Recueil des chartes de l'abbaye de Silos, p. 376-4J
4. Peut-être exercait-il la charge d'hôtelier. Mais, à Silos, il était particulièrement
destiné au gouvernement de l'hôpital, qui dépendait de l'abbaye et dans lequel les malades recevaient l'assistance des moines et de quelques personnes diligentes et pieuses nommées directement par l'abbé.
Voy. la sentence du 28 février 12o4, dans le Recueil, p. 20."), note 2.
"i. Bien entendu que ce cuisinier ne faisait pas la cuisine ; il se contentait d'administrer les revenus de cet office, il est question un peu plus loin des cuisiniers proprement dits, lesquels étaient au mmibre de cinq.
6. Un acte du 21 mars 1331 nous donne les noms des officiers du monastère à cette date. Voy. le Recueil (p. 363-364) et l'Appendice V du présent volume.
\'2'2 lUSTOlKE DK l'aHHAYE DE SILOS
Voici un simple aperçu des recettes et des dépenses de la mensc abbatiale, qui fournissait aux frais généraux des religieux :
Recette en blé, 1.130 boisseaux. Dépense, 1.305.
Recette en seigle, 613 boisseaux. — 368.
Recel le en orge, 780 boisseaux. — 769.
Recette en vin, l.ooO cruches '. — 3.620.
Recettte en argent, 10.510 maravédis. — 17.990.
Tout compris, l'abbé avait un revenu de 24.534 maravédis, alors (jue les dépenses s'élevaient h 28.474 maravédis. En retranchant au premier chiffre la somme de 3.352 maravédis, qui représentait le revenu des propriétés alors en friche ou grevées d'hypothèques, le budget de la mense abbatiale accusait un déficit annuel de 7 .292 maravédis.
Les comptes des otiices énumérés plus haut sont à l'avenant et se chiffrent presque tous par un excédent de dépenses.
Les circonstances critiques, dont l'Espagne venait à peine de sortir, expliquent pour une bonne part, l'état peu florissant des finances du monastère de Saint- Dominique de Silos pendant la première moitié du XIV" siècle. Deux longues minorités avaient marqué cette période et donné occasion à des révoltes sans cesse renouvelées'. Les troubles et les guerres civiles ne finirent malheureusement point avec la minorité d'Alphonse XI (1324), et ce n'est que douze ans plus tard, qu'à force d'habileté et de courage le jeune monarque parvint enfin à ramener le calme dans ses Fatals.
Après quelques princes de sang royal, le seigneurie plus turbulent et aussi le plus redouté de toute la Castille fut Juan Nuiiez de Lara, qui avait fait de Lerma son quartier général, et dont la petite armée déjoua pendant des années tous les etforlsdes troupes royales. C'était un dangereux voisinage pour Silos. En 1333 , Juan Nunez fît ravager le pays par ses soldats dont rien n'arrêtait les excès et les rapines. L'année suivante, le roi se présenta en personne devant Lerma,
1. En espagnol cdnlarus. — La cântara, actes d'Alphonse XI, fut d'aller en personne équivaut à Ifi litres environ. Elle se payait mettre le siège devant la forteresse de Valalors de deux à trois maravédis, d'après denebro, occupée par une troupe de bannotre document. dits. 11 emporta la place d'assaut et fit pas-
2. Le brigandage se donnait aussi libre scr au fil de l'épée cette garnison d'un carrière, et l'on sait qu'un des premiers nouveau genre.
t), .IRAN IV El' (,A liKh'OKMK UKNKDir.TlNF, 1 2.'{
qu'il n'osa attaquer, ot ce n'est qu'en 1336 qu'il l'éussil à soumettre celte place forte, à la suite d'un siège de plusieurs mois '.
Il est aisé de comprendre ce que l'agriculture eut à soufTrir au milieu de pareils désordres. Dans beaucoup de lieux, les colons désertaient la campagne qui ne leur offrait plus aucune sécurité; plusieurs même gagnaient quelque caverne dans les sierras voisines et se joignaient aux bandits qui infestaient la contrée. Ailleurs, ils avaient dû suivre leurs seigneurs à la guerre, et de très vastes tei'ritoires, autrefois fertilisés par le travail, restaient complètement abandonnés-.
Mais les troubles civils n'étaient pas la seule cause de la pauvreté relative des moines de Silos. Leurs charges multiples l'expliquent mieux encore, et il sera facile de s'en faire une idée en voyant ce qui se dépensait alors en aumônes, en procès et surtout pour l'entretien des nombreux serviteurs du monastère. — Il y avait plusieurs sortes d'aumônes. Les unes étaient destinées à la léproserie de Saint- Lazare, les autres à l'hôpital ^ d'autres enfin aux pauvres et aux nécessiteux de tout genre \ Nous devons ajouter à ce budget de la charité celui des hôtes, qui, malgré la position difficilement abordable du monastère, étaient fort nombreux à cette époque. Il fallait chaque année prélever pour eux sur les revenus de la mense abbatiale plus de 100 mesures de froment et 36o cântaras de vin (environ 5.600 litres). Leurs montures consommaient loO mesures d'orge.
Les procès en cour de Rome" ou devant le tribunal du roi de Castille occasionnaient aussi de grosses dépenses. Pour y faire face, l'abbé se vit assez souvent contraint d'emprunter des sommes importantes et de mettre en gage quelques-uns de ses meilleurs
1. Ou trouve dius les archives de Silos religieux du monastère s"y dévouaient au (ins. l,foI. 176, et ms. 13, p. 19), deux pri- soin des pauvres et des voyageurs. Voy. vilèges octroyés par Alphonse XI, de son aussi, pour l'année 1379, le Recueil, p. 43G. camp de Lerma. {en el renl de sobre Lerma\ 4. Outre les pauvres ordinaires, l'abbé Le premier a trait aux salines d'Atienza donnait tous les jours à manger à quatre (12 aoûti; l'autre est un acte en faveur de mendiants dans ses appartements privés, l'abbaye cistercienne de Sacramenia près On nourrissait aussi plusieurs recluses, et de Peiïafiel (28 août). quatre enfants élevés gratuitement dans le
2. Voici, par exemple , ce que dit de la monastère ciinlro moços chiguillos que se riche propriété de Bueso l'acte de visite de crian por Dios), sans compter les pauvres Silos de 1338 : .. El heredamiento que ave- honteux auxquels on venait discrètement mos en Bueço esta heriales, no lo labra en aide. Voy. sur tout ceci l'acte de vininguno, que non fallamos quien, por sile de 1338 (Recueil, p. 376).
razon de la guerra. » {Recueil, p. 386.) j. Ils contèrent 2000 maravédis en 1337.
3. Sur cet hôpital, voy. ci-dessus, p. 94. Le cens annuel dû au Saint-Siège, était de — A la date où nous sommes arrivés, deux 120 maravédis. Voy. ci-dessus, p. 80, note.
IIISTOinE DE L ABBAYE DE SILOS
domaines. La liste que nous en donne l'acte de visite est à cet égard tristement éloquente '.
Cependant, après l'entretien de la communauté, les frais les plus considérables avaient pour cause la présence dans Tabbaye d'un nombre de serviteurs qui nous étonne et que ne connaissent guère les moines de nos jours. Sans compter ceux qui étaient employés aux travaux des champs, le monastère avait alors à son service ordinaire plus de soixante domestiques. En voici une énumération sommaire :
Huit familiers ou serviteurs privilégiés;' . — le merino, juge ou officier de justice de l'abbé ; — le serviteur de ce mérino ; — un procureur ou chargé d'affaires à Burgos ; — le serviteur de ce procureur ; — plusieurs collecteurs des tailles; — deux portiers^; de plus — le portier de l'abbé ; — un tailleur ; — le chambrier de l'abbé ; — deux cuisiniers ^ de la communauté ; de plus — le cuisinier de l'infirmerie; — les deux cuisiniers de l'abbé et des hôtes"; — un barbier, dont l'office principale était de saigner les moines à des époques déterminées; — quatre hommes chargés du four'^; — le valet d'écurie de l'abbé ; — les quatre muletiers de l'abbé ; — les huit courriers de l'abbé ; — les trois serviteurs du cellérier, préposés aux travaux sous sa direction ; — plusieurs hommes chargés de recueillir les oITrandes faites à saint Dominique ' ; — un garde ; — les deux serviteurs du majordome ; — trois gardiens des vignes ;
1. I^cs comptes de l'abbaye de San Pedro d'Arlanza, située dans le voisinage immédiat de Silos, témoignent sous ce dernier riippf)rt d'une situation beaucoup |)lus lamentable encore.
2. Ces familiers jouissaient de (|uelques avantages de la vie religieuse et n'en avaient pas les étroites obligations. 1/acte les appelle indistinctement racioneros on familidres. Ils pouvaient vivre hors du nionasti're, et nous voyons parfois ce titre donné à des femmes (Comptes de Cardena: <• A una racionera, doze fauegas de trigo : a otra racionera », etc.) Ou y trouve même des personnes mariées. (Voy. plus loin l'Inscription, n° G7. Cf. Las siele Parlidas d'Alphonse le Savant, Part. 1, til. .M, leg. 7; et Bergaoza, t. 1, p. 276).
3. « El uno de la pucrta»mcdiana, el otro de la puerta mayor >■ lieci/eil, p. 379).
■i. Au X1II« siècle ces cuisiniers étaient déjà des laïques salariés. Voy. Pero Marin, Miraculos, dans Vergara, p. 228.
5. Il ne faut pas oublier que les serviteurs donnés à l'abbé avaient en même temps le soin des hôtes. Ceux-ci, en eflet, j)renaient leurs repas dans le logis abbatial, ou tout au moins recevaient leur nourriture de la cuisine de l'abbé.
6. « Quatro omncs de prestino, uno que trae lena, dos que cuezen, e un porquerizo. 1)
7. Ces offrandes étaient assez importantes, d'après le détail que nous en donne l'acte de visite, et provenaient parfois de contrées très éloignées. Il en est déjà que:^tion dans l'Ordonnance du 4 novembre 1260, où l'on trouvera en même temps la mention de quelques serviteurs séculiers de l'abbaye. [^liecueil, p. 234.)
t). JEAN IV ET LA REFORME lîENEDlCTINE
— plusieurs jardiniers ; — un maiire-her^er ou rabadan ; — l'aide du maître-berger.
Tout ce monde recevait un salaire proportionna aux services de chacun, et Ton conçoit que la note atteignit un chillVe très élevé '.
Nous nous sommes arrêtés trop longtemps peut-être sur les comptes dressés lors de la visite régulière de 1338 ; mais c'est le seul document de ce genre un peu ancien qui nous reste, et il nous parait de quelque importance pour l'histoire de l'abbaye de Saint- Dominique de Silos.
Quant aux autres résultats de la Constitution de Benoît XII et de sesetYorts pour ramener à leur ferveur première les ordres monastiques en Espagne, nous en avons à peine trouve quelque trace -. Il est à croire qu'après les améliorations opérées par le chapitre de 1337 et la visite canonique de 1338, on ne parla plus guère de réforme ^ Elle devait venir par une autre voie, et nous aurons plus tard l'occasion d'eu dire quelques mots.
L'abbé D. Jean IV, qui fut avec l'abbé de Cardena le principal instrument de cette tentative, gouverna le monastère pendant près de vingt-cinq ans. Le siège abbatial, on l'a vu plus haut, était en effet vacant le 20 mars 1324, et le nom de D. Jean nous apparaît pour la première fois sur une charte du 5 novembre 1325. Nous le trouvons en dernier lieu sur un reçu de 1347. Toutefois, le P. Ruiz nous di(.
1. L'acte de visite contient le détail de la paye assignée à chacun. Nous y trouvons même ce que coûtaient les tourteaux destinés aux ctiiens du monastère : « A los perros, 12 almudes de centeno » {Recueil, p. 390). — On peut voir, pour se faire quelque idée des salaires au xiv" siècle en Espagne, et à Silos en particulier, l'Ordonnance royale de Pierre le. Cruel, promulguée à Valladolid le 2 novembre 1331. Elle a été imprimée dans les Cortes de los anligiios reiiios de Léon y de Caslilla, publicadas por la real Academia de la Historia (tome II, p. 111-124).
2. Berganza (t. II, p. 217) mentionne un chapitre provincial des abbés de Castille, tenu au monastère de San Salvador d'Ona en l'année 1392. — Gerôuimo de Nebreda, ilans sa \otice manuscrile (p. 18), parle aussi d'un autre chapitre provincial tenu à Arlanza vers le milieu du xv siècle: » El abad de Silos D. Juan celebro capitulo
con sus priores, como se le mando en el capitulo provincial que se celebro en Arlanza ».
3. Du reste, les successeurs immédiats de Benoit XII ne montrèrent pas, sur ce point, le même zèle que l'ancien abbé de F'onlroide. Dès la première année de son pontificat (1342), Clément VI modifiait dans le sens de la douceur la Constitution bénédictine. « Pontifex, Con.«titutionis... edit* super reformatioue monachorum nigrorum rigorem attendens, illam oleo suaclementite misericordis aspergens, modificavit in multis, et eam discrefionis lima reformans ad jugi doniinici suavitatem et levitatem omnes cum aequitate reduxit. » [Tertia vita démentis VI, dans Baluze, Vilae Paparum Avenionensium, Paris, 1613, t. I, col. 285). On trouvera le texte de la « déclaration ') du pape à ce sujet dans les Miscellanea de Baluze (t. IV, page 27, de l'édition de Mansi).
12li HISTOIHE DE l'aBBAYE DE SILOS
sans indiquer la source où il a pris ses renseignements, que ce prélat mourut seulement vers la lin de l'année 1349 K
IV. — Nous devons, pour abréger, passer sous silence les nombreuses bulles et les privilèges royaux, qui se rapportent au quart de siècle que nous venons de parcourir. — Disons pourtant un mot de l'importante cédule d'Alphonse XI, obtenue par l'abbé Jean contre certains nobles personnages, qui détenaient injustement les villes, hameaux et autres biens du monastère. Ces ncos-omes, infanzones, fljos-dalgo et autres, avaient à l'origine reçu ces domaines pour un temps limité, dans le but nettement déterminé de protéger les vassaux de l'abbaye contre le brigandage et les gens de guerre, ou encore comme récompense de services rendus. Avec le temps, ils prenaient goût à ces riches propriétés. Aussi, voyait-on bientôt leurs palais et plus souvent encore leurs châteaux forts dominer l'humble bourgade monastique ; et lorsque le seigneur légitime se présentait dans la personne de l'abbé ou de son représentant, on lui donnait à entendre que la situation était avantageuse et qu'on tenait à la garder.
C'est contre des faits de ce genre que l'abbé de Silos obtint h' privilège d'Alphonse XI, daté de Madrid, le lo janvier 1339. Le roi nous apprend qu'il l'octroie à cause de la grande dévotion qu'il professe au (jloriQso ciierpo santo de saint Dominique de Silos, et alin ([ue les religieux prient Dieu pour lui et pour les rois ses ancêtres - Nous ignorons si la cédule royale obtint dos résultats immédiats ; mais il est trop certain que ces résultats ne furent pas durables. Moins d'un demi-siècle plus tai'd, le roi (h; Castilledut intervenir de nouveau en faveur des propriétés de l'abbaye usurpées par, quoique avide hidalgo ou par les puissants seigneurs du voisinage '.
lu) nii'uie temps (^uil choi'chait ainsi à metti'e une borne aux convoitises de la noblesse castillane, notre abbé se montrait généreux ci libéral envers les habitants de sa ville de Silos. Il leur permit à deux reprises, par des chartes datées du 21 mars 1331 et du 14 avril 1312, de vendi'c une gi'ande partie de la vaste dehcsa ou j)rairie communale de San Francisco *. Par une charte du 18 avril 134(i.
1. • lu au (•oiiuiii'iiceiiiciit dr raiiiK-e l.'ioO. l. l\iicueil, p. HG3 et 409; cf. p. 178. —
2. lieciieil, p. iU.I. La plus grande partie de cette dehesa. si- .'«. Voy. les cédulcs du 2:î cl du 2t di-- tuée entre Silos et l'ancien couvent de
viMnliri' 138(1, lierupil, p. i'tl-'»4'i. San Knincisco, est encore communale.
D. JEAN IV ET LA HKFDKMK «ENEDICTINE
il accorda on outre pour leurs troupeaux le droit de pâture dnns le district de Tabladillo et dans tout le territoire de la vallée (jui lui appartenait à litre de seigneur '.
D. Jean IV mourut en 13i-9, comme nous lavons dit ci-dessus -. Ajoutons ici que, d'après le P. Geromino de Nebreda, il avait reçu la bénédiction abbatiale des mains de l'évèque de Burgos le r'' novembre 1325, en la fête de la Toussaint''. Nous ignorons où il tut enseveli.
Dès l'année 1351, une charte royale nous appi'end le nom de son successeur', Fernando ou Ferdinand.
1. Ihid., p. U(i. — Cette pièce porte, outre les deux sceaux de l'abbé et du convent, celui de la ville de Silos, qui est fort curieux. (Nous donnons un fac-similé de tous ces sceaux à la fin du volume.) — Les sceaux de la ville apposés aux chartes de 1222 et de 1234 {[iecueil, p. 154 et l';9) et à plusieurs autres documents ne nous sont pas parvenus.