I. Voir plus haut, page
tragc de l'évêque de Troyes, Pierre d'Arcis. Sans doute elles profitèrent d'un passage du prélat à Sézanne. Celui-ci n'eut aucune peine à les mettre d'accord. Il paraît bien que les religieuses s'exagéraient leur droit quand elles demandaient la vieille mesure de Sézanne et peut-être aussi les arrérages : leurs adversaires le leur prouvèrent par d'anciennes chartes . Mais eux-mêmes s'étaient montrés plus excessifs encore en leur sens en se refusant à toute concession. Il fut décidé qu'ils payeraient à l'avenir au Bricot une rente de trois setiers de froment et trois setiers d'avoine, à la mesure nouvelle, mais qu'à l'égard des arrérages, ils en seraient tenus quittes '. Les chanoines admirent cet arrangement, les religieuses l'acceptèrent de leur côté, et la bonne harmonie entre les deux communautés, un instant troublée, fut ainsi promptement rétablie par le bon vouloir de l'une et de l'autre.
Quelques années après cet accommodement, le 17 juillet 1895, les religieuses de Notre-Dame-des- Bois reçurent le don d'une rente de cinq sous assise sur une maison à Sézanne ^. Cette générosité dut être bien accueillie, car la guerre était en train de ruiner tout le monde, et si elles-mêmes avaient réussi jusque-là, ce qu'il nous est bien difficile d'admettre, à se défendre contre l'appauvrissement
2. Arcltives départementales de la Marne, série H, fonds de l'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton 4, liasse 8.
DÉCLIN DE l'abbaye AUX XIV'^ ET XV^ SIÈCLES 97
général du pays, du moins ne pouvaient-elles éviter d'en ressentir le fâcheux contre-coup. Un fait qui se passa vers cette époque à Sézanne et où elles se trouvent directement en cause serait de nature à en fournir la preuve.
Parmi les propriétés qu'elles possédaient dans cette petite ville, il y avait une maison, avec jardin, sise dans la rue Goyer. Elles l'avaient affermée à vie à un habitant de l'endroit, vacher de sa profession, nommé Lambert de Coole, qui leur payait à titre de loyer soixante sous tournois par an. Le pauvre homme avait peu de bien : faute de ressources, faute d'entretien, il laissa tomber en ruine l'habitation, « pour la povreté de luy, car il n'a de quoy faire soustenir ladicte maison ». Il dut, en fin de compte, se résoudre à l'abandonner, après une résiliation du bail, et à payer à l'abbaye une indemnité de huit livres tournois pour le dommage qu'elle avait éprouvé de sa négligence (i 399)'.
A la date de 1407, nous rencontrons un document fort intéressant pour le diocèse de Troyes. D'après M. d'Arbois de Jubainville, qui l'a publié, ce pouillé, car c'est d'un pouillé qu'il s'agit, « quoique rédigé sans doute à l'aide des documents qui servaient à l'imposition des décimes, paraît avoir été spécialement destiné, non pas à servir de base à une levée de deniers de ce genre, mais à donner à l'évêque une connaissance exacte de ses droits de toute nature, notamment à lui apprendre quelle
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somme, pendant ses visites, il pouvait exiger de chaque bénéficier à titre de procuration ' ». Toutefois, les renseignements qu'il fournit sur notre abbaye ne sont guère que d'ordre négatif. A l'article qui la concerne, le chiffre de la taxatio décime est remplacé par le mot « nichil », néanl, ce qui semble indiquer que Notre-Dame du Bricot était exemptée de cette sorte d'imposition -. Cette exemption constituait-elle d'une façon générale un privilège du monastère, ou bien n'était -elle que momentanée et accordée exceptionnellement en considération de l'état financier peu brillant de la communauté? La dernière supposition paraît la plus vraisemblable. Mention n'est pas faite davantage, en ce qui concerne rabba}'c du Bricot dans le môme document, de droits de visite ni de procuration. On sait que ces droits consistaient, pour les abba}'es qui en étaient grevées, à ofïrir des présents à Tévèque lorsqu'il les visitait, à le loger et le défrayer avec sa suite lorsqu'il s'y arrêtait au cours d'un voyage, obligations qui souvent furent, de l'accord des deux parties, converties en redevances pécuniaires annuelles fixes. Le pouillé de 1407 nous laisse voir ces charges pesant sur les abbaN'es de Nesle-la-Reposte, de Chantemerle, de la Cellesous-Chantemeiie et sur nombre d'autres •' ; mais son silence sous ce rapport à l'égard de Tabbaye du
1. D"Arbnis dc.iiibaiavillc, y*o;//V/t" tï» diocèse de 7'ruyes, p. 42