‹ Histoire de l'Abbaye de SilosChapitre 14 sur 179 · Voy. l'historien Sandoval, Los cinco reyes, p · texte numérisé non relu

Voy. l'historien Sandoval, Los cinco reyes, p

4. C'est à cette date, ou peu auparavant, qu'il convient de placer la translation de saint Vincent et de ses sœurs au monastère d'Arlanza. En effet, la première mention expresse de la présence des martyrs dans l'église de l'abbaye se trouve dans un privilège du roi Ferdinand, daté du 20 avril (et non pas du 20 mai comme pense Florez, Esp. sagr., t. XXVII, p. 141 ; 2'= éd., p. 70) de l'année 1062. Cette charte a été publiée par Yepes {Coronica, t. I, appendice, fol. 38-39). Les chartes d'Arlanza antérieures à celle-ci ne nomment pas les trois saints dans la formule solennelle

o8 HISTOlhE DE L ABBAYE DE SILOS

dans la ville à peu près déserte, lorsque Dieu inspira à Garcia, abbé d'Arlanza, et à Dominique, abbé de Silos, la pensée de les transporter dans un sanctuaire, où les corps des trois martyrs fussent entourés d'un culte public et solennel '. Le roi Ferdinand F"" s'empressa d'approuver le dessein des deux abbés et la translation eut lieu avec la plus grande pompe, au milieu d'un nombreux concours de prélats et des principaux seigneurs de Léon et de Gastille. Les ossements des martyrs Curent déposés dans l'église d'Arlanza, à l'exception du chef de saint Vincent que le roi donna dans la suite à la basilique de Saint-Jean de Léon '. Tous les évêques et abbés demandèrent et obtinrent en cette occasion quelques fragments des saintes reliques. L'abbé de Silos plus que tout auti'e avait droit à cette faveur ; mais soit par zèle pour l'ancienne discipline de l'Eglise qui ne permettait pas facilement le morcellement des dépouilles des martyrs, soit plutôt, nous dit Grimald, par une inspiration céleste, il fut le seul à retourner les mains vides dans son monastère. Surpris d'être ainsi frustrés du précieux trésor sur lequel ils comptaient, ses disciples s'en plaignirent avec tristesse au serviteur de Dieu, qui les consola avec douceur et leur annonça qu'ils n'auraient bientôt rien à envier aux églises voisines. Douze ans après, ils comprirent la signification de la prophétie, en voyant les prodiges éclater près du corps de leur père, et la foule des pèlerins accourir chaque jour plus nombreuse autour de son tombeau.

Le 22 décembre de l'année 1063, Dominique, invité par le roi de Léon et de Gastille, prenait part à une autre fête du même genre, mais

qui précède d'ordinaire la partie principale du document. — On est surpris de voir Ferreras placer la translation en 106u. 1. Grimald, qui parle de cet événement, a surtout en vue la prédiction que lit Dominique en cette circonstance. 1! s(ï contente de mentinimer la présence du saint à la translation, sans expli(|uer la part qu'il y prit ; ■< Adfuit inter collcgas suos cuuctorum decus vir Domini Dominicus » {VHa, dans Vert,'ara, paf,'e 348) ; mais l'inscription de 11U7, trouvée en 1571 dans la chasse qui renfermait les ossements des martyrs, est autrement explicite : <' In linc luniuju iacent sanctorum marlyrtini Vinecntii, Sabine et Cliristcte fratrum cur[iura.... (que) Ferdiuaadus

rex.. in hoc Arlacence nionasterium ordinis sancti Benedicti transtulit, admonitis primo ab angelis sanctis Dominico Silensi et Garsia Arlacensi abhatibus », etc. On trouvera dans Yepes {Coronica, t. VI, foi. 210 et 478) ce précieux témoignage, que nous soupçonnons toutefois être bien postérieur k l'année 1137.

2. 11 n'est pas douteux qu'une portion des reliques demeura ou du moins revint bientôt à Avila. Elles furent enfermées vers la lîn du XI» siècle dans un splendide tombeau, sur lequel, dans les siècles suivants, fut bâtie l'église de San Vicente, qui est encore debout et compte parmi les monuments les plus curieux de l'antique cité.

SAINT DOMINIQUE, AHBÊ Dlî Si LOS

bien plus solennello encore ([ue la précédente. Nous voulons parler de la translation dans la cité de Léon des reliques du grand docteur des Espagnes, saint Isidore. La sainteté de l'abbé de Silos y éclata par un fait que les témoins regardèrent comme miraculeux et dont Luc, évèque de Tuv, nous a conservé le souvenir '. Le roi Ferdinand faisait alors construire à Léon la somptueuse basilique de Saint-Jean- Baptiste, près de laquelle il avait choisi sa propre sépulture. Il voulait Tenrichir des reliques de la vierge martyre sainte Justa, que le roi de Séville avait promis de lui donner. Dans ce but, il envoya auprès du monarque musulman le vénérable Al vit, évoque de Léon, et Ordonius, évèque d'Astorga, accompagnés du comte Munoz et d'une escorte militaire. On ne put retrouver le tombeau de sainte Justa malgré la promesse de l'émir de Séville ; mais le bienheureux Alvit découvrit celui de saint Isidore. Il était sur le point de retourner dans sa ville épiscopale avec les dépouilles du saint docteur lorsqu'il fut surpris par la mort ^ ; de sorte que l'évèque d'Astorga et sa suite rentrèrent à Léon avec les corps des deux saints évêques Isidore et Alvit. Le roi, accompagné de toute sa cour et d'un nombreux cortège de prélats,, vint les recevoir en grande pompe près des remparts de la ville, sur la petite rivière du Torio ^ De là, les reliques de saint Isidore devaient

1. Luc a composé son Uistoria Trnnslalionis (saucti Isidori) avant de monter sur le siège épiscopal de Tuy, et à l'époque où il était encore chanoine de la collégiale de Saint-Isidore de Léon (1201- 1239). 11 nous prévient lui-même qu'il se contente le plus souvent de reproduire le récit des miracles opérés par saint Isidore, tels que ses devanciers les avaient consignés par écrit dans les archives de son église collégiale, ce qui ajoute une autorité particulière à son témoignage. (Voy. VEsp. sagr., t. XXII, p. 142.)

2. On a ignoré longtemps la date précise de la mort de saint Alvit, qui d'après l'inscription de son tombeau primitif, découvert eu 1866 dans la cathédrale de Léon, derrière l'autel de saint Ildephonse, aurait eu lieu le 3 septembre 1062. (Voy. Fita, Recuerdos de un viage a Santiago de Galicia, 1880, p. 148-150.) Ce qui ne paraît pas douteux, c'est que la translation se fit seulement le 22 décembre de l'année suivante. (Voy. Risco, Esp, sagr.,

t. XXXVI, Appendice, p. CXCI ; et Chronicon SUense, Ibid., t. XVII, p. 327-318 de la 2e édit.). Toutefois, d'autres témoignages la placent au 21 ou même au 23 de ce mois. [Acta sanclorum, t. I^"" d'avril, p. 358, et Esp. sagr., t. IX, p. 211.)

3. Le contexte montre bien qu'il s'agit ici du Turio et non pas du Duero, comme Tont peusé les Bollandistes {loc. cit.). Le Duero se trouve à plus de quinze lieues de la ville de Léon. (Cf. Béer y Diaz- Jiménes, Calâlogo de los côdices de Léon, 1888, p. X.) — Quant aux principaux personnages présents à cette translation, on trouvera leurs noms ci-dessus (p. 55), à la suite de la charte dont nous avons reproduit la dernière partie. On y remarquera la signature de Pierre {Petrus francigena), évèque du Puy. Nous ignorons le motif de la présence de ce prélat à la cour du roi de Castille. Les auteurs du Gallia christiania (t. II, col. 699) ne signalent même pas le simple fait de son voyage en Espagne.

être portées à la nouvelle basilique, tandis que celles du bienheureux x\lvit seraient ensevelies dans la cathédrale de Sainte-Marie. Mais laissons ici la parole au célèbre évoque de Tuy. « On était arrivé, dit-il, à la porte appelée la Porte de l'Arc, lorsque un différent très vif éclata parmi la foule au sujet du corps du saint pontife Alvit. Beaucoup voulaient qu'il fut transporté dans l'église de Saint-Jean- Baptiste. Or, à cette très célèbre solennité assistait Dominique, abbé du monastère de Silos, homme vénérable dont tout le monde exaltait la sainteté et la merveilleuse puissance'. Il désirait vivement mettre un terme à la querelle qui divisait le peuple, et tous en etîet furent d'accord pour s'en remettre à sa décision. Après avoir répandu ses prières en présence du Seigneur, et invoqué le très saint docteur Isidore, il commanda de placer sur des chevaux les restes des saints pontifes renfermés dans deux litières : le corps de Févèque Alvit serait enseveli là où le conduirait Tune des montures sans être guidée par personne. En entrant dans la cité, le vénérable Dominique frappa légèrement de son bâton les bêtes chargées de leur pieux fardeau. Un ange, nous le croyons fermement, continue le narrateur, montra leur chemin à ces animaux sans raison, car Dieu ne voulait pas que l'église cathédrale (de Sainte-Marie) fut privée de son bienheureux pasteur. Aussi le cheval qui portail le corps de saint Alvit se dirigea-t-il en droite ligne vers cette même église de Sainte-Marie, tandis que les autres allaient à la basilique de Saint-Jean-Baptiste. »

Le moine de Silos (jui a composé un abi'égé de la vie de Ferdinand le Grand, et qui très probablement fut un des témoins de la translation, ne parle pas expressément de ce prodige ; mais il y fait une allusion évidente dans un passage de sa chronique ^

Une tradition moins ancienne, mais admise par tous les hagiographes à partir du xvi'' siècle (c'est malheureusement bien tard) nous parle d'un voyage (|ue l'abbé de Silos ht dans la Rioja à une époque qui n'est pas déterminée, dans le but de fortilier le courage de son

1. « Aderat tune huic celeberriiiia?. autein vcneraudus Antislcs, in eccle.«ia solemnitati vir venerabilis Dominicus, Béate Marie, ciii profuerat, Deo annuente, altl)as Mioiiasterii de Silos, ciiius sanctitas habetsepulcrum. » (C/i?'o;ac'o/j SJ/e«se, dans giatianini ell'creltaliir a cunrtis. » {.Mignc, VE.sp. xagr., t. XVII, 2» édit. p. 319.) Le Pnlrol. lai., LXXXl, col. 9.'i4.) continuateur de Klorez, le savant P. Risco,

2. « Hcatissimi confcssoris Isidori... cor- voit dans les mots Deo annuente une conl>ns in hasilica Sancti lohannis Haptiste, firuiatiou du récit de Luc de Tuy. [Ihid., (piani idem scrcnissimus ri'x... Le^'ione t. XXXV, p. 94.) Nous nous rangeons niivitLT faiiricaviTal, reposuit. .Uvitus votonliers à l'avis de ce grave historien.

SAINT DOMINIQUE, AliHlî DE SILOS

homonymo saint Dominique de la Calzada (de la Chaussée) '. Cet humble serviteur de Dieu, après avoir demandé en vain l'habit de Saint-Benoît aux abbés de San Millau et de Valvanera, s'était retiré dans le désert, où il vécut quelijues années, puis sur les bords de la rivière Oja, près de la route que suivaient d'ordinaire les nombreuses caravanes de pèlerins accourus de la plupart des contrées de l'Europe pour vénérer àCompostelle le tombeau de l'apôtre saint Jacques. Cet endroit offrait aux dévots voyageurs un passage difficile et même dangereux pendant la mauvaise saison. Le saint homme conçut le dessein d'y porter remède en construisant une puissante chaussée et en jetant un pont sur la rivière ^ Il désirait aussi élever un hôpital pour y nourrir et y soigner de ses mains les pèlerins les plus nécessiteux et les infirmes. Poussé par sa charité, il commença avec courage ces grands travaux. Mais les difficultés ne lui manquèrent pas dès le début, et il doutait déjà du succès d'une œuvre si au-dessus de ses forces, lorsque Dominique de Silos, instruit nous disent les biographes par une révélation céleste, se hâta de venir auprès de lui. Consolé et ranimé par les exhortations du saint abbé, le pieux et vaillant solitaire poursuivit avec une nouvelle ardeur son entreprise, qu'il eut la joie de conduire à bonne fin longtemps avant sa mort (1109.) Autour de son hôpital et de son église les maisons s'étaient groupées peu à peu. Elles ne tardèrent pas à former une ville importante, qui, empruntant le nom de son fondateur et de son œuvre principale, s'appela Santo Domingo de la Calzada \ — Vers le commencement de décembre de l'année 1072, saint Dominique de Silos aurait, d'après la tradition, assisté dans l'église de Santa Agueda de Burgos, à la fameuse cérémonie du juratJiento^ dans laquelle le roi Alphonse YI dut jurer solennel-

1. On la trouve mentionnée par Pedro de la Vega (Flos sanctorum, Saragosse, 1551) ; Juan Maldonado [Vitas sanctorum, hrevi elegantiqne stylo compositœ, Burgos, 1373); Tomas de Trugillo (Thésaurus con~ cionalorum, Barcelone, 1583, t. II, col. 2270), etc. Tous ces auteurs affirment le fait, mais ne citent aucun témoignage écrit plus ancien.

2. Ce pont de vingt-cinq arches existait encore il y a quelques années, à peu près tel qu'il fut bâti au XI<= ?iècle. — Vers la même époque et pendant la première moitié du siècle suivant, saint Jean d'Ortega imitait l'exemple de saint

Dominique, dont il fut quelque temps le disciple. 11 construisit plusieurs hospices, des ponts et des chaussées pour la commodité des pèlerins. (Voy. YEsp. sayr., t. XXVII, cap. VI ; pag. 185 et suiv. de la 2" édition.) — L'évèque Pelage dit du roi .Alphonse VI, contemporain de nos deux saints : « Studuit facere omnes pontes qui sunt a Lucronio [Logrono) usque ad Sanctum Jacobum. » [Clironicon Pelagii, Ovetensis episcopi, dans Florez, Esp. sagr., t. XIV, p. 47 i; 2" éd., p. 480.)

3. Voy. Tejada , Uistoria de Sanlo Domingo de la Calzada, in-foL, .Madrid.

HISTOIRE DE L AniiAYE DE SILOS

lement, en présence de Rodrigue le Campeador et des grands seigneurs du royaume, de n'avoir pris aucune part au meurtre de Sanche le Fort son frère'. Mais passons ; cet événement touche de trop près à la légende pour mériter une sérieuse attention.

X. — Ce voyage à la capitale de la Castillc fut vraisemblablement le dernier de l'abbé de Silos Un an après (20 décembre 1073), il s'endormait doucement dans le Seigneur, assisté de ses nombreux disciples [pmni mullitudine fratrum, dit l'hagiographe contemporain) et de son vénérable ami Ximenus ou Siméon, évêque de Burgos-. Son corps fut enseveli dans le cloître du monastère^ près de la porte dite de San Miguel, qui donnait accès à la partie basse de l'église abbatiale ^

1. C'est du moins ce qu'il est permis de conclure de deux privilèges accordés alors par le nouveau roi de Castille à l'abbaj-e de Saint-Pierre de Cardeûa. (Voy. lierganza, t. I, p. 440; t. II, p. 439.) Il va sans dire que nous ne nous portons pcs garant de l'authenticité de ce célèbre serment si souvent chanté dans les Romanceros du Cid. poésies d'une ravissante n.iïveté, mais d'une bien mince valeur histori(|ue.

2. Voyez, pour les détails, l'intéressant récit de Griuiald (jui fut témoin de cette mort [Vila, dans Vergara, p. 368-310).

La cellule où Dominique rendit le dernier siMipir, fut dans la suite convertie en chapelle, et a été de tout temps visitée avec respect par les pélerius. Elle conserva son caractère primitif jusqu'en 1645, époque où un abbé de Silos eut la malencontreuse idée de lui donner, sans toucher rependant aux anciennes murailles, la foruic usjcz élégante mais trop banale <|ue nous lui voyons encore aujourd'hui. {Arcft. de Silos,» Librosde Depi'isilo », ad an. 164!j, fo 132 V.) Cette cellule s'appelait au XVI" siècle laCnmara del Pa/'ayso (N'cbreda Solive, p. ;')] et dans la suite la dimara SdtUa.

3. Nous voudrions ijouvoir donner ici le jioitrail de saint Dominique. Grimald ne Jious l'a pas laissé. Quelques mots jetés t;;i et là dans le récit des apparalions du saint abbé nous permettent cependant de saisir plus d'un trait de ^sa physionomie. Ils nous la représentent sous la ligure d'un

i< beau vieillard, petit de taille, mais d'un aspect vénérable » ; sur sa tête à demi chauve brillait une couronne de cheveux blancs. 11 s'avançait avec gravité dans son austère costume monastique, en s'appuyant sur un bâton d'or. « Adest beatus Dominicus... in habitu monachili, regens suos gressus sustentatione baculi >- ( Vila, dansVergara, p. 390). « Senex decorus, veneranda facie, canicie atque calvicie... ferens manu baculum... » (Ibid., p. 400;. — « Vir... statura pusillus, veneranda canicie et calvus. » {Ibid., p. 418 et 426.) Une nuit Galindus, serviteur de Grimald, voit deux hommes entrer dans l'église où il dormait : l'un était saint Etienne, " longissimus iuvenis pulcerimus » ; l'autre Dominique, « statura pusillus, veneranda canitie et calvus, baculum ferens in manibus. » {Ibid., p. 428.) Une autre fois le bienheureux apparaît près de Carrion : « Vir statura pusillus... ferens baculum aureum in manibus, ac super brachium quenidem ferens librum. » {Ibid., p. 435.) — Au X1II<= siècle Pero Marin met les paroles suivantes dans la bouche d'un brave forgeron, qui était venu faire empiète de fera Silos. Saint Doniinique lui apparaît: « Je vis, dit-il, un homme debout, petit de corps, la figure amaigrie, le nez long, les yeux saillants et brillants. H portait une riche chape de soie, comme celles (|uc revêtent les évt'uiues et les abbés pour les processions ; elle était très blanche, ouverte par devant et traînait bien la longueur de trois palmes. » {MiracuLos

SAINT DOMINIQUE. Alilil'; DE SILOS

Les prodiges se nmlliplièrent rapidement sur son tombeau et la sainteté du glorieux liiaumaturgo, déjà si manifeste^ j)endant sa vie, j)rit dès lors un tel éclat, que les cvêques, le roi et le peuple la proclamèrent bientôt d'une voix unanime. Dès raunée \{)1{), l'évèque de Burgos retirait le corps du saint abbé de l'humble sépulture oi"i il l'avait déposé deux ans et demi auparavant, et au milieu de la plus grande pompe, et des acclamations d'une foule innombrable, le transférait dans la basilique de Saint-Sébastien. Il le renferma dans un sépulcre en pierre, disposé à celte tin dans la nef du côté de l'évangile^ sous un édicule en forme de confession, qui fut aussitôt surmonté d'un autel sous le vocable de Saint Domiinque '. C'était le mode le le plus ordinaire de la canonisation des saints à cette époque. Dès lors, nous voyons l'abbaye perdre peu à peu son ancien titre de Saint-Sébastien pour adopter celui de Saint-Dominique qu'il conserve encore de nos jours -.

Nous ne pouvons nous arrêter ici sur lesguérisons et les merveilles

chnp. LU, dans Yergara, p. IST.) Chose curieuse, ce portrait répond assez exactement à la statue de saint Dominique entouré de captifs, placée aujourd'hui à l'entrée de la Cdmara San la et qui date probablement du XIII^^ siècle. Elle se trouvait autrefois sous le portique de l'aucieune église abbatiale. — Nous ne connaissons qu'une représentation du saint abbé qui soit antérieure à ce groupe.

C'est un tableau en émail du XI1« siècle, plaqué à cette époque sur une cassette mauresque de 1020 actuellement au musée de Burgos. Il semble avoir été exécuté d'une façon assez sommaire et n'a rien qui rappelle un portrait. On y voit le bienheureux eu mitre et en crosse entre doux anges, avec cette inscription : santvs DOMiNici {sic). Voy. à la fin du volume, un dessin de ce tableau.

1. Grimald ne précise pas la date de la translation. 11 dit seulement que le corps du saint reposa sous le cloître « per quedam aunorum curricula. » Saint Dominif|ue reposa dans son nouveau tombeau pendant 657 aus, c'est-à-dire jusqu'en 1733, date de la seconde translation, dont il sera question plus longuement dans la suite.

2. Le plus ancien document dans lequel apparaît la nouvelle dénomination

est un privilège d'Alphonse VI, daté du 20 août 1076. {\'oy. \e Recueil, p. 24.) Yergara (Prologue, § 15) donne par erreur à ce diplôme la date du 19 avril. — Quant au jour précis de la translation, Tamayo [Marlyrol. Hispan., au 18 août) la place au 18 août (et non au 28, comme dit Yergara.) Mais la phrase et les deux vers qu'il attribue à Grimald, et qui affirment en effet que cette solennité eut lieu en la fête de sainte Hélène, sont apocryphes et ne se trouvent pas dans le texte de la vie de saint Dominique. Quelques églises l'ont célébrée le 18 mai iVergara, Prol., § 18^, et c'est à cette date qu'on la fête aujourd'hui encore à Tolède dans le monastère de Santo Domingo el Anliqiio. Il semble toutefois plus naturel de s'en tenir sur ce point à la tradition de Silos. Aussi loin qu'on peut remonter, la translation y fut toujours honorée le 5 du mois de janvier. (Cérémonial de Silos, Arch. de Silos, ms. 44.) Un manuscrit de Silos, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris (Nouv. acq. lat., n» 2194) et qui date du commencement du X1II« siècle, place la messe et l'hymne de la translation entre la fête des Saints-Innocents i28 décembre) et celle de saint Victorien abbé (12 janvier), par conséquent dans les premiers jours de l'an-

sans nombre opérées près du tombeau du grand abbé et que nous signalent les chroniqueurs de Silos. 11 n'est pas possible non plus de retracer les scènes touchantes qui se renouvelèrent pendant des siècles autour de l'aulel du saint, alors que des milliers de captifs chrétiens, délivrés par son intercession, venaient se prosterner devant ses reliques et y déposer leurs chaînes comme autant de trophées à la gloire de leur libérateur. La tradition estime à plus de douze mille le nombre des malheureux esclaves ainsi arrachés aux cachots musulmans *. Grimald qui, comme on le sait, écrivait vers 1090, se contente d'en citer quelques exemples. Mais le moine Pero Marin, qui vivait de Silos dans la seconde moitié du XIIP siècle, nous a raconté d'après le récit des captifs eux-mêmes, la délivrance d'environ ([ualre cent cinquante chrétiens, pendant la période qui s'étend du règne de saint Ferdinand à celui de son petit-fils, Sanche le Brave (1232-1287) '.

A la suite de la translation de 1076 dont il vient d'être parlé, la plupart des églises d'Espagne ne tardèrent pas à célébrer la fête de saint Dominique de Silos. Il était tout naturel que le monastère de ce nom fut le premier dans ces hommages liturgiques rendus à son glorieux restaurateur. Aussi y voyons-nous son culte revêtir plus que partout ailleurs une solennité et une pompe vraiment extraordinaires, tant à cause du concours incessant des pèlerins, qu'en raison des nombreuses merveilles qui se renouvelaient sans cesse auprès de ses relKjues ^

Deux fêtes furent instituées à Silos en l'honneur du saint thaumaturge : celle du Transitas au jour aniversaire de sa mort ^^20 décembre),

uée. Malheureuseiiieiif. toute la partie du calendrier qui renfermait les ujois de janvier et île février uiaïupie dans notre manuscrit.

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