Op. cit., p. 14S
^. Op. cit., p. \.[ù.
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Bricot nous porte à conclure qu'elle échappait à toute obligation de cette nature.
Le même pouillé est le premier document qui nous révèle l'existence du Bricot comme paroisse, soit que cette paroisse eiit quelqu'ancienneté déjà, soit que sa création fût récente et due au développement du village du Bricot, amené, comme en beaucoup d'autres lieux, par le voisinage d'une abbaye. Il nous apprend encore que Tévêque de Troyes était collateur de l'église paroissiale du Bricot et nous rappelle que celle de Châtillon-sur- Morin avait, ainsi qu'on l'a vu précédemment, pour patronne l'abbesse de Notre-Dame-des-Bois, tandis que le patronage du Meix-Saint-Époing appartenait au chapitre de Saint-Martin de Tours. Les deux premières paroisses sont données comme exemptes de la taxe des décimes '.
Cette date de 1407 évoque le souvenir d'un des événements de notre histoire nationale dont les conséquences furent le plus funestes pour la France et en particulier pour la Champagne et la Brie : le meurtre du duc d'Orléans. Une inimitié violente était née entre ce prince, jaloux de régner seul à la place de son frère, le malheureux Charles VI, frappé de folie depuis 1392, et le duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui lui disputait le pouvoir. Des
I. « Bricolium [parrochia] : episcopus confert. Castellio : abbatissa de Bricolio présentât. Non taxantur. — Mazus Sancti Yspani : capitulum Sancti Martini turonensis présentât. » (D'Arbois de Jubainville, Pouillé du diocèse de Troyes, p. i52 et iGG.)
BIBUOTHECA
griefs personnels avaient envenimé l'antipathie politique de ces deux princes, dont les partisans divisaient également le royaume, l'un s'appuyant sur la bourgeoisie et le peuple, l'autre sur l'aristocratie. Le 2 3 novembre 1407, Jean se débarrassa de son rival par un assassinat. Mais ce crime ne fit que creuser plus profondément l'abîme entre les deux factions. Sous le nom d'Armagnacs, les amis du duc d'Orléans jurèrent de venger la victime, et comme ils avaient avec eux le dauphin, ils prétendirent représenter le gouvernement régulier. Le duc de Bourgogne, établi à Troyes avec la reine, Isabeau de Bavière, qui le nomma gouverneur du royaume, afficha, de son côté, la même prétention. Bientôt, Paris étant tombé entre les mains de ce puissant seigneur, le dauphin se réfugia à Bourges avec son entourage, et il y eut dans le royaume deux gouvernements opposés. Les Anglais avaient profité de l'anarchie pour reprendre l'offensive : en 141 5, ils retrouvèrent à Azincourt les gloires de Crécy, et, quatre ans après, ils se rendaient maîtres de Rouen.
Les succès inquiétants des envahisseurs étaient sur le point d'amener une entente entre les Bourguignons et les Armagnacs, lorsque ces derniers assassinèrent Jean sans Peur à Montereau. Tout espoir de conciliation devint dès lors chimérique. Le nouveau duc de Bourgogne s'unit aux Anglais et conclut avec eux, au nom de l'infortuné Charles VI, un traité honteux, celui de Troyes, aux termes duquel leur roi Henri V était nommé régent
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de France, fiancé à la fille de Charles VI et proclamé héritier du monarque dément au préjudice du dauphin (1420). Le parti bourguignon confondit par là sa cause avec celle de l'étranger, tandis que le parti armagnac devenait le parti national.
Les villes de Tro3'es, de Châlons et de Reims avaient, dès l'année 141 7, embrassé la cause de Jean sans Peur. Provins était tombé au pouvoir des Bourguignons la même année '. Mais quelques places moins importantes restaient encore à conquérir aux Anglais dans la Champagne et la Brie. C'est alors surtout que le diocèse de Troyes, éprouvé déjà par la lutte entre Armagnacs et Bourguignons, subit durement « la maie fortune de la guerre » '.
Dans la région qui nous intéresse, les Armagnacs occupaient le château de Montaiguillon et la ville fortifiée de Sézanne, apanage de la maison d'Orléans. De Montaiguillon, ils inquiétaient et pillaient tout le pays environnant, « où de jour en jour couroient tellement que on ne s'i povoit tenir ne labourer » -\ ce qui avait déterminé la plus grande partie des habitants à émigrer. Mais, en même temps, dans leurs sorties fréquentes, sous la conduite de leur chef le breton Prégent de Coitiv}^,
1. Poinsignon, Histoire de la Champagne et de la Brie, t. I, p. 3 18-319.
2. Le mot est d'un document de l'époque {Archives de l'Aube, G, i56i, compte de la fabrique de la cathédrale de Troyes pour 1419-1420, fol. 237 r").
3. Archives départementales de l'Aube, comptes des seigneuries de Pont-le-Roi et de Nogent-le-Roi pour 1419-1420.
ils causaient aux Anglais beaucoup de mal. Aussi le comte de Salisbury, gouverneur de la Champagne et de la Brie pour le roi d'Angleterre, vint-il assiéger cette forteresse avec de l'artillerie. Après avoir tenu pendant un certain temps, les dauphinois, décimés par les maladies et la famine, furent contraints de se rendre; le vainqueur leur accorda la vie sauve (février 1424) '.
La possession de Sézanne, capitale du parti Armagnac dans le diocèse de Troyes, avait plus d'importance pour les Anglais. Les habitants s'étaient « miz et reduitz en l'obéissance et subgeccion » de Charles VL Après sa mort et celle de Henri V, qui survinrent en 1422, Eustache, seigneur de Conflans, et Guillaume Marin, écuyer du pays d'une bravoure à toute épreuve, s'introduisirent dans la ville avec une bonne garnison. Ils y tinrent le parti anglais en échec jusqu'à ce que le comte de Salisbury et le sire de Chàtillon vinrent bloquer la place. Le siège dura depuis Pâques jusqu'à la Saint-Jean, du 6 avril au 24 juin 1424. La ville n'avait pas plus de trois à quatre cents combattants dans ses murs, mais ces défenseurs firent une résistance héroïque. « En vain Salisbury, après avoir bombardé la ville, leur propose une honorable capitulation; ils refusent de se faire Anglais. Menacés d'être ensevelis sous les ruines du château qui est miné, ils (ont
I. Poinsignon, Histoire de la Champagne et de la Brie, t. I, p. 333 ; d'Arbois de Jubainvillc, Inventaire-sommaire des archives de l'Aube, série G, t. 1, introduciinn, p. viii, noie 4, et p. x.
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une sortie meurtrière et désespérée ; mais ils succombent sous le nombre, et Guillaume Marin reste sur le carreau avec plus de deux cents de ses compagnons d'armes. Entrés dans la place, les vainqueurs pillèrent les biens, outragèrent les femmes et démolirent les fortifications. » Plusieurs habitants furent tués ou blessés à ce siège. Ils s'étaient, paraît-il, montrés en grande partie hostiles à la garnison française '.
Tels étaient les événements qui, vers la fin du premier quart du xv^ siècle, se passaient presqu'aux portes de notre abbaye. Nous ne savons malheureusement dans quelle mesure elle en fut atteinte. Pendant le siège du château de Montaiguillon et celui de Sézanne, qui dura trois mois, il est bien possible que des bandes anglaises soient venues exercer le pillage jusqu'au Bricot. C'est sans doute ce qui fait affirmer à un auteur moderne, dépourvu d'ailleurs d'autorité et qui omet d'indiquer la source de son renseignement, qu'en 1423, l'abbaye du Bricot eut beaucoup à souffrir du passage des Anglais en Champagne -. Peut-être, en réalité, perdu dans les bois, loin des grandes voies de communication, le petit monastère eut-il le bonheur
1 . Baugier, Mémoires historiques de la province de Champas^ne, t. I, p. 372-373 ; Poinsignon, Histoire de la Cliampa^nc et de la Brie, t. I, p. 33g-34o; Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domrcmv, preuves, p. i iS.
2. Qohcl, Recherches. ..sur Esterna y,p. 200. Suivant cet auteur, les Anglais, après s'être rendus maîtres de Sézanne et de Montaiguiliun, auraient enlevé Esternay {op. cit., p. 21, 22).
I04 HISTOIRE DE I. AI5BAYE im BRICOT
d'échapper à la visite des redoutables envahisseurs. Mais encore, dans ce cas, que d'alarmes, que de transes, que de terreurs la proximité, la menace perpétuelle de ces gens de guerre, armagnacs, bourguignons et anglais, qui battaient le pays à tour de rôle, allumant des incendies dont les lueurs sinistres apparaissaient la nuit, ne durentelles pas, à certains moments, causer aux pauvres religieuses, si elles ne s'étaient mises à l'abri du danger par la fuite?
Quant à leurs propriétés, on imagine difficilement qu'elles aient partout échappé aux dévastations des pillards, tellement, pendant des années, le pays fut désolé par la guerre. La situation que les documents contemporains nous font entrevoir pour le diocèse de Troyes est proprement lamentable. Les paysans n'osent plus ni labourer, ni semer, ni même faire la récolte. Beaucoup périssent, un grand nombre s'enfuient ; le sol reste inculte et désert, le pa3's se dépeuple, des villages disparaissent, les uns « ars et brûlés par la guerre », les autres abandonnés par les habitants ' . Le doyenné de Sézanne fut un des moins épargnés au milieu de ces infortunes '.Après la prise de Sézanne, les Anglais ayant établi leur domination à peu près exclusive dans tout le diocèse de Tro3'es, une tranquillité relative s'ensuivit ; mais la situation
1. D'Arbdis de Jubainville, Inventaire-sommaire des archives de VAube, série G, t. 1, intruduction, jPiïwnH.
2. Poinsi{;non, Histoire de la Champagne et de la Brie, 1. 1, p. 342.
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économique du pays ne cessa d'empirer pendant plus de dix années encore '. C'est de Jeanne d'Arc que vint la délivrance : la première elle rendit l'espérance et le courage, gages du succès, et le succès lui-môme à ses malheureux compatriotes. Puis le traité d'Arras, en 1435, en détachant le duc de Bourgogne de l'Angleterre, permit à la France de se ressaisir. Elle finit par expulser l'étranger, auquel ne resta de sa conquête passagère que l'unique ville de Calais (1451).
Au milieu de tant de troubles, la discipline monastique, atteinte de relâchement depuis la fin du XIII® siècle, ne fit partout que déchoir davantage. Il nous serait agréable de penser que le Bricot échappa à la contagion générale et sut se garder pur des désordres dont, pendant la dernière période du mo3^en âge, le clergé régulier donna trop fréquemment le peu édifiant spectacle. Il nous est malheureusement difficile de conserver des illusions à cet égard. Le relâchement pénétra aussi au Bricot. L'abbesse qui le gouvernait vers le milieu du xV-' siècle, Jeanne de la Hure ', jeune et vouée à la vie religieuse moins peut-être par un libre choix que par la volonté des siens et par nécessité sociale, comme il n'était point rare alors.
1 . D'Arbois de Jubainville, Inventaire-sommaire des aixliives de l'Aube, série G, t. I, introduction.
2. Les auteurs du Gallia christiana l'appellent Jeanne de la Heiise, forme donnée par un de nos documents (Voir plus loin, p. 109, note 3),
I06 HISTOIRE HK i/aBBAYE DU RRICOT
compromettait sa dignité et le bon renom de son monastère par de coupables relations avec un habitant du Meix-Saint-Époing, Deniset Esglantier, et avec un moine, frère Etienne Bonnot, prieur de Valdieu '. L'otHcial diocésain dut l'admonester par lettres et lui intimer, sous peine d'excommunication et d'amende, de cesser le scandale d'une conduite aussi peu régulière (1449) '• Jeanne de la Hure s'amenda sans doute, car nous la retrou-
I. Prieure de l'ordre du Val-des-Choux, fonde en i2i3, au diocèse de Troyes,près de Lachy (Longnon, Dictionnaire topographique de la Marne, p. 278).
2.Arcliives départementales de l'Aube, G, ^i-j \, registre de l'officialitc pour i423-i4j5, fol. 69 r" : « Veneris [die]post [sanctum] Remigium [3 octobre 1449]. Dictus officialis monuit in scriptis sororem Johannam de la Mure, abbatissam de Bricolio, ne de cetera conversetur in scandalum cum fratre Stephano Bonnot, priore de Valle Dei, ncc etiam cum Deniseto Esglantier, de Ma^o Sancti Ispani, sub pénis excommunicationis et G syalidoruin] t[urouensium]. » — Que de ce fait et peut-être d'autres faits semblables la réputation du couvent ait ressenti quelqu'attcinte, c'est ce dont on ne saurait guère douter. Un document, au reste, en fournit la preuve, il s'agit d'une amende prononcée, en 1490, contre un habitant de Troyes pour insultes à la trésorière de Notre-Dameaux-Nonnains, qui avait probablement été religieuse au Éricot : « Johanncs Colelz, fullo et cardiator, Sancti Nicetii trecensis, prisonnarius fuit carceribus curie trecensis dctentus eo qiiod, ab une anno citra, dixit et publicavit publiée quod domina tliesauraria Béate Marie ad Moniales trecensis crat paillarda ribalda, jurando mortem et sanguincm Dei, quodqiie, a predicto tcmporc, scripsit contra hostium camere ipsius iliesaurarie liée verba : Au bourdiau Bricol ; et propter hoc fuit taxata emenda ad unum scutum auri » {Archives départementales de l'Aube, G, 42 1 7, registre d'amendes de l'ojficialité épiscopale de Troyes, fol. 3i r", ad ann. 1490).
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vons encore vingt-deux ans après à la tôte de la même communauté. On pourrait alléguer à sa décharge, si cela était une excuse, que, dans la plupart des autres maisons religieuses, il se passait pis. Un procès-verbal, que l'on a conservé, d'une visite pastorale faite, en 1499, par Jacques Raguier, évêque de Troyes, dans son diocèse, est bien instructif sur cette matière. Tout près du Bricot, dans cette abbaj^e de Nesle-la-Reposte souvent mentionnée ici, le prélat constate que la règle est devenue lettre morte et que le prévôt, frère Denis, est le premier à donner l'exemple de la désobéissance et du désordre des mœurs. Convaincu, dit le texte, « manutenuisse in peccato quamdam Jiliam diffamatam, quant Iciiuit pcr spalium quindecim dierum in dorniitorio dicte abbatic », l'indigne religieux est expédié par l'évèque « ad cajxeres suos trecenses » K
Une autre conséquence qu'eut, pensons-nous, pour notre abba3^e la guerre de Cent Ans, ce fut de diminuer notablement ses revenus et d'y réduire le nombre des religieuses. Il semble, à partir de cette fatale époque, que la pauvre communauté ne fasse plus que végéter au Bricot. C'est à peine si, jusqu'à la fin du xV-' siècle, nous découvrons çà et là quelques rares vestiges de son existence.
En 1457,1e pape CalixtcIII (1455-145S) ordonna.
I. Archives départementales de l'Aube, G, 1344. Dans le même ordre d'idées, cf. Simcon Luce, La France pendant la guerre de Cent Ans, i'" série, p. 90.
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en vue d'une croisade contre les Turcs dont le duc de Bourgogne devait être le chef, la levée de décimes sur toutes les communautés et personnes religieuses, séculières et régulières, exemptes et non exemptes, de la chrétienté. Cette fois, nous relevons le chiffre de la taxe de l'abbaye de Notre-Dame-des- Bois dans le rôle dressé pour le diocèse de Troyes. Elle est fixée à vingt sous. L'église du Bricot, ainsi d'ailleurs que celle de Chàtillon-sur-Morin, est donnée par ce document comme vacante; mais le Meix-Saint-Époing figure là avec une taxe de cinq sous. Ces chiffres étaient proportionnés à la valeur des bénéfices '.
En 1462, nous retrouvons les religieuses du Bricot à propos d'un bail qu'elles passent avec deux habitants de Seu, nommés Michaut Ferrait et Jean Michaut. Moyennant une redevance annuelle, à leur profit, de quatre setiers de froment, payable à la Saint-Martin d'hiver, soit le i i novembre, elles afferment à ces deux cultivateurs, pour leur vie durant, leurs terres, censés et revenus de Seu et de Chàtillon-sur-Morin, représentés par des prés, des champs, des bois, des jardins ou des constructions, sans distinction. Mais elles imposent aux preneurs, avec l'obligation d'acquitter les charges qui pouvaient grever ces immeubles jusqu'à concurrence de la somme de quatorze deniers tour-
I. D'Arbois de Jubainvillc, Poitillc du diocèse de Tioyes, p. 2^7 çl 260 (pièces jusliticativcs D, M ei N).