‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 49 sur 82 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

JEAN DURAND, 51e Abbé, depuis l’an 1541. jusqu’en 1545.

Si Jean Durand n’auoit qu’en viron 20. ans, lorsqu’il fut fait coadjuteur de Thirion d’Antlup son oncle, il ne pouvoit auoir qu’environ 22. ans lors de la mort de Thirion, arrivée, comme on l’a dit, le 3e de Janv. 1541. Il prend le titre de Jean Durand de Crévi Abbé de Senones et Prieur de Léomont, dans un titre du 15e de Sept. 1541. qui est une acquisition d’un quart de l’étang de Vitrimont. La même année il obtint un départ de Court, qui règle les droits et rentes de l’Abbaye à Magnéville et en particulier le droit de créer le Maire du lieu. Il acheva en 1542. les voûtes et les arcsboutans du cloitre que l’Abbé Thirion auoit commencé.

Il accorda la même année à une de ses nièces, une prébende dans l’Abbaye de Senones, c’est à dire, qu’il passa auec elle du consentement du couvent, un traité qui lui assuroit pour toute sa vie, pareille nourriture et entretien, que l’on donnoit à chaque Religx de l’Abbaye ; et cela en consideraôn et en recompense des services, que l’Abbé Durand auoit rendus à l’abbaye et de ceux qu’il pouroit

C o m m e n ce m l. de Jean Durand Abbé de Senones.

Il accorde à une de ses nieces une

prébde

dans l’Abbie. de Senones.

René du P u y du Four est pourveu du Prieuré de Léomont.

Rôle où partage des deux menses entre l’Abbé Jean Durand et les Religx. de Senones.

Anserviller.

Magnéville.

Celle.

Moacourt.

Vaqueville.

Ogéviller.

Frumeuil.

encore lui rendre. Il lui assigna de plus une demeure dans l’enceinte de l’Abbaye et les habits, linges et meubles nécessaires pour son honnête entretien.

Quoyque le Prieuré de Léomont fut réuni à l’Abbaye par Bulles de l’an 1499. cependant un clerc nommé René du Puy du Four, s’en fit pourvoir en cour de Rome en 1543. Il en joüit jusqu’en 1552. qu’il y renonça en faveur du monastère, à condition qu’on rachepteroit non seulemf les revenus du Prieuré de Léomont, mais aussi une pension de 300 fr. sur les autres biens du Monastère, qu’il s’etoit fait donner (l) ; qu’on racheteroit tout cela par une somme très considérable qu’on lui assura.

En 1544. et peu auant sa mort il fit une espèce de partage de mense, entre lui et ses Religx. Nous avons déjà vû que Thirion d’Antlup son prédécesseur en avoit fait une, dont il est parlé dans le Rôle de l’Abbé Padoû, et que nous ne trouvons plus. Ces partages où rôles, comme nos Anciens les appelaient, étoient un réglemf de ce que l’Abbé étoit obligé de fournir aux Religx. outre leur pittance, tant en général qu'en particulier.

1° La Prévôté d’ Anserviller en justice, cens, rentes, dixmes, auec la maitairie, la moitié des grosses et menues dixmes de Magnéville, le moulin, la rivière, les preys, les cens d’argent et de volaille, appartiennent à la mense des Religx., lesquels peuventéta blir un d’entre eux pour exercer la Prévôté d’Anserviller, et celui cy constitura les douze jurés à Senones, pour auoir inspection sur les vins et autres victuailles qui s’y vendent (2).

2° Le tiers des dixmes de la Cure de Celle, et la rivière d’Art sur Meurthe ; les grosses et menues dixmes de Moacourt ; le tiers de la moitié des grosses dixmes de Vaqueville, qui appartenoit ci deuant à la Crosse Abbatiale, est cédé aux Religx. item les deux parts des grosses dixmes d’Ogeviller et de Fruménil ; la moitié des menues dixmes

(1) Surcharge de l’écriture de D. Calmet.

(2) Partie de la dernière phrase ajoutée par D. C.

Moitié du Prieuré du Moniet.

Cure de Senonés unie au couvent.

desd. lieux et un tiers des dixmes de Buriville. De plus Buriviiie.

42. quartes de grains, montant à 24. resaux seigle et auoine, qui sont dûs annuellem4. sur les gerbaux de Don- Donjevm. jevin et 30. gros qui sont dûs sur les fours dud. lieu, comme aussi tous les cens d’argent, de graines, de fèves, de volailles, contenus dans les anciens registres de la pitancerie, tant au val de Senones qu’ez lieux susdits.

3° Toutes les fondations, messes, services, anniversaires sei de Moienvic. fondés dans l’Eglise de TAbbaye, pour lesquels les Religx. perçoivent annuellem1. 2. muids de sel sur les salines de Moyenvic jusqu’à rachapt; leur appartient encore pour augmentation de lad. pittance, la moitié du Prieuré de Moniet et de toutes ses dépendances.

4° Item à cause de l’union faite par le S1. Siège de la Cure de Senones au couvent, appartiennent aux Religx. la moitié de tous les mortuaires, de toutes les oblations et de tous les emolumens provenans de cette cure ; Et outre ce, pour compétence (i), ou portion congrue, le Seigr. Abbé doit au couvent 23. quartes de grains mesure de Senones, moitié seigle et moitié avoine.

5° L’Abbé doit aussy chaque jour à un Religx. Prêtre, servant actuellement à l’Eglise, une miche et demie de pain, partie froment et le tiers seigle, desquelles miches on en fera dix d’un bichetel, à six bichetels par resal, mesure de Ravon. Chaque novice aura une pareille miche. Pour la boisson, chaque prêtre aura ùn méral ou chopine, mesure de Senones, de vin à diner et autant à souper ; et pour le potage et cuisine du couvent, l’Abbé doit donner par chacun an neuf vingt liures de bacon où porc, et encore au tems de Noël par chacun an, à chaque Religx. Prêtre vingt sept livres de chair de bœuf, et à chaque Novice et au cuisinier des Religx. à chacun treize livres et demi. Au Dimanche circumdederunt , qui est celui de la Septuagesime, à chaque Religx. Prêtre, un jambon et une poule, et à deux Novices un jambon et une poule ; et de plus le même jour

Pain el vin dus aux Religx.

Viande donnée aux Religieux.

(1) Surcharges de D. C.

Charges de l’aumonier.

Réglem1. pour les Religx. malades.

Mande' où aumône generale.

Potage fourni au couv*. pat l’Abbe'.

à la communauté conventuelle deux quartes de vin de change, par dessus leur pittance ordinaire. Tout ceci est à la charge de l’Abbé.

6° L'aumonier de FAbbaye, à cause de son office, devra à la communauté le soir de SL Martin et la veille des Rois, à chaque fois une quarte de vin ; et le même jour le cellerier en donnera autant. De plus l’aumonier pour deux tiers, et le pitancier pour l’autre tiers, fourniront le bois pour chauffer le poile du couvent, au tems accoutumé.

7° Si un Religx. tombe malade, l’aumonier sera chargé de lui fournir du monde pour le garder et soigner, et du feu pour le chauffer, le tout à ses propres frais ; et le Religx. malade continuera à avoir sa prébende à l’ordinaire. Pour tout le reste des besoins du malade, ils seront à la charge de l’Abbé.

8° L’aumonier doit faire le mandé où l’aumone générale deux jours l’année, savoir le mardi de carême entrant, donnant à chaque pauvre demandant, une michette de pain et une pièce de chair ; et le jour de la Toussaint, une michette de pain et un verre de vin. De plus il doit donner aux enfans sous l’age de 7. ans, les clochettes (a) de pain trois jours de la semaine, savoir le Dimanche, le Mercredy et le Vendredy, depuis la Toussaint jusqu’à la SL Pierre.

9° Le Sr. Abbé est encor tenu de fournir une fois le jour pour le couvent, le potage (à), c’est a dire pois, fèves, choux, navez, panées, sel, etc. Et au carême deux potages, où pour l’un des deux, une demie miche blanche pour faire la purée. Il doit aussi fournir les grandes nappes pour le couvent, et le cuisinier pour la cuisine conventuelle. Le prevost d'Anserviller fournira au cuisinier, un garçon ca-

(a) Le pain qu’on demande à la clochette et à la porte du monastère. Le peuple de Senones dit encore aller à la clochette, aller à la porte de l’Abbaye.

Cette note qui est en marge de la page 285 du mss. est de la main de D. Calmet.

( b ) Pulmentarium. Un mets de légumes ou autre chose.

Cette note de la main de D. Calmet est aussi en marge de la même page.

pable de le servir, qui sera nourri au dépens du couvent, et aura chaque jour une miche de pain ; fournira de plus le bois pour la cuisine commune du couvent.

10° Le Sr. Abbé fournira à chaq. Religx. Prêtre le jour de Noël six chapons, où 6. blancs pour chaque chappon, au choix de l’Abbé ; et chaque novice aura moitié de ce qu’on donne à un Religx. Prêtre. Pour le poisson que le Sr. Abbé auoit accoutumé de fournir au couvent le jour de SL Benoit et du grand Jeudy, il a été convenu qu’il donneroit 4. frans, au lieu dud. poisson. Item au jour des Rogations, il doit donnera chaque Religx. prêtre annuellement deux fromages de presse, et 2. douzaines d’œufs, et à chaque novice un Iromage et une douzaine d’œufs. De plus aux 3. fêtes de Noël, au 1er jour de l’an, au jour de l’Epiphanie et à la Purification, l’Abbé doit à chaque Religx. une grue de porc, et au lieu des aulx ou de l’ail et du blanc manger qu’anciennement on donnoit, il a été convenu qu’on lui donneroit chaque année 3. gros.

11° Le Sr. Abbé doit aussi fournir le vestiaire à ses Religx., savoir après les 3. premières années révolues qu’ils auront été faits prêtres, 25. gros à la SL George, et 27. gros à la SL Remi; et chaque Religx. se devra fournir d’une gorne (a) à sa première messe. De plus il doit donner annuellemL a chaque Religx. Prêtre, au terme de SL George, 4 fr. et demi, moiennant quoy il doit se fournir et entretenir de tout à ses frais. Et le 1er jour de l’an, le Sr. Abbé doit donner à chaque Religieux prêtre deux gros pour les couteaux, appelés les petites fermeries.

12° Et au lieu des six livres de vieux-oint, que chaque Religx. prêtre devoit recevoir chaque année, il a été appointé que l’on ne donneroit à chaque prêtre, que trois livres de vieux oint en espèce pour graisser leur chaussure au jour des Bures, et 3. sols pour les autres 3. livres, les 3. sols

(a) La gorne est le chaperon, ou capuchon.

Cette note marginale de la main de O. Calmet, est en marge de la page 286 du mss.

Chappons du jour de Noël.

Poisson du jour de S*. Benoisl el du grand Jeudy.

OEufs pour les jours des Rogations.

Vestiaire des Religx.

Vieux oint pour les chaussures.

Jours auxquels l’Abbé officie. Il doit traiter les Religx.

Messe delà Passion fondée par Thirion d’Anllup.

Inviolata fondée par le même.

Messe de Requiem pour tous les Lundis.

valans 9 blancs, et aux novices la moitié d’autant qu’on en donne à chaque prêtre.

13° Les jours auxquels l’Abbé doit dire la Grande messe, savoir Noël, Pâques, la Pentecôte, le jour de SL Pierre et de S1. Paul, de S1. Simeon, de la Toussaint, il doit nourrir et entretenir les Religx. de toutes choses, à l’exception delà quarte de vin, qu’on a accoutumé de donner aux jours de fêtes en chappes, mais on donnera seulemL la quarte ordonnée pour chanter ô salutaris hostia ; et pour la collation, on leur fournira chacun de ces hauts jours, une quarte de vin.

14° L’Abbé Thirion d’Antlup ayant fondé à perpétuité une messe de la Passion pour chaque vendredy de l’année, avec le gloria in excelsis, prose, credo et cinq collectes dont la lre devoit être de la passion, la 2e de N. D., la 3e de SL Pierre et de SL Paul, la 4e de S. Simeon et la 5e Pietate, et à la fin de la messe, la passion selon SL Jean; et tous les Dimanches et fêtes qu’on faisoit la procession à la Rotonde, on y devoit chanter VInviolata , avec le verset et la collecte selon le tems. De plus il avoit fondé un service annuel avec les vigiles, messes et obsèques pour le jour de son décès, et un autre service pour le jour suivant; le tout pour le repos de son ame et pour celles des Abbés ses prédécesseurs, pour lesquelles fondations il assigna 20. frans à prendre, savoir 15. frans sur les 30 frans dûs par les venerables chanoines de SL Diez, pour la cession à eux faite de la cure de Brouville, et cinq frans sur une maison à Ravon ; l’Abbé Jean Durand agréa et confirma la fondation de l’Abbé Thirion son oncle, et y ajouta cinq frans et demi de rente annuelle, à prendre sur le prey de l’Etang de Vitrimont.

15° Item les Lundis de chaque semaine, se chante une messe de Requiem et l’Abbé donne au Religx. qui la chante, un méral (a) de vin, et une miche blanche pour chaque

(a) Un méral de vin, une certaine mesure de vin pur, mcrum, p-r opposition a mixtum, du vin mêle dont parle S1. Benoit.. .

Note marginale de D. Calmet, p. 288 du mss.

fois. Ce rôle ou convention fut faite l’an 1544. et scellée du sceau de l’Abbé, de celui du couvent et de celui de l’Abbé et de tout le couvent d’Etival. Comme c’est la plus ancienne transaction faite entre l’Abbé et les Religx. de Senones, nous avons cru la devoir rapporter au long, parce qu’elle sert comme de base à toutes celles qui ont été passées depuis.

Le Seigneur Jean Bayer de Boppart, Seigr. de Chateau Brehain de Launoy et de Magnéville, ayant été en différend avec l’Abbé et le couvent de Senones, à cause du moulin dud. Magnéville, auquel il ne vouloit pas consentir que ses sujets allassent moudre, l’Abbé et le couvent associèrent Georges Bayer héritier de Jean Bayer aud. moulin, à condition qu’il seroit bannal aux habitans de Magnéville, à quoy les habitans donnèrent leur consentement le 9e Juillet 1543.

Anciennement lorsque le tems de la moisson approchoit, l’Abbé de Senones et le curé de Bazémont, qui possèdent chacun la dixme dud. village de Bazémont, se trouvoient ou en personnes, ou par leur Procureur au sortir de la messe paroissiale du même lieu, et disoient aux Paroissiens:

« Messieurs, voici le tems et la saison de la moisson, s'il « vous plait, suivant la coutume ancienne, vous élire et « nommer 9. hommes à trois fois, dont d’iceux soit de la « lre, 2e, où tierce fois, en prendrons deux pour nous ser- « vir, en faisanl serment ez-mains des Echevins, ainsi « qu’on a accoutumé. »

Après l’Election ainsi faite, les deux Seigrs. dixmiers étoient obligés de donner chacun un fran barrois à la communauté de Bazémont pour leurs vins ; et les deux dixmeurs où pauliers, étoient tenus de payer à l’Église deux quartes d’huile. Cette coutume s'observa pendant fort longtems. Dans la suite les habitans de Bazémont permirent aux fermiers des Seigrs Dixmiers de choisir eux mêmes leurs pauliers, mais toujours à charge de fournir les deux frans et les 2. quartes d’huile. Quelque tems après on voulut faire refus de payer lesd. deux frans et les deux quartes d’huile, et comme les habitans étoient prêts d'entrer en

Association pour le moulin banal de Wagnéville entre le Seigr. de Iiaunoy et l’Abbé de Senones.

Accord pour les Pauliers des dixmes de B azemont.

procès avec le Sr. Abbé et le Sr. Curé, on convint qu’a l’avenir le choix des deux Pauliers dépenderoit uniquem1. des Seigrs. dixmiers, qu’ils continueroient à payer la redevance ancienne et accoutumée; que les Pauliers préteroient le serment devant les Echevins, et que nul ne pouroit enlever les gerbes de son champ, que les gerbes des dixmes ne fussent assemblées. Fait à Lunéville le 1. d’Aoust 1543.

vi Jean Durand paroit avoir été homme exact et bien inten-

Mort de tionné, mais la mort ne lui donna pas le loisir de faire tout l’Abbé ie bien qu'il auroit pû faire à son Abbaye, s’il avoit vécu rand. U" Plus l°ngtems- H mourut à Léomont le 1. Mars 1545. Il y fut enterré devant l’autel de la Vierge où l’on voit sa tombe et son épitaphe. Ses armes sont les mêmes que celles de son oncle Thirion d’Antlup, à cela prés qu’au lieu des deux croisettes qui sont en haut de l’Ecusson de son oncle, il a mis deux étoiles (i) au haut du sien. Ses ossemens furent transportés de l’Eglise de Leomont dans celle de Senones le 4. de Juillet 1738. les Religieux du Ménil n’aiant point alors de chapelles pour les y inhumer.

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