‹ Histoire de l'Abbaye de SilosChapitre 45 sur 179 · IV. L'abbé D. Francisco ; bulles d'indulgences · texte numérisé non relu

IV. L'abbé D. Francisco ; bulles d'indulgences

I. — L'acte le plus ancien qni nomme l'abbé Mcirtin IV, porte la date du 6 février 1403 ; le dernier, celle du 21 août 1430. Pendant ce long intervalle de vingt-sept ans, nous ne trouvons rien do bien important à relever. Notons toutefois la présence à Silos du roi D. Juan II. très probablement dans les premiers mois de l'année 1430, alors qu'il se rendait à Osma à la tête dune puissante armée, pour porter la guerre dans les Etats du roi d'Aragon \

La même année, D. Martin céda la seigneurie de Brazuelas à Alphonse Gonzalez de Léon, garde du roi et créature de l'infortuné, mais alors tout-puissant favori, D. Alvarode Luna, grand-connétable de Castille. Le garde du roi s'obligeait en retour à payer au monastère une rente annuelle de 3000 maravédis. En 1418, D. Martin avait fait conlirmer, par le pape Martin V, les bulles données au XII'' siècle par Gélase II et Innocent II à l'abbaye de Silos.

II. — Nous devons à l'abbé Jean VI, qui succéda en 1431 à D. Martin, des détails pleins d'intérêt sur la liprmandad ou confrérie instituée à Silos en Thonneur de saint Dominique.

On ignore à quelle époque il faut faire remonter l'origine de cette importante confrérie; mais nous avons vu qu'au siècle précédent elle

1. Les Ordonnances de la confrérie de Burgos à Osma, il semble naturel de lui

Saint -Dominique, dans lesquelles nous assigner l'époque où le roi se rendit de la

trouvons ce renseignement (25 juin 1440\ première de ces deux villes dans la seconde,

ne nous indiquent ni le mois, ni l'année Voy. la Cronica de D.Juan segundo,p. 138

de la visite de D. Juan "^à Silos. Mais le (édition de Logrono, 1590), et Ferreras, tïd

monastère étant situé à moitié chemin de hoc onn.

fA llElOIAN^KVD i)V, SAl M'-DOMlNIOI E ET [,'\l!lil^: .IKV.S VI I )! .1

s'étendait déjà jusqu'en Portugal, et il est assez naturel de croire qu'elle était beaucoup plus ancienne'.

Quoiqu'il en soit, nous constatons un développement vraiment extraordinaire de cette pieuse asssociation dans la première moitié du xv" siècle. A la date des Ordonnances publiées par l'abbé D. Jean (15 mai 1 439' elle comptait p/us de quarante-cinq mille membres, répandus dans les divers États de la Péninsule. Nous trouvons à la tète de cette nombreuse phalange de frères^ les rois de Castille. d'Aragon, de Portugal et de Xavai're ; puis des milliers de clercs séculiers et réguliers, et des simples lidèles de toutes les conditions sociales.

Pour être reçu dans la confrérie, chaque prêtre devait d'abord inscrire lui-même son nom sur le registre que lui présentait le procureur ou messager du monastère. Il donnait ensuite une demi-livre de cire, promettait de dire trois messes pour les confrères et payait un tlorin d'or. Ces conditions une fois remplies, il était exempt de toute redevance ultérieure. Quant aux laïcs, « chevaliers, écuyers, dames, laboureurs, bergers » et autres personnes séculières de toutes conditions, chaque famille faisait l'aumône d'une livre de cire, ou de trente deniers « en souvenir, disent les Ordonnances, des trente deniers pour lesquels Jésus-Christ Notre Sauveur fut vendu aux Juifs pervers. » Il fallait de plus offrir chaque année un réal d'argent, ou sa valeur soit en blé, soit en laine.

Les Ordonnances du 1.5 mai 1439 nous font aussi connaître la destination de ces offrandes, dont le total était sans doute fort considérable. Elles servaient d'abord à faire célébrer pour tous les membres de \d. hennandad ^ vivants ou trépassés, des messes, dont le nombre, y compris celles dites à la même intention par les confrères honorés du sacerdoce, atteignait alors chaque année l'énorme chitfre de soixante mille trois cents.

Ces aumônes étaient encore destinées, ajoute le document,» à héberger les pèlerins pauvres qui vont en pèlerinage à Saint-Jacques de Gallice, à la maison sainte de Jérusalem, à Saint-Pierre de Rome, ou à d'autres sanctuaires; enfin, à l'entretien des pauvres petites créa-

1. Voy. ci-de?su?, p. 130. — En l'année un certain Dominique, abbé de l'église

1283, le « demandador », c'est-à-dire la collégiale de Santo Domingo de la Calzada.

personne chargée de recueillir les of- (Voy. Pero Marin, Mintculos roinanzndos^

frandes des confrères dans la Rioja, était dans Vergara. p. 152.)

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tures innocentes^ qui ne connaissent ni père ni mère, et qui sont jetées à la porte de nos hôpitaux ».

Outre les messes énumérées ci-dessus, les confrères avaient droit, entre autres faveurs spirituelles, à des indulgences sans nombre, accordées dans ce but par plusieurs souverains pontifes et « par tous les seigneurs évêques de Gastille, d'Aragon, de Navarre et de Portugal ». De plus, les messagers de l'abbaye pouvaient faire ouvrir sur leur passage les églises frappées d'interdit, y sonner les cloches, y célébrer l'office divin, procéder à la sépulture des confrères défunts, etc. — L'abbé Jean renouvela ces Ordonnances le 25 juin 1440. Elles sont rédigées à peu près dans les mêmes termes que les précédentes ; mais nous y trouvons en j)lus un très curieux catalogue des reliques principales que le trésor de l'abbaye de Silos possédait à cette date*.

La confrérie de Saint-Dominique était encore très florissante à la tin du XV® siècle, comme en témoigne la cédule des Rois Catholiques du 10 janvier 1484 -. Au XVP siècle, son importance diminua rapidement et à la fin du XVIP il n'en restait presque plus de traces ^ Elle est réduite aujourd'bui à une simple confrérie de village sous le titre de cofradia mayor ; mais de toutes ses grandeurs passées, il ne lui reste guère que le nom.

in. — Malgré son zèle pour répandre au loin le culte de saint Dominique, l'abbé Jean VI laissa aux moines de Silos, ses contemporains, et même à leurs successeurs, une mémoire fort peu sympathi que. Elle se trouve en efl'et intimement liée à un acte, qui diminua d'un seul coup el pour toujours l'influence du monastère. Nous voulons parler de la charte par laquelle il aliéna la seigneurie de la ville de Silos au profit de Pedro de Velasco, comte de Haro, pour une rente annuelle de 26,000 maravédis. De la part do l'abbé, ce fut une

1. Ces reliques sont encore aujourd'hui répaudue eu ICIO, comme en fait foi conservées dans le monastère. A peine si une lettre de procuration du 31 août quelques-unes ont disparu. On trouvera de cette année [Carta de poder para dans le lieciieil (p. 476 et 482) le texte des demandât' y recoger en Aragon, Valencia, deux Ordonnances et les notes qui les Calaluna y otras parles las limosnas accompagnent. de la hermandad insliluida en el monas-

2. Reciieil, p. 521-522. — Cette cédule h'rio de Silos, original sur papier, signé porte les signatures de rerdiuand V et au nom de l'abbé de Silos, Francisco de d'Isabelle. Valdivia, alors à Madrid, par « Fr. Benito

:!. Le P. Iluiz, Histoire manuscrile, fol. de la Guerra, prier mayor y présidente de 110: Castro, El Thaiintalurgo, p. 113. abbad », et par treize moines. {Arch. de — Il semble (|ii'(;lic fut encore as.'ez Silos, A. XIII, 4.)

LA HEK.UANnAl» DK SMNT-DOMI.MOIÎE RT L AHHK.IPÎW Vl

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condescendance coupable pour le puissant comte, avec lequel l'unissaient les liens d'une étroite amitié '.

Les moines, dont la bonne foi avait été d'abord surprise, s'élevèrent contre les volontés de D. Jean, avant que la vente ne devint un fait accompli, et dépêchèrent à Rome un de leurs confrères Garcia Fernandez, alors prieur de Santa Maria de Duero. Nicolas V, informé de ce qui se passait, donna commission à l'archidiacre de Ségovic de procéder à l'examen de la question. Dans le cas où les choses seraient telles que les avaient exposées les plaignants, il ne devait pas hésiter à a^ir avec vigueur et à déposer l'abbé de Silos, comme dissipateur des biens de son monastère. Le bien fondé de l'accusation ayant été reconnu, D. Jean fut privé de sa charge, et après en avoir appelé à Rome de la sentence de déposition, finit par se retirer à Frias dans le palais même du comte de Ilaro. C'est là qu'il mourut vers i4oo.

Malheureusement, le comte n'avait pas attendu l'issue de ces débats pour obtenir une cédule royale et prendre possession de la ville de Silos (144o). Les moines protestèrent. Ils élevèrent leurs suppliques jusqu'au roi; mais tout fut inutile, et cette fois encore la raison du plus fort fut, sinon la meilleure, du moins la plus écoutée".

Depuis lors, la crosse abbatiale sculptée en signe de juridiction temporelle sur les portes fortifiées de la ville de Silos, fit place à l'écu des comtes de Haro, devenus peu après tout puissants en Espagne sous le titre de Connétables de Castille ^

1. Voyez le récit uu peu vif du P. Ruiz .Moiitiano, copié au bas de la rharte du lo juillet 14i!i, {neciteil, p. 488). Il nous fait bien connaître les sentiments des moines de Silos à l'égard de l'abbé infidèle.

2. L'acte de vente fut re validé en 1552, et le monastère dut, quelques années plus tard (1565), livrer au connétable de Castille les pièces relatives à la juridiction temporelle des abbés de Silos sur la ville et son territoire. Ces documents sont éuuniérés aux folios 137-163 de l'acte en question, dont les archives de Silos (A. XIV, o2) gardent un vidiraus de 1369, en très belle écriture du genre dit letra cortesanu. La revalidation de 1552 fut approuvée et confirmée par une cédule de Philippe II, dada en la villa de Monson de Aragon, a veynte y cinco de otuhre de mill e quinienlos y sesenta y très aiïos. et signée : Yo

EL Rey {Arch. de Silos, IbUL, fol. 121). On trouve en outre dans les archives de Silos (A. XIV, 33, original), un « informe, en razon de que la casa y mayorazgo de el sefior duque de Frias debe pagar anual y perpetuamente el situado de 46.000 maravedis a favor de el niouasterio de Silos, sin embargo que dicho mayorazgo no posée la villa de Santo Domingo de Silos y jurisdiccion temporal (1730). » — Quelques pièces du xvi« siècle et du siècle suivant montrent que la famille du connétable payait en outre à l'abbaye une rente annuelle de cinq à six mille maravédis para el aceile de la lampara del cuerpo santo. [Arch. de Silos, Catalogue B. fol. 14. et Catalogue D. fol. 36.)

3. Le duc actuel de Frias, descendant de Pedro de Velasco, perçoit encore des gens de Silos quelques boisseaux de blé, der-

1,^8 HlStOlRË DE L ABBAYE DE SILOS

IV. — Après la déposition de D. Jean, le monastère fut gouverné par le prieur André Martinez pendant cinq années environ, c'est-à-dire jusqu'à la mort de Tex-abbé. — Le couvent plaça alors à sa tête le prieur de Santa Maria de Duero, D. Francisco de la Torre Sandino, appelé plus ordinairement à cette époque « el bachiller don Francisco » '. Le premier soin du nouveau prélat-bachelier fut d'obtenir un bref de Calixte III, qui lui permettait de prendre possession de son abbaye, sans faire la moindre démarche auprès de l'évoque de Hurgos.

Les pièces d'archives ne manquent pas à la date où nous sommes arrivés, et le résumé seul des actes relatés dans le Recueil des chartes de Silos, fournirait matière à d'assez longs développements. Mais nous ne pouvons entrer ici dans des développements qui n'auraient qu'un assez mince intérêt, fatigueraient le lecteur et nous feraient dépasser les bornes d'un juste volume. Disons seulement que D. Francisco de la Torre Sandino s'occupa avec zèle du temporel de son abbaye et obtint dans ce but plusieurs bulles des papes Pie II, Paul II et Sixte IV. Il montra encore plus de sollicitude pour les intérêts spirituels, en cherchant à augmenter le concours des fidèles auprès du tombeau de saint Dominique et aux églises placées sous la dépendance du monastère. C'est ainsi qu'à sa prière ou à celle de ses amis, les trois papes nommés ci-dessus accordèrent de nombreuses indulgences aux membres de la hermandad de Saint-Dominique, et à tous ceux qui visiteraient l'église abbatiale, le sanctuaire de Santo Domingo de Burgos, la chapelle de Nuestra Sefiora de la Pena, l'église priorale de San Frulos, celle de Santa Maria de Duero et d'autres encore.

Vers le même temps, plusieurs cardinaux s'intéressèrent aussi, par la concession de faveurs spirituelles, à l'abbaye de Silos. Nous remarquons parmi eux un certain nombre de cardinaux français : Guillaume d'Estouteville, archevê(|ue de Rouen, Richard Olivier de Longueil, évêque de Coulances, Louis d'AIbret, évêque de Gahors, Alain de

nier vestige des anciens droits de sa Silos » {Histoire manuscrite, fol. 112;.

fiimiile à la seiffoeuric de la villa de Santo 1. L'abbé N'ebreda semble dire qu'il fut

Domingo. — Les comiélables n'ignoraient nommé directement par le pape. Mais les

pas l'injustice faite à l'abbaye ;'i l'occasion termes du bref pontifical de 1455 qu'il

de la vente dont nous avons parlé, el résume, et qui peuvent être interprétés

au xvii» siècle Ruiz nous dit que « todas dans ce sens, étaient sans doute destinés

las veces que alguno destos seûores Ve- à exempter l'abbé de la confirmation de

lascos fallece, dexa eucargados en el l'évêcpie de Burgos. D'autre part, le P. Ruiz

testamento a su suc«sor que desagra- affirme que D. Francisco fut élu par les

vie al nionasterio de Santo Domingo de moines de Silos.

LA HKHMANDAD DE SAîNt-DOMINlQUE ET l'aDDÈ JEAN Vî 189

Goëlivy, évêque de Palestrina et plus lard archevêque d'Avignon, Jean JoulTroy, évèque dWlby. — On trouvera dans ces bulles d'indulgences les noms de quelques autres prélats espagnols et italiens, dont trois montèrent dans la suite sur le trône pontifical sous les noms de Sixte IV, Alexandre VI et Paul III \

En 1462, une bulle de Pie II nomma l'abbé de Silos juge-conservateur du monastère de Cardena, avec la mission de lui faire rendre justice contre les abus de toutes sortes dont étaient alors victimes les religieux do cette anti(|ue abbaye. D. Francisco se signala un peu plus tard par un autre bienfait en faveur de Cardena, en lui faisant restituer, grâce à son titre de commissaire apostolique, le prieuré de Sainte-Marie de Hornillos.

.Notons vers la même époque la fondation du monastère de Huete, comme filiation directe de l'abbaye de Saint-Dominique. Les moniales bénédictines qui l'habitaient jusqu'alors, et qui étaient depuis le XIIP siècle sous la juridiction des abl)és de Silos, avaient dû se retirer à Ciienca, à la suite de sinistres événements, qui ne nous sont du reste pas autrement connus et auxquels fait allusion une bulle de Paul II du 13 février 1468 '. D. Francisco, ne voulant pas laisser ce prieuré dans l'abandon, y envoya quelques moines, avec D. Juan Martinez de Ortega qui en fut le premier prieur.

Nous reviendrons ailleurs sur l'histoire de ce monastère, qui reçut au siècle suivant le titre d'abbaye.

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