neveu de T h i r } o n d’Ant lup.
Accord ent r e les Seigr*. de Vitrimont et les com-
donna en 1534. neuf vingt et dix frans aux ouvriers et charpentiers, et pour recouvrir et réparer tout le monastère, il emprunta auprès de l’ibbé d’Autrey la somme de 200. frans monnoye de Lorraine au mois d’Oct. 1534. ce qui fait voir quelle étoit alors la rareté de l’argent et la modicité du salaire des ouvriers.
Dom Claude Padoux Abbé de Senones dans le Rôle où réglemb qu’il dressa en 1569. pour le partage des biens de FAbbaye et des Religieux, et pour régler ce qu’un Abbé leur doit donner pour leur subsistance, cet Abbé, dis-je, dit que dans l’incendie dont nous auons parlé, les Chartes , lettres et Registres des Seigneuries , censes , rentes et droitures appartenantes à nos frères Relig. et couvent de Senones, furent perdues et brûlées en la plus grande partie. Il ajoute que le 18. Déc. 1536. l’Abbé Thirion d’Antlup passa un instrument d’accord, dit le Rôle, avec ses Relig*. Je n’ai pu recouvrer ce Rôle, mais c’est le premier dont nous ayons connoissance et il a servi de base à tous ceux qui sont intervenus depuis son tems entre les Abbés et le couvent, et à toutes les séparations de mense que l’on a faites jusqu’aujourd’huy.
En 1536. l’Abbé Thirion d’Antlup âgé de 60. ans et sujet à quantité d’infirmités, qui ne lui permettoient pas de vaquer, comme il l’auroit souhaité, aux affaires de son monastère, demanda au Pape Paul III. pour son coadjuteur Jean Durand son neveux âgé d’environ 20. ans et profés de l’Abbaye de Senones. Le Pape lui accorda sa demande et Jean Durand obtint ses Rulles de coadjutorie le 9e des Calendes de Janv. où le 24 Déc. 1536. Et il obtint du Duc Antoine le 26. Juin 1539. un décret sur Requeste, pour en cas de vacance prendre possession de l’Abbaye, dont il auoit obtenu les Rulles de coadjutorie.
Les communautés de Lunéville, Viller et Ménil prétendoieat auoir droit de couper à la serpe et à volonté dans les bois nommés la Fouëresse de Vitrimont, la fouëresse du four des Seigneurs de Vitrimont, le bois nommé Pignat qui est la fouëresse de Léomont, le bois appelé Arriére fosse, le
bois des Novves, le bois des Fayessieux, le bois Souxeï, le bois le Cugnat l’Official, dépendans de la Seigneurie de Vitrimont. Les Abbés et Relig*. de Senones, conjointement auec Jean de Vautronville Bailli d’Epinal, Jean de Sauigni Seigr. de Léomont, Philippe des Sales Seigr. de Gombervaux soutenoient le contraire. Les Parties portèrent leurs contestaôns devant les Baillis et la Noblesse de Lorraine comme Juges arbitraires, qui jugèrent que les villes de Lunéville, Viller et Ménil auront pour toujours les bois appellés les nouvées prés la Garenne de Yitrimont, les bois de Fayessieux, Arriéré fosse et le Pignat, moyennant quoi ils n’auront plus rien à répéter dans les autres bois ci deuant nommés. Cette sentence arbitrale qui fut portée le 8. Mars 1534. fut confirmée par le Duc Antoine le lendemain de la même année (t).
En 1536. sous le Gouvernement de l’Abbé Thirion d’Antlup, je remarque qu’on envoioit les jeunes religieux de Senones, étudier chez les Pères Carmes de Baccarat : que ces jeunes religieux de Senones étoient pensionaires, vivans dans la Maison de ces Pères, qui avoient alors pour l’ordinaire deux lecteurs ou professeurs; je remarque de plus qu’ez années 1439. 1440. 1441. 1443. ils fournissoient jusqu’à 9. 10. 12. et 14. Prédicateurs dans toutes les chaires des environs. Ainsi Valentin Abbé de Senones ne pouvoit choisir une école ni plus célébré, ni plus à portée, ni plus propre à inspirer l’esprit de pieté à ses Religieux, qu’en les envoiant aux Pères Carmes de Baccarat, pour vivre au milieu d’eux, et profiter de leurs exemples et de leurs instructions.
Il y eut en 1536. un très gros procès au sujet des corvées et autres droits seigneuriaux de la Seigneurie d’Antlup, entre les Seigrs. dud. lieu et les habitans, sur quoy intervint une sentence arbitrale, qui maintint les Seigneurs dans leur droit de corvées et autres droits dans ce lieu.
En 1538. et 1539. 4. ou 5. familles du village de Celle,
munautés de Lunéville, Viller et Ménil. 1534.
Comptes ms‘.
desR. P Carmes de Baccaral.
Départ de Court pr.
les c o rvées d’Antlup.
(1) Ici le mss. porte un renvoi à une feuille volante de D. C.
Fondaôn de
l’Anti enne Inviola t a à
chanter tous les jours deu a n t la 2üo ton de.