LA LKPROSEHIE DE SILOS 1 2Î
une inscriplion contemporaine gravée autour du socle : « Ceci est la main de saint Valentin. L'abbé don Pedro la donna » '.
m. — De iS.jl à 1374, aucune des cliartes qui parlent de Tabbé de Silos ne le désigne par son nom. Aussi, ne pouvons-nous assigner une date même approximative à la mort de Pierre d'Ariola et à l'élection de D. Jean V, son successeur. Le P. Geronimo de Nebreda place cette élection en 1366, le P. Ruiz en 1357, et le catalogue manuscrit des abbés de Silos en 1353. En l'absence de documents contemporains, il vaut mieux confesser qu'on ne sait rien de positif sur ce point.
La plus ancienne charte qui porte le nom de Tabbé Jean nous est connue par une analyse qu'en a faite le P. Ruiz et nous conduit jusqu'en Tannée 1374.
Pendant cet intervalle de vingt-trois ans, l'abbaye de Silos obtint plusieurs diplômes du roi de Castille, Henri de Trastamare. Sept de ces privilèges sont contemporains de la lutte de ce prince contre Pierre le Cruel ' ; les deux autres furent expédiés après le drame de Montiel, qui mit fin par un crime à cette guerre fratricide (4369).
De toutes les chartes royales, nous mentionnerons seulement celle du 20 novembre 1371 en faveur de la léproserie de Silos. On ne sait au juste à quelle date remonte la fondation de cette léproserie, dont on voit encore quelques pans de murs sur le chemin qui va de Silos à Vermita de Santiago, à une courte distance de ce sanctuaire. Elle semble avoir été une des plus importantes de toute la Castille. Il en est déjà question au XIIP siècle, dans le curieux testament de dona Aida dont on trouvera le texte dans le Cartulaire de Silos '\ Cette noble dame fait, entre autres legs pieux, un don de quatre maravédis a los de Saut Lazaro. L'acte de visite du 21 avril 1338 la mentionne également, mais sans nous faire connaître l'état dans lequel elle se trouvait à cette époque. Dans la seconde moitié du XIV siècle, cet hospice avait des ressources très limitées, et beaucoup de pauvres gens « atteints du mal de saint Lazare », comme s'exprime le privilège ^, ne pouvaient y être admis. De plus, il leur était interdit de parcourir les
1. Voy. plus loin le texte original de 3. Acte du 23 mai 129o, Recueil, p. 296. cette inscription, Appendice II, « Inscrip- 4. « Et sy alguno oviere en toda su tiens », n" 76. tierra de Santo Domingo e eu el su
2. Dans le premier, qui date du 28 juin judgo que l'uere maiato et tanido del 1366, le roi Henri appelle son frère Pierre niajamiento de Sant Lazaro, que non este « aquel mal omne tirannoM(/{ecMei7, p.425). entre los otros sanos... » {Recueil, p. 430).
villes et les villages pour implorer la charité publique, et ils se trouvaient souvent réduits à la plus extrême misère'. Henri de Trastamare permet aux procureurs ou messagers de la léproserie de Silos de recueillir des aumônes dans toute Télendue de ses Etats. Il ordonne en outre aux municipalités, aux maîtres des Ordres militaires, aux o-ouverneurs des forteresses royales et à tous les ofliciers de « ses royaumes » de leur venir en aide et de leur prêter main-forte contre quiconque voudrait leur faire quelque tort -.
Signalons aussi comme se i-apportant à cette période une bulle d'indulgences, accordée en 1371 par D. Domingo Fernandez de Arroyuelo, évêque de Burgos, aux pèlerins qui visiteront le tombeau de saint Dominique, « en raison, dit le document, des nombreux miracles que Dieu y opère chaque jour ^ »
Gomme nous l'avons dit plus haut, le plus ancien titre connu qui nomme Tabbé D. Jean V est de l'an 1374. Il fonde par cette charte, du consentement de la communauté^ deux anniversaires, en échange de quelques maisons neuves qu'il possédait dans le faubourg de San Pedro et dont il fait cession au monastère. Deux ans plus tard, il obtenait une sentence qui mettait lin, en faveur de Tabbaye, à un différent survenu entre les moines de Saint-Dominique et les clercs de la petite église paroissiale de Santiago '*.
En 1379, une lettre de pouvoir de D. Jean nous montre comme déjà fondi'e et répandue jusqu'en Portugal la confrérie instituée à Silos en l'honneur de saint Dominique. Nous reviendrons sur cette pieuse association, à propos des Ordonnances édictées en 1439 par' labbé Jean \'I ; mais il n'est pas sans intérêt d'en constater l'existence dès la seconde moitié du XIV siècle. — Cette même année voit
1. " Dés qu'un niallieureux. mou« dit l'acle royal, sera atteint tie la lèpre, dans toute la contrée de Saint-Dominique, qu'il ne demeure poiut avec les personnes bien portantes ; mais (|u'on l'envoie à la maison de Saint-Lazare, avec les biens (|ui lui appartiennent , car tel est le droit »
liecueil, p. ViO).
2. Ce privilège fut conlirmé par le roi Jean h-', le 10 août i;3"î!). (Recueil, p. 4.39.)
.'1. Le document épiscopal est date de Covarrubias. {liecueil, p. 431.)
4. Cette église, ipic nous trouvons déjà mentionnée dans la charte de Fernau Conzalez au .\« siècle (Recueil, p. 2i, mais
couinio simple chapelle rurale (allure)' dépendait alors de l'évèque de Burgos. Elle servait de paroisse à uu groupe de maisons situé dans le voisinage et appelé à cette époque lu Aldeliuela ou «le petit hameau ". Ce hameau est sans doute l'une des • deux villes de Silos -j dont parle le diplôme de 'J19 {Recueil, p. 3, note 2). il en est aussi question dans un acte de 123 4 sous le nom de <• aldeia de Silos » {Ibid., p. n8\ qu'on ne saurait confondre avec la ville proprement dite de Silos. — De cette même église de Santiago dépendait probablement la bourgade de lécla, si tant est qu'elle fût encore habitée au XIV'' siècle.
VISITE Di: PlhUKi; DE LUNE I M I
aussi commencer la série des diplômes accordés au monastère par D. Juan 1", roi de Castiile, fils et successeur de Henri de Trastamare. x\ous n'en comptons pas moins de quatorze, pendant la période qui va du 8 août 1379 au 11 octobre 1388. Il suilira de signaler le plus important, par lequel il contraint son grand chambellan Pedro Fernandez de Yelasco à restituer aux moines de Silos les villes et villages, dont il s'était emparé injustement sous prétexte de patronage, et danslesquels il commandait en maître absolu aux vassaux de l'abbaye (23 décembre J380)'. Ces bourgades, toutes situées dans un rayon assez restreint autour de Silos, étaient : Huerta del Rey, Tormillos^ Finilla, Alamolar, Espinosa de Cervera, Briongos, Barriosuso^ Arroyales, Gastroceniza, Ura, Requexo et Lastriella.
IV. — En 1384, le monastère eut beaucoup à soutVrir d'un terrible incendie qui consuma une partie notable des bâtiments claustraux et détruisit bon nombre de documents -. L'abbé de Silos se mit aussitôt à l'œuvre pour réparer ce désastre. Il fut secondé dans cette tâche par D. Gonzalo de Mena, évèque de Burgos, le([uel, par une bulle du o mai de cette même année, accorda quarante jours d'indulgences à tous les fidèles qui, de leurs biens ou par leur travail, viendraient en aide au monastère « où se trouve le corps du bienheureux seigneur saint Dominique de Silos » . Le roi lui-même se trouvait à Silos le 24 février 1386, et outre la rénovation de l'important privilège des salines royales, en vertu duquel les moines jouissaient d'une rente annuelle de vingt mesures de sel, il est à croire qu'il contribua pour une bonne part à la restauration de l'abbaye.
V. — En 1388, eut lieu dans notre monastère un événement, qui jusqu'ici a passé inaperçu et qui mérite, croyons-nous, d'être signalé.
1. Recueil, p. 441. — Pedro Feruaiidez de ques et les plaintes réitérées auxquels ils Velasco prélevait sur les colous du mou as- donuaient lieu de la part des abbés et tère des taxes en argent et en vivres, et abbesses de l'ordre de Saint-Benoit, voyez employait même ces gens à transporter des la. Crcmica del rey don Juan el primera, matériaux pour restaurer et agrandir ses cap. XI (t. H, p. 70-71 des Crônicas, puforteresses de Carazo (il s'agit du castUlo bliées par D. Cayetano Rosell dans la Biou torres de Carazo!, de Salas de los blioteca de autores espanoles de Ribade- Infantes et de Briviesca. L'un des quatre neyra).
juges chargés par le roi d'examiner cette 2. Voy. dans le Recueil (p. 446-450), la
affaire fut le célèbre historien Pedro Lopez bulle de l'évèque de Burgos et le privilège
de Ayala, grand chancelier de Castiile. — du roi Jean qui nous font connaître cet
Sur ces patronages ou encomiendas lai- événement.
Nous voulons parler de la visite de Pierre de Lune, depuis antipape sous le nom de Benoît XIII. Le célèbre cardinal venait d'Avignon en Espagne comme légat de Clément VII, et allait présider à Palencia un concile pour la réforme de la discipline ecclésiastique *. Il se trouva à Silos le 2o avril, comme il nous l'apprend lui-même par une bulle d'indulgences, octroyée « apud Sanctum Dominicum de Silis », en faveur du petit sanctuaire de Nuestra Senora de la Pena -. Les détails nous manquent sur le séjour de Pierre de Lune dans l'abbaye de Saint-Dominique ; mais deux bulles de l'obstiné pontife, adressées le
1. Ou sait que le royaLiiiie de Castille reconnai-î^aU l'obédience de Clément, depuis l'assemblée tenue à .Médina del Canipo en 1.'580, et dans laquelle Pierre de Lune plaida la cause du pape d'Avignon. — Les moines de Silos, pas plus que les autres, ne semblent avoir eu des doutes sur la légitimité de Clément VII. Une note, tracée ;'i cette époque sur un manuscrit de l'abbaye, nous en fournit un curieux témoignage. Nous y lisons ces mots : « Clemens |iapa VII. Sunimus pontifex verus est Clemens VII » (Biblioth. nul. de Paris, nouv, acq. lat. 2;}5, folio A, v"). — Sur le voyage du légat en Espagne, voyez les notes que Haltizc a ajoutées à son édition des Vitœ Pnpurinn Avenioricnsiinn (t. I, col. 1281- I2!)6 . Ouant au concile tenu à Palencia linéiques mois après le passage du légat à Silos, voyez Aguirre, CoUeilio uid.rima çonciliorum litspaniœ, t. 1!1 éd. 1694), p. 621- 626 ; et Tcjada, Colercion de alnuiies de la Ir/lesia de Espana, t. III, col. 610-619.
2. Cette chapelle était située prés do Sjins. dans une gorge extrêmement sauvage et pittoresque. Il n'en reste plus aujourd'hui (|ue des ruines informes. Elle était très fréquentée au xiv-" siècle, et la liulie nous parle des rnirailes qui s'y fipé- I lient à cette épocpio. — En 156t, le cai'dinal llurtadc de .Mendoza, èvèque de lUirgos, accorda 140 jours d'indulgences aux lidèles qui aideraient à la reconstruction de ce sanctuaire. Voici ce texte intéressani :
" Don Francisco de .Mcntloca, j)or la miseraciou dibina presvitcro cardenal de la santa yglesia de Homa, obispo de Burgos, etc. Ynformado como la»hermita de Sanla Maria de la Pifia es pobrc y esta caydu et iii.ijliatada d reparada (s/f, et comme nos
consto ser casa devota et de gran devocion et no tener renta con que se reparar, et por que la deboçion de la buena et debota gente crezca et se aumente, et atento que en se redificar et hornamentar y reparar la dicha hermita, sera Nuestro Seùor servido : por ende, por la autoridad et poder de Dios et de los bienabenturados apostolos {sic) san Pedro et san Pablo, concedemos a los fieles chrislianos, que dieren sus limosnas, o ayudaren con matcriales o trabajo para hazer rediflcar et reparar la dicha hermita de Nuestra Seîiora de la Peùa, por cada una bez çicnto et quarenta dias de perdon, los çiento de cardenal et los quarenta como obispo deste obispado. En tesfimonio de lo quai, mandamos dar et dimos la présente, firmada de nuestro nonbre y sellada con nuestro sello y refrendada del notario ynfrascripto.
«' Daila en la \illa de Santo Domingo de Silos, a treze dias del mes de mayo de mill et i|iiinit'iit(is et sesenta et un aûos. F. Cahiiinai.is Iki'.OENsxs. — Por niandado de su yllustrissima, D. ni-: Vai.i.k ". (Arch. de Silos, A. XIV, 29. Original sur papier, écriture dite cortesana.)
Le cardinal de Mendoza y Bobadilla fut successivement évéque de Coria et de Hurgos, cardinal île Sainte-Marie in Ara avU, de Saint-Jean anle portinn latinam et de Saint-Eusèbe, gouverneur île Sienne, etc. Il mourut dans son palais d'.Xrcos, près lîurgos, le 18 noveudire 1566. Il est le troisième évè(|ue-cardinal de Ikirgos. On peut lire sur cet illustre protecteur des lettres au xvi'" siècle, l'étude que lui a consacrée .M. Charles Graux dans son Essai sur i()ri;/ine du fonds t/rcc de VEsrurial (1880'. pages 43-79 et ol9.
Visitr: DE pJF.uiîE i)K i.iNE 1;^3
o juin 1417 au successeur de D. Jean V, alors que, abandonné de presque tous ses partisans, il vivait retiré sur son imprenable rocher de Peniscola, nous montrent qu'il se souvenait encore de l'aimable hospitalité des moines de Silos '.
L'abbé Jean obtint du roi de Castille, Henri III el Diolenle, diverses rénovations de privilèges. Ces conlirmations, dont les originaux se trouvent encore aujourd'hui dans les archives de Silos et dans celles de M. le duc de Frias, furent expédiées pendant la tenue des Cortes à Madrid, le 20 avril 1391 et le 13 décembre 1393. Nous en donnons ailleurs un résumé -. — Le dernier acte qui mentionne D. Juan V, porte la date du 4 août 1401. On ignore l'époque précise de sa mort qui dut arriver dans les derniers mois de cette même année 1401 ou dans le courant de l'année suivante.
1. Recueil, p. 460-461. — L'original de trouvera le texte intégral de ce document
la bulle du 25 avril en laveur de Nuestra dans notre Recueil, p. 431-452.
Seùora de la Peûa est encore aujourd'hui 2. Recueil, p. 4oo-4.-i6. — Ces pièces ont
dans les Archives de Silos (A. XXV. 41). On une assez médiocre importance.: