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CHAPITRE II

Herluin. — Fondation de l'abbaye du Bec. — Le monastère, d'abord iiisLallé à Bonneville, est transféré près du confluent du Bec et de la Risle.

Le fondateur de l'abbaye du Bec naquit à Brionne, vers Tannée 995*. Son père, Ansgot, était un descendant de ces Danois établis avec Rollon après la conquête de la Normandie. Sa mère, nommée Iléloïse, appartenait à la famille des ducs de Flandre*. Ayant perdu son père, Herluin était entré de bonne heure au service du comte de Brionne, Gilbert, dont il était le vassal ^

* Brionne, arr. de Bernay. « lierluinus primae intcr Ncustrasios nobilitatis. pâtre .Ansgoto qui a Danis ortus erat, iiiatre Ileloidc, Klandriae ducum consanguiiiea, natus est in pago Brionensi, iibi Beccense nionasteriuin situm est. » Annales ord, S. liened. ^i.W, p. 359. — Le Nécrologe du Bec mentionnait la mort d' Ansgot le 14 février, et celle d'IIéloïse le 6 août. Le Nécrologe de Beaumont-le-Roger en faisait mention le 7 août. (liecueilde />. Jacques Joucelin, Bibl. nat. lat. 13 903, f® 75.) Une tradition locale ferait naître Herluin à Cernay (Calvados), où se trouvait un petit hameau du nom de Brionne ; on ne saurait l'admettre. Ce nom de Brionne, donné à une ferme, rappelait simplement le souvenir du fils dlléloïse qui avait possédé Cernay. Voy. Chronicon Beccense ancfum et illustrât itm^ de D. Bénigne Thibault, Bibl. nat. lat. 12 884, f» 4.

* « A Danis, qui Normanniam primi obtiniiere, pater ejus originem duxit : mater proximam ducum Klandriae consanguinitatem attigit. Ansgotus ille. isla Ileloys nomen habebat. » Vila flerluini, auctore Gilberto Crispino, dans Opéra Lan f ranci, édit. Giles, Oxford, 1844, t. I, p. 260. Voy. Chronicon Beccense dans Opéra Lanfranci, édit. d'Achéry, Venise, 1745, p. 275.

* « Gislebertus, Brionensis cornes, primi Richard! Normanniae ducis nepos, ex (ilio consule Godefrido, illum nutritum pênes se inter omnes curiae suae primates habuit acccptissime. » Vita Herluini, édit. Giles, t. I. p.26l.

Après avoir fait partie du domaine particulier de nos premiers ducs, et même avoir été l'une de leurs demeures, Brionne avait été donné en apanage à Geoffroy, fila de Richard I**" et d'une concubine. Ensuite il passa par héritage au comte Gilbert, fils de Geoffroy K Le comte de Brionne survécut non seulement à son oncle Richard II, mais encore à ses cousins Richard III et Robert I*^ Dans ses dernières années, il recouvra le comté d'Eu, et devint le gouverneur du jeune duc Guillaume le Bâtard *. Ce prince n'en parle qu'avec la plus grande vénération et lui donne môme le nom de <c père de la patrie » dans le discours qu'Orderic Vital lui prête à ses derniers moments'.

Herluin était donc venu à la cour du comte de Brionne, son suzerain, apprendre le métier des armes et les exercices du corps, carrière obligée d'un jeune homme de condition noble *. Il ne tarda pas à conquérir l'affection des barons de l'entourage de Gilbert. On se plaisait à remarquer son adresse et son ardeur à manier la lance et l'épée, Thonnôteté de ses sentiments, la sagesse de ses conseils : qualités rares qui devaient faire de lui un chevalier accompli, en sorte que sa bonne renommée lui avait bientôt gagné non seulement Taffection de son puissant suzerain, mais encore la faveur de Robert P', duc de Normandie 5.

Un trait raconté par Gilbert Crespin montre qu'il y avait

• Willelm. Geniet., Hist, iÛ>W/iîw., lib. VI, cap. ix, Patrol. lat., t. CXLIX. col. 838.

•« Gislebertus, cornes Aucensis, filius Godefridi comitis, callidus et fortis, tutor* Willelmi pueri sed domini... » Willelni. Gemet., Uiat. .YoW/iOT., lib. VII, cap. ii, Patrol. lat.. t. CXLIX, col. 847.

» Ord. Vital., t. lll, p. 229.

• « In cujus educatus curia et ad militaria arma decenter instructus, eisdem ab eo susceptis, ei fideliter adhaercns, et debitum ut domino militare reddens obsequium, aliquandiu militavit; huic specialiter et solide jure tenebatur militare. Ilujus enim ditioui et miles subditus erat et militisimmobilis possessio. » Altéra vUa i7eHMi«i, ex, Ms. codice monast. Beccensis, dans les Acta sanclorum ord. .S. lienedicti^ saec. vi, pars II. Cette vie se trouve également dans un manuscrit de la fin du XII» siècle conservé à la Bibliothèque de Rouen» latin 1 393 (ancien U, 102). Ce manuscrit provient de l'abbaye de Jumiègcs.

• VUa Uerluinif édit. Giles, t. I, p. 261 ; — Chronicon Beccense^ édit. d'Achery, p. 273.

3â HISTOIRE DE l' ABBAYE DU BBC

chez Herluin autant de grandeur d'âme que d'intrépidité. Le jeune chevalier avait reçu du comte de Brionne un grave affront. Sa fierté s'était révoltée et il avait quitté la cour. Vers ce même temps, Gilbert ayant voulu lui-même venger une insulte qui lui avait été faite par plusieurs seigneurs normands *, s'était mis en campagne, fixant à ses adversaires, quelques jours à Tavance, le rendez-vous de combat qu'il leur proposait. Herluin fut informé de ce défi. Oubliant ses propres griefs et ne voulant se souvenir que des bienfaits de celui qui l'avait élevé, il accourt sur le lieu du combat avec vingt hommes d'armes. Gilbert les prend d*abord pour des ennemis '; puis reconnaissant son vassal, il admire sa générosité et lui rend toute sa confiance et toute son affection». La rencontre devait se faire le lendemain matin, lorsque la veille au soir, on vit arriver les messagers du duc Robert qui exigeait des deux adversaires le serment de déposer leurs armes et de remettre à la cour ducale le jugement de leur différend.

Herluin avait atteint l'âge de trente-sept ans, dit son biographe, lorsqu'il sentit la grâce divine toucher son cœur en le détachant de plus en plus du monde ^. Le bon chevalier

* « Cornes ipse Gislebertus quorunidani potentissimorum Normanniac laressifus iiijuriis. »> Vita Ileî'luini, édit. Gilcs, t. I, p. 262.

•«Cornes auleiii per devexa montislateragradiensin mullitudine fortitudinis suae, tandem luuntis occupayt superûciein qui fuerat hostibus assi^natus ad certamea. Ciroumspiciens vero vidensque praefatos viginti milites fulgentibus armis ejiisdem promontorii e regione procul a latere anticipasse planitiem, arbitratus insidias, quid nisi hostes crederet. » Altéra vita Ilerluini, dans les Acta sanct. ord. S. Bened., saec. VI, part. II.

' Vita lïerluini, édit. Giles, t. I, p. 262 ; — Altéra vita Herluini, dans les Acta sanct. ord. S. lienedtcti,

* Selon Orderic Vital, la vocation d'Herluin aurait eu une autre cause. Le comte de Brionne avait envahi le Vimeu à la tète de trois mille hommes ; mais l'expédition ne réussit pas à son gré. Enguerran, comte de Ponthieu, vint à sa rencontre avec une troupe considérable, engagea le combat et mit en fuite Gilbert et ses hommes dont un grand nombre furent tués ou blessés. Herluin faisait partie de Texpédition. Au milieu des dangers qu'il courait, il fit vœu, s'il avait la vie sauve, de se consacrer désormais au service de Dieu. « Tune ibi quidam miles, nomine Ilerluinus, periculum metuens, totoque nisu pro salute suafugiens, Deo devovitquod si de imminenti periculo sospes eva-

fréquentait les églises, priait dévotement et parfois avec larmes, jeûnait sévèrement et ne paraissait plus que de temps en temps à la cour du comte de Brionne. Les agréments corporels, les amusements du siècle, les armes ellesmêmes n'avaient plus pour lui les charmes d'autrefois. Son suprême désir était de quitter un monde dont il n'avait plus ni les goûts ni les ambitions *. Il ne savait pas encore, cependant, quel genre de vie il adopterait. C'était chose difficile alors, en Normandie, que de vivre saintement. Le clergé, marié, portait les armes comme les laïques; les Normands qui avaient importé et conservé beaucoup de leurs usages païens vivaient, comme on disait, à la danoise, « veterum ritu Danorum* ». Herluin surmonta ces obstacles. Comme il ne pouvait s'affranchir tout d'un coup du service dû à son suzerain, il demeura attaché à la cour, mais changearésolument sa manière de vivre. Ses longs cheveux, sa barbe inculte, ses vêtements grossiers faisaient le sujet des railleries des courtisans; sous ces dehors étranges on ne reconnaissait plus l'élégant chevalier, le vaillant guerrier d'autrefois. Herluin recevait tous ces affronts avec le calme d'une âme fortement trempée ; il 'ne déviait pas de sa route, et comme s'il eût eu soif d'humiliations, lui, chevalier qui avait commandé des troupes, il ne montait plus à cheval et se servait d'un âne ^. « Mais, ajoute son biographe Gilbert Crespin, comme il n'avait point rougi de l'abjection volontairement embrassée pour Dieu, Dieu, ne rougissant pas non plus de son serviteur, lui rendit sur la terre une ample moisson d'honneurs *. »

Cette situation étrange, dans laquelle s'affermissait la

deret, nulli uUerius nisi soli Deo militaret. Dei nutu discrimen honorifice evasit, votique sui memor saecuium reliquit et in patrimonio suo, in loco qui Beccus dicitur, coenobium sanctae Dei genitrici Mariae condidit. » Ord. Vital, t. II, p. 13.

• Vila Herluinij t. 1, p. 263. — Altéra vita Herluinij dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

• VUalIerluini, t. I, p. 263.

* Vita Herluini, t. I, p. 263. — Altéra vita Herluini, dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

* Vita Herluini, t. I, p. 264.

vocation d'Herluin, dura trois ans; elle ne se dénoua que par une crise violente.

Le comte Gilbert, ayant eu à se plaindre gravement d'un de ses compatriotes *, chargea Herluin d'aller trouver le duc de Normandie, Robert, pour lui exposer en son nom ses griefs et plaider sa cause. Herluin ne crut pas devoir se faire le complice de la perte d'autrui et refusa nettement cette mission qui répugnait à sa loyauté. Le comte insiste, presse, menace. Herluin, inébranlable dans sa résolution, quitte la cour. Gilbert exaspéré fait saisir les biens de son vassal et va jusqu'à maltraiter les pauvres que soulageait le bon chevalier 2. Cette considération décida seule Herluin k retourner à Brionne et à découvrir au comte le fond de sa pensée. Il n*eut pas de peine à se disculper des soupçons que des courtisans jaloux avaient fait naître dans le cœur de Tirascible seigneur de Brionne ; puis il le supplia de ne pas faire peser sur les pauvres et les malheureux un ressentiment qu'ils n'avaient pas personnellement mérité. Enfin, dans un entretien secret avec le comte qui lui demandait où il en voulait venir avec un changement si étrange dans sa manière de vivre, Herluin répondit en pleurant : « En aimant le siècle et en vous servant, j'ai trop négligé Dieu et mon salut éternel. Tout appliqué aux soins du corps, je n'ai nullement songé à cultiver mon àme. Je vous en supplie, si j'ai quelquefois bien mérité de vous, laissez-moi passer dans un monastère ce qui me reste à vivre. Conservez-moi votre affection, et donnez à Dieu ma personne et mes biens '. » Gilbert, tout ému de cet aveu, laissa à son tour échapper des larmes, car sous la rude écorce de l'homme de guerre battait un cœur accessible à la tendresse et à la piété. U

* « Cornes Gislebertus, de cujusdam compatriotae sui darano agens, (jiiod in illius vergebat pernicieui, ad priucipem Nornjanniae Robertum, cujus quidqiiid super hoc agebatur iiitererat, praedicto viro hac de re imposuit allegationem. xVt vir pacis ferre dainnosa alicui machinamenta penitus recusavit. » Vita Herluini^ t. I. p. 26i.

• Vila Herluini, t. I. p. 264. — Altéra vita Herluinij dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

» Vita Herluini, t. I.p. 264. — Altéra vita Herluini, dans les Acta sanct. Ord. S. Bened.

FONDATION DK L'aBBAYE DU BEC 38

accorda à Herluin la liberté qu'il demandait, le garda près de lui pendant plusieurs jours, l'entourant de marques d'honneur, et remit en son pouvoir et à son libre usage sa part de l'héritage paternel et celle de ses frères *.

Herluin possédait conjointement avec ses frères, Eudes et Roger, une portion du territoire de Bonneville, sur le plateau septentrional de la vallée du Bec*. C'est sur la part qui lui appartenait en propre qu'Herluin s'empressa de se construire, end034', une retraite où il se proposait de me-

* « Plures dies multo cum honore detentuai apiid se débita honorificentia reiniait, ditioni illius ac servitio tradens quidquid paterni jiiris habebant fratres sai, qui eadem digaitate geniti pares exstiterant sibi. Quia difîiiior et vera nobilitate generosior gertnanis effîcie'batur, jure ab eis illi subjici nec indignum aut injuriosuin aestimabatur. » VUa Uerluini, t. I, p. 265. — « Denique cornes, ut loqui potuit, piam considerans petitionem, pie petenti facilem inclinavit assensuoi, nec non et fratres sancti viri subdiditilii, cum his quae jurepaterno nihilominus hereditarie possidebant, quormn successores usque ad praesens ecclesiae Beoci subditos esse novimus. » Altéra vita Ilerluùii^ dans les Acta ftancl, ord, S. Bened. — Cf. Willelm. Gemet., Ifist. Northîn.y lib. V, cap. IX. Patrol. lat., t. CXLIX. col. 839.

* fl In fundo sui juris qui Burnevilla dicitur, haud procul a Brionio, volens coenobium constituera de. nChronlcon Beccense , dfWi. d'Aohérj', p. 275. Aujourd'hui Bonnevilie-sur-le-Bec (Bonneviile-Aptot), canton de Montfort, arr. de Pont-Audemer.

' La chronique du Bec et les historiens s'accordent à placer à l'année 10341a fondation de l'abbaye du Bec. (Voy. : Chronique du Bec, édil. Porée, p. 1 et 185; — Robert de Torigni. Chronique, édit. L. Delisle, t. 1, p. 36; — Willelm. Gemet., Ilist. Norlhm., lib. VI, cap. ix, Patrol. lat., t. CXLIX, col. 838.)— Un moine anonyme du Bec, qui écrivait vers le milieu du xir siècle, dit : a MXXX»» IlU*' ab Incarnacionis Domini anno, primum ccpit habcre inicium. » Miracula de sancto Sicholao episcopo et conf essore édita a quodam monacho ecclesie Becci, Bibl. d'Evreux, lat. 96. Ce manuscrit, qui provient de l'abbaye de L\Te. forme un volume petit in-4'' de 111 feuillets de parchemin, avec lettres miniaturées. Le premier feuillet se fait remarquer par une grande initiale au centre de laquelle est représenté saint Nicolas en vêtements pontificaux. Dans le cours du texte, le nom de cet évAque est toujours écrit en petites capitales rouges et vertes, formant un mot mi-parti en sens horizontal. Ce manuscrit a dû être exécuté entre les années 1150 et 1170. et copié peut-être par un moine de Lyre sur l'original du Bec, aujourd'hui perdu. Montfaucon le signale au nombre des mss. de la bibliothèque de l'abbaye de Lyre. {Bibl, bibliothec, t. II. p. 1260.) Le ma. 19 de la Bibliothèque d'Alenron, écrit à la fin du xii» siècle, renferme une copie des Miracula de sancto Sicholao episcopo et confessore édita a quodam monacho ecclesie Becci. Une note sur ces miracles a été publiée par M. A. Joly, dans le Bulletin de la Société des

ner la vie érémitique. 11 se mit sans retard à Tœuvre, creusa des fossés, apporta des cailloux et du sable, et éleva les murailles de sa cellule ^ Il ne faisait, sauf les dimanches et les fêtes, qu'un seul repas, et après avoir travaillé de ses mains tout le jour, il passait une grande partie de ses nuits à prier et à lire le psautier ; car, arrivé à près de quarante ans, il ignorait encore les éléments des lettres humaines*. Mais Tétude et la grâce divine lui donnèrent bientôt une intelligence admirable des Saintes Écritures.

On ne peut s'empêcher d'admirer la foi vive, l'énergique volonté de ce soldat déjà vieilli qui se fait moine, qui n'a jamais ouvert une règle monastique, et veut être profès avant d'avoir été novice. Dans le but de s'instruire et de s'édifler, Herluin prend le parti de visiter quelques abbayes'; une vocation moins assurée que la sienne aurait succombé à l'épreuve qui lui advint.

Il s'en va, l'âme remplie d'aspirations pieuses, frapper à

Anliq. deNorm., 1878-i880, t. IX, p. 202-220. Le manuscrit 2342 du fonds latin delà Bibl. nat. renferme le même récit des Miracles de saint Nicolas sous ce titre : De rnivaculis et virtulibus ejusHem glonosissimi confessons Nicolai. Ce manuscrit, avant d'entrer à la Bibliothèque du Roi, avait fait partie de celle des Bigot. (L. Delisle, Bibliotheca Bigotiana, Rouen, 1877, p. 18-20.)

* « Veniens enim in vicum suum qui dicitur Burnevilla, ilico coepit tota solicitudine et labore domum Deo consecrandam aedificare, officinalibus habitaculis insistere, domos paternas evellere quibus ad aedes monachorum construendas materialis augmentareturcongeries. » Altéra vita Ilerluini, dans les Acta sanctorum ord. S. Bened.

* 0. Prima litterarum elementa didicit, cum jam existeret annorum prope quadraginta. Et divina opitulante gratia eo usque processit, ut etiam apprime eruditis grammatica, in exponendis ac intelligendis divinanim scripturarum sententiis merito haberetur mirabilis. » Vila Herluini, édit. Giles, t. I, p. 265. « Erat annorum quadraginta cum prima litterarum didicisset elementa : sed in hoc excrcitio, spiritu sancto inspirante, in tantum postea provectus est, ut etiam summis illius temporis doctoribus praedicando, sententiasexponendo, quaestiones absolvendo, admirandus haberetur. » Altéra vita Herluini, dans les Acta sa?icl. ord. S, Bened.

' « Nam cum diu secum de modo vivendi deliberaret, incertus adhuc quo habitu, quo religionis génère perfrueretur, quo tramite per angustam portam intrare contenderet in terra viventium, quoddamadiit coenobium, inquirendi causa de vita monachorum. » Altéra vita Her^ luini, dans les Acta sanct. ord. S. Bened,

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la porte d'un monastère voisin, comme à la porte du paradis *. Il lui semble qu'il va être témoin de la paix, de la gravité monastique qu'il soupçonne, mais qu'il ne connaît pas encore. Le frère portier, augurant mal de son extérieur misérable et le prenant pour un voleur, le saisit vivement à la gorge et le traîna par les cheveux jusqu'au dehors. Son humilité profonde l'empêcha de se révolter contre cette violence imméritée, et il se retira^. Comme les fêtes de Noël approchaient, dit encore son biographe, Herluin se dirigea vers une autre abbaye de grand renom. Le spectacle qui l'attendait n'était pas encore de nature à rassurer son âme. Il vit, à la procession solennelle, les moines revêtus de riches ornements se bousculer à l'entrée de l'église, converser bruyamment avec les laïques, se faire admirer d'eux sous leurs chapes aux couleurs voyantes. Un moine, jaloux sans doute des succès de l'un de ses confrères, le frappa brutalement d'un coup de poing et l'envoya rouler la face contre terre. Le vieux sang danois bouillonnait toujours dans les veines des moines normands, et Ton imagine que c'était une rude besogne aux abbés de leur faire pratiquer la maxime de Notre-Seigneur : « Apprenez de moi k être doux et humbles de cœur. » Attristé de ces violences, Herluin ne s'éloigna cependant pas. La nuit suivante, lorsque les religieux se furent retirés après le chant de matines, il se cacha dans un coin de l'église pour prier, et bientôt il aperçut un moine qui, se croyant seul, se mit en oraison, tantôt à genoux, tantôt prosterné et demeura dans cette attitude jusqu'au jour. La ferveur de ce vrai religieux fit oublier à

* « Habita oratione, accessit cum onini reverentia, multo cum tremore ad ostium claustri velut ad ostium paradisi, desiderantissimus scire quts monachorum habitus, qui | mores, .quae in claustro sedendi sit religio. i> Vita Herluini, t. 1, p. 266.

* « Yidit longe ab ea, quam coenobialis ordo exposcit, gravitate morum omnes haberi. Turbatus est, jam omnino incertus quod vivendi geaus approbaret. Ad haec, qui monasterii custos erat, ut iilum sic introrsum attendentem conspexit, furem suspicatus, immisso quanta vi potuit collo iUius pugno, per capiUos foris usque ad ostium extrusit. At vir patientissimus pro iUata sibi injuria nuilum monacho laicus verbum impatientiae respondit. » Vita Herluini, t. I, p. 266. — Altéra vita Herluini, dans les Acta sanct. oi'd. S. Bened,

Herluin le scandale de la veille, 11 n'avait peut-être pas rencontré tous les prodiges de ferveur qu'il espérait voir ; du moins il avait compris que la grande œuvre du moine, c'était la prière, et il revint à sa solitude l'esprit rasséréné et le cœur atfermi *.

En embrassant la vie solitaire, Herluin n'avait songé qu'à travailler plus efficacement à son salut, et son biographe ne dit pas qu'en s'établissant à Bonneville il ait eu, tout d'abord, l'intention de fonder un véritable monastère. Mais sa conversion et sa retraite avaient eu un certain retentissement. L'abnégation, l'austérité de sa nouvelle vie ne tardèrent pas à attirer près de lui quelques hommes 2 désireux d'une existence plus pure et plus calme que celle du siècle. Les noms de ces ouvriers de la première heure, qui vinrent s'associer aux travaux d'Herluin, ont été conservés dans la Matricule des religieux du Bec ; voici les dix premiers : « Dominus Abbas Ilelluinus, Vualterius, Ilerveus, Baldricus', Rosce-

V ProximoNatali Dominico adiit majoris nominis coenobium.Festiva processione, cum fratres in die solemnitatis exissent, vidit indecenti benevolentia monachos passim arridere iaicis, aggaudere ia paratioribus ornamentis, osteudendo ea aliis, ad introituDi contentioso tunuiltu anticipare aditum. Ad haec insislentem sibi nimium fratrem, quidam monachus uionachum pugno repercussum avertit, ac impulsum supinis dentibus demisit ad soluin. Adhuc eiiim, ut dictum est, omnes omnium per Normanniam mores barbari erant. Hac vero insolentia ne bonum damnarct inceptum, tantam actuum levitatem, tantam improbitatem morum contuens in illis ad quorum normam vitam suam corrigere volebat, Dei manus effecit subveniens labanti. Sequenti nocte, expleto matutinorum otTicio, diu ante lucem aliis emissis, oraturus ipse remansit occultatus inquodam anguio oratorii. Mox quidam monachus, eo non viso, prope constitit ad orandum. qui nunc loto corpore prostratus, nunc tantum genibus Qexis. nunc lacrymis orans usque ad mane clarum persiitit. Ejus igitur exemplo oumino redintegratus est. » Vita Herluini, i, I, p. 266. — Allem vita Herîuini, dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

' « Duo etiam sui, ejus exemplo et amore conversi, delicias abdicantes, cum eo pariter ordinis iter ingressi sunt. Deinde quamplurimis ibidem fratribus In Domino congregatis, quibusdignus non erat mundus, ipse presbyler ordinatus eisdem abbas praeficitur. » Altéra vita Herluini, dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

' Baudry de Servaville était beau-frère d'Herluin, « cognatus » ; il donna au monastère la terre de Servaville. (D. Bénigne Thibault, CAron. Becc. auct. et illustr. Bibl. nat. lat., 12884, f« 16 v».)

FONDATION DE l' ABBAYE DU BEC 39

linus, Goselinus, Gausbertus, Hugo,Drogo, Rogerus abbas S Adam' ».

La modeste chapelle bâtie par Herluin fut dédiée en Thonneur de Notre-Dame, le 24 mars 1035, par Herbert, évêque de Lîsieux. En même temps, ce prélat donna à Herluin la tonsure et Thabit monastique. Quelque temps après, il lui conféra le sacerdoce, et le mit, avec la qualité d^abbé, à la tète de ses frères' qu'il devait diriger selon la règle de saint Benoît*. L'ancien chevalier fit une longue résistance avant d'accepter cette charge ; il s'était fait moine pour travailler et prier et non pour commander à d'autres religieux. Mais comme personne n'eût voulu se charger d'une aussi pauvre communauté, Herluin dut se résigner à accepter.

G^est également à l'année 1035 qu'il convient de placer la charte par laquelle Herluin dota son monastère naissant des biens qui lui appartenaient ". Le texte en a été depuis long-

* Roger, abbé de Lessay.

■ Matricule des religieux du Bec depuis le XI* siècle jusqu'à Vannée 1468. (Bibl. du Vatican, n? 499 du fonds de la Reine de Suéde.)

' « Sacrata vero quani construxitecclesia ab episcopo Lexovii, nomine Ilerberto. comam totondit, ac saecularem habiluui dcponens, ab eodem pontifice sacrae habitum religionis accepit... Postmoduin a praefato praesule sacerdos consecratus, pluribus ducalui illius jam additis fratribus abbas praeficitur. » Vila Herluini, t. l, p. 267. — « Hic talis et tantusvir... volenacoenobium constituere, ecclesianifiedificavitin honorem sanctae Mariae, ibique religionis habiUim ab episiopo Luxoviensi Uerberto, maximae sanctitatis viro, XL» aetatis suae anno, dévote suscepit, nec multo post ab eodem praesule sacerdos ordinatus est et abbas constitutus, quia propter paupertatem ipsius loci quivis alius regimen ipsurii nolebat suscipere. » Robert de Torigni, cdit. Delisle, t. 1, p. 38. — Ce passage de la Chronique de Robert de Torigni a été inséré dans le Clironicon Beccense, édit. d'Achéry, p. 275. — Orderic Vital dit que ce fut en 1034 (v. st.) qu'Herbert donna l'habit religieux à Herluin, et qu'il l'ordonna prôtre et lui donna la consécration abbatiale trois ans après, c'est-à-dire en 1037. Ord. Vital, t. II, p. 306.

* La règle adoptée par Herluin fut évidemment celle de saint Benoît ; on n'en connaissait pas d'autre alors, et elle avait servi de base à toutes les réformes antérieures au xi* siècle ; on se contentait d'y ajouter quelques règlements. Si le Bec se fit plus tard des constitutions spéciales, sans abandonner pour cela la grande règle bénédictine, ce fut lorsque l'abbaye eut pris un développement considérable, par exemple au temps de Lanfranc et de saint Anselme.

* Le duc de Normj^ndie ratifia la donation d'Herluin ; or c'est en 1035 que Robert partit pour la Terre Sainte où il devait mourir. (Willelm.

40 HISTOIRK DE L'aBBAYE DU BEC

temps publié > ; mais en raison de son antiquité et de Tinté* rèt qu'il présente, nous le reproduisons : « Notum sit omnibus christianae religionis cultoribus, quod ego abbas Ilerluinus, filius Ansgoti, astantibus et laudantibus fratribus meis Odone et Rogerio ', jubente Gisleberto comité, et Alberto et Ranulfo", consentiente Roberto comité etRoberto archiepiscopo, donavi sanctaeMariae tertiam partem terraede Burnevilla et hoc quod pertinet ad illam, et [de] Tavilleio et Surceio *, hoc quod pertinet ad eas, et terram de Sernaio * et hoc quod pertinet ad eam, quae Ansgotus pater meus in vita sua habuit, dotem quoque matris meae, jubente pâtre meo ex integro mihi datam. Coram testibus Fulberto sacerdote. Vitale, Rainaldo et aliis multis. » « On pourrait, dit A. Le Prévost, faire beaucoup de réflexions sur cette charte du bienheureux Hellouin. Nous nous contenterons de remarquer qu'elle est antérieure au départ du duc Robert pour la Terre Sainte, et ne saurait par conséquent remonter moins haut que les premiers mois de 1035 ; que cependant nonseulement Tabbaye est constituée, mais que déjà Hellouin en est Tabbé ; que par conséquent elle est postérieure à sa consécration par Tévêque de Lisieux; qu'Hellouin paraît avoir partagé par portions égales avec ses deux frères, non seulement Bonneville, mais encore Quevilli et Surci ; que, au contraire. Cernai lui appartenait en entier,

Gemet, Hist. Norfhm., Patrol. lat., t. CXLIX. col. 846 ; G allia christ., t. XI. col. 218.)

* Le texte de cette charte se trouve dans le Chronicon Beccense aucl. et illuslr., Bibl. nat. lat. 12884, f«4; le Recueil de D. Jouvelin, Bibl. nat. lat. 13905, P i2 ; dans les Amiolationes J. Picardi in epist. S. Anselmi, lib. I, ep. 28, édit. Gerberon , p. 554; Neustria pia, p. 437; Ojoem Lan f ranci, édit. d'Achéry, p. 241 ; Gallia chrisliana, t. XI,

■ Le Nécrologe du Bec faisait mention d'Eudes le 19 mars, et de Roger le 13 janvier. [Hecueil de D. Jacques Jouvelin, Bibl. nat. lat. 13905, f«74.)

■ Albert et Renouf doivent être considérés comme les seigneurs de Quevilly et de Surcy.

* Le Petit-Quevilly, canton de Grand-Couronne, arr. de Rouen ; Surcy, commune réunie à Mézières, canton d'Ecos, arr. des Andelys.

" Cernay, canton d'Orbec, arr. de Lisieux.

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de sorte que malgré le laconisme et Tobscurité des expressions, il est permis de supposer que c'est la dot maternelle ; qu'enfin, la chétive propriété du tiers des moulins du Bec est omise ; ce qui nous confirme dans l'opinion qu'Hellouin ne possédait pas autre chose dans la vallée, et que c'est pour cela qu'étant obligé d'y descendre, il aura d'abord adopté l'emplacement de ces moulins, malgré les inconvénients du terrain ^ »

Le biographe d'Herluin fait un tableau touchant de la vie des premiers moines du Bec : « Herluin dirigeait ces religieux dans la pratique de la règle étroite des anciens Pères. Vous auriez vu, l'office de l'église terminé, Tabbé portant sur son épaule le grain de la semaille, à sa main le râteau ou le hoyau, conduire ses moines au labourage, et tous les religieux se livrer aux travaux des champs jusqu'à la tombée de la nuit. Les uns défrichaient les broussailles et les épines, les autres charriaient le fumier ; ceux-ci sarclaient, ceux-là semaient; nul ne mangeait son pain dans l'oisiveté. Chacun se rendait à l'église aux différentes heures de l'office. La nourriture quotidienne consistait en pain de seigle et en légumes cuits à l'eau et au sel, et encore l'eau dont on usait était-elle bourbeuse, car il n'y avait de source qu'à deux milles de là. C'était un bienfait du ciel, disaient les moines, quand on leur apportait de meilleur pain, du fromage ou quelque mets. Mais l'exemple et les sollicitudes du maître ôtaient tout prétexte aux murmures. Herluin, ouvrier infatigable, était le premier et le dernier au travail. Sa noble mère elle-même s'était vouée, pour Dieu, à un [semblable esclavage; elle faisait à l'abbaye l'office de servante, lavait les vêtements des serviteurs de Dieu, ne reculait jamais devant les rudes labeurs qui lui étaient imposés *. »

Dieu, par une rare protection, conserva longtemps à son

* A. Le Prévost. Mémoires et notes sur le départeinent de VEure^ 1. 1, p. 234.

• Vita llerluini, t. I. p. 267; — Altéra vita Herluini, dans les Acla sanct. ord, S. Bened. ; — Willelin. Gemet., JlisL iVor/Zim., lib. IV. cap. IX, iMtrol. lat., t. GXLIX, col. 839.

fils et aux religieux cette sainte femme, qui était pour eux une mère. Un jour qu'elle faisait cuire le pain, le feu prit au bâtiment du four et le consuma entièrement. Herluin crut que sa mère avait péri dans les flammes ; mais, à Tétonnementde chacun, elle reparut saine et sauve '.

Après quelques années passées à Bonneville, au milieu de privations et d'incommodités excessives, dont la principale était le manque d'eau, Herluin crut agir avec prudence en transférant son monastère naissant sur un petit terrain qui lui appartenait, à l'entrée de la vallée du Bec, à un mille de distance de Brionne*. Certes, ce n'était ni la richesse du sol, ni le bien-être qui l'attiraient. Il y avait là trois moulins; sur l'un il n'avait rien à prétendre, des deux autres il ne possédait que le tiers ; le terrain environnant était des plus restreints; les coteaux, couverts de bois impénétrables, servaient de repaires aux loups et aux sangliers. Le changement n'offrait qu'un avantage réel : la proximité du ruisseau du Bec.

Herluin, comptant sur la vieille amitié du comte Gilbert, n'hésita pas à lui demander un petit coin de sa forêt de Brionne. Quant à ceux qui possédaient une part des moulins ou les terres avoisinantes, ils les vendirent ou les don-

* Vita Herliiini, t. I, p. 268. — Altéra vita Herluiniy dans les Acta sanct. ord. S. Bened.

* « Deinde, post aliquantum temporis, per visum divinitus commo- Ditus est ut dimissasoliiudine campestriquae competentiopportunitate omnino carebat, eum ad locum sui juris mansionem transferret, qui a rivo illic mananti Beccus appellatur, ad milliarium a Castro quod vocalur Brionium. Est hic locus in ipso saltu Brionensi, valle ima, montibus saltuosis hinc inde occlusa, omni opportunitate humano usui conimodus. Propter densitatem ac rivi recreationem ferarum illuc muUuserat accursus. » Vilci Uerluini, t. I, p. iG8. — Chronicon Beccensé) édit. d'Achéry, p. 276. — « C'est au Pont-Hachette que le bienheureux Hellouin, en quittant Bonneville, fit sa première tentative d'établissement dans la vallée. On a trouvé dans cet endroit des vestiges de constructions, et entre autres celles d'un moulin qui parait avoir été en dernier lieu un moulin à tan. Il y avait aussi une chaussée qui était appuyée sur une muraille très solidement établie et qui paraît avoir été destinée à barrer la vallée soit pour former un étang, soit une retenue pour le moulin. » A. Le Prévost, Mémoires et noies, t. I, p. 237.

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nèrent en pure aumône à Tabbaye^ Cela se passait vers Tannée 1039 «.

Deux ans après que la communauté se fut établie à rentrée de la vallée, une église était déjà construite : elle fut consacrée par Tarchevêque de Rouen, Mauger, le 23 février 1041*. A Toccasion de cette dédicace, le jeune duc Guillaume le Bâtard, aurait donné à l'abbaye le droit de haute justice et de tonlieu qu'il y possédait, et la permission de construire un bourg autour du monastère*. Le cloître, porté par des

* Vita Herluini, i. I, p. 268. « At vero cum sylva pracdicla Gillebertiesset delicium, variarumque soli portionuiu jure ad varies spectaret, tamen, Deojuvanle, et Herluino firiniter sperante, intégra Brionii sylva ad Beccenses transiit. » Seustria pia, p. 437. Une charte dont le texte a été analysé par D. Thibault dans son Chronicon Bei censé auct. et illusir.y fait mention de plusieurs donations qui eurent lieu à cette occasion. Nous la citons intégralement à cause de son intérêt. « Nota quod Odo frater D. Uerluini terram quam habuit in Estrutal, et eam partem quam habuit in ecclesia de Burnenvilla et décima, cum filio suo donavit coenobio Beccensi ; partem vero quam habebat idem Odo in ecclesia et décima Chivelet (Quevilly) et Surcet (Surcy) émit domnus abbas Ilerluinus ab eo in praedium ecclesiae S. Mariae Becci. Servitia et consuetudines quibus servire, et quas pro alodiis suis consueverant dare Odo et Rogerius, fratres domni Herluini abbatis, ecclesiae Beccensi comes Gislebertus dédit. Eidem dono auctoritas Widonis comitis accessit successoris ejus. Haec omnia Willelmus comes, filius Roberti comitis, libenter confîrmans in die dedicationis ejusdem nionasterii, contulit illi decimam nummorum totius census Brionensis, addidit eliam consuetudines cum dcbitis cunctarumlcgum de Servatvilla quae fuit olim Baldrici, nunc professi ejusdem monasterii. Testes : M. archiep.; Willelm. comes, filius, comitis Roberti; Hugo episcopus ; Will. cornes, frater ipsius episcopi ; Gaufridus vicecomes ; Nigellus vicecom.; Rodulfus Taison... » Bibl. nat. lat. 1^884, f* 5.

* C'est la date proposée par \e GalUa christiana, t. XI, col. 218, et acceptée par Aug. Le Prévost, Ord. Vital, t. II, p. 14 (en note).

' a In quo aedificans ecclesiam et oflicinas monachis secundum pauperiem suam et secundum positionem loci valde convenientes. fecit ipsam ecclesiam dedicari in honorem béate et perpétue Virginis Marie a Rothomagensi archipresulo Malgerio» VII K. marcias. » Miracula de Sancto Nicholao, etc, Bibl. d'Evreux, lat. 96, f« 24. — « Illic ecclesiam exstnixit quam consecrari curavit V {sic) cal. Martii, anno 1041. » Gallia cht^t., t. XI, col. 218.

*ci Praedicto monasterio tradiditWilIelmus comes Normanniae omnes consuetudines de sanguine et teloneo quas habebat circa ipsum raonasterium, deditque licentiam faciendi burgum circa ipsum monasterium. )> Bibl. nat. lat. 13 905, f 116 y\ Cf. : id,, f« 115, et ms. lat. 12 884, fo 82. Le droit de haute justice, s'il fut réellement accordé, ne fut pas confirmé dans la grande charte de Guillaume le Conquérant. Voir plus loin.

piliers en charpente, était également terminé. Mais soit que cette dernière construction fût trop légèrement bâtie, soit pour toute autre cause, pendant une nuit elle s'écroula. Les religieux, un instant découragés, se remirent à l'œuvre, et cette fois construisirent un cloître en pierre *. Ces travaux nécessitaient de grandes dépenses qui dépassaient de beaucoup les faibles ressources du monastère. Forcé d'aller au loin recueillir des aumônes, Herluin s'absentait parfois longtemps, et les religieux, laissés à eux-mêmes, sans chef pour les conduire, se querellaient entre eux ^. Les fonctions d'abbé n'étaient exemptes ni de fatigues ni de périls. Il fallait assouplir et façonner ces natures grossières, quoique pleines de foi, capables de grandes choses, mais excessives en tout, dans la brutalité comme dans la pénitence, impatientes et souvent rebelles au joug. Ce qu'Herluin avait vu dans les deux monastères dont nous avons parlé plus haut permet de juger ce qu'étaient la plupart des hommes parmi lesquels se recrutait le personnel des cloîtres ; assemblage bizarre de foi sincère et de superstition, de docilité enfantine et de dureté farouche, de licence et de dévotion. Herluin pouvait-il discipliner, dominer, instruire toutes ces natures ? Fort peu lettré, du moins à ses débuts religieux, à peu près étranger au régime monastique tel qu'il était alors en vigueur dans les grandes abbayes bénédictines, il devait avoir parfois de terribles scrupules en relisant les devoirs que la règle de saint Benoît impose à l'abbé : « Ordinatus abbas cogitet semper quale onus suscepit, et cui redditurus est rationem ^villicationis suae... Sciât quia qui suscepit animas regendas paret se ad reddendam rationem. Quantum sub cura sua se habere scierit numerum, agnoscat pro certo quia in die judicii ipsorum omnium animarum redditurus est Domino rationem* ». Herluin voyait le mal et ne savait

* Vita Herluini, t. 1, p. 269.

* « Variis ergo simultatibus quae saepe introrsus oriebantur coepit dolere multum et anxiari. Ad ea enim componenda, qui claustro praesideret minime erat. sumptuum congerendorum nécessitas illuui extra immorari compellebat. » Vita Herluini, t. I, p. 270.

^ Régula sancti Benedicti, cap. II. Cf. : De Grozals, Lan franc, archevêque de Canlorbéry, p. 40.

trop comment y remédier. La pauvreté de son monastère rappelait au dehors, et la régularité de sa communauté eût exigé sa présence continuelle. Il demandait souvent à Dieu de lui donner un auxiliaire pour le soutenir dans ces rudes épreuves. Il le disait plus tard à Lanfranc : « Que de fois je m'adressai à Dieu en gémissant ; que de fois, en versant d'abondantes larmes, je suppliai sa divine miséricorde de m'envoyerun homme dont les sages conseils pussent m*aider à réformer ce lieu et à faire, pour l'instruction des moines, toutes les volontés de Dieu *î »

Sa prière allait ^tre exaucée, au delà de toute espérance, par l'arrivée d'un inconnu, italien d'origine, qui apportait à l'œuvre d'Herluin l'appui décisif de sa profonde piété et de sa science prodigieuse.

* Vita Lanfrancij auctore Milone CrispinOj édit. Giles, 1. 1, p. 286.

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