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un titre. Aussi, qu'elle qu'en ait été l'origine, n'en saurait-on conclure, comme l'on fait avec trop de précipitation certains auteurs, qu'Hersende fut réellement comtesse du Bricot '.
Quand Pierre et Hersende eurent définitivement arrêté la fondation du nouveau couvent, ils eurent à se préoccuper du choix d'un lieu convenable pour l'établir. L'abbé de Montier-la-Celle désigna et Hersende accepta, comme propre à cette affectation, un emplacement situé dans la forêt de Saint-Mé-
Cliampague, t. Il, p. 209, note i). De même, dans un charte du Paraclet : « Milo, dominus Nogennii..., pro Comitissa, nepte sua.., dédit... Milo Sanctus, pro filia sua Comitissa... (Lalore, Cartulaire du Paraclet, p. gS-ioS).
I. Le compilateur du cartulaire de Montier-la-Celle et les auteurs du Gallia christiana (t. XII, col. 578) sont tombés dans cette méprise. On ne pouvait demander à l'abbé Boitel, dont le livre [Recherches sur Esternay... ) fourmille des plus grossières erreurs, de l'éviter après eux. Aussi la répète-t-il, mais en allant plus loin, puisqu'il trouve des comtes du Bricot au xvi" et au xvii° siècle. En réalité, les personnages qu'il décore de ce titre ne possédaient, par rapport au Bricot, que celui de seigneurs, ce qui n'est point tout à fait la même chose. Par une coïncidence étrange cependant, le nom d'un comte de Bichor (forme orthographique que revêt aussi dans les anciennes chartes notre mot de Bricot), fondateur de monastère, figure dans une bulle du pape Innocent III àEmeric ou Henri, roi deHongrie (i i96-i204).Voici l'analyse qu'on lit, dans Potthast, de ce document : g januar. — 21 febr. iigS. Laterani. Henrico regiHungariœ concedit facultatem monasterium illud, quod B. quondam cornes de Bichor œdificare incepitsed morte prœventus consummare non potuit, in locum tutiorem transfercndi {Regesta pontif. roman. ,t.l. p. 3). Remarquons, à ce propos, qu'une autre forme du nom du Bricot également usitée dans les anciens documents, Brichol, se retrouve, appliquée à un lieu sans rapport avec notre Bricot, dans une charte auxcrroise de i265 citée par Du Cangc (V» noa) : In dicta bie:^io de Brichol piscari vakant.
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dard, à une courte distance à l'est du Bricot actuel, sur la pente qui vient mourir aux bords du Grand- Morin. Bien que des bâtiments, pendant plusieurs siècles, se soient élevés en cet endroit, tout vestige d'habitations en a aujourd'hui disparu. Les bois ont reconquis ce terrain que la main de l'homme leur avait arraché pour un temps, et si une abondance insolite de pierres moussues et couvertes de lierre, disputant le sol aux troncs pressés des futaies, n'étonnait à cette place le regard, seule une vague tradition pourrait nous rappeler où a existé jadis l'abbaye du Bricot, car les ruines même ont cessé d'y être visibles. Ipsœ periere riiinœ!
Ce lieu ne ressemblait point, il s'en faut, au milieu du xii^ siècle, à ce qu'il nous apparaît aujourd'hui. Le riant pays que nous connaissons n'était alors, sauf peut-être quelques cultures dans le fond de la vallée, qu'une vaste région boisée, sombre, humide et malsaine, entrecoupée de marécages, peu fréquentée, moins peuplée encore '. Il fallait que ce
I. Mais ce n'était nullement un lieu mal famé ou dangereusement fréquenté, comme l'avance Desguerrois et comme d'autres auteurs l'ont raconté après lui, notamment les bénédictins, dans le Gallia christiana (t. XU, c. 578). Très mal renseignées sur leurs origines, les religieuses du Bricot partageaient cette croyance, et c'est peut-être d'elles-mômes que l'auteur de la Saiiictete clu-csticnne l'avait empruntée. Cette tradition paraît devoir être rapportée plus justement à des événements du temps des guerres de religion. Loin qu'elle fût un « lieu d'iniquité », la solitude où allait s'élever l'abbaye du Bricot avait été sanctifiée précédemment par les austérités d'un ermite. C'est l'acte de fondation ijui l'atteste. (W. pièces justificatives, n° I.)
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caractère sauvage et inculte fût bien prononcé, car, après six siècles, le pa3^s ne l'avait pas complètetement dépouillé. Au milieu du xv!!!*^ siècle encore, si l'on s'en rapporte à la carte de Cassini, dressée sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, les prairies qui s'étendent actuellement sur les deux rives du Grand-Morin, du Meix-Saint-Époing à Châtillon, ne sont que d'insalubres marécages; à l'est et au sud-est, la forêt de la Traconne est couverte d'un réseau d'innombrables et larges flaques d'eau, à peine dignes du nom d'étangs.
Mais vers ii5o, à cette époque de ferveur religieuse ardente et de sublime mysticisme, plus un lieu était réputé inculte, désert et inhabitable, plus il revêtait de charmes pour les âmes d'élite résolues à quitter le monde et à vivre dans les rigueurs de la vie ascétique. Il leur semblait que plus elles s'éloignaient des hommes en s'isolant au sein d'une nature âpre et inhospitalière, plus elles se rapprochaient de Dieu. Un pieux ermite, du nom de Fromond, avait naguère vécu, comme un saint Jérôme ou un saint Chrysostôme , n'ayant pour témoins de ses austérités que les animaux de la forêt, dans cette solitude ou Hersende ne redoutait point de s'ensevelir. Les grands bois mugissants, tels que ceux qui entouraient cette retraite, plus impénétrables et plus mystérieux en ce temps qu'aujourd'hui, exerçaient une secrète attraction et comme une fascination sur l'esprit contemplatif des ascètes. Si, bien souvent, des hommes s'y établissaient dans le dessein de
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les défricher et de les conquérir à la culture, fréquemment aussi l'on vo3'ait des femmes, faibles et sans défense, venir s'y retirer pour goûter, dans le recueillement tranquille de leurs profondeurs, toutes les jouissances qui naissent d'une mysticité exaltée. Là, bien loin des bruits humains, dans le murmure suggestif des hautes futaies ou parmi les grondements pleins de vagues terreurs des arbres séculaires, les imaginations s'échauffaient, les cerveaux s'enflammaient, et d'étranges et surnaturelles visions apparaissaient aux regards éblouis, l'oreille étonnée percevait des sons n'ayant rien de terrestre. On peut voir, dans les œuvres de Roswitha, la docte religieuse allemande du x^ siècle, de quels prodiges merveilleux fut le théâtre la forêt au milieu de laquelle s'éleva son monastère de Gandersheim '.
A une certaine distance du Bricot, séparé de cette localité par toute la largeur de la forêt de Saint-Médard, dans la direction de Troyes, existait un monastère d'hommes, bâti au vu® siècle par saint Serein, et que, du nom de son fondateur, on appelait la Cellc-Saint-Serein. Il adonné naissance à un village qui subsiste encore et porte le nom de la Gelle-sous-Chantemerle. Cette communauté n'était qu'un simple prieuré, dépendant de l'abbaye de Monticr-la-Celle. Mais le terrain sur lequel devait être construite l'abbaye du Bricot
I. Carmen de piimordiis cœnobii Gandersheimensis, iS3 et ss. ; dans Mignc, Patrol. lat., vol. CXXXVII, col. 1 140,
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lui appartenait. C'est pourquoi l'abbé Pierre, avant d'en disposer, réunit le chapitre de Montier-la- Celle, lui communiqua son projet et le consulta. Il obtint sans peine l'assentiment des religieux. Alors il fit une cession solennelle de l'emplacement à Hersende. Deux conditions toutefois, auxquelles il a été fait allusion plus haut, furent imposées à la dame : l'une était qu'elle emploierait ses biens propres, c'est-à-dire distincts de la portion d'héritage sur laquelle ses enfants avaient des droits, à la construction de bâtiments pour la communauté à créer; l'autre, qu'elle y revêtirait l'habit et y ferait profession avec sa fille.
En même temps, d'autre part, il était arrêté qu'Hersende prendrait la direction et serait la supérieure de la nouvelle maison. Le nom d'abbaye n'est pas écrit dans notre charte de fondation, par ce que cette communauté naissante n'était pas encore, à proprement parler, une abbaye; elle restait à un rang inférieur, subordonnée à l'autorité de l'abbé de la Celle, et même, semble-t-il aussi, quoique certainement dans une moindre mesure, à celle du prieur de Saint-Serein. De même, et précisément pour cette raison, on ne donne pas à Hersende le nom d'abbesse. Ses pouvoirs néanmoins, bien que non absolus ni entièrement indépendants, étaient étendus. Elle devait être considérée comme maîtresse des biens de l'établissement, dont l'administration lui appartiendrait exclusivement, et elle gouvernerait les religieuses qui entreraient dans le couvent. Remarquons cependant quq
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son autorité, relativement atix admissions, était limitée. Il était dit qu'elle ne pourrait recevoir les postulantes que de la licence, soit de l'abbé de Montier-la-Celle, soit du prieur de Saint-Serein. C'est également à l'abbé de Montier-la-Celle qu'elle devait avoir recours si quelque désordre grave survenu dans le monastère nécessitait l'intervention d'une main et d'une autorité viriles.
Pour le service spirituel, un moine, appelé sans doute de Montier-la-Gelle ou de Saint-Serein, était adjoint à la communauté, en qualité d'aumônier, comme nous dirions aujourd'hui. Son entretien était à la charge de l'abbaye, tenue de lui fournir le vivre, l'habillement et le couvert. Mais, afin de prévenir des conflits possibles entre lui et la supérieure, il était nettement stipulé qu'il ne s'ingérerait ni dans l'administration des biens du monastère, ni dans le gouvernement intérieur de la congrégation. Son domaine était purement spirituel, et ses fonctions devaient se réduire à la célébration des offices et à l'administration des sacrements : tantiun victu et vestitii contentus, lui dit un peu brutalement le statut organique, officiis Dei sttideat.
Comme, par suite de la donation de terrains que Pierre faisait à Hersende, les biens de Montier-la-Celle subissaient une légère diminution, il fut convenu que, pour réparer ce préjudice, la nouvelle communauté servirait chaque année à celle qu'on pouvait considérer comme sa maison-mère une rente de cinq sous tournois. La charge était