CHAPITRE
NORGANDUS, 8e Abbé de Senones, vers l’an 785.
Nous auons remarqué ci devant que l’Eveque Angelram auoit été élevé dans l’Abbaïe de Gorze par un Religieux nommé Norgandus. Il n’est pas hors d’apparence que c’est à celui-là même qu’il donna son Abbaye de Senones. Richer ne dit pas qu’il l’ait remise à un Religieux de Senones, mais à un homme religieux nommé Norgandus, inito concilio virum Religiosum Norgandum praefecit.
Les merveilles continuelles que Dieu opéroit par les mérites de St. Simeon, touchèrent les Religieux de Senones. Ils se repentirent de n’auoir pas accepté le présent que l’Evéque Angelram auoit voulu leur faire le tems modéra leur douleur, et leur nouvel abbé Norgandus les calma entièrement et les détermina à transporter auec honneur dans leur Eglise les Reliques du Saint qu’ils auoient d’abord refusé de receuoir. On prit jour pour cette solennité ; ce fut le 8e auant la fête de tous les Saints, c’est à dire le 24e octobre. Il y eut un concours extraordinaire de peuples et la cérémonie se fit avec toute la pompe et la dévotion possibles. On mit quelq. temps après le St. Corps dans une châsse d’argent, qui se voioit du temps de Richer, c’est à dire au
13e siècle (a). Mais du depuis on ignore en quel tems on prit l’argent de la Châsse pour l’emploier aux besoins pressans de la maison. L’abbé D. Joachim Vivinaiant trouvé cesprétieuses Reliques dans une Chasse de bois argenté fit de nouveau faire en 1684 la Châsse d’argent que nous voions aujourd’huy. On célébré tous les ans la fête de la Translation de St. Simeon au meme jour 24 octobre. Et l’historien Richer dit que de son tems tous les curés qui tenoient des cures de l’Abbaye, étoient obligés d’y apporter ce jour là sous peine d’amende, une certaine quantité de poissons, pour le service de la table, et l’honneur du jour (1).
Après auoir pourveu au gouvernement spirituel de l’Abbaye en lui donnant pour Abbé un home vraiment religieux, l’Eveque Angelram voiant que ses grands emplois ne lui permettoient pas de vaquer à sa deffense songea aussi à lui procurer un defïenseur, pour le protéger contre les ennemis du dehors. Nous ne savons pas qui fut le premier avoué de l’Abbaye de Senones institué vers l’an 7 86. Mais le premier dont nous trouvions le nom, est Gérard de Turkestein qui vivoit en l’an mille de J. C. Les Comtes de Salm leur succédèrent quelque tems après, vers l’an 1100.
Richerius (b) raconte que le voué établi par l’Eveque de Metz, n’auoit droit que de prendre le tiers des amendes dans les plaids qu’il tenoit au nom et à la prière où à l’invitation de l’Abbé, et rien au delà. Il ajoute que pour l’engager plus efficacem4 à soutenir les interests du monastère, de ses sujets et de ses dépendances on lui donna la terre de Rayon (2) sur Moselle vis à vis Neufviller qui étoit encore entre les mains des Comtes de Salm où de leurs héritiers du tems de cet historien ; en sorte que le voué n’auoit aucun droit ni aucune jurisdiction ni sur les hommes ni sur les sujets de FAbbaie, ni sur ses terres, ni sur le ban, les bois, les eaux, les plaids, les justices et les dépendances du mo-
( a) Richer, 1. 2, c.4. In thecâargenteâ ubi nunc rcquiescit translatum est.
An gel ram nomme un voué àl’Egl ise de Senones.
(ô)Riclier, 1.2, c. S, p. 50Ï.
(1) Dans ce passage, on rencontre une foule de ratures, d’adjonctions et d’interlignes faites de la main de U. Calmet.
(2) i Sur Moselle vis-à-vis Neufviller, interligne de la main de D. Calmet.
(a) Rieher, 1.4, c. 26, p. 392.
Cela n’eslguèrcs probable. Ce château fui donné par 1’Eveque de Meizau Comte de Blamonl. Il appartenoit encore à l’Eveque de Metz en 1126, lorsque Etienne de Metz fonda le prieuré du Mo- ■tel(i).
nastère. Mais il étoit tenu d’en prendre la défense en toute occasion en récompense du bénéfice où du fief qu’il tenoit de l’Abbaïe, et des honoraires qui étoient attachés à la voüerie.
Dans un autre endroit (a) il auance que l’Abbaye donna à son voué le haut Chateau de Deneuvre auec les familles de serfs et les maisons et dépendances, qui furent distraites de (l) la mense des Relig. de Senones et cédées au Seigneur avoué, affin qu’il n’etendit pas ses mains à autres choses. Il est certain que les anciens titres de l’Abbaye parlent tous du fixe accordé à l’avoué pour son honoraire, mais ils ne spécifient pas quel il étoit. L’Abbé pouvoit auoir cédé Bayon, et les Religieux, le Chateau haut de Deneuvre. Ce qui ne me paroit pas fort probable, surtout pour le Château haut (3) de Deneuvre, qui a touiours dépendu de l’Evêque de Metz et qui fut par lui -donné aux Seigneurs de Blamont.
L’Abbé convoquoit ses plaids, rendoit jugement, condamnoit ses sujets à l’amende selon l’exigence des cas, et faisoit lever ces amendes par son échevin indépendamment du voüé. Si dans l’entretems qui s’écouloit entre la tenue des plaids, il arrivoit quelq. sujet de contestation où quelque procès où quelque délit, l’Abbé où son intendant établi par lui, en prenoit connoissance, les décidoit et les terminoit de son autorité. De plus l’Abbé de Senones créoit et déposoit de plein droit et sans contradiction ses intendans où receveurs, ses maires, ses sergens où doiens, ses forétiers, ses echevins et les marguilliers des paroisses de St. Maurice, de St. Jean, de Plaine et de Vipucelle, et le voué ne pouvoit exercer aucune autorité contre ces officiers ainsi établis par l’Abbé, et si le voué entreprenoit quelque chose contraire aux anciens privilèges de l’Abbaye, c étoit
(4) Surcharge de D. C.
(2) Cette note marginale est écrite par D. Calmet.
(3) Depuis « de Deneuvre •» jusqu’à la fin de l’alinéa, ce passage est écrit de la main de Dotn Calmet, en remplacement de cinq lignes barrées par lui.
à l’Evéque de Metz à le réprimer et à le punir, si le cas le méritoit. Tel fut l’état de l’Abbaye de Senones jusqu’au tems de l’Abbé Adélard (a).
Le jour de la mort de l’Abbé Norgandus est marqué dans le Nécrologe au 7e de novembre; mais non pas l’année (i).