CHAPITRE XLVI
DOM JOACHIM VIVIN, 58e Abbé de Senones, depuis l’an 1668. jusqu’en 1684.
D. Joachim fit profession de la règle de S. Benoit selon les statuts de la Congrégation de S. Vanne, au monastère d’Hautviller en Champagne, le 1er Juin 1636., et le 6. Sept. 1666., D. Martin Henri Prieur d’Insming ayant fait sa démission de l’Abbaye de Longeville, la communauté de ce monastère élut le même jour D. Joachim Vivin, pour lors visiteur de la Congrégation et prieur claustral de Senones. Il posséda cette abbaye de Longeville jusqu’à l’onzième mai 1667. qu’il fit sa démission entre les mains de la Communauté, qui élut le 18 May 1667. le R. P. D. Anselme de Vatrombois.
Le Duc Nicolas François lui résigna l’abbaye de Senones et la lui donna pour neuf années, moiennant la somme de 6000 frans barrois par chacun an, à charge comme on l’a dit, d’avancer présentement la somme de 28. mille frans, et pareille somme peu de tems après. L’Abbé Vivin paya d’abord les 28. mille frans le 1er Octobre 1668. et les 28. mille frans restans le 12. Mars 1669. Pour faire cette somme
Mort du Duc Nie.
Franco is Ab b é de Senones.
Commencement de D . Joachim Vi-
vinj 1662,
Reno n ciat i o n de l’Abbé Viv i n à la j uri s diction épisc o p a 1 e .
Opposition des Religieux
Etat de l’Abb a y e de S e n o nés au commencement de l’Abbé Vivin.
de 56000. frans dans des tems aussi malheureux et dans un pays aussi désolé que Fétoit alors la Lorraine, il fallut faire de grands emprunts sous le cautionnement des religieux. Mais la sage conduite et la bonne oeconomie du nouvel abbé furent pour lui une ressource téconde qui lui fournit bientost à rembourser ces sommes.
La même année 1669. l’Abbé Vivin étant à Nanci, se vit contraint par force majeure de la part de S. A. S. Monseigr. le Prince François Comte de Salm et de Vaudémont, de renoncer au droit de jurisdiction quasi-épiscopale appartenant à son Abbaye de Senones, en faveur du vicaire apostolique où d’un Evêque nonce ou internonce, qui pouroit être établi par Sa Sainteté dans la terre de Salm et dans levai de Senones; renonciation qu’il ne fit que pour obtenir la permission de sad. Altesse pour prendre possession du temporel de son abbaye, promettant d’y faire accéder le consentement des Religieux de sa communauté de Senones ; le tout néanmoins sans préjudice de lad. abbaye de Senones, dépendante immédiatement du S. Siège et de Funion des cures de S. Jean et S. Maurice, lesquelles seront administrées par les Religieux de l’Abbaye, comme d’ancienneté. Fait à Nancy le 22 Juillet 1669.
Il ne fut pas plutost de retour à Senones qu’il protesta de nullité devant un nottaire, de cette renonciation forcée, le 2 Aoust 1669., et le même jour le prieur et les religieux de Senones firent les mêmes protestations et oppositions.
Depuis l’Abbé Lignarius, l’Abbaye avoit été exposée à toutes sortes de disgrâces. Cet abbé peu intelligent et très mauvais oeconome, avoit abandonné les biens de son monastère à des parens où à des amis avides, qui les avoient dissipés où se les étoient appropriés. Les procès qu’il eut à soutenir contre le coadjuteur Térel absorbèrent la plus grande partie des revenus de l’Abbaye, et pendant ce tems tout alloit en décadence, personne ne se mêlant ni de l’entretien, ni des réparations des édifices, ni de la deffense des droits, ni de la conservation des biens. A ces maux succéda la commende, l’abbrégé de toutes les cala-
mités et le plus grand fléau de la colère de Dieu sur les monastères.
Le Duc Nicolas François au commencement de son entrée dans l’Abbaye de Senones, fit jetter inutilement un monitoire dans les diocèses de Metz et de Toul, pour obliger tous ceux qui avoient quelque connaissance des biens perdus où des titres égarés de ce monastère, de venir à révélation.
L’abbaye livrée à des admodiateurs ou à des receveurs intéressez, étoit pour ainsi dire ravagée au dedans et au dehors, chacun cherchant à profiter du désordre, sans se mettre en peine d’y remédier. Ajoutez à tout cela les malheurs de la guerre et les calamités publiques de la province qui, ayant fait périr plus des deux tiers de ses habitans, avoient laissé presque toutes les campagnes désertes et incultes.
Dès l’an 1670. l’on fit rétablir toute la toiture du Dôme de la grande église, lequel jusqu’alors n’avoit été couvert que d’une simple charpente, n’aiant d’élévation qu’autant qu’il en falloit pour écouler les eaux de la pluye. Ce fut un frère convers nommé frère George, très habile charpentier, qui l’entreprit et l’executa comme nous le voions aujourd’huy. La main d’oeuvre coûta environ quinze cens frans barrois ; on mit en couleur blanc, noir et rouge et en huile, les esseins ou bardeaux dont le dôme fut couvert.
Lorsque l’Abbé Vivin entra dans l’abbaye, à peine y avoit-il de quoy nourrir 5 ou 6 religieux qui avoient assés de peine de se tirer de l’indigence avec leur peu de revenus et le produit des Cures qu’ils desservoient. Il avoue dans une requeste qu’il présenta le 4. Juin 1674. à Mr l'Evêque de Toul, que pour faire les réparations nécessaires dans les biens dépendans de la mense abbatiale, il lui faudroit plus de soixante et dix mille frans, comme il paroit par la visite qui en a été faite le 22. Oct. 1671. en vertu d’un arrêt de la Cour du Parlement de Metz du 13. Octobre précèdent. Ce qui est cause, dit-il, qu’on ne peut faire valoir les fermes qui en dépendent, et que le revenu en est tellement dimi-
Mémoires mss.
de D. André Munier, procureur de Senones apostillez de la main du 1res R. I’. D.
Joach. Vrvin.
Il emprunte 1 5 0 0.
écus romains.
Il fait hoiser la sacristie. 1674.
(a) Mémoires mss. de D. André Royer, apostillés de la main de l’Abbé Vivin.
nué qu’à peine suffit-il à la nourriture de l’Abbé et de quelques religieux et aux réparations les plus urgentes, lesquelles étant négligées entraineront la ruine du reste des batimens et la perte entière de l’Abbaye. Il ajoute qu’il a déjà employé plus de dix mille frans au payement des ouvriers et qu’il est dans la nécessité d’en employer encor autant et plus, s’il veut conserver ce qui est réparé et empêcher la ruine totale des batimens.
Il conclut à ce qu’il lui soit permis d’emprunter une somme de quinze cens ecus romains, faisant celle de 14 à 15 mille frans barrois, ou de vendre et aliéner quelques biens fonds de son Abbaye, à charge de rachapt néanmoins et d’hypothéquer pour cet effet tous les biens de la mense abbatiale, comme aussi de produire le consentement de la Communauté dud. Senones et de justifier de l’employ des sommes empruntées aux réparations devant dittes. Il obtint à cet effet un Bref du Pape Clément X., datté du 13. Avril 1674. qui lui permit de faire cet emprunt, à condition de rembourser les capitaux dans huit ans. Le Bref est adressé à Mr. l’Evéque de Toul, qui donna son consentement par le décret mis au bas de la requeste à lui présentée le 4. Juin 1674. Le consentement des Religieux au nombre de six, est du 7. Mai de la même année.
Bientost on vit dans l’abbaye un heureux changement, tant pour le temporel que pour le spirituel. Il augmenta le nombre des religieux jusqu’à seize; et dès l’an 1674. il fit boiser toute la sacristie où il mit quantité d’armoires très belles et très commodes, tant pour y serrer les vases sacrés, que pour conserver les ornemens. Les (•) bois furent fournis par le R. P. Abbé, le couvent paya la main d’oeuvre. Tout cela est changé aujourd’hui. La même année 1674. (a) on achepta pour la somme de 5780. frans barrois, les huit jours de vignes de Moyen, pour remplacement d’un préciput de douze resaux de froment, et 6. resaux d’avoine qui
(1) A partir de cette phrase jusqu’à l’art VI, le texte est ajouté dans le manuscrit par Dom Calmet.
étoit dub sur Barbonville, et qu’on fut obligé de vendre aux PP. Jésuites du noviciat de Nancy.
En 1680., il fit faire les grands dortoirs, consistant en plusieurs chambres situées tant au midi qu’au couchant et en deux grandes galeries ou allées au septentrion et à l’orient, la grande église et la Rotonde ne permettant pas de faire des chambres du costé où elles étoient placées. La même année il fit construire le réfectoire de fond en comble. Il etoit magnifique et en quelque sorte hors d’oeuvre, ne tenant au reste de la maison que par son extrémité orientale et par son côté du septentrion, prenant jour au midi et au couchant. Il étoit revêtu d’une très belle boisure depuis le bas jusqu’en haut, avec des tableaux enchâssés dans la menuiserie. Il passoit pour une des plus belles pièces en ce genre, qui fut dans la province.
On s’étonne que dans la même année il ait pu faire aussi les 4. grandes colomnes de bronze torses et ornées de fleurons, avec leurs bases et leurs chapitaux, qui soutiennent chacune un vase enflammé de même métal, avec les frises et de petits chandeliers distribués d’espace en espace, qui sont autour du grand autel et lui servent d’un ornement très riche et très bien éxecuté. On lit sur la base de ces colomnes, ces mots : Quae non rapui, tune exolvebam , pour montrer que c’est un remplacement pour celles qui avoient été faites par l’Abbé Raville et qui furent vendues en 1640. où 1645. ainsi qu’on l’a dit plus haut. Les colomnes avec la crosse ou suspensoire du Sf Sacrement, sont de la façon de Claude Gérard et Nicolas Husson, maitres fondeurs à Nanci et ont coûté 3600. frans barrois, à raison de deux frans la livre façonnée. Elles pèsent plus de 1800tl (1).
Il fit de plus la même année les six chandeliers d’argent avec la croix et le Christ de même métal qui ornent le grand autel, comme aussi le grand calice cizelé, les deux burettes et le bassin, le tout cizelé et d’argent poinçon de Paris, du poid de 61. marcs à raison de 84. frans par marc.
Il fait faire les dortoirs , les allées, le chapitre et le réfectoire.
Il fait faire les 4. colomnes de bronze du grand autel. 1680*
Il fait les six Chandeliers d’argent, avec la croix et autres argenteries.
(1) 1800 livres.
Bibliolèque.
Reprise du fief de Colombé.
Il achepta aussi les tapisseries vertes en fleurages qui se voient à présent dans une des chambres d’hôte qui donnent sur la basse cour. Toute l’argenterie est de la façon de Jean Racle célébré orfèvre à Nanci. En 1681. il fit faire par François Hennequin orfèvre à Nanci les deux chandeliers d’aigent pour les acolites et le ciboire d’argent cizelé, le bénitier et le goupillon, le tout poinçon de Paris pour 1300. frans barrois. Il fit de plus la crosse abbatiale d’argent.
La Bibliotéque qu’il fit orner de boiseries et qu’il enrichit de plusieurs bons livres, étoit sur le réfectoire et dans une situation saine et agréable.
En 1676. le Sr. Abraham Michelet receveur général de la ville de Metz et le Sr. Pnilippe Rolin, ci devant conseiller, echevin de la d. ville, firent leur reprise du R. P. D. Joachim Vivin abbé de Senones, pour la terre et seigneurie de Golombé dans le pays messin, fief mouvant de l’abbaye de Senones, et en fournirent leur dénombrement. Depuis ce tems on n’a pas fait de reprise de ce fief, les Abbés l’ayant négligé, parce qu’il n’est point réversible au monastère. La terre de Golombé fut acensée où laissée à titre de fief en 1293. par l’Abbé Baudoin, ainsi qu’on l’a dit ailleurs. Les Seigneurs de Colombé sont obligés de faire hommage au Roy, tandis que les Abbés eux mêmes ne rendront pas leur foy et hommage à Sa Majesté, pour être autorisés à les recevoir de leurs feudataires.
En 1680. Monseigneur de Fieux évêque de Toul fut maintenu par arrêt du conseil du Roy en la jouissance de son autorité épiscopale dans le Comté de Salm, où le Pape avoit établi longtems auparavant un vicaire apostolique. Le prélat en vertu de cet arrêt établit pour doien rural dans les districts dud. vicariat et dans les territoires des Abbayes de Senones et de Moyenmoutier, le sieur Jean Marchai, curé de Gouvay, qui en cette qualité fit citer en 1681. tous les curés et vicaires de ces territoires, à comparoitre devant luy pour prendre communication de cet arrêt, et reconnaitre la jurisdiction du seigneur eveque. Mais ils re-
fusèrent d’obéir et les abbés de Senones et de Moyenmoutier prenant leur fait et cause, firent assigner au Grand Conseil ledit Sr. Marchai en son privé nom, ce qui arrêta ses poursuites. M. de Fieux se pourveut la même année au Conseil privé du Roy contre la désobéissance des curés et des abbés et y obtint une commission pour les y faire appeler. Mais l'affaire en demeura là et ne fut point poursuivie.
La maison que le Sr. Abbé de Senones possédoit à Ravon l’Etappe, etoit chargée de dix frans ,de rente annuelle envers les Religieux dud. Senones pour certaines fondations dont on a parlé ailleurs. En 1682. les Abbés et Religieux consentirent à ce que lad. maison fut déchargée de la somme de six frans, à condition que le Sr. Abbé leur quitteroit une redevance annuelle de 4. fr. barrois qui lui étoit due sur la mense conventuelle, et une autre rente de deux frans affectés sur une maison à eux appartenante au Mesnil, au moyen de quoy les religieux demeurèrent déchargés des 6. trans envers le Seigneur Abbé ; et la maison de Ravon ne fut plus atténué qu’à 4. frans de rente annuelle envers le couvent, et encore ces 4. frans ont été remplacés sur une maison sise à Reherey acheptée par feu l’Abbé D. Pierre Alliot.
En 1682., les Prieur et Religieux de Senones ayant présenté leur requeste au R. P. D. Joachim Yivin, expositive que leur Abbaye étoit entièrement couverte d’esseins ou bardaux, ce qui l’exposoit à un danger continuel du feu, ils auroient dessein d’établir une tuilerie au voisinage de l’Abbaye, dans un prey appelé le Breu , appartenant à la mense abbatiale, ce qu’ils ne pouvoient faire sans l’agrément dud. Seigneur Abbé et a moins qu’il ne leur permit de prendre des bois nécessaires dans ses forests. L’Abbé Vivin touché de leur juste remontrance, leur permit de bâtir une tuillerie dans son Rreuil, derrière son verger et de prendre une certaine quantité de bois dans Ortemont, moyennant la redevance d'un millier de thuiles par an, tout le tems que l’on travailleroit dans lad. tuillerie et 9. gros par chaque corde
Décharge de la maison de Ravon de lO. fr.
de rente.
Rétablissement de la Thuilerie de Senones.
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Cession du Prieuré de Xures à la maison de Ste.
3S a r b e dans le territoire de Metz.
de bois, que l’on tireroit d'Ortemont pour l’usage de cette usuine.
On a veu par plusieurs endroits de cette histoire, que le Prieuré de S*. Christophe de Xures est un très ancien fond donné à l’Abbaye de Senones par la libéralité de Dame Cunégonde, insigne bienfaitrice de ce monastère. L’Abbé Vivin touché de dévotion envers Ste Barbe Patrone du pays messin, céda et transporta le droit qu’il avoit- de conférer ce Prieuré et d’en disposer quand il étoit vacant, il le transporta, dis-je, au monastère de Ste Barbe, situé dans le territoire de Metz, à condition qu’il y demeurera uni à perpétuité et que les religieux dud. monastère de Ste Barbe seront tenus de donner par chacun an à la mense conventuelle de Senones un cens annuel de 18u. (i) tournois, en reconnaissance de ce que led. Prieuré avoit accoutumé d’etre régi et possédé par un religieux dud. couvent ; en outre que si led. prieuré venoit à être distrait et séparé du monastère de Ste Barbe, ou que cette église de Ste Barbe fut possédée et administrée par d’autres que des Religieux de la Congrégation de S. Vanne, lad. union seroit cassée et l’Abbé de Senones rentreroit dans ses droits de donner et conférer led. Prieuré de Xures. Fait à Senones le 8e May 1682 (2).
D. Ildefonse Bardin dernier prieur titulaire de Xures fit sa démission entre les mains de D. Vivin ; la maison de Ste Barbe en prit possession le 15. d’Aoust 1683. M. d’Aubusson, évêque de Metz, autorisa l’union et la prise de possession le 5. Avril 1695. Le tout fut confirmé par le rescrit du Pape Benoit XIII. du 13. May 1726.
Comme on avoit négligé quelques formalités dans cette union du prieuré de Xures à Ste. Barbe, M. l’abbé (3) . . . a jetté depuis peu un dévolut sur ce prieuré. Mais la
(1) 18lt, c’est-à-dire 18 livres,
(2) Le texte formant les deux alinéas suivants est ajouté par D. Calmet en marge de la page 423 du manuscrit.
(3) Le nom de cet abbé est illisible dans le mss, de Saint-Dié.
chose n’a point eu d’autres suites, sinon qu’on a été obligé de suppléer a ce qui n’avoit pas été observé dans le commencement.
En 1684. l’Abbé Vivin songeant à se préparer à la mort et à se procurer après ce dernier moment les secours que l’Eglise accorde aux fidéls pour effacer les restes de souillures qui restent bien souvent à expier dans les flammes du purgatoire aux âmes les plus parfaites, après leur décès, donna aux Religieux de son Abbaye certains fonds de terres et de preys, avec une masure située à la Basse Forain, lesd. fonds acquettés autrefois par quelqu’uns de ses prédécesseurs Abbés de Senones et alors en friche ou en fort mauvais état. Il leur céda et hypothéca tous ces héritages, pour faire un anniversaire solennel au jour de son décès pour le salut de son ame. L’acte de cession fut passé à Senones le 2. Aoust 1684. et la soumission et l’acceptation des religieux est du même jour. Cet anniversaire se fait tous les ans le 24 Aoust jour de sa mort.
(i) En 16. . il fonda la pieuse antienne, Ave verum corpus natum etc. . . que nous chantons tous les Samedys à l’élévation de la sainte hostie. Il a aussi fondé l’Antienne Inviolata , que l’on chante au Chapitre devant la statue de la Ste. Vierge, à la procession du Dimanche du rosaire qui se fait chaque premier Dimanche du mois, non occupé.
Ce vertueux prélat avoit toujours eu une dévotion particulière pour S. Siméon 7e Evêque de Metz, dont le corps étoit conservé depuis très longtems dans l’Abbaye, dont il est regardé comme second patron. Ses reliques reposoient dans une ancienne Chasse de bois doré et argenté qui se voit encor aujourd’huy sous le grand autel. L’Abbé Vivin prit la résolution d’en faire une autre d’argent plus riche, plus belle et plus magnifique. Il la fit commencer au mois de mai 1684. par Me François Hennequin, orfèvre à Nancy.
Fondation d’un Anniversaire pour l’Abbé Vivin.
Chasse de S.
Siméon.
^4) Le texte, à partir de cet alinéa jusqu’à l’art. XIV, est écrit par D. Calmet sur un petit bout de papier, collé en marge de la page 424, auquel il renvoie par un signe également tracé par sa main.
Mort du R.
P. D. Joachim Vivin, Abbé de Senones. 1684.
On y employa 60. marcs d’argent à 96. frans barrois le marc.
Mais il n’eut pas. la satisfaction de la voir achevée, car il tomba malade au commencement du mois de Juillet et mourut le 24. Aoust 1684. plein de mérites et regretté de tout le monde, particulièrement de ses Religieux qu’il avoit comblés de biens, laissant sa maison dans un état florissant et estimée pour ce tems là la plus belle et la plus complette de la Congrégation.
Il fut toujours fort considéré dans son corps, y ayant été jusqu’à deux fois Visiteur, et une fois Définiteur. Nonobstant les grandes dépenses qu’il avoit faites, il laissa en mourant six cent louis d’or en espece, et plus de 500. écus en argent. Il fut enterré au dessus du choeur, aujourd’huy sous les cloches (l), et sa tombe se voit entre celles de l’Abbé D. Pierre Alliot et celle de D. Claude Raville, sous laquelle est inhumé le très R. P. D. Mathieu Petitdidier Eveque de Macre. Voici l’épitaphe de D. Joachim Vivin :
B. admodum in Christo Pater Domnus Joachimus Vivin hicjacet ; Primus Âbbas à reformatione ; Vannis in Lotharingiâ natus ; sub prima juventute monachum induit, virtutes simul ac pietatem: Regularis disciplinae zelo, paupertate, obedientiâ, maceratione, novellam reformationem spiravit et expressit ubique et fulcivit. In congregatione sud officia sic tenuit praecipua, ut in iis nemo eum non amaret, veneraretur et auscultaret ultro. Abbas factus haud quidquam induisit sibi, semper parcus et durus, licet afflictissimae valetudinis , quod detraxerat sibi , pauperibus largiebatur abundanter. Inde etiam claustralia aedificia res tauravit et quo antè premebantur fratres aere alieno exoneravit. Altari primario aereas columnas circumposuit. Divo Simeoni, quâ ejus reliquiae reconderentur , arcam argenteam consecravit. Vasa itidem argentea , crucem, candelabra apprimé cœlata, construi fecit. Vixit annis LXVIII. Abbas fuit annis XVI. Podagrâ suffocatus, interiit anno M. DC. LXXXIV. Orate pro Eo.
(1) Avjourd’huy sous les cloches , est ajouté en surcharge par D. Calmet, qui a également remanié les lignes suivantes.
On trouvera à la fin de cette histoire un état de la main de D. Vivin des receptes et dépenses qu’il a faites dans son abbaye depuis l’an 1668 jusqu’en l’an 1682 (i).