PBIEURÉS DE L ORDRE DU BEC
Guiliaume, évêque élu de Chartres et archevêque de Sens^, confirma à Saint-Nigaise la possession des églises de Saint- Jean-en-Grève et de Saint-Gervais de Paris, de Saint-Pierre des Mureaux et de Saint-Martin de Fresnes^.
Les moines du Bec, étaient souvent en désaccord avec ceux de Coulombs qui possédaient, dans le voisinage de Meulan, rile Saint-Côme où les religieux du Bec avaient un petit manoir'. Thibaut, abbé de Coulombs, écrivait en 4090 à saint Anselme pour Tinformcr que son couvent abandonnait au Bec, moyennant une rente de six deniers, sex mmimorumy tout ce qui lui appartenait tant sur l'église et la dime de Rouvres*, que sur la maison du Bec dans l'île Saint-Côme; et lui cédait en même temps, exempte de toute coutume, la possession de la rive depuis leur manoir jusqu'à la Seine, sur la longueur d'un arpent*.
En IJ30, une convention fut passée entre Boson, abbé du Bec, et Roger, abbé de Coulombs et ratifiée par les deux communautés; l'abbaye de Coulombs qui possédait la moitié du manoir du grand Weretheham, ou Wrolham, en Angleterre*,
' Guillaume, évêque de Chartres, fut promu au siège de Sens en 11G8.
* Annales ord. .S. Bened, V, 407.
3 Helvise, sœur d'Herluin de Conteville, avait d*abord épousé Ilufçues !•', comte de Meulan, surnommé Télé d'Ours, et en secondes noces un chevalier du nom d'Alexandre Azzolin ; elle eut de ce dernier niariaî^c deux fils qui prirent l'habit religieux dans l'abbaye de Coulombs, dont Helvise fut une insigne bienfaitrice. C'est ù elle que l'on devait la fondation, dans l'île de Saint-Côme, de l'église de ce nom qu'elle avait donnée aux moines de (Coulombs. Galerau !•' approuva et confirma en 1033, les donations d'ilelvise, à condition que chaque année, l'abbé de Coulombs viendrait à Meulan célébrer solennellement la messe le jour de saint Nigaise. [Annales ord. ^■. Bened. ^ IV, 3o5 : E. Uéaux, Hisloire du comté de MeulaUy p. 85 et suiv.)
* Rouvres, canton d'Anet (Eure-et-Loir).
" Bibl. nat.. lat. 12884, fo 77 v«. et lai. 13905 f« 69 v». Le Chronicon lieccense aucl. et illuslr. nomme l'abbé de Colombs Gerbudus, et le Hecueil de 1). Jouvelin, Tetbaudus.
" Isabelle, femme de Haoul de Tosny, avait donné aux moines de Coulombs la moitié du manoir de Weretheham : « Ipsa Isabei, uxor Hodulfi de Toenio, volens participare in bonis parentum, dédit de suo dominio in Anglia. in Norfolk, dimidium manerium quod matris lingua magnum vocatur Guereteham. Concessit autem illud Hodulfus de
la cédait àTabbaye du Bec; en échange, les religieux du Bec cédaientà ceux de Coulombs leurs terresde Serville et d'Abondant* avec les dîmes et autres dépendances; en outre, les religieux de Coulombs devaient recevoir, aux fêtes de la Pentecôte, trois marcs d'argent de rente annuelle, payables au Bec, sous cette condition, que si les moines du Bec venaient à perdre en totalité, sans qu'il y eût de leur faute, leur manoir du grand Wrotham, les moines de Colombs leur reverseraient la rente des trois marcs d'argent ou bien rendraient les terres de Serville et d'Abondant avec leurs dîmes et autres dépendances*.
Un autre conflit s'était élevé entre les deux abbayes au sujet d'une chapelle que les religieux du Bec avaient construite dans leur mîinoirde l'île Saint-Côme, qui dépendait de Coulombs. L'affaire fut portée devant le pape Adrien IV, qui la renvoya à l'archevêque de Reims et à Tévêque de Chartres. Une lettre de l'évêque Robert nous apprend comment l'affaire s'arrangea à l'amiable : c'est un procès-verbal de conciliation qui offre quelque intérêt. « Sachez que dans Tîle Saint-Côme qui appartient tout entière à l'abbaye de Coulombs les moines du Bec possèdent un arpent de terre, au cens de six deniers, dans lequel ils ont construit un oratoire privé afin d'y rendre à Dieu leurs hommages et d'y célébrer la messe. Cette entreprise faite dans leur paroisse et sans leur permission a déplu aux religieux de Coulombs qui s'en plaignirent au pape Adrien, lequel me chargea, de concert
Toenio, suus filius, solutum atque iibenim ab omni querela, tani ia pisce qiiaui in guarenna, ila scilicet quod nec ipse nec sui haeredes quicquam ibi capiant. Noscant autem omnes, iiionachos de Becco ejusdeui manerii alterani uiedietatein habere. » Bibl. nat.. lat. 12884. r« 23. — Sur Isabelle, femme de Raoul II de Tosny, qui mourut reiii^ieuse à Haute-Bruyère, voir Orderic Vital. II, 403 à 406. et III. 3*5. Sur le manoir de Wrotham, voir le chapitre des prieurés anglais.
* Serville et Abondant, canton d'Anet (Eure-et-Loir;.
* Bibl. nat., lat. 12884, f» I7;>. 1). Jouvelin place cette convention à l'année 1139 ou environ, et il ajoute : a Le cas échut en 1144 à l'occasion des troubles en Angleterre, in Anfflia quae modo instar 'ma7ns turbatur. Il fut réglé que si les troubles continuaient, et que ceux du Bec ne pussent jouir du revenu de Weretheham, ceux de Coulombs payeraient au Bec 3 marcs d'argent. » Bibl. nat., lat. I390:>, P23.
PRIEURÉS DE l'ordre DU BEC 403
avec rarchevêque de Reims, Samson, d'évoquer l'affaire et de la terminer. En conséquence, nous fixâmes le jour et le lieu du débat; mais Tabbé du Bec, prévenant le jour indiqué, vint à Coulombs avec quelques-uns de ses frères, et eut une entrevue avec Tabbé Roger; il le supplia avec instances, de la part de son chapitre, d'accorder bénévolement une chose qui était fort nécessaire à ses religieux, et n'était pour ceux de Coulombs ni injurieuse ni dommageable. Si les moines de Coulombs craignaient quelque dommage dans l'avenir, ceux du Bec s'engageaient à le réparer deux fois pour une, in duplum; cet engagement serait garanti par les lettres scellées de nous et des deux abbés. Il promettait, en outre, que la chapelle ne serait jamais augmentée, ni convertie en église paroissiale*, qu'on n'y mettrait point de cloche ni de porte extérieure, et que le cens de six deniers, payable à la fête de saint Côme, ne serait jamais supprimé. Cédant à ces humbles supplications de l'abbé du Bec, l'abbé de Coulombs y déféra bénévolement, moi présent, dans le chapitre de Coulombs, du consentement des deux couvents, le 6 juillet 1159* »
Deux documents cités par D. Thibault dans son Chronicon Beccense auclum et illustratum, nous apprennent qu'au xii^ siècle les prieurs de l'ordre du Bec étaient autorisés par leurs abbés à donner l'habit religieux et à recevoir à profession dans leurs prieurés. C'est ainsi que l'on voit, en 1193, Siméon Vilain en prenant l'habit monastique à Saint-Nigaise de Meulan faire à cette église quelques donations qui sont ratifiées par son frère, Robert Vilain; mais comme celui-ci n'avait point de sceau particulier, il se servit de celui d'Ainaury, vicomte de Mésy. La même année, Guillaume d'Ajou prend l'habit et fait quelques dons; mais comme il ne pos-
* a Les moines du Bec ne laissèrent pas de faire de ce manoir un prieuré ; la chapelle étoit sous le titre de Sainte-Madeleine où l'on fit lies donations. 11 y avait alors, c'est-à-dire du temps de Guillaume II' du nom, des moines et un prieur, Robert de Chant. » Bibl. nat., lat. 13905, f»69 V*. Guillaume 11 fut abbé du Bec de 1198 à l'Jli.
* Bibl. nat., lat. 12884, f» 216 v». Nous avons parlé précédemment de la convention qui fut passée en 1194 entre les moines du Bec et de Coulombs au sujet de la paroisse des Mureaux.
406 HISTOIRE DE l'aBBWË DU BGG
sède pas non plus de sceau, il confirmé sa donation en apposant celui du prieuré de Meulan \
Le petit prieuré de Saint-Martin du Bosc, au diocèse de Rouen, doit sa fondation à Henri, comte d'Eu^, qui donna à l'abbaye du Bec, en l'année 1106, l'église de Saint-Martin du Bosc, sur la paroisse d'Hainseville, en y ajoutant 10 livrées de terre sises dans le comté d'Uastings, en Angleterre *; au Tréporl, un hôte pêcheur et cinq masures avec leurs coutumes, dans le bourg d'Eu, tout le revenu des pelisses, pellici07*um\une maison avec son revenu de 80 (?) livres esterlins mesterlensis nionelae, la dîme de 60 muids de blé, et tout le bois nécessaire pour la construction et le chauffage, avec
' Bibl. nat;, lat. 12884, f» 252 w
* Henri, coiute d*Eu, était fils de Guillaume comte d'Eu et d'Iîéliseude d'Avrauches, sipur de Mugues, comte de Chester. Sa fenuiic, Marguerite, ou Malhilde de Sully, était petite-nièce d'Henri 1". (Ord. Vital. IV. 310) (note). « Au sein de la vaste forôt d'Eu, dans un vallon boisé qui s'ouvre sur la Bresle, est un charmant ermitage placé à la source d'une claire et limpide fontaine. Les vieux arbres qui entourent cette fraîche métairie ont ombragé autrefois de pieux anachorètes; celle eau si pure, qui C(uile dans un lit de mousse et de cresson, a désaltéré de saints solitaires. Dans ce repos de chasse où ils venaient s'asseoir aux beaux jours de l'été, les (romtes d'Eu, frères et héritiers des princes normands, transportèrent bientôt des moines qui y fleurirent comme le palmier dans le dési^t. Ces vieux croisés de la Terre- Sainte, ce» con(iuérants de r.Angleterre et de la Sicile, devenaient dans leur vieillesse des bâtisseurs d'églises et des fondateurs d'abbayes. Le comte Guillaume avait fondé l'abbaye d*Eu; le comte Robert celle du Tréport ; le comte Henri voulut avoir sa part de prières et de sutfrages. D'accord avec son épouse, il fonda en 110«, dans le boeage oVi doni Gervin, abbé de Saint-Uiquier, avait mené la vie érèmitique, un prieuré sous le nom de Saint-Martin, dans lequel des moines devaient sans cesse prier Dieu pour le repos de son âme. U le donna à l'abbaye du Bec-Hellouin, celte pépinière des grands honmies de la Normandie. d(uit les enfants brillaient alors à la cour des rois et sur les chaires pontificales. » L'abbé Cochet. Les êf/lises de Varrondistsement de Dieppe, II, 348.
' D. Jouvelin cite un document où il est dit qu'Henri donna au prieuré d in Anglia, decem libratas terrae in comitatu Hastingensi, secus mare » ; et dans une autre charte, probablement donnée peu après la fondation. « manerium in Anglia (]uod dicitur Hou. cum oumibus pertinenliis ejus. » lUbl. nat., lat. 13005, P 26 v*. Le Mouaslicoii nnuUc. reproduit hi charte d'Henri d'Eu par laquelle il donne le manoir de Hou. [Mon. anf/l., p. li^i.)
* Voir ce mot dans Du Cange, Glossarium, IH, 230.
PRIEURÉS DE l'ordre DU BKC 407
la charge de bois à vendre de quatre ânes, chaque jour; en outre, il accorda aux religieux du Bec et à leurs domestiques la liberté de veadre et d'acheter sur toute Tétendue de son domaine ^
Des vassaux du comte voulurent contribuer à la dotation du nouveau prieuré. Hugues de Hainseville donna à l'abbaye du Bec et aux religieux de Saint-Martin Téglise de Hainseville* avec toutes ses dépendances, et Barthélémy de Lonrey, le droit de patronage sur Téglise de Crèves. Ces donations furent confirmées en Tannée 1106 par Henri, comte d'Eu**
D. Jouvelin mentionne une confirmation faite vers 1154 par Marguerite, veuve d'Henri, comte d'Eu, d'une donation faite au prieuré de Saint-Martin^.
« Barthélémy Frète! confirma en 1:202 plusieurs donations faites par des particuliers au prieuré de Saint-Martin du Bosc. C'est tout ce que Ton sait de plus ancien de ce prieuré*. »
La plus ancienne mention que nous ayons rencontrée dans les annales du Bec de l'église de Saint-Philbert se trouve à la date de 1097. Elle devait alors être desservie par des clercs prébendes au nombre de huit. Hugues de Montfort et ses fils Robert et Hugues donnèrent au Bec, en 1097 ou environ, ce qui leur appartenait à Saint- Philbert, à savoir cinq prébendes^. Robert de Beaufou avait déjà précédemment donné les
• Bibl. nat.. lat. 12884, f- 12S, et lat. 13003, f 26 v.
* liainscville. Hanseville, aujourd'hui Inrheville, canton d'Eu (Seine- Inférieure). Voir : Description de la Uaute-Sonnandiey I, 532.
* Bibl. nat.. lat. 12884, f» 124, et lat. 1390Ô. f 26 v». Crèves a pris depuis le nom de Millebosc, canton d'Eu. Voir : Description de la Ilaute-\onnandie, I, 595.
* Bibl. nat., lat. 13903, f 70.
• Bibl. nat.. lat. 13»05, !• 70.
• D. Jouvelin dit qu'en 1097, sans doute à l'occasion des dons faits par liu^Mies son père, Robert de Montfort confirma à l'abbaye du Bec et à Saint-Philbert, Sancto Philiberto, les églises de Saint-André d'Appeville, de Saint-Pierre de Montfort, de Saint-Ouen de Flaucourt, Frollencurt. Cette confirmation se fit à Montfort par un couteau que Robert fit porter sur faiitel de Satnt-Philbert par Raoul Pinel. (Bibl. nat., lat. i39i)5, r* 82 v\) Ilutruos de Montfort d<>nna aussi quelques biens situés ea Angleterre et qui furent confinnés par Henri I". (/</. f» 83 v*.) Vers
408 inSTOIHlî D2 L'AimAYK DU BEC
trois autres aux religieux de Sainl-Martin de Troarn^ Ceux du Bec, désirant posséder en totalité l'église de Saint-Philbert et ses revenus, firent un accord avec leurs confrères de Troarn. L'abbé Guillaume de Beaumont et son couvent donnèrent un vavasseur et !20 marcs d'argent, laquelle somme fut remise aux mains de Moïse, moine de Troarn, par Hugues de Beriiay qui était alors prieur de Saint-Philbert; de leur côté, Arnoul, abbé de Troarn et ses religieux renoncèrent à tous les droits qu'ils pouvaient prétendre sur l'église de Saint- Philbert .
Y ent-il dès lors à Saint-Philberl un prieuré régulièrement constitué? Nous le pensons, en nous appuyant sur ces mots : « Hugo de Bernaio, qui lune erat prior ecclesiae S. Philiberti. » Ce prieuré date en tout cas des premières années du XII* siècle, puisque Arnoul, abbé de Troarn, qui transigea, mouruten 111:2^
En Tannée il II*, Tévêque de Lisieux, Jean (1107-1141) donna une charte par laquelle il octroyait au prieuré de Saint-Philbert d'importants privilèges. D'abord, il fut accordé par l'évoque et son chapitre que l'église de Saint-Philbert ne cesserait jamais l'office divin pour cause de forfaiture^ de
1160, Henri H conGruia à son tour les biens du prieuré, entre autres : les églises de Sainl-Clair-en-Auge. de Saint-Pierre de Montfort, de Saint-Etienne-rAllier, de Saint-André d'Appeville. de Saint-Ouen de Flancourt, de Saint-Ouen du Bosc-Turstin (La Noë-Poulain) et la moitié du village, villae, de Saint-Philbert [Ici., f« 83).
* Du temps de Guillaume de Beaumont, abbé du Bec, Robert de Beaurou et son fils, Robert, donnèrent 20 acres de terre sis à Beuvron. et un bois à Saint-Philbert. (Bibl. nat., lat. 13905, f" 83 v».) Beuvron, canton de Cambremer (Calvados.)
* Bibl. nat., lat. 13905, f° 83 v.
» Les auteurs du Dictionnaire historif/ite de l'Eure (II. 8i5) placent la fondation de ce prieuré à l'année 1120 environ, et la rattachent, ainsi que le fait Jouvelin. à la lettre de Jean, évèque de Lisieux, dont nous parlons plus loin. Or. la lettre de révècpie ne fait qu'accorder certains privilèges à un établissement dûment constitué, et doté depuis longtemps, comme on l'a vu.
* Nous adoptons la date donnée par D. Thibault dans son Chronicon ïiccense auct., f« 156. I). Jouvelin place cette lettre à l'année 1140; le Chronicon Heccense, édit. d'Achéry, l'intercale entre les abbés Guillaume et Boson, c'est-à-dire à l'année 1154.
* On donnait ce nom â certains délits qui entraînaient une amende.
PRIEURÉS DK l'ordre DU BËC 409
qui que ce soit, et les hommes des religieux, demeurant dans la paroisse, ne perdront point Tassistance aux offices; et si l'église ou le cimetière viennent à être violés, les religieux conserveront chez eux de l'eau bénite de l'église de Lisieux^ et ils pourront, soit par eux-mêmes, soit par le curé de la paroisse, réconcilier l'église ou le cimetière, sauf pour les cas d'assaut et d'homicide où le recours à Tévêque est nécessaire. Malgré cette réconciliation, l'église de Lisieux ne perdra pas les forfaitures ou amendes des violateurs, excepté celles des serviteurs des religieux, lesquelles leur demeureront dans le cas de vol ou de violation, infractura, de l'église ou du cimetière; car pour l'inceste et l'adultère et pour les autres cas réservés, laforfaiture appartient à l'évêque. L'église de Saint-Philbert fera chaque année à l'évêque une redevance de ^ sols seulement, et rien pour le synode et la visite de l'archidiacre, circata. Le curé de la paroisse viendra au synode comme les autres-; s'il y manque, il paiera l'amende à l'évêque; lors de la visite de l'archidiacre ou du doyen, il ne montrera ni ses livres ni ses ornements et ne leur devra aucune procuration. En reconnaissance de ces privilèges, les moines de Saint-Philbert s'engagèrent à acquitter pour l'évêque de Lisieux et pour ses successeurs un obit comme pour leurs religieux, et pour les chanoines, un service de défunt, sei^ilium unius defunclP,
Dans une charte donnée au Neubourg en 1147, à la demande de l'abbé Létard, Arnoul, évêque de Lisieux, confirma aux religieux du Bec et à Reinfroi, prieur de Saint- Sur la nature de ces délits, voir les canons du concile de Lillebonne, en 1080. (D. Bessin, Concilia, I, 67;.
* L'eau pour la réconciliation des égalises devait ôtre bénite par l'évêque.
* La paroisse de Saint-Philbert était desservie par un autel placé dans l'église du prieuré, et le curé était présenté à l'évêque de Lisieux par l'abbé du Bec.
' Bibl. nat.. lat. 13905, T» 91 v«. Le Chrotticon Heccense (édit. d'Achéry. Giles, I, 206), donne un texte moins correct de celte charte, mais il fournit à la fin cette indication curieuse : a Et iuvenies antiquum originale in rophino in quo reponuntur carlae ecclesiae praedictae in cartulario. » Le cartulaire de Saint-Philbert est mentionné dans le Recueil de D. Jouvelin; il semble aujourd'hui perdu.
410 HISTOIRE DC l'abbaye DU BEC
Philbert, les églises de Saint-Etieiiae de rAllter, de Salai- Ouen du Bosc-Turstin (la Noë^Poulain), de Saint-Pierre du Vièvre et de Saint-Philbert près Montfort, avec le droit de patronage. Les témoins de cette confirmation furent : Rotrou, évéque d'Evreux, Foulques, doyen de Lisieux, Norman, archidiacre, Sylvestre, trésorier, Robert de Sainte-Honorine, chefcier et plusieurs autres ^
Le 22 juillet llo4, l'église de Saint-Philbert fut témoin d'une imposante cérémonie à laquelle assista l'élite du clergé normand. Robert de Torigni, prieur claustral du Bec, élu abbé du Mont-Saint-Michel, y reçut la bénédiction des mains d,'Herbert, évêque d'Avranches et de Girard, évèque de Sées, en présence de Roger, abbé du Bec, de Michel, abbé de Préaux et de Hugues, abbé de Saint-Sauveur le Vicomte*.
Silué comme Saint-Philbert dans la vallée de la Risle, le prieuré de Saint-Lambert de Malassis, qui a traversé près de huit siècles, peut encore donner aujourd'hui quelque idée de ce qu'était un modeste prieuré du xii^ siècle; il a conservé, avec quelques traces d'anciennes constructions, l'abside et le chœur de son église romane ornée de contreforts à piliers ronds et d'une corniche à modillons bizarres. Le site est toujours paisible et charmant, enfoncé comme un nid dans la verdure, et perpétuellement égayé par le murmure d'une source abondantes
En 1126, un seigneurdu voisinage, Guillaume de Tibouville, donnait à l'abbaye du Bec, du consentement de sa mère Aldemodis et de sa femme Berthe, la chapelle de Saint-Lam-
• Bibl. nat., lat. 1390:). f^ 83, et I288i, f^" 207. Par une bulle datée de TuscHiliiui, le 25 octobre 1178, Alexandre llï confinua les dépendances du prieuré de Saint-Philbert, ainsi que les autres biens et droits de l'abbaye du Bec (ms. lat. J3l)0o f° 2 v", et li88i, f» 240).
* Robert de Torigni, Chronique, 1, 285.
^ Voir : de Toulnion, E.i'cursfoii archéolor/ique à Saint-Eloi de NtuifanrIres,Ca.eny i864. Le prieuré de Saint-Lambert de Malassis paraît, à partir du xvi» siècle, avoir perdu son nom pour prendre celui de Sai&t- Kloi de Nassandres ou de la Chapelle de Saint-Kloi. M. Charles Lenorniant a possédé ce petit domaine où sont Tenus Chateaubriand, M"" Uéramier. Guizot, etc. (Voir notre Notice sur M. François Lenorniant, liernay. I88u.)
PRIËUBÉS DE l'ordre DU BEC 411
bert avec les terres et bois qui en dépendaient, en pure et perpétuelle aumône, mais à la condition que Tahbé y établirait quelques moines « pour servir Dieu et saint Lambert ». Gomme cette chapelle était située sur la paroisse de Fontaine, Guillaume fit aux clercs de cette église une rente d'un muid de seigle et d'orge pour qu'ils laissassent aux religieux la libre et paisible possession de leur chapelle. Il donna en outre aux moines son moulin de Malassis, avec la pêcherie et les autres appartenances, et ses serviteurs devaient fournir kes bois nécessaires à la réparation du moulin. Les religieux étaient autorisés à prendre dans sa forêt leur bois à brûler, et ils jouissaient du droit de panage et de pâturage pour leurs bêtes. Enlin, Guillaume de Tibouville leur octroya les dîmes des revenus de ses moulins de Pont-Audemer \ et la moitié du manoir de Wedon en Angleterre-.
L'évèque de Lisieux, Jean, confirma cette donation par une charte datée de son manoir de Touques, le 13 décembre 1130*. Cependant les moines du Bec ne s'établirent à Saint-Lambert qu^en 1139, après la mort de Guillaume de Tibouville, parce qu'Aldemodis sa mère ne céda au Bec qu'en cette année-là plusieurs des biens donnés par son fils.
* En 1301, Robert de Tibouville. chevalier, échangea pour bO sols de rente à prendre sur ses moulins de la paroisse de Saint-Âignan de Pont-Audeuier, la diuje (|ue le prieuré avait sur ces mêmes moulins. (Bibl. nat., lat. I3UU5, f- 80.)
* Bibl. nat., lat. 12884, f" 172. Cette charte a été reproduite par Le Prévost. Mémoii-ea et notes, II, 117. — Uobert, comte de I.eicester, 2» du nom. d(mna. ou mieu.\ confirma, comme tenant en chef, au prieure Tautre moitié de ce manoir et Té^lise d'Odona, ou de Wedon. avec toutes ses dépendances: les témoins de cette donation furent Amicie sa femme, Uobert du Neubourg, etc. « Sciendum quod Guilleimus de Tibouvilla jam illam dederat, sed ({uidam clericus adhuc eam tenebat cum idem Guilleimus adhuc esset in captionc Ilenrici régis. » (Bibl. nat.. lat. 13905, f" 80.) D'autre part, on lit dans la charte confirmative donnée par Henri H en faveur du Bec en 1178 : « Ex dono Rogerii de Tibouvilla. medietalem cujusdam manerii in Anglia qui dicitur Widona. et ex dono Willelmi filii ejus ecclesiam S. Lamberti et aliam medietatem pracdicti manerii de Widona et de<.imam ejusdem manerii et deciuiam rodditus sui de Ponle-.Vudemari et de molendiuis extra posilis. M iBibl. nat., lat. 13'.)0*.>« f» :2I v.) 'Le cartulaire du prieuré de Saint-Lambert est conservé dans la collection Manoel. à Caen.
3 Bibl. nat., lat. 13905, T 95 v«.
Cette cession se fit entre les mains de Thibaut, archevêque lie Canlorbéry, et de Létard, abbé du Bec^
Le fils du donateur de ll!26, Guillaume de Tibouville, du consentement de sa femme Agnès et de son fils Roger, donna et confirma à Dieu et à saint Lambert en 1175, le moulin de Malassis donné par son père, qu'il avait gardé jusque-là, (( et ego hactenus in manu mea tenui ». 11 y ajouta plusieurs revenus à prendre à Etretat, à savoir la dîme de ses deniers, de ses blés et de ses regards, « decimam omnium reguardoruih^ », un hôte, nommé Guillaume Turguart, exempt de tout service, enfln sept vergées de terre environ, sises à Fontaine la Soret^
Le prieuré de Beaumont mériterait une histoire particulière, tant à cause de l'importance des donations dont il fut l'objet, que de l'abondance et de l'intérêt des documents que Ton possède sur cet établissement monastique. Son cartulaire, du xiv* siècle, est conservé à la Bibliothèque Mazarine S et les Archives de TÈure comptent quinze liasses sur ce prieuré. Nous nous contenterons de donner ici un aperçu de son histoire durant les cinquante premières années de son existence.
Roger à la Barbey seigneur de Beaumont, n'avait point pris une part active, comme tant d'autres chevaliers normands, à la conquête de l'Angleterre, mais il était resté en Normandie, par ordre de Guillaume, pour assister la princesse Mathilde dans l'administration du duché'^. Roger vou-
* (( Nondum eô monachl fuerant sociati, quia hoc nisi ex volunlate inatris suae, quoad ipsa viveret, fîeri non poterat. » (Bibl. nat., lat. 13905, f« 95 v°j.
* « On appelait regards de menues rentes qui accompagnaient les rentes principales. » L. Delisle, Eludes su?* la conclilion de la classe agricole, p. 57.
» Bibl. nat., lat. 13905, f» 80.
* Le cartulaire de Beaumont-le-Roger porte le n® 1212; il comprend 153 feuillets. Une copie en a été faite en 1874 pour la Bibliothèque nationale. (Nouv. acq. lat. 1:256.)
■A. Le Prévost, Mém. el noies, I, 203. Orderic Vital (II, 178) dit que ce fut à Roger de Montgommery que le duc Guillaume confia le gouverneuienl de la Normandie pendant la conqutHe.
PRIKURÉS DJE l'ordre DU BEC 41?)
lut sans doute commémorer à sa manière la conquête du royaume anglo-saxon en fondant à Beaumont, sous Tinvocation de la Sainte Trinité, une collégiale dont le service fut conOé à des chanoines de Sainte-Frideswide d'Oxfords La date précise de cette fondation n'est pas bien connue, mais elle doit être antérieure à la mort de Guillaume le Conquérant. Vers 1088^, Roger la compléta et la confirma dans une charte solennelle par laquelle il dota la collégiale de biens considérables; parmi les principaux on remarque onze charruées de terre labourable sises à Barc, à Bray, à Gombon et à Goupillières; chaque charruée étant, comme le donateur Texpose lui-même, de quatre-vingt-dix acres, la totalité de ces domaines s'élevait à 990 acres; la dîme de tous les reVenus de la forêt de Beaumont ^; la dime de tous les accroissements de son domaine; sur le tonlieu du Neubourg, 6 livres pour le luminaire de l'église; deux moulins; sur le tonlieu de Beaumont, 60 sols; au peintre et chanoine Eudes, Odo, sa maison exempte de tous droits, en prébende; 40 perches de l'eau de la Risle; l'exemption de toutes coutumes pour les .serviteurs des chanoines; la concession d'une foire le jour de la dédicace de Téglise de la Sainte-Trinité. Toutes ces dona-
* Sur la légende de sainte Frideswide morte en 735, voir : Monastic. an^l., p. 173. Un couvent de religieuses fut élevé sur son tombeau (si môme il ne fut pas fondé par elle). Le roi anglo-saxon Kthelred II le brùla de fond en comble pour exterminer les Danois qui s'y étaient réfugiés, puis il le reconstruisit et le dota {rénéreusement. Kn iill. Koger, évoque de Salisbury, établit dans l'église de Saintc-Frideswide d'Oxford des chanoines réguliers sous la conduite de Guimoud, qui exerçait les fonctions de prieur. Cette importante collégiale reçut de nombreuses donations d'Henri l*^ de Timpératrice Mathilde et de plusieurs seigneurs anglais ; ses biens furent confirmés par une bulle d'Adrien IV. \o\t Monastic. angl., p. 174-176 et 983-985. Cf. : Willelra. Afalmesb.. Geala rey. AngL, lib. II. Patrol. lat., CLXXIX, col. 1133.
* D. Jouvelin place cette charte à Tannée 1088 ou environ. « ileile charte ne porte point de date, mais il résulte nécessairement de la présence parmi les téraoius, de Gilbert du Pin, tué devant Brionneen 1000. r|u*elle ne peut être que de 1088 ou 1089. » Le Prévost, Mém. et noies, 1, 206.
3 La forêt de Beaumont s'appelait alors la forêt d'Ouche, « foresta quae vocatur Occa », dit la charte de Roger. Voir : Le Prévost. Mém, ^l notes, I, 204 ; Alfred Maury. Us Forêts de la Gaule et de l'ancienne F'rance, p. 315.
tions, qui avaient antérieurement obtenu Tagrément de Guillaume le Conquérant, furent laites en présence et du consentement de Guillaume Bonne-Âme, archevêque de Rouen, de Gilbert la Grue, évêque d'Evreux,de Robert Courte- Heuse, duc de Normandie, de Robert d'IIarcourt, ûls d'Anquetil, et d'un grand nombre de seigneurs normands vassaux du comte Roger*.
Plus tard, Roger ajouta, du consentement de Tévêque d'Evreux, les églises de Saint-Nicolas, Saint-Léonard, Saint- Aubin de Beaumont, et Saint-Crespin de Barc; la terre où était plantée la vigne du peintre-chanoine Eudes, deux maisons canoniales sur la chaussée du vivier, et deux maisons au Neubourg^.
Une charte confirmative d'Henri l", donnée à Arques en 1131, en présence de Hugues, archevêque de Rouen, des évêques d'Evreux, de Lisieux et de Sées, et d'un grand nombre de barons normands, mentionne de nombreuses donations faites à la collégiale par Robert comte de Meulan, et Elisabeth de Vermandois sa femme, ou encore par ses vassaux^. On remarque les suivantes faites par des clercs en prenant rang parmi les chanoines de Beaumont, a factus
* Cai'lulaire de Beainnont-le-RoffevA'* 1 et 2. Aiif?iiste Le Prévost a. le premier, reproduit le texte de cette charte, « non seulement à cause des précieux renseignements topograptiiques et historiques quelle nous fournit, mais encore parce que c'était le meilleur moyen de donnera nos lecteurs une idée ju>te de l'immense développement qu'avait pris entre les mains d'Onfroi et de Hogcr, le domaine de Vieilles et de Beaumont. » Soles pour servir à la tjpoçfraphie et à Vhisloire du dep. de l'Eure, 1" livraison. Evreux, 184-1). p. 78.
* « Et praeter hoc, terram ubi fuit vinea Odonis pictoris, et duas mansiones duorum canonicorum super caiceiatam vivarii, et duas donios in Novo Burgoconcessit praedictus ecclesiae Sanclae Trinitatis. » Cartulaire de Beaumont, f i.
' Cette charte d'Iîonri h' est mentionnée dans la chronique du Bec. « Nota quod ecclesia, sirut prioratus de Bellomonte. fuit data a Hogerio comité de Bellomonte et fundata in honorem sanctae et individuae Trinitatis. et confirmata per lienricum, regem Anglorum et duceni Normannorum : et in coulirmationem vocat Waleranaum. comitem Melienti et fundatorem ecclesiae bcati Nigasii in testem et advocatum eccle- .siae Becci, in anno mil le si mo centesimo trigesimo primo ». Chromcoii liecceuse. édil. d'Achcry. (iiles, 1, 208. Sur les avoués des monastères, voir Paul Viollet, Hisl. deà- inst. politiques et adm. de la France, l, 372 à 374.
PRIEURÉS DE l'ordre DU BEC ito
canooicus ». Henri Capellantis donne de son vivant 10 sols de rente, et après sa mort, ce qu'il possédait sur les églises de Nonnanville et de Caër près d'Evreux; Raoul de Grosley, Téglise de la Huanière, avec ses terres, dîmes et redevances * ; Robert, fils de Germain, donne, sa vie durant, la moitié de ses dîmes de Barc, et après son décès, ses dîmes entières et ses maisons de Rouen ^.
Après la mort de Robert de Meulan, son fils Galeran se montra le prolecteur zélé de la collégiale. Du vivant d*IIenri I**", roi d'Angleterre, il avait donné aux chanoines de Beaumont l'église de Saint-Pierre de Beaumontel, avec ses terres et dîmes, <» pour instituer le pain commun dans Téglisc collégiale, à Thonneur de Dieu et l'augmentation du service divin, suivant la coutume de l'église d'Evreux et de plusieurs autres ». Les vassaux de Galeran suivirent son exemple et firent aussi beaucoup de dons, ce ad amplificalionem praedictae communitalis panis » ^.
Il paraît que cette institution ne répondit pas aux espérances qu'elle avait inspirées, puisque dix ans plus tard Galeran de Meulan remplaçait les chanoines par des reli-
* La Huanière, paroisse annexée en 1792 à la commune de Sainl- Opportune-la-Campagne, qui, ainsi composée, fut réunie, en 1840, avec le Plessis-Mahiet sous le nom du l'Iessis-Sainte-Opportune (canton de lîeaumont-le-Roger) .
' Bibl. nat., lat. 13905, f 7 v».
' Bibl. nat., lat. 1390o, f' 7 v. Avant 1142, Galeran de Meulan avait donné aux chanoines ladimede la Charmoie « pour le pain commun » : « Galerannus cornes Mellenti, Willelmo de Pinu... et omnibus (idelibus et baronibus et hominibus et amicis, salulem. Sciatis me dédisse et concessisse ecclesiae et canonicisS.TrinitatisdeBellomonte, ad communcm pancm ipsius ecclesiae, decimam de Charmeia etc. Sans date. » Bibl. nat., lat. 13905, f» 66. — La Charmoie, hameau de Saint Ohristophe-sur-Condé, canton de Saint-Georges-du-Vièvre lEitret. L'abbé du Bec présentait à la cure de Saint-Christophe. — Auguste Le Prévost supposait que. par le pain commun, il fallait entendre la vie en commun, à la manière des chanoines réguliers et des moines {Mémoires et noies, I. 208). Il s'agit simplement du pain de chanoine, panis praebendariiis seu capitulans, petit pain que l'on distribuait chaque jour aux chanoines. « Panes praebendarii qui diatim dislribui soient canonicis praebendariis excouuuuni pistrino. » Du Gange, (Uossarium. m, 125.
416 HISTOIRE DK CABBAYë DU BEC
gieux. Le 8 décembre 114:2 S il convoqua, dans la salle capitulaire du Bec, Tévêque d'Evreux, Rolrou de Wanvick, Philippe d'Harcourt, évêque de Bayeux et alors doyen de la collégiale de Beaumont, Hildier, abbé de Lyre, Hervé, ermite de Lierru', Robert du Neubourg, Henri de Ferrières et d*autres barons normands, pour les rendre témoins de l'importante résolution qu'il allait accomplir. <c Pour améliorer l'étal de l'église de la Sainte-Trinité de Beaumont, et en vue de l'augmentation de la religion qui en résulterait, du conseil et de l'assentiment de Tévèque d'Evreux Rotrou et d'autres personnes religieuses et nobles », le comte de Meulan donne à perpétuité, à Dieu et à Notre-Dame du Bec, l'église de la Trinité avec tous les biens quelle avait reçus soit de Roger de Beaumont, son aïeul qui l'avait fondée-, soit de son père, Robert de Meulan et des autres fidèles. Après avoir énuméré ces nombreuses donations/ Galeran y ajouta 10 livrées de terre de son manoir de Veia en Angleterre, trois arpents de vigne à Meulan, dans le nouveau clos de Valt, avec un hôte pour les garder; un acre de pré près des Neufs- Moulins'\ un verger près du Parc et une charmée de terre à Beaumont ^ Galeran se déclarait l'avoué du prieuré, advocalus, et l'église priorale était confirmée dans tous les droits «it coutumes dont la collégiale avait joui précédemment.
* « MCXLÎI. Data est ecclesia Bellimontis scilicet ecclesiae Sanctae Maria Hecci » Velus chronicon Beccensse ou Annales du Bec. Bibl. nat., lat. 13905, f« 73. Ces annales ont été imprimées dans la Chronique du iiec, édition Porée, p. 1 à II.
' Le prieuré de Saint-Pierre de Lierru. de l'ordre de saint Augustin, était situé sur la paroisse de Sainte-Marguerite-de-l'Autel, canton de Breleuil (Eure). En 1250, Kudes Rigaud le visita; il y avait dix chanoines, dont huit prêtres. {Reffeslrum visila/ionum, édit. Bonnin. p. 71.)
' Les Neufs-Moulins, à Beaumontel, canton de Beaumont-le-Roger.
* a Do etiam in Bellomonte villa unam carrucatam terrae quam pater meus Robertus, cornes Mellenti, de dominica niansa dédit Bigote Boucario et fratri ejus, quae post mortem eorum ad dominicum lueum reditura erat, quam idem Bigotus sua sponte reddidit mihi... Dignitates vero omnes et consuetudines quas ecclesia S. Trinitatis hactenus habuit tam in bosco quam in piano, sive etiam in aqua in ouini potestate mea, volo ego Gualerannus, cornes Mellenti, et concedo et praecipio ut plenai'ie et pacifiée et honorifice habeat et teneat, etc. » Hibl. nat.. lat. I390:). f' 8.
PRIEaRÉS DE l'ordre DU BEC 417
Le même jour, Rotrou, évêque d'Evreux, après avoir constaté <( que la splendeur du culte qui avait longtemps brillé avait presque fini par s'éteindre par la négligence des chanoines )>, donnait à Tabbaye du Bec, en sa qualité d'ordinaire du lieu, la charge des âmes du prieuré. Cette charte fut signée par Hildier, abbé de Lyre, Hervé, ermite de Lierru, Guillaume de Glos, Roger de Brionne, archidiacre d'Evreux^ Richard de Vieilles, Raoul de Monlaure, Osulf de Pont-Audemer, clerc, Robert du Neubourg, Henri de Ferrières, de Ferreolis^ Matthieu de la Poterie, etc-.
Il était d'usage que les églises soumises à l'abbaye du Bec payassent annuellement un certain tribut, comme preuve du lien qui les assujettissait; le comte Galeran voulut que le prieuré de Beaumont payât désormais aux abbés une redevance d'une once d'or au moins, chaque année'.
A. peine furent-ils mis en. possession de leur nouveau prieuré que les religieux procédèrent à la récognition des reliques conservées dans l'ancienne église collégiale. Le procès-verbal de celte opération dressé le 5 janvier 1145 nous a été conservé par D. Jouvelin. Toutes ces reliques étaient incluses dans dix sachets d'étoffe et renfermées dans une grande châsse, ferelruniy recouverte de lames d'or et d'argent et enrichie de pierres précieuses, que Roger avait donnée à la collégiale qu'il venait de fonder. Voici les plus importantes de ces reliques : le bonnet de cuir de l'apôtre
* Ce Uo«jer de Brionne, archidiacre d'Evreux, est évidemment le luAme qui, sur le point de mourir, remit entre les mains de Tarchevèque Rolrou, son parent, vers il74, l'église de Saint-Georges du (Jros-Theil qu'il avait usurpée au préjudice de l'abbaye du Bec. « Bibl. nat., lat. 13905, f •» 8 v».
'«Et ut conformetur ecclesia (Bellimontis) aliis ecclesiis snbjectis . ei'clesiae Bccci. q'uae soient aliquld in signum subjectionis annuatiui
' diclae ecclesiae reddcre, voluit ut prior sanctae Trinitatis de Bello-
I monte, in recognitionem subjectionis, reddat ecclesiae Bccci ad minus
unam uiiciam auri. » Chronicon Deccetise, édit. d'Achéry, Giles, I, â08. « Les ducs de Normandie ne frappèrent point de monnaie d'or. De là les nombreuses stipulations en marcs, onces et livres d'or qu'on trouve dans les textes normands du xi* et du xii* siècle. Dans ce cas it est probable que le métal était tantôt en lingots, tantôt en pièces élrang«''res. » L.Delisle. Des revenus publics en Normandie au \u* siècle^ 1«^ article, p. 206.
418 HISTOIBE D£ l' ABBAYE DU BBC
saiat Paul *; un morceau de la vraie croix et du Saint-Sépulcre: sept dents insérées dans un* fragment de la mâchoire supérieure de sainte Cécile ; une dent et un os de la mâchoire supérieure de sainte Agnès détachés du chef que Ton possédait à Deaumont^; deux dents et deux ossements de sainte Agathe; divers ossements des saints Grégoire^ Augustin, Hilaire, Aubin, Rémi, Mellon, Romain, Ansbert, Wandrille, etc.'*.
' Une portion de cette relique avait été donnée à l'abbaye du Bec, car parmi celles conserviSes à la fin du xvip siècle dans le trésor du monastère, D. Thibault cite : « Pars pilei coriacei sancti Pauli apostoli. m ■ Il mentionne encore : « Pars cranii sanctae Agnetis virginis et martyris ; pars cranii sancti Brandani. » Bibl. nat., lat. 12884, f* 185.
* Le chef de sainte Aj?nés était conservé au prieuré de Beauniont depuis le commencement du xii« siècle environ. Une charte de Uoberl d'Harcourt, vers 1174, donne aux religieux du Beo la terre de Sainl- Martin-du-Val, S. Miwtini de Valle (le Val-Saint-Marlin à Beaumont) exempte de service et d'aide, et leur fait remise du champart de deux acres de terre ; puis il ajoute : « Et hoc conccssuui a me in advcntu capitis S. Agnetis virginis (juod allatum est apud Haricuriam, domina Uva, conjuge mea, In partu laborante. Teste Ivone capellano. etc., sans date. » Recueil de D. Jouvelin, lat. 131)03, f° G3 v". En 1487, Robert d'Evreux. abbé du Bec, transféra le chef de la sainte dans une riche chasse d'argent ornée d'or et de pierres (incs. 'Id. f" Tii. Dans un prorèsverbal de létat du prieuré de Beaumont dressé le 13 février 163^, du temps de M. René Marescot. conseiller et aumônier de la Reine, abbé conimendataire de Saint -Jt-an de Falaise et prieur commendataire de Beaumont, D. Pierre de Bosc-Beguoult étant prieur claustral, « il est fait mention de six châsses de bois doré dans lesquelles était le chef de sainte Agnez, dans un autre le chef de saint Brandan. » (Id. f» 78 V»).
* « Anno ab incarnalione Domini MGXLIÏIl, nonis januarii. revisae fiierunt reliquiae ecclesiae S. Trinitatis de Bellomonte : aperto itaque feretro quod auro et argento cooporilur, inventi sunt in eo deccm sacculi de pallio. In 1" erat capcllus S. Pauli apostoli de corio, et panni linci in quibus diu fuerant relicpiiae conservatac. In 2*», duo articuli SS""""» Innocentium. et unum os S. Barbarae virp, et niart. In 3», os quoddam S. Vincentii levitae et martyris. et pars quaedam S. Vitoni episcopi, et de lapidibus unde fuit lapidatus S. Stephanus, et de corpore S. Pantaleonis martiiis, et de slola S. Amandi episcopi. In 4«. SSîuni martirum Clemcutis, Laurentii, Gcrvasii. lu >, de cruce Domini et de sepulcro ejus. et SS™™ martirum Mauricii, Victoris, Vincentii, Nicasii, Benigni, Marcelli, F'iorentini et Wandregisili confessons. In Go, SS"""™ martirum Leodcgarii, Sebastiani maximae partes, lii 7". SS»""" confessorum et episcoponim Gregorii articulus et duo ossa alla, Augustini os magnum, iiilarii digitus, Albini os maximum, Uemigii. Aniani, Mellonis, Romani, Ausberti sex ossa. In 8», SS™"» confessorum
PRIEtTKÉS DE l'ORBKë DU BEC 419
Les chanoines expulsés ne s'étaient pas soumis sans protestation à la mesure qui les avait dépossédés de la collégiale de Beaumont. Une première fois, TalTaire fut soumise à Hugues, archevêque de. Rouen, qui adjugea aux religieux du Bec Téglise de Beaumont, mais néanmoins réserva aux chanoines survivants la jouissance de leurs prébendes. Mécontents de cette décision, les chanoines s'adressèrent au pape Eugène IIl, qui, dans une bulle datée de Viterbe le 10 décembre 1146, informa Tabbé Lélard que, cédant aux prières de Rotrou, évêqued'Evreux, il confirmait le jugement de Tarchevèque de Rouent Les chanoines d'Oxford comprirent qu'il leur fallait renoncer à l'église de Beaumont, mais ils voulaient une compensation sérieuse et plus durable que quelques prébendes viagères. D'un autre côté, les religieux du Bec inquiets des infatigables revendications que leur opposaient leurs prédécesseurs, étaient tout disposés à faire quelques concessions. Une transaction était la seule issue acceptable pour chacun. Quelques mois plus tard, le pape qui était venu en France, était saisi par les religieux du Bec et les chanoines d'Oxford, représentés par leur prieur Robert, d'un projet d'accord qui devait mettre un terme à cet interminable conflit.
Dans une assemblée solennelle présidée à Paris par le Souverain pontife lui-même, le 25 mai 1147, en présence des évèques et des cardinaux de la cour romaine, de Thibaut,
Justi arliculiis. Maurilii et aliorum plurlmorum qiiae carent scriplo. In '>, SS™'" virginiun Ceciliae seplem deutes superiores cum ossc iu c|uo sedent. Agnelia pars gcmn siiperioris cum uno dente; quain parteiu adjunj^'entes capiti S. Agnctis, advertimus inde assumptaiu ; A^athae duo dentés et duo arlicuU ; item, Stolasticae, Benedictae. In 40". reliqniae S. Aniandi episcopi et confessoris. scilicet de barba et unguibus et vestinientis ej:is ; item, de virga Aaron una uncia. ïlae i^'itur reliipiiae. quas nominatim expressimus et aliae multac quae sunt sine S(Tii)lo, continentur in supradicto feretro (juod ad honorem individuae Trinitalis et eonundeui sanctorum quorum reliquiae in eo recondilae sunt. veuerabilis domimis Roj^erius de fiellomontc, fundator ipsius eci-lesiae, auro et ar;;ento et lapidibus pretiosis cooperuit. Ecriture du temps et du siècle. » Bibl. nat., lai. 131)03, f-» 72.
• Bibl. nat., lat. 13905, f« 2. Cette bulle a été publiée par Baluze, MiscelL, III, 19; D. Bouquet, Hist. de France, XV, 441 ; Mansi, XXI, m±. (Jaffé, Rerjesta, p. 6i4, n» 6262.)
420 HISTOIRE DE l'abbaye DU BblC
archevêque de Caatorbéry, de Hugues, archevêque de Rouen, d'Algare, évêque de Coutanees, de Rotrou, évêque d'Evreux, d'Arnoul, évêque de Lisieux, de Guillaume, évêque de Norwich, les deux parties transigèrent. Le prieur Robert et les chanoines d'Oxford renonçant définitivement à tous les droits qu'ils prétendaient sur le prieuré de Beaumont, les remirent entre les mains du pape ; de leur côté, les religieux du Bec abandonnèrent à Eugène iïl, au profit des chanoines, le manoir, villayn, d'Edenetona» avec la dîme de son domaine et toutes ses appartenances, tant en pâturages qu'en prés, bois, terres labourables et moulins, sauf le droit paroissial appartenant tout entier aux religieux du Bec, et la troisième gerbe de la dîme des paysans, rusticoruvi, de ladite ville qui appartenait en propre à l'église de Hungreford, sur la paroisse de laquelle le manoir d'Edenetona est situé, et à condition que les chanoines d'Oxford ne» pourraient édifier d'église ni de chapelle dans ledit manoir^.
Deux jours après, 27 mai 1147, Eugène III expédiait à Létard, abbé du Bec, une bulle datée de Paris par laquelle il l'informait que le conflit qui durait depuis longtemps déjà entre son abbaye et les chanoines d'Oxford était définitivement clos et terminé'.
Cette fois les religieux du Bec étaient bien et dûment maîtres dans leur prieuré. Les donations affluèrent de nouveau. En 1155, Raoul de Grosley, du consentement de son fils Simon ^ et de son suzerain Galeran de Meulan, donna aux
' Le manoir d'Edenetona près d'IIungreford avait été donné au prieuré par Robert de Meulan. (Bibl. nat., lat. 13903, f » 7 ; Le Prévost, Mém. et notes, l. 20 î.
* BibL nat., lat. 13905, f» 65 v« ; lat. 12884, f» 205 v» ; Chronicon Beccense, édit. d'Achery, Giles, I, 208 ; Rob. de Torigni, 1, 243.
3 Bibl. nat., lat. 13905 f° 1 v». Cette bulle a été publiée par Baluze, Miscel. m, 19; Mansi, XXI, 683. (Jaffé. Regesta. p. 626, n« 6314.)
* On retrouve ce Simon de Grosley, chevalier, renouvelant, vers 1204, la donation de l'église de la Huanière avec le droit de patronage, faite antérieurement par un de ses parents, Raoul de Grosley, chanoine de Beaumont. Les religieux du prieuré devaient faire son anniversaire dans leur église après son décès. En reconnaissance. Sijnon de Grosley leur accorda un curieux droit sur sa rivière de Grosley, « ut habeant libertatem piscandi in aqua mea de Groleio ab hora
PRIEURÉS DE l'ordre DU BEC 42 L
religieux de Beaumont sa terre de TEpiney. Galeran lui fit remettre par Robert, prieur de Beaumont, 20 livres chartraines, « carnoiensis moneiae quae tune currebat per meani ierram ». Raoul se réservait seulement, au cas où les religieux enverraient des hôtes sur la terre de l'Epinay, le droit de monte au profit de son moulin. Il concéda en outre, à la réserve du droit de mouture, une charmée de terre que sa tante Adélaïde, femme de Robert de la Vacherie, et Simon son fils avaient donnée au prieuré. Le comte de Meulan confirma toutes ces donations par une charte donnée dans l'église de la Sainte-Trinité, le 14 juillet 1155*. Plus tard, Raoul de Grosley renonça au droit de monte qu'il avait retenu; de leur coté les religieux de Beaumont lui firent remise de 3 muids, 5 setiers, et une mine de froment, valant alors 34 livres 2 sols 6 deniers qu'il leur devait. Son fils Simon de Grosley reçut en reconnaissance 5 sols chartrains. C'est ce qu'atteste le comte Galeran de Meulan dans une charte donnée « publiée in claustro ecclesiae sancte Trinitatis », le 21 juillet 1162*.
Dégoûté du monde, Galeran de Meulan s'était retiré, à l'exemple de ses ancêtres, à l'abbaye de Préaux, et y avait revêtu l'habit monastique. 11 mourut le 10 avril 1166^. Son
nona diei precedentis anniversarium meum usque ad horam nonaai sequentis diei, cum oiunimoda forma ingeniorum . » Le Prévost, Mém, et noies, II, 273.
* Le Prévost, Mém. et noies, II, 207.
■ Le Prévost, Mém. et noies, II, 207. Cette même année, Raoul de Grosley prenait l'habit religieux à l'abbaye de Lyre à laquelle il donnait, du consentement de ses ûls Simon et Thomas, la dime de son moulin (le Grosley et deux acres de terre au Noyer. Il avait précédemment donné au monastère la moitié de l'église du Noyer. (Bibl. nat., lat. 13905, r64.)
3 II fut inhumé auprès de son père dans l'église de Préaux. Sur celte sépulture, voir Annales ord. S. Bened.^ V, 306. Un moine du Bec, Ktienne de Rouen, a composé, dans le style emphatique du temps, un éloge poétique de Galeran qui débute ainsi :
Flos comitum, dccus imperii, vis maxima bclli, Militiae Hplcndor, sensus aculus obil, elc.
Etienne de Rouen, Le Dragon normand el autres poèmes, édit. Omont, Rouen, 1884, p. 189 à 194.
422 UISTOIRE DE L'ABBAYB DU BBC
fils aîné, Robert IP du nom comme seigneur de Beaumont, IV^ comme comte de Meulaa, lui succéda dans ses domaines de BeaumoQt-le-Roger, de Brionne, de Poot-Audemer et de Meulan; il avait alors environ vingl^^inq ans. Auguste Le Prévost a porté sur ce personnage un jugement que nous voulons reproduire. « Son bisaïeul et son aïeul (Roger à la Barbe et Robert P' de Beaumont) avaient été des hommes d'une prudence et d'une sagacité consommées dans le choix des princes auxquels ils s'attachaient, d'une fermeté inébranlable dans le maintien de ces alliances. Son père n'avait été qu'un bel esprit sur la loyauté duquel personne n'avait pu comptjer et qui, malgré l'importance de ses domaines, n'avait joué qu'un rôle fort misérable dans les transactions politiques de son époque. Robert fut encore inférieur à son père, puisqu'il se montra tout aussi versatile, tout aussi incapable d'une résolution loyale et ferme, et qu'il ne posséda même pas ses capacités littéraires. Les historiens s'accordent à le représenter comme un personnage peu distingué. Aussi consomma-t-il la ruine de la maison de MeuJan, déjà préparée par les fautes et les torts de Galeran. Nous conviendrons, au reste, que, en qualité de grand feudataire de deux monarchies rivales, la ligne de conduite était bien difficile à tenir ; nous pensons qu'il eût encore mieux valu faire un choix entre elles et s'y tenir que de se déshonorer et de s'amoindrir par des changements perpétuels d'alliance *.»
A peine avait-il pris le titre de comte de Meulan que Robert informait ses baillis et prévôts de Meulan, de Vaux et de Mantes du privilège qu'il venait d'accorder aux religieux de Beaumont de pressurer le vin de leur récolte, « acinum propriarum vinearura ipsorum », au pressoir de Vaux, et de le transporter à travers son domaine, par terre et par eau, sans être soumis de ce fait à aucune exaction ou coutume*'
En 1167, on voit Robert de Meulan en Sicile avec le titre
1 Le Prévost, Mém. et noies, I, 209.
* Bibl. nat., lat. 13t)0o, f" 66. D. Jouvelin place cette charte à l'année 1IG5 ou environ; elle est nécessairement postérieure au mois d'avril 1106, date de la mort de Galeran de Meulan.
PRIEORÉS I¥E l'ordre DU BEC 423
de connétable, mais bientôt obligé d*en sortir à cause des ' haines et des jalousies qu'il y avait soulevées. Rentré dans ses domaines, il s'attacha à Henri Gourt-Mantel et s'associa à sa révolte en 1178. Ses terres de Normandie furent saisies, et il ne les recouvra que Tannée suivante, à la paix. Aux embarras politiques de Robert, se joignit, bien avant la perte de ses vastes domaines du continent, une grande pénurie financière. Tandis que son père donnait des sommes considérables à ses vassaux pour les engager à des donations en faveur du prieuré de Beaumont, Robert ne rougissait pas de recevoir des moines, conformément à un usage du xi* siècle tombé en désuétude, quelques marcs d'argent en retour des concessions qu'il leur faisait ^ Les deux donations suivantes en sont la preuve.
Par une charte octroyée vers 1179, Robert de Meulan ordonna que toutes les dixièmes semaines, « in unaquaque décima septimana », la prévôté et les moulins de Beaumont seraient mis aux mains des religieux qui percevraient à leur profit tous les revenus, eschoites, plaids et autres avantages qui en proviendraient, de même que ses officiers les percevaient durant les neuf autres semaines. Et comme il y avait certains profits que Ton ne pouvait toucher dans la semaine privilégiée, tels que les montes sèches*^, les prévôtés foraines et le cens annuel, le comte voulut que les moines en reçussent la dime, et que ses officiers, baillis et prévôts jurassent de ne jamais diminuer la part qui reviendrait aux religieux pendant leur semaine de perception. Robert de Meulan confirma cette donation, étant au Bec, en présence de Tabbé Roger. Osbern, alors prieur de Beaumont, donna en reconnaissance 20 marcs d'argent, « XX marcas argenti in recognitione istius concessionis ex caritate mihi donavit ^. »
* Le Prévost, Mém. et notes, I, 211.
* Tout blé récollé dans rétendue du ban devait être moulu à l'usine banale; si, avant d'ôtre transformé en farine, ce blé était porté hors du ban, le droit de monte n'en devait pas moins être payé en argent au propriétaire du moulin. Ce droit était appelé monte sèche, en opposition à la mtmle mouillée, moltu hiunida. viridis, qui était payée en farine.
3 Bibl. nat., lat. 13905, f»6D. Le Prévost {Mém, et notes, I, 211) donna
Eq 1180, le comte Robert donnait au prieuré remplacement d'un moulin, à quelque distance en aval des siens *, destiné à moudre le blé nécessaire à la nourriture des religieux et de leurs seuls domestiques. Il concéda en outre le pourpris de Baudouin Chapelain que le prieur Robert d'Orval, de Aureis Vallibus, avait jadis acheté 16 livres angevines. Le pourpris devait demeurer franc de toute coutume tant qu'il resterait aux mains des moines, mais s'il venait à ôlre habité ou vendu, il devait alors être soumis au droit de bourgage. Pour ces donations et concessions, Robert reçut de la charité de l'église de Beaumonl, « ex caritate ecclesiae », 30 livres angevines, et Galeran son fils un talent d'or, « lalentum aureum * ». Le talent, équivalent de besant, valait sept sous d'angevins.
L'une des dernières donations à date certaine que Robert ait faites au prieuré est du 7 janvier 1196. Il donne aux religieux 60 sols angevins de rente à prendre sur ses moulins de rÉtang'^, à raison de cinq sols par mois, a condition que les moines célébreront un annuel pour le salut de son âme et de celle de son fils Henri, et pour ses ancêtres*.
Mentionnons eu terminant la sentence rendue vers 119:2
d'après le cartulaire do Beaumont, ua texte un peu différent de cette -^-harte que D. Jouveliu nous semble avoir transcrite d'après l'original.
* « Il n'existe pas à notre connaissance de traces de ce moulin qui devait être en aval du moulin de lEtang. » Le Prévost, Mém. et notes, 1.212.
* J*e Prévost, Mem. et noies, 1. 212. Robert de Meulan avait fondé, en 1118, sur la lisière de la forêt de Beaumont, le prieuré de Saint. Ktienne de Grandmont au Chàtel-la-Lune. Vers 1168, son petit-fils a donna l'église Castelli Lunae et confirma la dîme de celte paroisse que Roger, fondateur de l'église de la Trinité de Beaumout, luy avoit donnée avant qu'on eût bâti une église en ce lieu do Chàteau-Lunc. Testes : Ricardus, abbas de Valle-Azonis ; Henricus. abbas Pratelli, etc. sans datte ». Recueil de D. Jouvelin, lat.. 13905, f° 6G v*. Vers 1192, les religieux de Beaumont étaient en procès avec ceux de Grandmont au sujet de la perception de certaines dîmes. L'affaire fut portée devant la cour de l'archevêque, et Jean, doyen de Rouen, décida que « tout ce qui était en dehors de l'enclos, fait en 1191 par les moines de Grandmont, payeroit la dîme, et que l'enclos seul en seroit exempt. » Id., P» 65 V».
^ Le moulin de l'Etang, en aval de Beaumont.
* Bib. nat , lat. 13903, f« G.» v>. Le Prévost, Mém. et noies, I, 211.
PRIEURÉS DE l'ordre DU R£C 4^25
par Roger, abbé du Bec, et Jean, doyen de Rouen, délégués du pape, par laquelle « ils condamnent les curés des églises de Saint-Nicolas et de Saint-Léonard de Beaumont à continuer de payer au prieur de la Trinité 6 livres de rente pour \ Téglise de Saint-Nicolas et 3 livres pour celle de Saint- Léonard, outre les offrandes qu'on faisait dans Téglise Saint- Nicolas en chandèles ou cierges les jours de la Purification et de saint Nicolas qui appartenaient au prieur. Cette sentence est sans date ; elle doit être vers Tan 1192, Roger abbé était mort en 4194 ^ » Ces rentes payées au prieuré s'étendaient aux églises dont il avait le patronage, car une bulle de Célestin III, de 1198, mentionne en outre les redevances suivantes: Saint-Pierre de Beaumontel, 3 livres; Saint-Crépin de Barc, 10 sols; Saint-Pierre de la Huanière, 8 setiers d'avoine, 2 de froment et 2 dorge*.
Antérieurement à Tannée 1077, Hugues II, comte de Montfort-sur-Risle, avait richement doté Téglise de Sainl-Ymer, au diocèse de Lisieux^et en avait donné le service à des chanoines*. En 1147, son petit-fils, Hugues IV de Montfort,
* Bibl. nat , lat. 13905, f» 63 v».
» Bibl. nat., lat. 12884, f» 2d9.
* Ymer ou Ymier, de race noble, naquit in vico Luf/duniaco près de Porrentruy. Epris de la vie solitaire, il se retira d'abord avec un serviteur dans la vallée déserte de Susinge, puis auprès de Lausanne. 11 se rendit ensuite en Palestine où il passa trois ans. étudiant les langues arabe et syriaque afin de pouvoir prêcher l'Evangile. A son retour, il se retira de nouveau dans la vallée de Susinge où il éleva une chapelle en l'honneur de saint Martin. On donna plus lard à ce lieu le nom du Val-Sainl-Ynier. Après une vie des plus austères, il mourut le 12 novembre, jour auquel, de temps immémorial, on célébrait sa fête dans le diocèse de Bâle. Un monastère construit dans le Val-Saint- Ymer en l'honneur du saint fut placé par l'empereur Charles le Gros, en 884, sous la direction de l'abbaye du Grand-Val, au diocèse de Besançon. Mais, en 917, la princesse Berthe, femme de Rodolphe 11. roi de la Bourgogne-transjurane, étant allée prier au tombeau de saint Ymer. y établit une collégiale de douze chanoines sous la conduite d'un prévôt. Ces renseignements sont tirés de la légende de saint Ymer dans le Proprium locale de l'abbaye du Bec; elle a été insérée au tome VI. p. t)49, des Annales bénédictines.
* Annales ord. S. Uened., VI. 306. La donation d'IIiigues II de Montfort, faite en présence de Guillaume-le Conquérant et d'Hugues, évoque de Lisieux, est antérieure h l'année 1077, date de la mort de ce prélat. La charte de fondation a été reproduite dans les Annales bénédictines,
426 HISTOiRR DE l' ABBAYE BC B£G
sur les conseils de rarchevéque de Rouea et des évêques de Lisieux, d*Evreux et de fiayeux, substitua les religieux du Bec aux chanoines *; 'en même temps, il faisait au nouveau prieuré d'importantes donations. Du consentement d*AUne, Haelina, sa femme et de ses fils Robert et Galeran, il donna (indépendamment de l'ancienne dotation et des prébendes canoniales) une partie de sa forêt, appelée « nemus Heroldi et Vallis Corvi ^ » ; une portion de vigne ; la dime de ses salines et du marché de Valle Anere; une maison à Pont-rEvêque : en outre il confirma la dime de ses forêts de Normandie concédée par son aïeul ^, et en Angleterre la dime des fromages et des poissons et une maison à Haeca, ainsi que la dime du blé à Bratheburne, à Tiltetona (ou Tiventona) et à Esbruge (ou Brige) *.
Quand les religieux du Bec eurent pris possession de leur nouveau prieuré, les donations affluèrent; c'est ce qu'atteste
(VI, 647). On y voit que la donation est faite en faveur de Raoul, abbé. « Rodulpho abbati concedo ». Nous ignorons à quelle abbaye il appartenait.
* « Ut inonachi in câ loco canonicorum constituantur ». D. Thibault place cette substitution à l'année 1146. (Bibl. nat-, lat. 12884, f" 204 v»).
* Corbon, canton de Cambremer ; Asnières, fief assis à Pierreûtte.
* a Similiter et concedo ut oninia quae ista ecclesia tempore Uu^onis avi moi habuit, in perpetuum teueat. Uabuit enim de omnibus silvis quas praedictus Hugo in Normannia tenebat, décimas,, hoc est de feris et volatilibus, de venditione nemorum, de essartis, de melle, de pasna- ^io et de cunctis consuetudinibus silvarum et de omnibus molendinis atquc caseis, cunctisque pecuniis et foris et de omnibus reditibus terre mee. »
* Bibl. nat., lat. 13905, f° 67 v». D. Jouvclin ajoute : a Le sceau n'est plus au bas de cette charte, il ne reste que l'attache de cuir. » — Il existe au.\ Archives de l'Eure une transcription sur parchemin, de la fin du xip ou du commencement du xm' siècle, de la charte originale qui devait porter les croix autographes des signataires : Hugues, Robert et Galeran de Montfort, Hélie de Bailleul, Robert de Manneville, Guillaume de Saint-Léger, Gautier et llobert Pipart. Roger de BurgevHla^ Jourdain de Fulleio. Philippe et Hugues de Brevedan. (Archives de TKure, série H, 73 et 76.) — • iM. Léopold Delisle cite deux cartulaires du prieuré de Saint-Ymer, Tun écrit vers la fin du xiii» siècle, faisant partie de la bibliothèque dWuguste Le Prévost; l'autre, rédigé au xviip siècle, par les soins de l'abbé de Roquette, prieur commendataire, appartenait à M. de Formeville, conseiller à la cour impériale de Caen. [Cafidogue des actes de PàilippeAiff/usie, p. o38.)