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des institutions féodales, non seulement une portion du sol, une terre, un immeuble, mais d'une façon générale tout ce qui formait l'objet d'une concession à charge de services quelconques, que ce lut une rente, un privilège ou tout autre avantage, constituait un fief. Le terrage de Seu en représentait un, et ce fief se trouvait dans la mouvance du seigneur de Launat. Telle est la raison qui le fit intervenir dans la transaction passée entre Thibaud de Vanne et les religieuses de Notre-Damedes-Bois. Il ratifia, ainsi que sa femme, la vente consentie en faveur des pieuses filles, point gratuitement cependant, mais sous la condition qu'elles lui paieraient un cens annuel perpétuel de quatre sous provinois '. On serait peut-être tenté de s'étonner de cette clause, l'approbation de Thibaud semblant, en apparence, un acte sans caractère onéreux. Rien pourtant de plus légitime. Par suite, en effet, de la circonstance que le fief aliéné entrait dans le patrimoine d'une personne morale, qui ne mourait jamais, le seigneur de Launat allait se voir, à l'avenir, frustré des émoluments du i^elief, ce droit de mutation féodal que le suzerain percevait à chaque transmission du fief des mains d'un décédant à celles de son héritier. Il n'y avait donc rien de choquant à ce qu'un autre profit compensât pour lui cette perte.
Tandis qu'au fond de la Brie champenoise, notre petite abbaye bénédictine poursuivait obscurément
PROSPÉRITÉ DE l'aBBAYE AU XIII*^ SIÈCLE 67
le cours de ses humbles destinées, un événement considérable venait de s'accomplir dans le monde, un autre non moindre s'y préparait. La Syrie, après cent soixante-dix années de domination chrétienne, était retombée aux mains des Infidèles, et, suivant l'énergique expression d'un grand historien, « nageait dans le sang ». Les dernières places au pouvoir des chrétiens avaient été reprises par les sectateurs du Prophète, et des milliers d'hommes étaient égorgés. « Dans la seule Antioche, écrit Michelet, dix-sept mille furent passés au fil de l'épée, cent mille vendus en esclavage '. » A l'annonce de ces désastreuses nouvelles, une immense consternation se répandit en Europe. Le pieux et chevaleresque Louis IX, que le coup atteignait en plein cœur, n'y put tenir. Bien que le découragement eût partout remplacé l'élan des temps anciens pour ces lointaines expéditions, il n'hésita pas à organiser une nouvelle croisade.
L'exemple du roi prenant la croix avec ses trois fils et ses frères, Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou, entraîna à sa suite une nombreuse et brillante chevalerie. En tête apparaissait le comte de Champagne, roi de Navarre, Thibaud V (1253-1270), la gloire la plus pure de la maison de Champagne, et, par sa dévotion sincère, son amour de la justice et sa valeur héroïque, le digne émule de saint Louis. Il en était l'ami
I. Michelet, Histoire de France, nouv. éd. (Paris, 1876, in-S"), t. JI, p. 367.
OIS lllSTOlRlv DK I.'aBBAYE DU BRICOT
intime et le gendre, ayant épousé sa lille aînée Isabelle.
Une édifiante coutume voulait qu'avant de so mettre en route pour aller guerroyer contre l'Infidèle, on se préparât par de bonnes œuvres à la tâche sainte que l'on se disposait à remplir. Plus d'un voyait là, sans doute, le moyen de se mettre tout à fait en règle avec la justice divine au moment de prendre part à une expédition qui réservait la mort à beaucoup. Moins que tout autre, un prince aussi profondément religieux que Thibaud aurait cru pouvoir s'affranchir d'une si recommandable pratique. C'est pourquoi nous le voyons, à la veille même de son départ, octroyer une charte à une communauté religieuse. Or, la communauté ainsi favorisée n'est autre que celle de Notre-Damedes-Bois.
Cette charte, qui fut donnée à Provins, le 26 mars 1 270, est un acte général de confirmation et d'amortissement accordé aux religieuses du Bricot pour tous les biens et droits qu'elles possédaient sur les terres du comte de Champagne '. On dira peutêtre que ce présent était plus apparent que réel, qu'il n'ajoutait rien, en somme, aux propriétés de l'abbaye. Ce serait une erreur que de le croire. Il y ajoutait sensiblement en les rendant plus certaines, plus assurées et mieux garanties. L'avantage n'était point méprisable en des temps où, d'une part, les bases de la propriété, tout ditféremment