Desguerrois, Saincteté chrestienne, fol. 267 v
2. « Le roi Henri IV est venu à Sézanne et y a logé en 1594 ; ce fait est constaté par le compte des deniers patrimoniaux rendu par Nicolas Boulé, sindic, depuis le i" octobre i5g3 jusqu'au I" octobre 1594. On y voit, en effet, un article de dépense ainsi conçu : Suivant l'ordonnance des gouverneur et échevins en date du iS" jour du mois de septembre audit an g4, il a paye' au sieur
Kt2 IIISTOIRK Dl'; L ABBAYK DU BRICOT
Tout porte à croire que le hasard de ses chevauchées dans la Traconnc Tamena au Bricot et que le spectacle du pauvre monastère en ruines fut offert à ses yeux. Emu à cette vue, l'excellent monarque se promit sans doute d'aider à son relèvement. Sur son désir peut-être, Gabrielle de Marie, à qui pouvaient manquer les forces et l'activité nécessaires pour l'œuvre de la restauration, fit, dès l'année suivante, résignation en faveur de Charlotte Le Boullanger, religieuse bernardine '. Par brevet donné à Paris le 2 octobre ibgô ', Henri IV autorise cette cession et ordonne l'expédition des lettres de provision de Charlotte -\ On aime à se représenter la nouvelle abbesse, très jeune et pleine d'ardeur, ramenant avec un saint zèle dans le bercail les
de la Belle-Pierre, demeurant à Auhtay, la somme de quarantesept écus et demi pour pareille somme par lui fournie pour les Iiabitans de ladite ville de Sc^anne pour obtenir lettres d'assiette de la somme de mille écus, lorsque le roi était logé en ladite ville de Sé^a>ine. » (Noie manuscrite ancienne trouvée dans les Archives communales de Sé^^anne. Cf. Nouvelles recherches sur la France, t. II, p. 280.)
1. D'après les compilateurs de la Collection de Champagne (vol. XLIV, fol. 21 V), Gabrielle de Marie donna « procuration pour résignera Charlotte Le BouUanger » dès le 5 août 1.^92.
3. Un arrêt du Grand-Conseil du roi permit la prise de possession, en faveur de Charlotte Le BouUangcr, le 14 novembre iSgS {Archives de la Marne, fonds de l'abbaye du Bricot, carton III, liasse i2).« Les bulles, dit la Collection de Champagne (vol. XLIV, fol. 21 v°), sont du pape Grégoire, la première année de son pontiricat, pridie nonas maii 1601 »; mais le pape régnant à cette date est Clément VIII (i5y2-iGo5). Il y a. donc erreur dans cette donnée.
RUINE DE l'abbaye DU BRICOT l33
craintives brebis que la fureur des loups avait dispersées, l'abbaye se repeuplant, le service divin rétabli dans sa chapelle au milieu des pompes qu'aimait la foi vive de nos pères, les bâtiments réparés, tout autour, les terres rendues à la culture '.
Mais ce n'était pas tout de redonner la vie h la communauté un moment détruite; il était indispensable d'assurer son existence dans l'avenir. Charlotte Le Boullanger s'en rendait compte. Soit que Henri IV eût conçu pour le petit couvent un réel et persévérant intérêt, soit que l'abbesse disposât d'influences à la cour, elle obtint, le 25 novembre 1596, du populaire monarque, en faveur de son monastère, de précieuses lettres de sauvegarde, qui, le plaçant désormais sous la protection directe du roi, devaient le mettre à l'abri des excès des routiers. Ce solennel écrit, en tête duquel se lisaient en gros caractère les mots « de par le Roy », et qui portait appendu le sceau de l'État, s'adressait, dans sa teneur, « à tous les lieutenans generaulx, gouverneurs de provinces et villes, collonels, capitaines, chefs et conducteurs de gens de guerre, tant de cheval que de pied, de quelque langue et
I. Le seigneur du pays était, à cette époque^ Claude d'Ancicnville, chevalier, baron de Réveillon et seigneur de Dormans. Il rendit foi et hommage au roi pour les terres et seigneuries d'Esternay et de Châtillon-sur-Morin, qui lui avaient été apportées en dot par sa femme Judith Raguier, fille de Jean Raguier, le 22 avril ibgô, à Paris {Archives nationales, P, i65". Cf. Boitel, Recherches sur Estemay, p. 54).
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nation qu'ilz soient..., et tous autres ». Après y avoir protesté de son bon vouloir pour la communauté du Bricot, le roi, dans ce document, faisait très expresse défense à tous ces hommes d'armes, « sur tant que craignez nous desobeyr et desplaire », de loger dans l'abbaye, « ne en icelle prendre fourrage ou emporter aulcuns biens meubles, bleds, cidres, foing,avoyne, paille, chevaulx, bouefs, agneaulx, veau, vollailles, » etc., excès qui, sans doute, s'y étaient fréquemment renouvelés par le passé; « d'autant », ajoute l'acte royal, « que nous avons le tout prins et mis, prenons et mettons en nostre protection et sauvegarde spéciale ». En signe de cette faveur, et pour la rendre notoire, le roi accordait aux religieuses le privilège d'arborer ses armes, avec panonceaux et bâtons royaux, aux portes et avenues de leur abbaye. Et, en cas qu'il se rencontrât des imprudents ou des téméraires assez mal avisés pour passer outre, la sanction ne manquait point : le roi enjoignait aux prévôts et autres juges « d'en faire sy prompte et seure justice qu'elle soit exemplaire à tous autres ■ ». On comprend avec quel soin les religieuses du Bricot durent conserver le mandement royal, merveilleux talisman contre une soldatesque effrontée, toujours prête à invoquer le nom du roi et à s'autoriser impudemment de son service pour commettre ses habituelles déprédations. C'est à la valeur qu'elles