PREMIERS ACCROISSEMENTS DE L ABBAYE
cette église '. D'après les usages ecclésiastiques, le patron d'une église, au mo3^en âge, jouissait, indépendamment de certains privilèges honorifiques, du droit, lorsque le bénéfice devenait vacant, de présenter à l'évêque un nouveau titulaire, dont la nomination était obligatoire s'il était pourvu des qualités requises. En retour, certains devoirs lui incombaient : il était chargé de défendre les intérêts de la paroisse et d'en nourrir les pauvres.
A l'époque où Garnier deTraînel résolut d'accorder cet avantage à l'abbaye du Bricot, la paroisse de Châtillon n'était nullement veuve de son pasteur. A sa tête se trouvait un prêtre, du nom de Thibaud, qui certainement, s'il l'avait voulu, aurait pu opposer un obstacle sérieux à l'accomplissement des desseins du prélat : légitimement pourvu d'un bénéfice et régulièrement institué, on n'aurait eu d'autre ressource que de le déposséder arbitrairement. Mais Thibaud, entièrement dévoué aux intérêts des religieuses, parmi lesquelles peutêtre il avait vécu comme chargé du service spirituel du monastère, loin de contrarier les vues de l'évêque, les seconda de tout son pouvoir. Pour que la cure de Châtillon devînt vacante, il la résigna tout simplement entre les mains de ce dernier. Puis Ida, l'abbesse, exerçant pour la première fois son droit, le présenta comme candidat à l'évêque, et celui-ci le nomma derechef curé de la paroisse par son fait un instant privée de titu-
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lairc '. Grâce à cet ingénieux arrangement, réglé d'avance et auquel Thibaud se prêta de fort bonne grâce, l'abbesse du Bricot fît consacrer son privilège aussitôt après l'avoir obtenu.
Dans la charte qui s'y réfère, nous voyons, ce qui ne s'était pas présenté encore, notre communauté prendre le nom de Notre-Dame-des-Bois, Beata Maria in Bosco. Cette désignation nous révèle, détail que nous ignorions jusqu'ici, qu'elle avait été instituée sous le vocable de la Vierge. Quant à cette particularité de sa situation géographique que rappelle la dernière partie du nom, nous la connaissions déjà. Au moyen âge, beaucoup d'abbayes construites au milieu d'une forêt ajoutèrent au nom du saint sous le patronage duquel les avaient placées leur fondateur, les mots iji bosco. On peut en citer plusieurs qui, consacrées à la Vierge et bâties dans un bois, portèrent, pour cette double raison, absolument le même nom que la nôtre : Beata Maria in Bosco, Notre-Dame-des-Bois ou Notre-Dame-au-Bois -. Il importe de ne point confondre ces communautés, situées dans les diocèses de Reims, de Rouen, de Paris et de Toul, avec l'abbaye du Bricot.
Il semble que le nombre des religieuses, dans
2. CA. Avdiives administratives de la ville de Reims, tome II, p. 63r) ; Inventaire sommaire des archives départementales de la Seine-Inférieure, t. IV, p. i6o, iGi et passim; de Mas Latrie, Trésor de chronologie, cul. njo'î; Mit;ne, D(t7/u««ti/rf des abbayes, cul. 4(Si).
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cette dernière, s'était rapidement multiplie. Dans la charte de Garnier de Traînel la concernant, ce n'est plus, ainsi qu'au début, d'un seul prêtre qu'il est question comme attaché au monastère pour y remplir les fonctions spirituelles, c'est de plusieurs. Ils sont désignés sous le nom de freines, soit par ce que, venus d'une communauté d'hommes voisine, ils appartenaient à la grande famille bénédictine, soit encore pour cette autre raison que, clercs séculiers, ils étaient astreints, au Bricot, à vivre dans l'observance d'une règle imposée par Tabbesse et qui pouvait être une adaptation de la règle même des religieuses. Rien n'interdit de supposer que Thibaud, avant d'être pourvu pour la première fois de la cure de Chàtillon, avait eu sa place dans cette petite congrégation de prêtres. Quoi qu'il en soit de ce point toutefois, on n'en aperçoit pas moins l'importance qu'avait pour notre abbaye le droit de patronage sur Chàtillon. Désignant les titulaires préposés à cette paroisse et jouissant de la faculté de les choisir parmi des hommes dont elle avait jugé de près le zèle et les capacités, l'abbesse était doublement assurée do leur dévouement. Comme, d'un autre côté, le monastère disposait des biens et des revenus de l'église, on voit dans quelle étroite sujétion la paroisse de Chàtillon se trouva dès lors placée vis-à-vis du Bricot. Elle devint, en quelque façon, une dépendance de l'abbaye.
Deux années après cet événement, en i i()N, les possessions de Notre-Dame-des-Bois sur le terri-
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toirc de Chàtillon-siir-Morin s'étendirent encore d'une manière notable. Un seigneur du pays, nommé Raoul ', chevalier d'Orandon, qui avait un fils et deux filles, souhaitait ardemment, ainsi que sa femme, de faire entrer l'une d'elles dans la communauté du Bricot, que continuait à gouverner l'abbesse Ida. Il obtint la réalisation de ce vœu en faisant à l'abbaye l'abandon de tout ce dont il disposait à Châtillon en fait de cens, de redevances et de tenures foncières -. Par cette sorte de transaction, pour l'accomplissement de laquelle l'abbé de Saint-Jacques de Provins vint lui prêter son assistance, l'abbesse Ida accrut d'une façon non insignifiante le patrimoine de son monastère ; en même temps, elle élevait le nombre de ses religieuses et maintenait le prestige de sa maison par l'admission de la fille d'un chevalier. Elle ne s'engageait toutefois formellement que pour quatre années à conserver cette nouvelle compagne.
Après avoir acquis ces diverses propriétés sur le territoire de Chàtillon-sur-Morin, Notre-Dame-des- Bois en acquit aussi sur le territoire, très voisin, de Seu. Il ne sera peut-être pas sans intérêt d'apprendre dans quelles circonstances. Voici donc comment cela se fit.
La communauté possédait, près d'Escardes, village distant d'environ deux lieues et demie du Bri-
1. Ou pcul-ctrc RaviiKuul ou Rciuuul. La charte y^orlc R., miles de Orandonnu. Nous u'avons pu idcutilicr ce nom.