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6o HISTOIRE 1)K l'abbaye DU BRICOT
d'atteindre, quelques rayons de lumière pénètrent dans, la nuit épaisse qui avait enveloppé jusquelà un point aussi intéressant pour nous.
A différentes reprises, les comtes de Champagne, depuis Henri le Libéral, avaient fait dresser dans leur chancellerie des rôlc^ ou états de leurs vassaux, portant parfois, outre les noms de ceux-ci, la désignation des fiefs tenus par eux et l'indication de certains devoirs féodaux particuliers leur incombant. Par les ordres de Thibaud IV, tous ceux de ces dénombrements qui étaient antérieurs à l'époque de sa majorité (1222) furent transcrits dans un registre que l'on peut consulter encore aujourd'hui aux Archives nationales. Or, dans l'une de ces précieuses listes, où les articles sont distribués par châtellenies ', nous relevons, sous une rubrique ainsi conçue :
Ce sunt li fié de la chastei.lerie de Sezenne,
le nom d'un Guilliaiimes de Blicor '. On doit, pensons-nous, reconnaître dans ce modeste personnage celui qui possédait alors la seigneurie du Bricot, bien que cette qualité ne lui soit point
1. Sous Henri \c Libéral, la Champagne comprenait vingt-six châtellenies. Sczanne était la huitième au point de vue du nombre des vassaux qui en relevaient : quatre-vingt cinq (D'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. VII, Livre des vassaux du comté de Champagne et de Brie, par Auguste Longnon, Introduction, p. G3 et 64).
2. Archives nationales, P, 1 1 14, fol. i3o, r». Le nitime document nous fournit aussi la mention d'un Barthélémy deChâtillon-[sur- Morin] : « Berrclemuis de Chastclun. liges v {ibidem).
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explicitement donnée. A son nom est accolée Tépithète de liges. Il faut entendre par là que, parmi les feudataires subordonnés au comte de Champagne, Guillaume appartenait à la catégorie de ceux que liaient les plus étroites obligations. Tandis, en effet, que le vassal ordinaire n'était astreint à servir son suzerain à la guerre que pendant quarante jours par an, dans la mouvance du lief dominant et avec la faculté de se faire représenter par un tiers, le vassal lige devait ce service partout, aussi longtemps qu'il en était requis, et personnellement. Il est permis de regretter que le document dont nous tirons ces indications soit, quant au reste, d'un extrême laconisme et qu'il manque d'une date précise '.
Sur la fin de son règne, Thibaud IV s'occupa de faire dresser un nouvel état général des fiefs. Les actes de ce dénombrement, qui remontent à i25i, sont plus détaillés que les rôles de Henri le Libéral. Ils existent encore, comme les précédents, aux Archives nationales, dans le Trésor des chartes ^, et ont fait l'objet, il y a quelques années, d'une savante publication 3.
C'est en ce nouveau livre des vassaux que nous
1. D'après M. A. Longnon (Lzvre des vassaux du comté de Champagne et de Brie, Introduction), les premiers rôles de vassaux, en Champagne, furent dressés vers 1172. L'original de celui que nous citons pouvait remonter à cette date.
2. Archives nationales, J, 196 et 196 : Feodi (sic) de Se^^annia.
3. Râles des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Thi-' baud le Chansonnier ( 1 24g-i 252), publiés d'après les minutes conservées au Trésor des chartes, par Auguste Longnon.
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rencontrons une mention, moins strictement brève cette fois, d'un autre Guillaume du Bricot, dans lequel, suivant toute apparence, il faut voir le fils, ou mieux, le petit-fils du précédent. Il est spécifié que ce seigneur, qui est chevalier, tient, comme vassal du comte de Champagne, sa maison du Bricot, tout ce qu'il possède au Bricot en deçà du Grand-Morin, dans la direction de Provins, de même tout ce qui lui appartient à Seu et à Chàtillon. L'ensemble est évalué à quatre-vingts livrées de terre. Guillaume, vassal du comte de Champagne, avait lui-même, en vertu de cette hiérarchisation infinie qui constitue l'un des traits les plus caractéristiques du système féodal, d'autres vassaux sous sa dépendance. Le seigneur Gilon de Vilegruis, son beau-frère, relevait de lui pour environ trente livrées de terres tant à Seu qu'à Châtillon. Au Bricot même, Jean de Fontenelles lui devait foi et hommage pour un fief d'égale étendue. Parmi les vassaux des comtes, beaucoup étaient astreints à fournir, au siège de la chàtellenie, en armes, un certain nombre de journées de garde ; elles pouvaient aller à former jusqu'à un total de plusieurs mois par an. Pour les seigneurs du Bricot et du voisinage, c'est au donjon de Sézanne que devait naturellement s'accomplir ce service. Mais il paraît, d'après le rôle de i25i, que Guillaume en était exempt : « )ioii débet ifctrdam », dit le document '.
I. « Dominus Guillelmus tfoî/ Blicor, miles, tenet domum suam don Blicor et quicquid habcl au Blicor citra aquam versus Pru-
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Ce seigneur du Bricot, dont la mort survint peu après la date ci-dessus ', était-il un parent de l'abbesse Emmeline, qui présidait, au commencement de la seconde moitié du xiii^ siècle, aux destinées de notre abbaye? On serait, dans une certaine mesure, amené à le penser, à considérer le soin touchant que prit, en i255 ', cette dévote personne de fonder, dans son monastère même, un anniversaire à la mémoire du défunt chevalier, ainsi qu'à celles de sa femme et de ses père et mère. Il est vrai qu'il avait pu s'acquérir des titres particuliers à la reconnaissance d'Emmeline, car nous voyons qu'elle jouissait, sur une grange ayant appartenu à Guillaume, d'une rente annuelle d'un setier de vin. Ce fut précisément ce revenu que l'abbesse affecta à sa pieuse fondation. Le doyen de la collégiale de Sézanne, Thibaud, lui prêta son assistance pour l'accomplissement des formalités relatives à cet acte 3,
vinum etquicquid habet apud Seu^ et apud Castellionem, usquc ad valorem IIII"" libratarum terre. Dominus Gilo de Vilegriiis, sororius ejus, tenet de ipso, au Blicor et apud Seu:[ et apud Castellionem, circiter XXX libratas terre. Item, Johannes de Fontenelles tenet de ipso, apud le Blicor^ circiter XXX libratas terre. Ut dicit, non débet gardam ». (A. Longnon, Rôle des fiefs de Thibàiid le Chansonnier, p. 23i, art. io5o.)
2. Il y aurait eu, d'après Boitel,un peu avant cette date, en 1254, une donation faite aux religieuses du Bricot et qu'aurait approuvée Guidon, abbé de Nesie (Recherches sur Esternay..., p. SSy). Nous n'avons retrouvé aucune trace de cet acte. Son existence ne nous paraît point suffisamment démontrée par l'assertion d'un auteur trop sujet à caution.
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Parmi les seigneurs de la portion de la Bric qui nous occupe dont les noms se retrouvent dans les listes de vassaux des comtes champenois, il en est un encore qu'il convient de signaler, non pas tant à raison de sa qualité de très proche voisin de notre abbaye que parce qu'il figure dans une transaction intéressant cette dernière. Il s'asit de Jean de Launat. On n'a pas oublié l'emplacement du hameau de Launat, faisant face presque, par delà le vallon du Morin, aux constructions de Notre-Dame-des- Bois. Il y avait jadis à Launat une maison forte relevant directement du roi. Un Jean de Launat, chevalier, est indiqué, comme occupant ce château, par un des rôles de vassaux dont l'original pouvait être de la fin du xn^ siècle ou du commencement du xni^. Le même chevalier possédait des serfs à Gimbrois i et avait obtenu du roi la gruerie, c'est-à-dire la charge de gruyer ou juge inférieur en matière de forêts, chasse, eaux et pêche, de cent-vingt arpents de bois, bien probablement dans la forêt de la Traconne et peut-être même tout proche de l'abbaj^e -. Dans les feoda Campaniœ de i25i, apparaît un héritier du précédent, portant le même nom que lui et le titre d'écuyer. Il est donné
1. Canton de Villiers-Saint-Georgcs, arrondissement de Provins (Seine-et-Marne).
2. Archives nationales, P, 11 14, Registre des vassaux du comte' de Champagne : « Ce sunt lifié delà chastellerie de Provins... Johannes de Alneto, miles, juratus dixit quod tcnct domum fortem de Alneto de rege. Item, tcnct hoinincs de Gimbrois, pro quibus dédit ci rex gruariam centum et viginti arpentorum nemoris ».
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comme tenant du comte de Champagne une maison à Verde}^, des terres, des prés, des vignes, des droits justiciers, et, par sa femme, environ vingtcinq livrées ' de terre ; après la mort de la dame de Verdey, il devait recueillir son héritage. En outre, il avait des vassaux à Verdey : Villain de Verdey, Jean de Verdey, frère de Villain, Hervé de Mécringes, Hugues de Réveillon -.
C'est en i263 que Jean de Launat, deuxième du nom, fait une apparition, momentanée et dans un rôle à la vérité des plus effacés, au milieu de l'histoire de notre abbaye. Un chevalier, nommé Thibaud de Vanne, avait vendu aux religieuses du Bricot un terrage qu'il avait à Seu. Par ce nom de terrage, on entendait le droit, pour le seigneur, de lever sur les récoltes une certaine redevance en nature, de proportion variable suivant les cas, droit appelé indifféremment encore agrier ou champart^. On sait, d'un autre côté, que, sous le régime
1. La livrée représentait une valeur de terre produisant annuellement une livre de revenu. C'était une mesure agraire établie, non sur l'étendue, mais sur le rapport (Cf. Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, V libra, édit. Favre, t. V, p. 97).
2. A. Longnon, Rôles des fiefs du comté de Champagne, p. 232- 233, art. io56 : « Johannes de Alncto, juratus, tenet domum de Verdi, terras, prata, vineas, justiciam, circiter XXV libratas terre de dote uxoris sue et de ballio puerorum et, post mortem domine de Verdiaco,excadantiam. Dominus Villanusde Verdeio tenet de ipso, apud Verdi, XXV libratas terre. Dominus Johannes, frater cjusdem Villani tenet XXV libratas terre de ipso. Dominus Herveus de Mesclinges QtDominxx?, \i\ia,o ào. Rivellon tenent de ipso, apud Verdi, L libratas terre. Non débet gardam, ut dicit. »