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3. Pour toute cette atl'aire, voir Arch. départ, de la Marne, ut suprà.
L ABBAYE DU BRICOT A SEZAXXE IQJ
dîme en appartenait au curé. Le curé de Châtillon assigna résolument l'abbesse du Bricot en restitution et aux fins de lui entendre déclarer si elle avouait ou désavouait les dîmeurs.
D'autres intérêts retenaient, à ce moment, madame de Poussé hors du monastère ; malgré son impatience d'y être, dont témoigne une de ses lettres, elle ne put s'y rendre. L'affaire fut engagée par la prieure, Antoinette de Champagne, avec l'assistance du procureur delà communauté à Sézanne, messire Nicolas Huguier, ce galant praticien qui ajoute, en post-scriptum, dans un de ses billets : « il faut se fandre [sic] pour les religieuses! »
Toutefois la correspondance de Marie de Poussé prouve combien, quoiqu'absentc, elle était loin de se désintéresser d'une question aussi importante, comment, au contraire, elle s'en occupait fort activement. C'est dans ses lettres que nous puisons à peu près les seuls renseignements que nous ayons sur ce procès. On y apprend qu'au début, les religieuses, souhaitant un arrangement amiable, avaient fait l'offre à leur adversaire « de lui donner à comble, comme le prieur de Saint- Julien )). Mais il paraît que messire Guillet n'avait vu qu' « une marque de leur méchant droit » dans cette proposition, inspirée pourtant par une charité toute chrétienne. « Il doit plutôt, écrit l'abbesse, considérer que c'a été par un principe de la loi divine, qui dit si on te demande ta robe, donne encore ton manteau, et par l'aversion que les personnes consacrées à Dieu doivent avoir de passer
leur vie à se chicaner, ce qui ne peut être qu'un scandale pour les particuliers. » Cependant, s'il est clair que Marie II désirait éviter un procès, nous ne voyons pas qu'elle fût prête à se dépouiller en même temps et de sa robe et de son manteau. Aux terres désignées comme novales par le sieur Guillet elle dénie absolument cette qualité : « Je maintiens, affirme-t-elle, qu'elles ne le sont pas, par ce qu'elles ont été labourées autrefois, et que ce qui s'apelle novalles sont terres où la chariie n'a jamais passé. » Ailleurs, elle s'explique avec plus de détails : u Lesdites terres étant du fonds de l'abbaye, ladite dame [abbesse] est en cas de montrer qu'elles ne peuvent être dénommées novales, ayant été autrefois labourées et amodiées à blé. Toutes les terres de l'abbaye avoient été abandonnées, tant par les guerres civiles que par la négligence des abbesses, qui en avoient laissé perdre les biens et la maison, qui a esté près de cent ans sans que l'on y aie reçu des religieuses. Les deux dernières abbesses ont travaillé à la rétablir, en ont recherché les fonds, ont recommencé à les faire cultiver... Il est vrai que, pendant l'inculture, il y estoit venu des bruyères et broussailles, mais ceux qui les ont essertées y ont trouvé les vestiges de la charrue par les sillons qu'ils y ont encore trouvés, marque certaine que cette terre a été enblavée et ne peut être dite novalle, puisqu'il faut pour être reconnue novalle, selon tous lesarrès qui en sont donnés, que les terres n'aient jamais été enblavées et qu'elles le soient depuis quarante ans. Or lesdites dames
l'abbaye du bricot a sézanne ig5
prouveront par des arrières-baux que les terres... ont été amodiées à blé, tant de boisseaux par chaque arpent. L'on n'amodie point des bois à blé; donc lesdites terres ont été autrefois labourées et semées et ne peuvent être réputées novales. »
De quel côté était le bon droit dans ce débat? C'est ce que ne permet guère de décider l'insuffisance des quelques pièces qui en restent. Certains points, qu'il est superflu d'indiquer, en échappent; d'autres demeurent obscurs, faute d'éclaircissements. On s'étonne, par exemple, que l'abbesse n'invoque pas les accords de 1548 et 1626, qu'elle connaît, on n'en peut douter. Or elle écrit, dans une note à messire Huguier : " Je vous dis hyer que nous n'avions jamais passé aucune transaction avec le curé de Châtillon ny ses prédécesseurs, mais qu'il y avoit une sentence randue à Troyes qui me condamne à luy payer les novalles. Il ne faut point donc alléguer qu'il y a eu des transactions qu'il fait semblant d'ignorer, car on me diroit de les produire; il faut seulement répondre que Je jouys comme estant en possession de tous temps. ))
Les juges virent-ils plus clair que nous en cette affaire? Nous n'oserions l'affirmer, car nous n'avons trouvé nulle part de sentence qui la termine. Tout ce que nous savons, c'est que tandis qu'elle était encore pendante, et pour la régler, les religieuses faisaient faire les plus actives démarches en cour de Rome à l'effet d'obtenir du saint-père une bulle consacrant le droit, dont elles se prétendaient en
possession, d'immunité de dîmes de toutes leurs terres, présentes et à venir, tenues par elles-mêmes ou par des fermiers, à l'égard de tout curé. « Nous avons eu ces titres, écrivent-elles à leur homme d'affaires, M. Couturier, mais ... le désordre des guerres civiles de longtemps les a fait perdre, et... nonobstant ce désordre, nous n'avons jamais payé dîme de notre domaine tenant par nos mains. » Elles ont grande impatience d'obtenir ce privilège : « Si vous plaît, y faut au plus tôt que faire se poura marchandé à un banquié de Rome ' pour faire veny[r] cette bulle, afin de l'avoir au plus tôt, affin de faire cessé le procez où je suis et tous les frais qui faudret faire. Pourvu que le banquier face avoir cette bulle comme on la demande, on le contentera; mais qu'il n'y ait rien d'obmis et qu'il ne manque pas au temps qui vous donnera ". » La bulle, néanmoins, fut attendue vainement -\
1. On appelait banquiers expéditionnaires en cour de Rome des sortes d'officiers ministériels, établis à Paris et dans les villes importantes, qui se chargeaient de faire venir les expéditions de la chancellerie pontihcale, telles que bulles, dispenses, provisions de bénéfices, etc.
2. Arch. départ, de la Marne, série H, fonds de l'abb. de N.-D. du Bricot, carton IV, liasse 8.
3. L'abbaye eut, dans la suite, des difficultés semblables avec le curé du Bricot. Un mémoire non daté, mais qui paraît être de la première moitié du XVIII" siècle, donne des détails à ce sujet : le curé du Bricot prétendait dîmer plus de 3oo arpents de terre faisant partie, de temps immémorial, du territoire de Châlillou et dans lequel se trouvaient même des terres et prés appartenant à l'église de tlhàtillon en vertu de libéralités parti-
Si les religieuses du Bricot envisageaient avec appréhension l'éventualité d'une procédure longue et coûteuse, c'est qu'en réalité elles se trouvaient peu en état d'en supporter les frais. Sous le gouvernement de leur abbesse Marie II , nous les voyons entamer contre la pauvreté une lutte qui ne finira qu'avec l'existence même de l'abbaye. Les revenus des établissements religieux, qui consistaient pour la plus grande partie en rentes et en cens, n'avaient cessé, depuis le xni- siècle, de subir une réduction progressive et considérable par le fait de la diminution constante du pouvoir commercial de l'argent. La piété des rois et des peuples, tant qu'elle fut ardente, avait pu offrir aux communautés une compensation dans les aumônes qu'elle leur faisait libéralement. Mais ces temps n'étaient plus. D'autre part, le régime auquel étaient soumis les biens ecclésiastiques, administrés par des usufruitiers moins intéressés à leur conserver leur valeur que des propriétaires héréditaires, était une cause d'amoindrissement de ces biens. Dans le diocèse de Tro3TS, notamment, ils avaient subi, depuis trois siècles, une dépréciation énorme '.
culières; des bornes servant à délimiter les territoires respectifs des deux paroisses avaient été déplacées; etc. {Arch départ, de la Marne, série W, fonds de l'abb. de N.-B. du Bricot, carton III, liasse 7.)
I. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Poiiillé du diocèse de Troyes, p. 55.
A la fin du règne de Louis XIV, la misère était partout. Les guerres du roi-soleil, son faste et celui de ses courtisans, avaient épuisé la France. Des mauvaises années , la banqueroute de Law sous la Régence ', augmentèrent encore le malaise général. Nombre de communautés religieuses furent atteintes par le désastre. Dans le diocèse de Tro3^es, c'étaient « les communautés de filles dont les besoins étaient les plus pressants - ».
L'abbaye de Notre-Dame de Sézanne était réduite à 5,000 livres de revenu K « Nous en aurions bien davantage, remarque l'abbesse, sans les taxes que nous avons payées, montant à i3,8i3 livres, et 9,000 livres que nous avons été condamnées à payer à madame de Beuvron pour 3, 000 livres que nous avions reçues pour la dotte d'une fille, et cela par une faute faite par un notaire. Nous perdons aussi 400 livres sur la diminution des rentes de l'Hôtel de Ville et deux banqueroutes que l'on nous a faites de 400 livres. Je fais tout ce détail pour faire connoistre que, si nous ne sommes pas plus riches, que ce n'est pas pour avoir mal administré
1. L'abbaye du Bricot n'échappa pas à ses funestes conséquences : « le revenu de cette abbaye, dit Expilly, était assez considérable avant le système de 1720. Actuellement il est réduit à sept ou huit mille livres » [Dictionnaire géographique^ t. VI, p. 809).
2. Arcli. départ, de l'Aube, G, 1^2 : lettre de Dodun A l'évoque de Troyes, du 3o décembre 1724.
3. Arch. départ, de la Marne, série H, fonds de l'ahb. de S.-D. du Bricot.
notre bien, mais par le malheur des temps et les chères années, ayant eu bien de la peine à subsister sans nous endebter, nos charges estant grandes. )) Il convient d'ajouter à ces considérations que les religieuses avaient perdu loo livres de rente sur le rabais des monnaies, qu'un ouragan avait, en 17 14, détruit deux de leurs fermes qu'elles n'avaient pas eu le moyen de rétablir, et que celle de l'ancienne abbaye avait été fortement endommagée '. Notre revenu, disent-elles, « n'est pas suffisant à l'avenir pour acheter du bois pour nous chaufer ; nous n'en avons à notre ancienne abbaye que cent cinq arpents, qui n'estoient que ce qu'il falloit, à cinq arpents par coupe, pour notre provision. L'on nous a retranché notre quart de réserve, ce qui nous oste, huit ans durant, le moyen d'en prendre dans nos bois. Nous demandons par grâce de couper tous les ans trois arpents de ce quart. » Cela leur était d'autant plus nécessaire qu'il fallait des poutres au corps de logis qui leur servait d'église, au réfectoir, au dortoir du monastère, où plusieurs, en mauvais état, étaient soutenues par des piliers, et aussi pour réparer les métairies^. L'abbesse luttait courageusement contre les difficultés de sa situation. Soutenue par le crédit d'un frère qu'elle avait dans l'épiscopat, elle avait sollicité pour sa commu-
1. Arch. départ, de la Marne, série H, fonds de l'abb. de N.-D. du Bricot.