Simcon Lucc, Histoire de ta Jacquerie, p
DÉCLIN DE l'abbaye AUX XIV^ ET XV^ SIÈCLES 89
ravages. Un de leurs chefs, Eustache d'Aubrécicourt, jeune gentilhomme hennuyer qui avait combattu à Poitiers sous le Prince Noir, établi avec cinq cents hommes d'armes à Pont-sur-Seine, dont il avait fait sa « chambre », et maître de dix ou douze châteaux aux alentours , exerçait de là son brigandage sur tout le pays environnant. Le 23 juillet i35g, une troupe de seigneurs champenois et bourguignons, sous la conduite de Brokars de Fénestrange, « un appert et hardi chevalier lorrain, renommé et usé d'armes », parvint à le déloger. Mais alors ce fut Brokars qui, non pa3^é de ses services par le régent, se mit à saccager la Champagne. Peu de temps après, la trêve étant expirée, à la faveur des hostilités reprises, Eustache d'Aubrécicourt s'établit, à la tête d'aventuriers anglais, dans la ville d'Attigny; il poussa, dans ses incursions jusqu'à Vertus, où il laissa une garnison , après avoir livré la ville au pillage '.
On crut, au printemps de i36o, après une nouvelle invasion de la France par Edouard III, invasion dont Reims et la Champagne furent l'objectif, que la paix de Brétigny, accordée par ce prince, allait rendre enfin un peu de repos aux populations. Ce fut un vain espoir. De nouvelles bandes d'aventuriers s'organisèrent. Sous le nom de Tard-venus, elles causèrent, en Champagne et en Bourgogne, « moult de maux et de vilains faits ». Il y en eut
I. Poinsignon, Histoire de la Champagne et de la Bric. t. 1. p. 257-263.
qui, installés à Nogcnt-sur-Seinc, renouvelèrent sur les deux rives du fleuve les exploits d'Eustache d'Aubrécicourt et de ses compagnons. Ce fut le duc de Bourgogne Philippe le Hardi qui les en chassa, au commencement de i364 '.
Que devenait, au milieu de ces tristes événements, notre petite abbaye? Nous ne pouvons, sans trembler pour elle, songer à tous les dangers auxquels elle se trouvait exposée dans son isolement. De grandes abbayes furent pillées ou détruites dans cette guerre. C'est ainsi que l'abbaye de Montier-la-Celle, par exemple, fut incendiée, en 1848, par des compagnies anglaises'. Il semble que son humble condition ait, dans une certaine mesure, protégé la nôtre, car elle traversa ces désastres sans succomber. C'est ce que nous apprenons par une courte indication se rapportant à Tannée 1 363, bien insignifiante en elle-même, il est vrai, mais singulièrement précieuse et intéressante pour nous cependant, en ce qu'elle fournit la preuve qu'à cette date la communauté de Notre-Dame-des-Bois n'a pas cessé d'exister. Ce document est la simple mention d'un bail d'une pièce de pré sise à la Forestière, au lieu dit le pré du Moutier, accordé par le couvent du Bricot à un habitant de la Forestière, Perrin Gourtillot -'. Recueillons avec empres-