‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 37 sur 204 · Elle épousa (i3i8) Philippe, comte d'Évreux, et mourut en · texte numérisé non relu

Elle épousa (i3i8) Philippe, comte d'Évreux, et mourut en

2. Maurice Poinsignon, //zsfon-{? de la Champagne et de la Brie, t. I, p. 226-228.

3. La châtcllenie de Sézanne, dont le territoire embrassait le Bricot, ainsi que quelques autres chàtcllenies, ne suivit pas uniformément le sort général de la Champagne et de la Brie. C'est ainsi que nous la voyons d'abord comprise dans le douaire de la veuve de Henri le Gros, Blanche d'Artois (morte en i3oi), qui,

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La royauté était devenue singulièrement envahissante depuis Philippe le Bel, et ses prétentions de tout rattacher à elle-même, de tout centraliser entre ses mains, ses usurpations à peine déguisées, n'allaient pas sans inquiéter vivement le clergé comme la féodalité. L'abbaye du Bricot ' eut, ainsi que d'autres, à en souffrir. Peu après i3i4, en effet, le bailli du roi à Mcaux, dont le ressort comprenait la prévôté de Sézanne, soit pour se conformer à des instructions venues d'en haut, soit par un simple excès de zèle de fonctionnaire, émit

en se remariant avec Edmond de Lancastre, frère d'Edouard I", la fit un instant entrer dans les possessions de la maison d'Angleterre. Plus tard, de i328 à iSyi, elle fera partie, avec huit autres châtellcnies champenoises, du douaire de Jeanne d'Évreux, veuve du roi Charles le Bel. En iSyi, elle viendra grossir l'apanage de Philippe de Valois, duc d'Orléans, restera, après sa mort(i375), à sa veuve Blanche de France pendant dix-sept ans, pour passer d'elle à Louis de Valois, duc d'Orléans (1392). Après le meurtre de ce prince en 1407, son fils aîné, le duc Charles d'Orléans, la recueillera, et ce n'est que le fils de ce dernier, le roi Louis XII, qui, en 1498, la réunira à la couronne (M. Poinsignon, 0/7. cit., p. 229; A. Longnon, Dictionnaire topogvaphique de la Marne, Introduction, p. xxxiv-xxxv).

I . Il se trouve, à cette date, dans un des volumes de la Collection de Champagne, une mention où, à travers l'altération que doivent y avoir subie plusieurs noms de lieux, on croit reconnaître une indication intéressant par un point le Bricot. C'est une analyse d'acte dont voici la fidèle transcription : « Don fait par Jean de Chalon, sire d'Harlay et de Nelle, et par Alice de Nelle, dame dudit Nelle, sa femme, au roy Philippes le Bel du droit qui pouvoit appartenir ausdits mariez en la terre de Briot, ez moulins de Saint-Crit (?) et au Vimcr d'Agmenon (?), l'an i3i4, le mardi de la Toussaints. Scellé » {Biblioth. nat.. Collection de Champagne, \o\. i38, fol. 17 v°.).

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au nom du roi la prétention d'un monopole absolu sur les fours banaux de cette dernière ville. Puis, pour donner suite à sa prétention, il fit raser dans Sézanne toutes les constructions de cette catégorie, et, « lesdiz fours abbatuz, lidiz baillif en fist un faire et drecier pour le Roy, auquel il contraint et fist comtraindre les bonnes gens de ladite ville à aler cuire ». Celui que l'abbaye du Bricot possédait dans la rue Brouart et qui constituait pour elle une source importante de revenus ne fut pas plus respecté que les autres, « ou grant grief, domache et préjudice desdites religieuses ». Il n'était pas impossible que l'un ou l'autre de ces fours eût pour origine une usurpation; mais tel n'était pas le cas pour celui du Bricot : les religieuses l'exploitaient en vertu d'une possession légitime et régulière. Aussi protestèrent-elles hautement contre l'acte arbitraire qui les dépouillait de leur droit, et entamèrent-elles une instance judiciaire pour y être réintégrées. Un nouveau bailli, Jean Le Métayer, plus équitable que Jean Gaïn, son prédécesseur, leur donna gain de cause. Le procureur du roi soutint, il est vrai, conformément à son rôle, « le Roy estre en saisine de bavoir four pour lui en ladite ville de Sezennie, et que au four du Roy totes manières de gens demourenz en ladite ville dévoient cuire, ne autre seigneur nul n'y devoit avoir four fors que le Roy ». Une pareille assertion devait être ou tout à fait erronée ou singulièrement risquée, car, des enquêtes, des dépositions de témoins, des examens de titres qui eurent

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lieu, « à grant renfort de besicles » eût dit Rabelais, « i\ grant délibération de bonnes gens en ce, saiges en droiz et en coutumes » affirme notre document, il résulta que « lesdites religieuses havoient mieux provée leur entencion que les genz le (du) Roy la leur ». Dans ses assises tenues à Sézanne le 8 mai i3u), le bailli rendit une sentence en leur faveur '.

L'abbaye du Bricot obtint-elle en même temps, comme il eût été juste, une indemnité pour le préjudice que lui avaient causé les gens du roi? Le jugement du bailli de Meaux est muet sur ce point. Il semble bien qu'elles ne recouvrèrent, par cette sentence, que l'emplacement de leur construction rasée et le droit d'y en réédifier une nouvelle. N'auraient-elles pas, en effet, apporté plus d'empressement à rebâtir l'édifice démoli si la valeur leur en eût été remboursée? Ce n'est que dix ans après l'arrêt rendu aux assises de Sézanne, en 1329, qu'elles s'occupèrent de relever les ruines -.

La communauté était alors gouvernée par une abbesse du nom de Jeanne de Champarmoy. Cette supérieure conclut, avec un habitant de Sézanne appelé Honoré Le Charpentier, un arrangement en vertu duquel il s'engageait à reconstruire le four de la rue Brouart à ses frais, sauf une indemnité de trente livres toutefois, et à la condition qu'il l'exploiterait ensuite à son profit pendant une période de dix-neuf ans à charge seulement d'une

\ .Voir places justificatives, n" XXVIII. 2. \'(nr piùces jiistijicatives. n" XXIX.

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redevance annuelle de quarante sous payable à l'abbaye pendant ce laps de temps. Le plan de la construction fut arrêté dans ce marché; ce devait être « une maison de deux leveures (étages), entre deux pignons de pierre », avec « un appantiz d'un des costez de ladicte maison dou lonc d'ycelle » ; et il était convenu que « le four ou dit lieu » serait « bon et souffisant ». Le terme fixé pour la réception des travaux était le i^"" octobre de l'année suivante (i33o), date à partir de laquelle commenceraient à courir les dix-neuf années du bail '.

Nous trouvons moins de pièces relatives à notre abbaye au xiv'' siècle qu'au siècle précédent. En même temps, les personnages dont elles émanent ou qui y figurent sont gens d'infiniment moins de conséquence, souvent personnes de tout petit état. Tel était Honoré Le Charpentier ; telle est encore cette Margueron La Bée, habitante de Châtillon-sur- Morin, avec laquelle les religieuses passèrent une transaction en 1 3 Sq. Margueron leur cède une pièce de terre cultivée, d'environ trois arpents, située au finage de Châtillon, en échange d'un pré sis dans le même territoire, l'un et l'autre mouvant d'ailleurs de l'abbaye et supportant des redevances à son profit. Cette aftaire fut conclue à Sézanne, chez un tabellion nommé Jacques Tempeste de Barbone. Un habitant de Châtillon, Jean Le Bécat, avait accompagné là Margueron. Un autre témoin, de condition plus relevée, assista également au contrat : ce

fut le sous-doycn de Saint -Nicolas de Sézannc, Gilles de Champarmain, représentant sans doute l'abbaye de Notre-Dame-des-Bois, dont l'abbesse était peut-être sa parente '.

La rareté des indications concernant notre abbaye s'accentue davantage à mesure que nous pénétrons plus avant dans la période que nous venons d'entamer. Il est possible que plus d'un document relatif au Bricot pour le milieu du xiv° siècle ait été détruit ou se soit égaré. Mais il semble bien certain aussi que, vers ce temps, les religieuses n'obtinrent guère de chartes et passèrent fort peu d'actes. La foi religieuse moins vive ne provoquait plus ces innombrables donations qui, pendant l'âge précédent, avaient tant contribué à l'enrichissement des monastères. D'un autre côté, la diminution croissante qui venait d'atteindre dans sa valeur la propriété foncière " était peu faite pour encourager les transactions. Enfin la guerre, cette néfaste guerre de Cent Ans, qui devait conduire le royaume à deux doigts de sa ruine, venait d'éclater entre la France et l'Angleterre et allait, un siècle durant.

1. Voir pièces justificatives, n° XXX. — Cliamparmoy et Champarmain peuvent bien représenter le même nom pour qui connaît les incertitudes de la graphie, surtout en matière de noms propres, du moyen âge.

2. Une des conséquences de cette diminution fut l'appauvrisscmcntdes communautés religieuses, que la guerre accentua encore. « Multi abbatcs..., dit le continuateur de Guillaume de Nangis, et cliam abbatissa; varia et aliéna loca pcr Parisius et alibi, divitiis deminutis, quo-M'crc cogebantur » (Cité par Michelet, Histoire de France, édit. Hachette iS3j, t. III, p. 40G, note).

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anéantir toute l'activité, toutes les forces vives de notre malheureux pays, ou, lorsqu'elles se réveilleraient, les tourner vers un but unique, la défense et la conservation de la patrie. Un premier désastre, à Crécy (1346), avait, dès le règne de Philippe de Valois (i328-i35o), marqué le début du long duel entre les deux nations; un autre, non moindre, suivit, à Poitiers, dix ans après (i356). Le roi de France Jean II, tombé aux mains des ennemis, alla subir à Londres sa captivité. C'est à ce moment que commence, pour le royaume, une série de calamités, au milieu desquelles la Champagne fut une des provinces les plus durement éprouvées. Aussi ne devons-nous point trop nous étonner si, après l'échange de 1 339, P^^^ ^^ vingt années, presqu'un quart de siècle, s'écoulent sans que nulle part, soit dans les documents imprimés, soit dans les pièces d'archives inédites, ni le nom du Bricot, ni celui de Notre-Dame-des-Bois apparaisse.

Les défaites de la chevalerie à Crécy et à Poitiers avaient mis le comble à l'indignation des paysans, écrasés par des charges trop lourdes, contre la noblesse. En i358, sous le nom de Jacques, on les vit, particulièrement dans l'Ile-de-France, la Brie et la Champagne, se révolter contre leurs seigneurs, brûler nombre de châteaux et commettre d'épouvantables atrocités. La Jacquerie, qui n'épargna ni les prêtres ni les moines, sévit-elle au Bricot? Nous ne saurions le dire ; mais il est certain qu'elle s'exerça à peu de distance de là, car Bouchy-le-Repos trempa dans l'insurrection et fut, de ce fait, la paix

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rétablie, imposé par le dauphin, régent du royaume, à une amende de deux cents florins d'or à l'écu '.

Après l'écrasement des Jacques à Meaux et à Clermont-en-Beauvoisis, les seigneurs se livrèrent à d'affreuses représailles, plus désastreuses encore pour le pays que n'avaient pu l'être les cruautés des paysans. A leur tour les nobles massacrèrent ces derniers et, le cri de mort aux vilains ! à la bouche, se mirent à chevaucher a à travers les hameaux, brûlant les uns, rançonnant les autres et saisissant partout les chevaux qui pouvaient leur tomber sous la main, dételant au besoin les charrettes des pauvres laboureurs. Ceux-ci, exposés sans défense aux traitements les plus barbares, s'enfuyaient devant eux du plus loin qu'ils les apercevaient ». Tout le pays théâtre de ces excès fut bientôt converti en désert, « les maisons demourèrent vagues » et les biens périrent aux champs ".

Aux horreurs de la Jacquerie succéda l'invasion des grandes compagnies. Une trêve de deux ans conclue avec l'Angleterre avait laissé sans emploi une foule de mercenaires et d'aventuriers de toute nation qui se trouvaientdans l'armée d'Edouard III. Réunis par bandes, ils continuèrent la guerre pour leur propre compte, incendiant, pillant, violant et rançonnant sans scrupule. La Champagne et la Brie eurent spécialement à souffrir de leurs

1. Puinsignon, Histoire de la Champagne et de la Brie, t. 1, p. 253.

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