CHAPITRE XLIII
Le R. P. D. ANDRÉ ROYER, élu Abbé de Senones en 1648., mort en 1662.
Après la mort du Prince Charles Abbé de Gorze, arrivée comme nous l’avons dit en 1648., les Prieur et Religieux de Senones jugèrent à propos de procéder à une élection canonique d’un nouvel Abbé. Ils s’assemblèrent donc capitulairement le 16. Juillet 1648. au nombre de six et élurent à la pluralité des voix le R. P. D. André Royer prêtre et religieux profés de la Congrégation de S. Vanne et S. Hidulphe, qui etoit absent et qui eut quatre voix; D. Rupert Caillier prieur, en ayant eu une, et D. Charles de Gondrecourt une autre.
L’élection fat agréée du Président de la Congrégation et l’acte en fut envoyé à Rome au Sr. Maréchal, qui par sa lettre du 21. Nov. 1648. récrivit qu’il avoit présenté une supplique en datterie, pour demander quelque rescript, non contre les provisions qui ètoient faites de l’Abbaye en faveur du Prince Charles de Lorraine, mais pour conserver le droit d’election pour une autre fois que l’Abbaye viendrait à vaquer. Mais on lui refusa absolument ce rescript et même on ne voulut pas lui donner un simple presentata dans les 4 mois préfixs, quelque diligence qu’il eut fait pour l’obtenir. Ainsi cette démarche ne produisit aucun effet, pas même pour conserver le droit d’election, qui étoit le principal objet qu’on se proposoit.
Dom André Royer, dont on vient de parler, etoit natif de la ville de Sh Mihiel, d’une famille noble. Il fit profession dans l’abbaye de la même ville le 30. Novembre 1612. Il fut prieur deSb Remy de Reims en 1625. 1626 et 1627. et la même année il fit imprimer dans cette ville un ouvrage de piété intitulé : Animene , où sous V allégorie d’une histoire véritable , sont représentez les effets de V amour divin envers une ame chrétienne , à Reims in 8°. 1621 . Il fut aussy élu Abbé de Sb Mansuy le 18. Avril 1661. Il mourut sans avoir pû jouir de l’Abbaye de Senones, ni de celle de Sb Mansuy, le 13e Octobre 1662. Il étoit oncle du très R. P. D. André Royer, mort abbé de Sb Avold le 6. Septembre 1723.
On voit par les lettres du très R. P. D. André Royer élu de Senones, qu’il étoit alors prieur d’Insming, et qu’il résidoit à Luxembourg, attaché au service du Duc Charles IV. qui lui a écrit quelq. lettres. Celles de Dom André sont dattées de Luxembourg et c’est de la qu’on lui envoia un modelle de protestation contre la prise de possession de Monseigneur le Prince Charles de Lorraine qui succéda au Prince Charles de Remoncourt. Dans ces lettres on voit un grand désintéressement et un grand zele pour le bien du monastère et pour l’honneur et l’avantage de la congrégation.
Vers ce tems là, c’est a dire, le 13 Juillet 1654. il arriva dans le val de Senones et dans celui de Celles, et aux envi-
Inondation subite et
extraordinaire dans le Val de Se n o n es.
Mémoires mss.
du teras el de l’an 1684. V. ausiy Journal des Savants, au 1679 et Hist. de l’Académie, t. V. p.
rons, une innondation extraordinaire par l'ouverture subite et inopinée de la montagne qui est au nord de l’abbaye de Senones. Cette montagne s’ouvrit tout à coup, tant du coté de Senones que du coté de Celles et l’eau en sortit depuis le matin jusqu’au soir du 13. Juillet en si grande quantité qu’elle emporta les foins qui étoient fauchés, les chariots et plusieurs ponts de bois et des moulins qui étoient sur les ruisseaux et sur les rivières, depuis Senones jusqu’à Metz, et même jusqu’au Rhin; plusieurs personnes furent noyées. Ce déluge dura trois jours. Le couvent des Pères Cordeliers de Ravon, qui se trouve situé à la jonction des deux vallons et des rivières de Plaine et de Meurthe, faillit d’en être renversé. L’eau étoit dans leur cloître à la hauteur de huit pieds, elle emporta beaucoup de leurs meubles et culbutta deux pans de leurs murailles de clôture. L’Abbaye de Senones n’en souffrit point parce que la montagne s’ouvrit environ un quart de lieue au dessous du monastère et du bourg, tirant vers Moyenmoutier.
On remarque que la riviere de la Meurthe, où se jetterent toutes ces eaux, s’éleva en quelques endroits à la hauteur de quinze pieds, dans les lieux le plus resserrez, au dessus de son niveau ordinaire, ce qu’on découvrit par le foin qui se trouva attaché aux branches des arbres sur le rivage de cette riviere. On assure que cette rupture de la montagne avoit été précédée d’une petite pluie qui dura deux jours, et que lorsque la montagne s’ouvrit, on ouït un grand bruit souterrain. L’endroit où la montagne se creva, est en ovale et a prés de cent ou quatre vingts pieds de diamètre ; les pluies et les neiges l’ont tellement rempli que 30. ans après, l’ouverture n’avoit plus que 5. 6. ou 7. pieds de hauteur; et le fossé dans lequel les eaux étoient descendues de la montagne, qui dans les commencements étoit large de vingt cinq h trente pieds et creux de douze ou quinze, étoit réduit à sept ou huit pieds de profondeur et a 12 ou 15 de largeur. Aujourd’huy on n’y voit presque plus rien. L’endroit où se fit cette ouverture n’est point un rocher continu, mais un amas de plusieurs grosses roches posées
confusément les unes sur les autres et entremêlées de pierres & de terre.