CHAPITRE PREIMIER
D. Jean IV et la réforme bénédictine fl 325- 1349)
I. D. Jean IV; décadence de l'Ordre bénédictin. - II. La bulle > bénédictine »; l'abbé de Silos est chargé de l'exécution de la bulle en Castille. — III. La visite ; état détaillé de Tabbaye de Silos en 1338. — IV. Les " défenseurs ■> laïques des propriétés du monastère.
1. — On a beaucoup écrit, el parfois avec peu de mesure, sur le relâchement des moines au treizième siècle et au siècle suivant. Des historiens, d'ailleurs très bien intentionnés, semblent s'être complu à nous en tracer un tableau chargé des plus sombres couleurs, et ont laissé aller leur plume à des exagérations vraiment surprenantes. Us paraissent avoir oublié en cette occasion que quelques canons de conciles ou quelques lettres pontilicales blâmant des abus restreints, ne donnent point le droit de conclure à un désordre universel.
Toutefois, il faut bien en convenir^ l'antique ferveur avait diminué, la discipline primitive s'était adoucie etla sève du vieil arbre bénédictin avait perdu de sa vigueur. Des cloîtres qui abritaient encore les fils de saint Benoît, ne sortaient plus ces essaims d'apôtres, de docteurs et de pontifes, qui furent pendant des siècles la gloire la plus pure et la plus grande force de l'Eglise. Le onzième et le douzième siècle avaient vu l'apogée des ordres monastiques. Dès le treizième siècle, la décadence est évidente, et malgré la tentative du concile de Latran (121.^) et de plusieurs autres, elle ne fait que s'accentuer de jour en jour. Quelques-unes des notions fondamentales de la vie religieuse, telle que l'a voulue saint Benoît, s'oblitèrent peu à peu ; plusieurs même ont à peu près complètement disparu. C'est ainsi, par exemple, que les offices claustraux tendent à devenir presque partout de simples prébendes : atteinte grave, portée non pas seulement à la pauvreté religieuse, mais plus encore à l'autorité de l'abbé, et par là-mème à la vie de famille, base essentielle de toute institution monastique.
D'autre part, les études sacrées ne sont plus cultivées avec le même
lâO HISTOIRE DE l'aBBAYE DE SILOS
zèle qu'autrefois, et l'on voit en même temps rinfluence sociale des moines céder devant celle des ordres mendiants, nouveaux encore et tout remplis de l'esprit de leurs saints fondateurs *.
C'est dans ces circonstances que le pape Benoît XII, ancien abbé de Fonfroide au diocèse de Narbonne, tenta de rappeler l'Ordre bénédictin à ses glorieuses traditions. Il commença par la réforme cistercienne qui lui tenait plus à cœur, et pour laquelle il écrivit le 12 juillet 1335 la Constitution Fulgens siciii Stella.
II. — Dès l'année suivante (20 juin 1336), il publiait la célèbre Constitution connue sous le nom de ùiiiie bénédictine, qu'il adressa à tous les moines noirs, c'est-à-dire à l'Ordre bénédictin proprement dit '\ Nous n'avons pas à nous occuper ici des résultats généraux des travaux du pape pour la réforme ; ce serait sortir des limites de ce travail et nous aventurer sur un terrain encore trop peu connu. Nous rentrons pleinement dans noire sujet en disant ici en quelques mots ce que produisit la bulle bénédictine sur les monastères de Castille et en faisant connaître le rôle que joua l'abbé de Silos dans cette importante atfaire. C'est en etfet au nouvel abbé de Saint- Dominique, D. Jean quatrième de ce nom, que Benoît XII confia l'exécution de cette délicate tentative dans la province de Tolède ^ Il lui adjoignit, comme collaborateur, l'abbé de Saint-Pierre de C^ardena, D. Jolian del Campo.
Par une bulle du 13 décembre 1336, il charge les deux prélats de convoquer en clia|)itre tous les abbés de la province, d'y donner communication de la Constitution pontificale toucliant la réforme, et de faire ensuite en jjersonnc la visite de chacune des abbayes. La réunion solennelle ordonnée |)ar le [)ape eut lieu l'année suivante dans le monastère de Saint-Jean de Burgos, ([ui dé{)endait encore à cette époque de l'abbaye française de Cluny. On ne sait malheureu-
1. Cette époque uo fut pourtant pas (1859), t. IV, p. 348-387. — Le 5 décembre sans gloire, pour Tordre niouastiiiue. Les 1340, Benoît XII publia une « déclaration " saints et les lettrés y sont encore nom- sur certains chapitres de la bulle de breux. Voy. sur tout cela : Bucelin, Anna- 1336. Voy. le texte de ce document dans liiim lienediclinorum, pars lia, p. 18-"'J ; le Bullaire (//ne/., p. 462), et dans le iWzst-eZ- Ziegclbauer, ///s/or/a /-ej lillerurue Oïdinis lanea de Baluze (édit. de Mansi, Lacques, sancti Benedicli, passim, et l'Histoire lilté- 1761-1764, t. IV, p. 24).
7'aire de la France, t. XXIV, p. .")4-59 et 3. On trouvera dans le Recueil des char-
p. 308-310. ^ les de Silos (p. 372-376) le texte de la lettre
2. Dtillarinin romanum^ édition de Turin pontificale adressée à l'abbé de Silos.
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sèment rien de co qui y fat décidé, les actes de celte asseml)lée ayant échappé jusqu'ici à toutes les recherches.
III. — A la suite du chapitre provincial, les abbés de Silos et de Cai'deùa procédèrent à la visite régulière ordonnée par le pape. Ils commencèrent par Saint-Jean de Uurgos, le 8 du mois de mars 1338, et parcoururent successivement les divers monastères de la province '. Les actes dressés au cours de ces visites l'enlerment les comptes détaillés de vingt-neuf abbayes ou prieurés-. Nous en avons trouvé une copie authentique dans les riches archives de la Congrégation de Saint-Benoît de Valladolid, aujourd'hui à l'abbbaye de Silos, Ces documents, qui nous donnent l'état des recettes et des dépenses de chaque monastère, sont d'un grand intérêt pour riiistoire de la propriété monastique à cette époque. Ils nous fournissent aussi des renseignements, qu'on trouverait difficilement ailleurs, sur les usages et les coutumes des abbayes bénédictines de la péninsule au XIV' siècle. On en jugera par les actes de la visite de Silos, que nous avons cru devoir publier intégralement dans notre Recueil, malgré leur extrême longueur".
La communauté se composait, au 21 avril 1338, de l'abbé et de trente moines. Les revenus de tous les biens du monastère étaient l'épartis entre la mense abbatiale et les divers officiers, dont voici la liste, d'après l'ordre qui leur est assigné dans le document lui-même : le cellérier, le majordome, l'hospitalier \ le cuisinier •', le* chambrier. l'infirmier, le sacriste et le sous-prieur ".
1. Le 12 mars ils étaient à Oharénes, où ils trouvèrent 22 moines, un convers et 22 serviteurs ; le 13, à Oùa (52 moines) ; peu après à Santa Maria de HorniUos (le prieur et un familier) ; le 20, à San Zoil de Carrion \2U moines) ; le 24, à Sahar/un {Sant Fagunt, 34 moines) ; le 21 avril, à Silos ; le 24, à Arlanza (20 moines) ; le 26, à Cardena (24 moines).
2. Les piieurés dépendants de San Zoil de Garrion et de Silos (sauf Santa Maria de Duero) ont été omis, on ne sait pour quels motifs.