LES DERNIERS ABBÉS DE SILOS
laiicié de tons les évènemenls de celte époque'. Toujours fidèle au poste dont la confiance de son abbé et de ses confrères lui avait remis la garde, il sut s'attirer l'estime des ofBciers français, tout en restant ardent patriote. Pendant près do cin([ ans, il vécut au milieu de périls continuels sans jamais se rebuter et sans perdre courage. Même après avoir soutîert la prison à Burgos, il refusa d'écouter ses amis qui lui conseillaient la fuite. Le monastère doit à cette énergie et à cette constance d'avoir échappé à la ruine et sauvé son trésor de reliques, en même temps que toutes les richesses de son église-. — L'abbé Fernando de Lienzo, qui sur ses conseils et par mesure de prudence, ne vint que rarement à Saint-Domini(|ue pendant cette période de troubles, s'était d'abord retiré au monastère de Huete. Après diverses autres étapes, il se rendit au prieuré de San Roman de Moroso, dans les Asturies. Nommé de nouveau abbé à la chute du gouvernement révolutionnaire en 1823, il revint se fixer à Silos, on il mourut en 1839'^ 11 était né à Santander en 1757 et avait reçu l'habit religieux en 1775.
III. — La guerre de l'Indépendance terminée et les communautés religieuses rétablies dans leurs biens '*, le chapitre général de la Congrégation de Saint-Benoit de Yalladolid put enfin se réunir au mois de mai 181 i^ Le P. Domimjo Moreno y fut élu abbé de Silos, et prit possession de sa charge le 5 juin suivant, fête de la Trinité ®.
Domingo de Silos Moreno était né à Ganas, comme son saint patron, le 23 juillet 1770'. Il revêtit l'habit monastique à Silos le H février 1786 et prononça ses vœux l'année suivante, le 18 du même mois. Après de brillantes études de philosophie à San Esteban de Rivas del Sil. et de théologie à San Vicente de Salamanque, où il se distingua entre tous, il occupa plusieurs charges importantes
1. Il se trouvait à Mndrid eu qualité de b. Cette assemblée se tint dans labbaye lecteur de théologie de l'abbaye de San de Celanova, en Galice.
.Martin, au début de la guerre, lien partit 6. Procès-verbal de la prise de posses-
le 4 décembre 1808 et arriva à Silos le 17, sion du monastère, daté du 27 juin 1814.
après un voyage des plus pénibles qu'il a \Arch. de Silos, original, E. X.\1I, io. On
raconté dans ses mémoires. trouve dans cette même liasse un inven-
2. Outr^ la garde de l'abbaye, le Père taire de meubles, tableaux, etc., dressé eu Moreno avait aussi la charge de curé de septembre 1813).
Silos. 7. Né le jour de saint Apollinaire, il l'ut
3. Aich. de SHos, ms. 81. b.iptisé le 2.5, fête de saint Jacijues, et
4. En vertu d'un décret de Ferdinand reçut alors les noms de Suitiago Apoli- VII, du 20 mai 1814. nar. {Informe de limpieza de sangre.)
dans les collèges de la Congrégation. En 1801, il fut nommé abbé de Saint-Martin de Madrid, où il resta encore à titre de défîniteur après ses quatre années de prélature. A l'entrée des troupes de Napoléon dans Madrid, il quitta la capitale et se retira à Silos, Nous avons dit comment il sauva le monastère de Saint-Dominique pendant ces jours de malheurs. — Il gouvernait cette abbaye depuis un peu plus de deux ans, lorsque le 18 septembre 1816 il fut proposé comme administrateur de l'église de Caracas*, dont l'archevêque, Mgr. Nicolas Coll y Prat, était pour des raisons politiques rappelé en Espagne par ordre de Ferdinand III ". Les lettres de présentation ne furent envoyées à Rome que le lo janvier de l'année 1818. Dans le consistoire du 16 mars suivant, Pie VII le préconisa évèque m partibus de Canata ^ et le nomma administrateur de Caracas. En attendant l'arrivée de ses bulles, il continua ses fonctions d'abbé de Silos, jusqu'au chapitre général qui lui donna un successeur, le 20 avril de cette même année 1818 *.
Les bulles pontificales lui furent enfin remises le 24 juin, et le dimanche 19 juillet il recevait dans Téglise abbatiale de Silos la consécration épiscopale des mains df^ l'archevêque de Burgos, assisté des évêques de Ségovie et dOsma \ Après une visite à Caiias, et d'autres retards indépendants de sa volonté, le P. Moreno se trouvait à Madrid dans les premiers jours de janvier, prêt à se rendre au
1. Cipita'e du Venezuela, et patrie de Bolivar, Icqu'l à ce moment laissait quelque répit aux E«pa^nols, avant de leur enlever pour toujour leuis riches provinces de rAm<^rique du Sud.
2. Le P. Moreuo attribue lui-même sa nomination, à laquelle il essaya vainement de ?e soustraire, au duc de Montemar, président du conseil des Indes imity benrd'iclino >j devnlo de tiueslro santo), à D. Ju>>j P.iblo Valiente, président de la Cmnara des Indes, et au confesseur de celui-ci, le P. Antonio Calonge, moine et ensuite abbé de Silos. {Mémorise Silenses, t. H, fol. ICO et 103.)
.1. Le P. Gams écrit à tort dans sa Séries episcoporum (p. 19 et 166) : " Episcopus de Canaria ». Sur Canata ou Canatha, voy.
VEftpuna siujrada, t. Ll, p 60, et Le Quien. Oriens clirislianus, L II, p. 867.
4. Pendant son quadriennat, l'abbé Domingo iMoreno parvint, à force de démarches, à faire supprimer la paroisse de San Pedrn de Silos-, cause de tant de procès et
d'ennuis de toutes sortes depuis le XIII'' siècle. — Eu 1811, les querelles devinrent si vives au «ujtt îles dimes liues à l'.tbbaye et exigées [>ar le curé île San Pedro, qu'une émeute terrible éclat. i dans le vi!l:ge. Les femmes elles-mêmes s'étaient armées; de tous côtés retentissaient d^ s cris de mort, et les plus grands malheurs étaient à craindre, lorsqu'il fut possible enfin de calmer l'effervescence populaire. On trouve dans les Mémorise Silenses (au tome II, page 2 et suivantes), un récit des plus dramatiques de ce famoso molin, et dans les archives les procès-verbaux officiels, dressés par ordre de la Junte supérieure de Burgos. (Originaux, B.
XXXVI, 38. Pièces relatives à la suppression de San Pedro, B. XXXVI, 40-44, de 1807 à 1819).
5. II nous a laissé lui-même un curieux récit de cette solennité, où l'aftluence fut considérable. De mémoire d'homme, on n'a" vait vu dans le diocèse de Burgos une pareille fête. [Mémorise Silenses, fol. 119-123).