‹ Histoire de l'abbaye du Bricot en BrieChapitre 46 sur 204 · GUERRES DE RELIGION · texte numérisé non relu

GUERRES DE RELIGION

Sommaire. — Seigneurs du Bricotau commencement du xvi" siècle.

— Marie Beauvarlet, dame du Bricot, vient en aide à la pauvreté des religieuses et donne quarante écus d'or pour réparer le monastère (i5o8). — Succession rapide des abbesses Louise de Blou, Catherine de Tourcy, Isabelle de Givry, Réginalde de Danailli. — Louis Raguier, Jean Raguier et Guillaume Raguier successivement seigneurs du Bricot-la-Ville. — Transactions passées par l'abbesse Anne de Butor avec le seigneur d'Esternay et avec le curé de Chàtillon-sur-Morin. — Personnel du couvent sous cette abbesse (1548). — Abbesses Etiennette de Duyt et Marie P" d'Humblières. — Explosion des guerres de religion en France. — La Réforme en Champagne. — Elle est embrassée par le seigneur d'Esternay, Jean Raguier, qui s'en fait un des plus ardents fauteurs. — L'affaire de Vassy donne le signal d'hostilités sanglantes entre les catholiques et les huguenots (i562).

— Pillage de l'abbaye du Bricot par ces derniers (i 567). — L'abbesse Madeleine Desprez retirée près d'Amiens dans une abbaye de Prémontrés. — Elle exerce de là son droit de patronage sur l'église de Chûtillon-sur-Morin (069). — Reprise de possession de leur monastère par les religieuses du Bricot (vers ibyo). — Marguerite II Desprez (1578-1587). — Exiguïté des revenus de la communauté. — Gabrielle l'" de Marie (i588-i595). — Souffrances causées dans le pays par la guerre civile et les brigands.

— Avènement de Henri IV; il s'applique à réparer les maux de la guerre. — Passage probable du roi dans l'abbaye du Bricot (1394). — Démission de Gabrielle de Marie en faveur de Char-

lotte Le Boullangcr (i3g.S). — Lettres de sauvegarde accordées par le roi à l'abbaye du Bricot pour la défendre des excès des gens de guerre (iSgG). — Détresse extrême du monastère : il n'y demeure que l'abbesse seule. — Elle l'abandonne en d'autres mains pour vivre dans le monde (i 6 i<S). — L'abbaye reste déserte.

Au commencement du xvi'^ siècle, la terre et seigneurie du Bricot-la-Ville, « en laquelle y a[voit] plusieurs bois, censives, terres et prez, avec haulte justice, moicnne et basse », appartenait à un gentilhomme barrisien, Jean de Gannes, écuyer, seigneur de Bergères en la terre et seigneurie de Commercy '. C'est de ce seigneur qu'elle passa, vers i5o5, « par eschange fait but à but », à damoiselle Marie Beauvarlet, veuve de Jean Raguier, de son vivant conseiller et chambellan du roi et maître à la Chambre des comptes, dame d'Esternay

I. La seigneurie de Châtillon-sur-Morin, vers le même temps, appartenait à un écuyer nommé Claude Dilon, ainsi qu'il résulte de son acte de foi et hommage, daté du 14 juin 1499, à Paris:

« Nostre chicr et bien amé archier de la garde de nostre corps Claude Dilon, es[cuier], de Chastillon-sur-Morin », a fait ce jour, entre les mains de l'archevêque de Sens, foi et hommage « à cause de ladicte seigneurie de Chastillon-sur-Morain mouvant du roi à cause de sa chastellenie de Sézanne. » On trouve ensuite un acte de foi et hommage fait à Paris, le 4 mars i5ii, par Pierre Lévcsque, écuyer, « pour raison de la septiesme partie de la terre et seigneurie de Chastillon-sur-Morain», relevant de la seigneurie royale de Sézanne {Archives nationales^ P, i65').

A la même époque environ, le Mcix-Saint-Epoing avait pour seigneur Jean d'Avcriy, écuyer, seigneur de Saint-Benoît, qui rendit foi et hommage au roi pour les « fiefs, terre et seigneurie tludict Mez-Saint-Epoinct », relevant du château de Sé/annc, le 18 mai 1491), à Paris » (Ibidem).

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et vidamesse de Chûlons. Elle rendit foi et hommage au roi pour la petite seigneurie, laquelle était mouvante de la chàtellenie ro^^ale de Sézanne, le i3 février i5o6 '.

La nouvelle dame du Bricot fut une bienfaitrice pour le pauvre monastère de Notre-Dame-des-Bois, menacé de ruine moralement et matériellement et dont elle s'efforça de ranimer la vitalité presque éteinte. En cette dévote personne, à la noblesse du rang s'alliait la générosité du cœur. Vivement touchée du dénûment dans lequel vivaient les malheureuses bénédictines, « pour la bonne affection et devocion que nous avons (ainsi s'exprime-t-elle) à l'abbaye et monastère du Bricot-les-Nonnains » et « en considération de l'indigence et nécessité en quoi est pour le présent ledit monastère », elle leur fit don d'une rente perpétuelle de quatre setiers de froment sur la terre et seigneurie d'Esternay, payable au château la veille de Noël de chaque année. La donatrice exigea seulement, en retour, qu'après sa mort, un service anniversaire complet, c'est-àdire comprenant grand'messe, vigiles et « recommandances », serait célébré à perpétuité dans l'abbaye pour sa mémoire -. Sa générosité ne se borna pas d'ailleurs à cette rente; elle y ajouta un

2. D'après Boitel {Recherches sur Esternay, p. 28 et 201), ce fut pour son mari défunt, non pour elle-même, que la dame d'Esternay fonda, le 8 septembre i5o8, un service anniversaire eu l'abbaye du Bricot. Cependant l'acte que nous avons consulté aux archives départementales de la Marne dit le contraire.

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don de quarante-cinq arpents de terres sises près du couvent et un autre don de « quarente escuz d'or pour employer à la réparation et réfection de la maison et ediffice dudit monastère ». Par ces libéralités, la dame du Brièot ne s'était pas proposé uniquement de secourir la détresse des religieuses; elle avait voulu, en même temps, calmer en ellemême les inquiétudes d'une conscience légèrement alarmée. Elle confesse, en effet, avoir agi ainsi qu'il vient d'être rapporté, « pour oster aussi tout scrupulle et danger de conscience de certaine rente ou pension de grain que l'abesse et couvent dudit Bricol m'ont remonstré leur dicte église et abbaye avoir autresfoiz prins et levé sur ung moulin qu'ilz disoient estre assiz pour le temps passé au dessoubz de nostre estang de Lahart et sur les terrages de nostre dicte seigneurie d'Esternay, lequel moulin n'est en nature et ne fut, cent ans a, mesmement depuis temps dont homme vivant ait mémoire, et aussi ne sont iceulx terrages en valeur ne perception et n'en Joyssons aucunement ' )>.

L'abbesse Louise de Blou, qui avait reçu ces donations, gouvernait encore en 1 5 1 5 et 1 5 1 6 l'abbaye du Bricot, dont elle accensa plusieurs terres". Catherine de Tourcy lui succéda, très probablement en I 5 17. On voit, l'année suivante, le 12 mai i5iS, la nouvelle abbesse passer un bail emphythéo-

1. Archives départementales de la Marne, série H, fonds de l'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton IV, liasse i3.

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