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CHAPITRE XXXVIII

DOM CLAUDE PADOUX, où PAUL-DOUX, 52° Abbé, depuis l’an 1545. jusqu’en 1564.

i Claude Padoux étoit natif de Remberviller, où l’on mon-

C o m m e n - tre encor la maison de ses Ancestres. Il fut pendant assés cem‘. de jongtems gouverneur où administrateur du Moniet, et Padoux. l’Abbé Jean Durand étant mort le 1er Mars, il fut élu par la voix unanime du S1. Esprit peu de jours après la mort de son prédécesseur, puisque ses bulles sont dattées du 7e des

(1) A partir de cet endroit, jusqu’à la fin du chap. l’e'criture est de I). Calmet, qui a encore fait plusieurs corrections et surcharges de sa main dans le texte qui pre'cède.

calendes d’ Avril où du 26. Mars 1545. c’est à dire 25. jours après la mort de Jean Durand; mais on a déjà pû remarquer que souvent on faisoit l’election le jour même de la mort de l’Abbé, où le lendemain jour des obsèques. Quelquefois cela se faisoit avant que de l'enterrer et présente corpore.

D. Claude Paul doux

Dans ses Bulles qui sont du Pape Paul III. il est dit que le monastère de Senones, est Tullensis seu nullius diœcesis, et c’est la lere. fois que j’aye remarqué cette manière de parler. En 154 4. dans le Rôle de l’Abbé Jean Durand, il est dit, que le monastère de Senones du Diocèse de Tout , est sans moien sujet au S b Siège apostolique. Dans l'acte de fulminaôn fait par Claude Champenois, licentié en l’un et l’autre droit et chanoine de Toul, il est marqué de même Tullensis seu nullius Diœcesis. Le droit d’election est distinctement exprimé dans ses Bulles, et il y est dit que l’Abbaye n’est taxée que cent florins d'or dans les livres de la Chambre apostolique.

(!) Cet écusson et les inscriptions sont de la main de D. Calmet. Le dessin est très- grossièrement ébauché ; mais j’ai pensé, en le calquant comme les autres, qu'il valait mieux lui conserver sa configuration originale et reproduire ainsi, aussi fidèlement que possible, les fac simile des dessins de l’Abbé de Senones.

Prise de possession de Claude Padoux au mois d’Aoust 1 5 4 5.

troublée par les o ffi c i e r s de S. A. de Lorraine.

Accord avec les bouchers de Deneuvre et de Baccarat au sujet des dixmes de laine.

D roits des

Le procès ou acte de fulmination des Bulles, et l’ordre de le mettre en possession, est du 26. Aoust 1545. Padoux en conséquence prit possession du temporel et du spirituel, en vertu de ses Bulles, tant dans le chef que dans les membres ; mais les officiers de S. A. de Lorraine où des Régens de la Lorraine, pendant la minorité du duc Charles III. savoir Christienne de Dannemarc et le Prince Nicolas de Lorraine, Evêque de Metz, ces officiers, dis-je, sans avoir égard à cette prise de possession et à propos de rien, mirent empêchement sur certains membres de l’Abbaye, situés non seulement en Lorraine, mais aussi dans FEvéché de Metz, ce qui obligea l’Abbé Padoux de présenter plusieurs Requestes auxd. Dame et Seigr. ayant la Régence de Lorraine, pour les prier de faire lever ces empechemens. Il leur auoit présenté une requeste dés avant le 5e. d’Octobre 1545. Il en présenta une 2e. ce jour 5e. d’Octobre, une 3e. le 19. du même mois, et une 4e. le 3e de février 1545. c’est a dire 1546. avant Pâques, selon notre maniéré de compter. Toutes ces requêtes furent décrettées ; mais les Décrets ne contiennent que des remises et des renvois des parties tantost à Nancy, tantost à Deneuvre, et tantost à Condey, où au lieu que la Cour se tenoit. Je ne trouve pas quand FAbbé fut paisible possesseur, car je n'ay veu aucun monument des premières années de son gouvernem1. jusqu’en l’an 1549.

En cette année D. Claude Padoux, qui prend la qualité d’Abbé de Senones et de Prieur du Moniet, fit un accord conjointem1. avec le chapitre de S1 Georges de Deneuvre d’une part, et les bouchers de Deneuvre et de Baccarat d’autre part, par lequel lesd. bouchers s’obligeoient de donner pour la tondaison de chaque douzaine de moutons où brebis, venant de marchandise, sept blancs monnoye de Lorraine. La même année les bourgeois de Baccarat lui donnèrent une reconnaissance par laquelle ils avoüoient qu’en qualité de Prieur de Deneuvre, il avoit droit de glandée à Baccarat.

En 1551. nous trouvons une déclaration des droits des

Seigneurs deBayon àBorville, contre leSeign1*. Abbé de Senones, qu’il sera bon de comparer avec le titre d’accompagnem1. pour cette Seigneurie entre les Seigrs . de Bayon et l’Abbé de Senones passé en l’an 4249. Voyés ci-devant sous Tan 4249.

Sur les difficultés qui étoient survenues entre Robert de Lénoncourt Evêque de Metz, et Claude Padou Abbé de Senones, au sujet du Neufmoulin situé prés de Merviller, lesd. Evêques et Abbés firent un appointent . en 4554. portant que les trois moulins de Chénexiéres, de Vaxainville et le Neufmoulin, seroient communs entre lesd. Seigneurs, et seroient bannaux pour les villages de Brouville, Biouvelotte, Haudomey, Reherey et Vaxainville, et ne feroient en quelque sorte qu’un seul moulin bannal. Que la haute justice en demeureroit au Seigr. Evêque, qu’il seroit bailleur à ferme desd. 3. moulins, en y appellant un Officier du Sr Abbé. Que les vins, si aucuns y avoit, les profits et emolumens de ces 3. usuines, seroient communs et se partageroient par moitié. Que le Prieuré du Moniet y seroit exempt de moûture. Que toutes les réparaôns desd. moulins, se feroient aux frais de l’Abbé, mais que les bois seroient fournis par le Seigneur Evêque. Fait le 15. Juin 4554.

La même année il plut aud. Seigneur Evêque, pour justes causes à ce le mouvantes, comme il disoit, faire arrêter les dixmes novales provenantes des terres défrichées depuis 40. ans par les habitans de Baccarat, Thiaville, Vaqueville et ses dépendances, Brouville et Merviller. L’Abbé de Senones en porta ses plaintes et fit ses remontrances au Seigr. Evêque, disant qu’il avoit droit de percevoir les dixmes et novaux dans les bans des terres ainsi défrichées. Le Seigr. Evêque soutenoit que les bois défrichés n’etoient pas des bans et finages des lieux susdits. Enfin le Prélat se désista de ses prétentions et laissa F Abbaye de Senones dans la jouissance des novales dont on a parlé. L’accord fut passé au chateau de Rembervilller le 5. de Sept. 4554.

(') Cependant les Seigneurs comtes de Salm aiant em-

(1) Le commencement de cet art. VII est complètement remanié par D. Calmet, dont on rencontre l’écriture et les ratures dans les premières lignes surtout.

Seigrs. de 3 ay o n à Borville.

Association entre les S e i g rS.

Evêques de Metz et l’Abbé de Senones pour le Neufmoulin.

E/Evéq. de Metz renonce aux dixmes novales des terres défrichées dans les bois.

îi’Abbé Padoux à recours au

Suc de Lorraine contre les entreprises des Officiers du Comte de Salin.

brassé les nouvelles erreurs de Calvin ou de Luther, vers Fan i550. les officiers des dits Comtes de Salm, ne gardèrent plus de menagemens envers l’Abbaye, se croiant tout permis, et sans aucun égard pour les anciennes transactions, ils ne cessoient de faire toutes sortes d’entreprises sur l’authorité et les droits du monastère de Senones, empêchant ses officiers dans l’exercice de leur jurisdiction et s’attribuant tous les droits de haute justice, avec la totalité des amendes, faisant couper partout grande quantité de bois, et les vendant au seul profit de leur maitre, s’emparant de tous les revenus des forges, scies et vains pâturages des bois, imposant des tailles sur les officiers et bons hommes de l’abbaye, s’attribuant les droits d’étalage de S1 Stail, acensant les places vagues sans aucune participation de l’Abbé, s’efforçant d’assujettir l’Abbaye à des taxes impériales, dont elle avoit toujours été exempte, et faisant saisir tous ses revenus pour le payement des d. taxes; en un mot dépouillant l’Abbé et les Religx. de tous les plus beaux droits et privilèges, dont ils avoient joüi jusqu'alors.

Outrés de toutes ces vexations, les Abbés et Religieux recoururent a la protection du Duc de Lorraine Charles III. et présentèrent leur Requeste expositive de tous ces griefs à Monseigr. le Comte de Vaudémont, comme tuteur de S. A. et Régent de Lorraine, le suppliant d’ordonner à Messrs. les Comtes de Salm et à leurs Officiers de Badonviller, de cesser leurs entreprises et de les laisser joüir paisiblemh de leurs droits, biens et revenus , suivant leurs titres et possessions.

Cette Requeste ayant été décrétée au Conseil le 22. d’Oct. 1558. il fut ordonné queMessrs. les Comtes de Salm et leurs officiers de Badonviller seroient ajournés au 15. Nov. suivant, mais comme ils ne comparurent point, ny personne pour eux au jour de cette assignation, ni même au jour de la remise qui en fut faite, le Comte de Vaudémont donna défaut contre eux et réassigna journée aux parties, pour se retrouver en personne, où par procureur, pardevant lui

et les Gens de son conseil, le 10. defevr. de Fan i559 (i). Et cependant et par provision ordonna au Sr. Bailli de Nanci, qu’il eut à répéter les biens saisis par les d. Comtes de Salm où leurs Officiers, sur lesd. Abbés et Religx., et d'iceux les faire jouir pleinemf et sans aucun empechem4.; ordonna au surplus au d. Sr. Bailli, qu’en signe de souveraine protection et sauvegarde, il fit dresser et ériger les armoiries de S. A. S. tant au devant de lad. Abbaye, comme aux autres lieux et villages dépendans d’icelle.

Cet arrêt du Conseil de S. A. S. fut expédié à Nanci le 10e. Dec. i558. et ensuite mis en execution par Mr. le Bailli de Nanci. Mais Mrs. les Comtes de Salm se pourveurent à la Chambre Impériale de Spire, où ils firent ajourner les Abbés et Religx. de Senones, lesquels ayant comparus, demandèrent leur renvoy, sans vouloir contester ni subir juridiction. En quoy ils furent appuiés par le Procr. de S. A. S. de Lorraine, lequel ayant intervenu en la cause, soutint que l’Abbaye de Senones n’etoit pas de la dépendance des Comtes de Salm, ni de l’Empire; mais immédiatem4. soumise au S4. Siège pour le spirituel, et sous la souveraine protection et sauvegarde des Ducs de Lorraine pour le temporel. Au moyen de cette intervention, la difficulté concernant la souveraineté de l’Abbaye, se trouva liée en la Chambre Impériale de Spire, où elle est encore aujourd’huy indécise.

Entre tout ce que FAbbé Padou a fait de plus avantageux pour son Abbaye de Senones, on peut dire que rien ne surpasse son traité passé en i563. avec ses Religx. pour régler les revenus de leur mense et ce qui leur étoit dû pour leur nourriture, vestiaire et entretien; FAbbé Thirion d’Antlup, et son neveu D. Jean Durand, avoient commencé à mettre par écrit ce qui s’etoit jusqu’alors conservé dans la tradition et dans la pratique du monastère; mais FAbbé Padoux craignant, comme il dit, que l’Abbaye ne tombât en com-

(1) La procédure avait déjà à celte époque quelqu’analogie avec le Code de procédure actuel*, mais de nos jours les tribunaux n’ordonnent la réassignation que quand plusieurs parties sont assignées, et que les unes comparaissent et les autres font défaut* Art. 153, C. de pr. civ.

vin

Rôle où part a g e de mense et Réglem1.

pour la nourriture et en»

tre tien des Religx. entre le S\ Abbé D o m Claude Padou et les Religieux.

mende, où que les Abbés mêmes Réguliers ses successeurs, ne voulussent s’approprier certaines parties de la mense des Religx., que lui et ses prédécesseurs avoient tenus à titre d’admodiation, comme la prévôté d’Anserviller et la moitié des fruits du Prieuré de Moniet, pour obvier à ces inconveniens et prévenir les procès qui pouroient arriver entre l’Abbé et les Religx. il déclare qu’ayant eu depuis 22. ans le maniinent des affaires du monastère, du tems de l’Abbé Thirion d’Antlup, et ayant continué de les gouverner depuis 18. ans qu’il est Abbé, il est résolu en se conformant à un traité passé entre led. Thirion d’Antlup et le couvent de Senones le 18. Déc. 1536. de ratifier led. traité et d’y ajouter quelque chose, comme 6. resaux de froment sur les rentes et seigneuries de Rarbonville, dûs par l’Abbé de Moyenmoutier. Il marque les jours auxquels on célébroit en chappes, qui sont, les Rois, la dédicace de l’Eglise de N. D., la Purificaôn, l’Annonciaôn, l’Ascension, le S. Sacrement, la Dédicace S1 Pierre, la Visitaôn N. D., la Translaôn S. Benoit, l’Assomption, la Nativité, la Présentaôn et Conception de la Vierge, auxquels jours les Religieux auront outre leur prébende ordinaire, tant pour V O Salutaris hostia , qu’a cause de la solennité, deux quartes de vin. Il ajoute que comme de toute antiquité les Abbés ses prédécesseurs ont accoutumé de chanter la messe solennelle le jour du grand Jeudy, les veilles de Pâques, de la Pentecôte, de la Toussaint, et de Noël, il ordonne que ces jours là on donne à chaque Religx. en communauté une quarte de vin pour chanter O Salutaris hostia. Pour tout le reste, le traité est conforme à celui de Jean Durand de l’an 154 4.

ix L’Abbé Jean de Borville avait fondé une messe de la

Fondaôn de Vierge, à dire apparemh le Samedy de chaque semaine; et la messe p^bbé Thirion d’Antlup avoit fondé celle de la Passion, de celle de qui se devoit dire chaque Vendredy, à l’autel du sépulchre. la Passion Le 1er avoit assigné cinq frans barrois de cens pour cette en 1563. fonqa5nj ^ prendre sur une maison à lui appartenante et

assise à Ravon prés la porte (*). Et Thirion avoit assigné pareille somme à prendre sur une maison située prés la halle de Ravon. L’Abbé Claude Padoux en i563. confirma et ratifia ces deux fondaôns et fixa les deux cens à prendre sur sa maison prés la halle de Ravon. On ne satisfait plus à ces deux fondaôns, les sommes étant à présent trop modiques pour de telles charges.

Il régnoit alors un abus, qui n’a pu être corrigé que par le Concile de Trente, qui est que l’on laissoit les Cures unies au monastère, au rabais et à qui moins, et cela seulemb pour un certain tems; comme on auroit fait une ferme. Nous trouvons en 1564. un bail passé par les Religx. de Senones à un Prêtre nommé Toussaint Mansuy d’Epinal, par lequel ils lui cèdent pour 6. ans la Cure du Val de Senones, c’est a dire, S. Jean, S Maurice, S. Stail et leurs dépendances avec tous leurs profits, emolumens et redevances, moyennant la somme de 40. transr que led. Curé devoit payer aux Relig*. et deux pastes où repas, qu’il leur devoit donner, l’un au jour de Quasimodo et l’autre au jour de Sfc. Maurice; et pendant tout ce tems de 6. ans, led. Curé devoit être soumis à l’Abbé et aux Religieux, en toutes justices, corrections, fautes et excès qu’il pouroit commettre, tant en amendes pécuniaires qu’autrement, et à charge de se trouver chacun an au concile (a) et satisfaire au droit sinodal, et aller aux services de Badonviller (b); et que si un nouvel Evêque demandoit quelque chose pour son joyeux avènement, il devroit le payer seul. On trouve une pareille admodiation sous l’an 1569.

Adm odiat î o n des Cures du Val de Senones.

(1) Dans le mss. p 500, il y avait primitivement près la porte de S 1 * * * * (б) Diez ; mais de S1 Diez, est biffe, et l’encre de cette rature paraît être la même que celle des surcharges et des corrections de D. Calmet, que

l’on rencontre un peu plus loin.

(а) Au concile, ou synode qui se t« noit ordinairement 2. fois l’année

en la cathédrale de Toul.

Note marginale de l’écriture de D. Calmet. Page «501 du mss.

(б) Apparemment aux assemblées ordonnées par le doien de Badonviller.

Note marginale, également de l’écriture de D. Calmet. Même page.

Mort de l’Abbé D.

Claude Padou en

L’Abbé Dom Claude Padoux mourut le 3e May de l’an 1564. Il fut enterré au haut de la nef et aux pieds des degrés qui montent au Chœur. On y voit sa tombe et son Epitaphe en ces termes : Cy gist Révérend Père en Dieu Claude Padoux de Remberviller , en son vivant Abbé de céans , qui trépassa Van 1564. le 3e jour de May; Priés Dieu pour luy.

Il portoit pour armes de gueules, à la colonne d’argent, ayant au milieu une étoile. Au haut de l’écusson étoient deux petites croix d’argent et au bas deux étoiles d’or, aux cotés de la colomne. On voit ces armes en quelques endroits de la maison abbatiale, et des autres maisons dépendantes du monastère.

Il avoit fondé dés l’an 1552. son anniversaire et avoit assigné pour cela un cens de 10. frans barrois, payable chaque année, à prendre sur un prey situé dans le finage de S1. Diez, Jieu dit à la prairie. Le prey étoit considérable puisqu’il portoit ordinairemf 20. chars de foin. Ceux qui possedoient cet héritage ayant négligé de payer le cens de dix. frans pendant 3. ans, les Prieurs et Religx. de Senones s’en firent mettre juridiquem1. en possession en 1590. Cet anniversaire se fait encore, mais on ignore ce qu’est devenue cette piece de prey. Apparemf qu’elle a été vendue où échangée.

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