‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 18 sur 204 · FONDATION DE L ABBAYE IQ · texte numérisé non relu

FONDATION DE L ABBAYE IQ

prochement de noms, un érudit ' s'est cru autorisé à voir dans notre Hersende la mère de la fameuse Héloïse, maîtresse d'Abélard, plus tard abbesse du Paraclet. Cette opinion, il faut bien le reconnaître, et nous ne sommes pas le premier à le faire, ne repose sur aucun fondement ^ Il est probable qu'Hersende se trouvait réduite à la triste condition de la veuve ^ ; peut-être son mari avaitil succombé dans la dernière croisade, conduite pendant les années 1 147-1 149 par le roi Louis VII, peut-être la mort l'avait-elle surpris dans une de ces guerres incessantes que les seigneurs féodaux soutenaient entre eux. Il est permis de supposer que, voyant ses enfants grandis et en âge de se pas-

1. F. C. Turlot, Abailard et Héloise^ avec un aperçu du xii" siècle, p. 154, i55; le passage est loin d'ailleurs de présenter toute la clarté désirable.

2. On lit dans le Gallia christiana (t. XII, col. 672) : Heloysa fuit filia cujusdam mulievis nomine Hersendis; et deux ou trois pages plus loin (col. 578) : Hersendis, ex comitissa de Bricolio, ejusdem loci abbatissa medio circiter sceculu duodecimo.... Turlot a évidemment subi la suggestion de cette coïncidence. Mais estelle autre chose que l'etFet d'un hasard ? Beaucoup de femmes, au xii" et au xiii= siècle, portaient le nom d'Hersende. M. Charles de Rémusat {Abélard, t. 1, p. 46, note) juge ainsi l'assertion de cet auteur : « C'est une pure conjecture de Turlot que de donner pour mère à Héloïse la première abbesse de Sainte-Marie-aux-Bois, près Sézanne, Hersendis, qui aurait été la maîtresse d'un Montmorency et qui aurait passé pour être celle de Fulbert. » Cf. Michclet, Histoire de France, éd. Lacroix, t. II, p. i83, note i.

3. C'est ce que l'on peut inférer du silence absolu de la charte de fondation à l'égard de son mari. S'il avait été vivant, il est difficile d'admettre qu'on ne l'eût pas nommé dans cet acte, où la mention de son consentement n'était pas superHue.

scr de l'appui de leur mère, c'était pour réaliser un rêve de vie claustrale depuis quelque temps caressé et pour isoler plus complètement du monde sa viduité qu'elle instituait une maison religieuse, car elle-même allait y prendre le voile avec sa fille, ces deux pieuses femmes voulant ainsi 1 former le premier noyau de la communauté. Nous ignorons quel rang social Hersende abandonnait pour se consacrera la vie monacale. Il semble qu'elle était personne de qualité, de condition noble tout au moins, puisque notre charte lui donne le titre de domina, que l'on ne prodiguait pas au xii*^ siècle comme cela se fit par la suite. Elle n'était nullement, d'ailleurs, dépourvue de ressources; nous voyons, par le même document, qu'elle affectait sa 1 fortune à la construction du monastère. Ses biens devaient consister surtout en terres autour du Bricot, qu'elle habitait et qui était alors soit un village déjà, soit une métairie avec dépendances, soit plutôt un château entouré de quelques habitations de cultivateurs, nous ne saurions préciser au juste. Dans le pays, Hersende était communément désignée sous le nom de Comtesse ou la Comtesse (en latin coiuitissa) ; c'est toujours la"charte précitée qui nous l'apprend. Nous ignorons d'où lui était venue cette dénomination, prénom ou surnom, dont il serait aisé, au reste, de citer d'autres exemples à la même époque '.Il est certain que ce n'était point

I. Ainsi la femme de Hugues III, vicomte de Chàtcaudun, s'appelait Comtesse (D'Arbois de Jubainvillc, Ilist. des comtes de

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