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CHAPITRE V

DÉCLIN DE l'abbaye DU BRICOT PENDANT LES TROUBLES DU XIV'^ ET DU XV'= SIÈCLE.

Sommaire. — Déclin de l'abbaye du Bricot aux xiv° et xv° siècles et ses causes. — Réunion de la Champagne et de la Brie à la couronne (i3i4). — Le prévôt du roi fait raser le four banal de l'abbaye du Bricot à Sézanne. — Marché passé pour sa reconstruction (i329). — Échange de terres (i33g). — La Jacquerie et les représailles qu'elle provoque en Champagne (i358). — Les grandes compagnies et les Tard-Venus. — L'abbaye subsiste au milieu de la désolation du pays. — Ténèbres autour de son histoire. — Les moines de Nesle-la-Reposte chassent dans la forêt de la Traconne (iSyi). — Un registre des droits féodaux du roi en Champagne et en Brie. — Difficultés entre l'abbaye du Bricot et la collégiale de Saint-Nicolas de Sézanne au sujet des dîmes de la Noue. — Les parties recourent à l'arbitrage de révèque de Troyes (1392). — Acquisition d'une rente et résiliation d'un bail à Sézanne (1399). — Renseignements tirés d'un pouillé de l'année 1407. — Rivalité des partis Armagnac et Bourguignon et reprise de la guerre de Cent-Ans. — Le traité de Troyes (1420). — Siège et prise du château de Montaiguillon par les Anglais. — Sézanne tombe en leurs mains après un siège de six mois et une défense héroïque (1424). — Incertitudes sur le sort de l'abbaye du Bricot pendant ces faits de guerre. — Ruine générale du pays. — Jeanne d'Arc et le traité d'Arras (i435) amènent le relèvement du royaume. — Relâchement de la discipline monastique durant cette période. — Admonestation adressée à l'abbesse du Bricot par l'official diocésain(i449). — Rares vestiges de l'existence de l'abbaye du Bricot pendant la tin du xv° siècle.

Dans les chapitres qui précèdent, nous avons vu l'abbaye du Bricot naître, grandir et, par une série

8o HISTOIRE DE l'abbaye DU BRICOT

d'accroissements lents mais ininterrompus, atteindre enfin, vers l'achèvement du xiii'" siècle, son plein épanouissement. Ce chapitre va nous faire assister à son affaiblissement progressif, au milieu d'une crise longue et difficile, et à sa lente décadence, dont les phases peut-être se devinent plutôt qu'elles n'apparaissent distinctement parmi des événements plus généraux. Ce sont, comme dans la légende biblique, les sept vaches maigres venant après les sept vaches grasses, et les sept années de disette succédant aux sept années d'abondance. S'il est permis de voir dans ce déclin une conséquence naturelle de la loi des vicissitudes, qui veut que tout ce qui a brillé pâlisse, que tout ce qui a prospéré dépérisse, que tout ce qui est né meure, loi à laquelle, dans le monde, rien ne semble pouvoir échapper, il faut avant tout cependant en reconnaître la cause fatale et immédiate dans le contre-coup des calamités — guerres intestines répétées, guerre étrangère interminable, avec son cortège de désastres et d'invasions, — qui, pendant le xiv*" et le xv*" siècles, fondirent si pitoyablement sur la France désemparée. Des épreuves aussi terribles, des secousses aussi violentes ne pouvaient pendant si longtemps accabler le royaume, l'ébranler jusque dans ses fondements, sans qu'à la fin toutes ses parties jusqu'aux moindres n'en fussent atteintes et compromises. Mais n'anticipons point sur les événements. Rien, au début du xiv*^ siècle, ne faisait pressentir un avenir aussi sombre.

Un fait considérable pour la Champagne se pro-

DÉCLIN DE l'abbaye AUX XIV^ ET XV° SIÈCLES 8l

duisit dans les premières années de cette nouvelle période. L'héritière de la province, Jeanne, fille de Henri le Gros (i 270-1 274), frère et successeur de Thibaud V, avait, par l'effet de son mariage, en 1284, avec le prince qui dès l'année suivante devint Philippe IV roi de France, momentanément rattaché la Champagne au domaine royal. Jeanne étant morte en i3o5, ce comté passa à l'aîné de ses fils Louis le Hutin. Neuf années plus tard, l'avènement de ce prince au trône accomplissait réellement et définitivement la réunion de la Champagne et de la Brie à la couronne (i 3 14). Après lui, sa fille Jeanne ', qu'une interprétation inattendue de la loi salique avait écartée du trône, mais n'évinçait pas de ses autres droits, éleva bien, à chaque changement de règne, des prétentions fondées à la succession du comté champenois : on lui fit chaque fois accepter des traités qui l'indemnisaient -. Ce ne fut néanmoins qu'en i36i, sous le règne de Jean le Bon, que des lettres patentes consacrèrent la réunion de ce fief important et la déclarèrent indissoluble ^.

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