‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 58 sur 82 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Le Prince Charles r é s i g n e son Abbaye de S e n o n e s au Duc Nicolas François son père en 1661.

Protestation de D. Joachim Vivin, prieur de S e n o> nés. 1662.

Election du R. P. D.

Joachim V i v i n pour Abbé de Senones.

Le Duc NICOLAS FRANÇOIS, Abbè de Senones pour la 2e fois depuis 1661. jusqu’en 1668.

Le Duc Nicolas François ayant perdu son épouse la Princesse Claude en 1645., rentra quelque tems après dans l’état ecclésiastique et le Prince Charles son fils ayant été obligé de quitter le même état quelques années après la mort du Prince Ferdinand son frère, arrivée en 1658., il résigna en 1661. son abbaye de Senones au Duc Nicolas François son père. Ses Bulles sont dattées du 6. des calendes de Novembre où du 27. Octobre 1661. Il en prit possession en vertu d’un arrêt du Conseil du duc Charles IV. en datte du 15. Sept. 1662. Il en prit, dis-je, possession par procureur le 30. Octob. de la même année.

Le même jour D. Joachim Vivin Prieur de Senones, au nom de toute la communauté, fit ses oppositions à la prise de possession de Monseigneur le Prince Nicolas François, disant que cette abbaye étant du concordat germanique, n’étoit pas soumise à la commende, n’y ayant jamais été sujette jusqu’alors. C’est ce qu’on lit à la fin de l’acte de prise de possession, signé Mouron, nottaire apostolique.

Quelque tems après, c’est à dire le 13 Novembre 1662. un mois après la mort du R. P. D. André Royer, arrivée le 13. Oct. de cette année, après avoir été élu Abbé de Senones le 16. Juillet 1648., les religieux capitulairement assemblés élurent unanimement pour Abbé de cette abbaye le R. P. D. Joachim Vivin, Prieur claustral, prétendant que les Bulles de Monseigr. le Duc Nicolas François étoient nulles. L’élection fut confirmée par Mr. André du Saussay évêque de Toul et par le R. P. D. Odilon Viard, président de la Congreg. de S. Vanne et de S. Hydulphe, et en con-

séquence led. D. Vivin prit possession de l’Abbaye le 6. de Nov. 1663. Et le meme jour il signifia à Anne Mougenot femme de George Berger, officier et concierge de MonseigE le Duc Nicolas François, résidant dans sa maison abbatiale, led. Berger alors absent, il lui signifia, dis-je, qu’il protestoit contre la force et empêchements qui lui avoient été faits jusqu’alors de la part de mon dit seigneur, de prendre possession de son abbaye, en vertu de son élection. Mais tout cela n’eut pour lors aucun effet, et le prince continua de jouir des revenus du Bénéfice.

En 1664. le Duc Nicolas François, comme Abbé de Senones et Seigr. spirituel, jouissant des droits épiscopaux dans le Val, ordonna au R. P. D. Barthelemi ClaUdon, prieur du Monastère et son grand vicaire, de faire la visite épiscopale des Paroisses du Val, pour y corriger les abus et prendre connaissance de l’état des choses. Ce fut en ce même tems qu’il confia aux Religieux de son Abbaye le gouvernement des paroisses qui depuis assés longtems etoient entre les mains de prêtres séculiers. Dom Glaudon fit donc sa visite dans tout le val et meme dans les paroisses de Celles et de Couvay, et fit partout les réglemens que son zélé et sa sagesse lui inspirèrent.

Enfin en 1668. le Duc Nicolas François prit la résolution de résigner son abbaye de Senones entre les mains des supérieurs de la Congrégation de S. Vanne. 11 leur fit dire de lui assigner un sujet propre et capable de soutenir cette dignité dans le spirituel comme dans le temporel, et leur déclara son intention. On lui suggéra le R. P. D. Joachim Vivin, qui avoit été élu Abbé par la communauté en 1662. et qui étoit alors prieur claustral de l’Abbaye. Il passa donc sa procuration pour résigner en sa faveur l’onzieme Sept. 1668. Et le même jour XI. septembre 1668. il laissa à titre de ferme aux prieur et religieux de Senones pour neuf années, à commencer au premier janvier de la même année 1668., tous les biens et revenus de son abbaye, moiennant la somme de six mille frans barrois par an, la ditte somme rachettabie, ou avancée présentement jusqu’à

Le Duc Nie.

François fait faire la visite des Paroisses du district de Senones.

Il résigne l’Abbaye de Senones à Dom Joachim Vivin.

la somme de 28000 frans, lesquels furent payez au premier Octobre suivant, 1668. On ne parla point de pension pour épargner les frais des Bulles; la chose se fit sous le nom d’admodiation des biens de l’abbaye. Et les bulles de D. Vivin furent expédiées le 4e des Ides de Novembre ou le 2. de ce mois 1668. Il prit possession du temporel en vertu du décret de S. A. S. le 2. Aoust de l’année 1669, aiant déjà été mis en possession du spirituel le 2. juin de la même année.

Mais les Religieux de la communauté de Senones, le

R. P. D. Barthelemi Valtrin à la tête, assemblés capitulai-

rement, firent leur protestation contre ces paroles des Bulles dud. R. P. D. Vivin: Quodque aliàs in posterum dicti Monasterii provisio , quomodocunq. illud vacare contigerit , ad sedem praefatam omnino spectare debeat ; soutenant qu’elles étoient absolument contraires à leur droit d’élection, dont acte leur fut délivré par Brouchon nottaire apostolique, auquel souscrivirent tous les Religieux du monastère au nombre de sept, le

Il est bon de remarquer icy que led R. P. D. Vivin s’étoit addressé pour ses Bulles à Mr. Platel, préfet des petites dattes, fort différent d’un autre Platel fort bon esprit et officier per obitum. Ils étoient tous deux lorrains, natifs de

S. Mihiel. Ce Platel préfet des dattes étoit un homme d’un très petit génie, qui ayant été à Rome de très bonne heure, connoissoit très peu les usages et les intérests de la Lorraine. Il s’étoit mis dans l’esprit que c’étoit rendre le plus grand service du monde à sa patrie, que de la faire reconnoitre pour pays d’obédience et de la soumettre à toutes les règles de la Chancellerie, attribuant au Pape la collation de toutes les abbayes et des principaux bénéfices de la province, pour les ôter à la France, qui n’auroit pas manqué d’y nommer pendant qu’elle possédoit cet Etat, en l’absence du Duc Charles IV. Ce fut donc lui qui dressa la supplique de D. Vivin, et qui fit mettre dans ses Bulles la clause dont nous avons parlé et contre laquelle les Religieux firent leur protestation. Ce que D. Vivin fit alors très innocem-

ment n’a pas laissé d’avoir des suites très fâcheuses, puisqu’il a servi de prétexte aux dévolus obtenus contre l’abbé Alliot par Monseigneur le Prince François de Lorraine et contre l’Abbé Dom Petitdidier par Mr l’Abbé de Bouzey.

Le Duc Nicolas François Abbé de Senones mourut le 25. Janv. 1670. G’étoit un prince pacifique, plein de religion et de piété, qui sans l’avoir mérité, essuya toutes les disgrâces de sa maison. L’abbaye de Senones lui aura une obligation éternelle de l'avoir remise en régie, après avoir été 43. ans en commande.

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