CHAPITRE \ III
Saint-Pierre de Guimara
Guimara est situé à 28 kilomètres à l'ouest de Silos, entre Lerma et Aranda de Duero. Alphonse YI, roi de Castille, donna en 1098 le bourg de ce nom àD. Fortunius, abbé de Silos, en échange des palais que le monastère possédait dans le hameau de Vertabillo, à quinze kilomètres environ au sud de Palencia*. L'ancienne petite bourgade était alors abandonnée [erema, nous dit la charte royale) ; mais les moines prirent bientôt des mesures pour y attirer quelques familles de laboureurs. Ces nouveaux colons se groupèrent autour du monastère, dont le prieur devint tout à la fois le curé et le seigneur, comme représentant de l'abbé de Silos. Il ne semble pas que la communauté monastique ait jamais été bien nombreuse à Guimara et ait formé un monastère proprement dit. C'était plutôt une grange administrée par un prieur et quelques convers, et dont les produits furent jusqu'à la suppression des religieux un des plus riches revenus de l'abbaye de Silos. A aucune époque, toutefois, le nombre des colons ne dépassa la centaine ; en i830 ils étaient à peine trente-cinq. — Vers la lin du X VI" siècle, la bourgade resta sans habitants, à la suite d'une peste qui lit les plus lorribles ravages dans toute la contrée'. Les bois des environs devinrent alors un repaire de bandits. Les voyageurs n'osaient même plus s'aventurer sans escorte dans ces dangereux parages, lorsque l'abbé de Silos, à la demande du roi d'Espagne, y lit venir un certain nombre de familles de colons et restaura l'église paroissiale de San Pedro.
Le texte d'un mandement du Nonce à Madrid, Francisco Aquaviva
1. Recueil des chartes de Silos, p. 3;{. Silos, (pic 40 fanègues de blé, huit poules,
2. Dès l'aunéc lo57, les va?saiix de Gui- uu chevreau et les droits assez minces de inara étaient en si petit lionibre qu'ils ne la « niartinicga » du < yautar » et des payaient plus à leur seigneur, l'abbé de <> infiirciones ». Arch. de Silos, E. XLl, 16.
SA1NT-P1I;U1!K Di: GUIMAIiA
y Aragon, archevêque de Larlsse, nous apprend que cciie 7'epoblacion était déjà un fait accompli en l'année 1704. Le Nonce y ordonne au visiteur de l'archevôché de Ikirgos de ne pas empêcher les religieux de garder le Saint-Sacrement dans Féglise qu'ils ont réparée et ornée, et de les laisser en possession des droits dont ils jouissaient avant l'abandon de Guimara '. Quelques mois plus tard, le roi Philippe V, qui désirait favoriser le développement de cette bourgade et en finir avec le brigandage qui désolait le pays, exempta de tout impôt ses nouveaux habitants -.
Après la vente des biens du prieuré en -1833, le dernier prieur, le P. Dàmaso Puerta, resta à Guimara à titre de curé ; mais le nouveau propriétaire ayant chassé les anciens colons en 1848, il se retira à son tour et obtint successivement les cures voisines de Quinlanilla de las Vinaset de Villaviado ^
1. Arch. de Silos, E. XLl, 40, original avec le sceau plaqué du Nonce, daté de Madrid le 21 octobre 1804. — Le Libro de depôsilo (ann. 1707, fol. 129) donne quelques détails sur le repeuplement de Guimara et la restauration de son église. Dans le ms. 85 des archives de Silos [Lihvo de la fdbrica de la yglesia de Guimara, y visitas de la misma, ano f7,î4), on trouve plus d'un renseignement intéressant sur le prieuré et son église.
2. Aix/i. de Silos, manuscrit 82, année 1703. — Toutefois, en 1733 les colons de Guimara durent payer une contribution.
Un acte dressé en cette circonstance (original, coté E. XLI, 49) nous fait connaître ce que chacun d'eux possédait à cette date. Les archives de Silos (E. XLL 18-59) renfermentaussiun nombre assez considérable d'apeos ou procès-verbaux d'arpentage et de bornage du bourg et du territoire de Guimara de 1364 à 1792.
3. Le village se trouvant sur la route de Burgos à Madrid, le prieur y possédait une grande hôtellerie pour les voyageurs. Elle est encore debout et les gens de la contrée l'appellent toujours la venta del fraile, ou 1' « auberge du moine ». — Les domaines de l'ex-prieuré forment encore aujourd'hui un coto redondo ou fief de 4 kilomètres carrés, dont le revenu annuel est de 600 fanègues environ, soit à peu près 6000 francs. Il faut ajouter à cela le produit du bois ou monte, qui est un des meilleurs du pays. Le hameau comprend douze feux et tous les habitants sont les fermiers du propriétaire. L'église priorale qui sert de paroisse peut, du moins dans quelques-unes de ses parties, remonter au Xll« siècle. Nous tenons ces derniers renseignements de notre excellent confrère, le R. P. Dom François Buchot, qui a bien voulu nous écrire les détails d'une récente visite au vieux prieuré.
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