‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 21 sur 194 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PROSPRIT]$ DE L'ABBAYE DU BRICOT AU xm e SIECLE.

SOMMAIRE. Ce que fut le xm siecle pour Notre-Dame-des- Bois. Proprietes contestees a la communaute dans la paroisse

de Chatillon (1219). Election d'une abbesse faite sans'l'autorisation de la comtesse de Champagne; ses consequences (1221)-

Acte de reconnaissance accorde par Henri de Nogent-l'Artaud (1228). Transaction menagee par Blanche de Navarre entre Isabeau de Barbonne et 1'abbaye du Bricot (1225). Renaud de Gironde constitue une rente a la communaute (i225). Vingt arpents de terre, dans la forfit de Saint-Medard, accenses par 1'abbaye de Saint-Martin de Tours a celle du Bricot (1232).

Droits de Notre-Dame-des-Bois, a la Noue et a Congy, sur les dimes de la collegiale de Saint-Nicolas de Sezanne. Thibaud le Chansonnier confere une charte aux religieuses du Bricot (1246). Defaut de renseignements sur les seigneurs du Bricot avant le xm siecle Les roles des vassaux de Champagne. Guillaume I or du Bricot. Guillaume II du Bricot.

L'abbesse Emmeline fonde, dans 1'abbaye du Bricot, un anniversaire a sa me'moire (i255). Jean I et Jean II de Launat. Ce dernier approuve une vente faite aux religieuses du Bricot par Thibaud de Vanne (i263). La croisade de 1270. Le comte de Champagne Thibaud V y prend part. Charte qu'il accorde a 1'abbaye du Bricot avant son embarquement. Mort de Thibaud V. Anniversaire fonde au Bricot en son honneur par 1'abbesse (i2y5). DifFerend entre 1'abbesse Marguerite et Eudes, cure de Chatillon. Sentence de 1'official en faveur de 1'abbesse (1276). Accord conclu entre les religieuses du Bricot et le chapitre de la cathedralc de Troycs

au sujet des dimes de Fontaine-Denis et de Saint-Quentin-le- Verger (i283). Rentes dues aux rcligieuses du Bricot par Jean de la Saucerte. Le monastere du Bricot devient possesseur d'une tuilerie pres de Chatillon (1292). Fondation etablie au Bricot par Pierre de Courgivaux (1298).

;i f/ \ Qiti terrain habet , guerram habet, disait, au

V\ moyen age, le proverbe : qui terre a, guerre a. Nous aliens voir l'abba}'e du Bricot faire 1'experience de cette verite. Elle avait acquis des proprietes, conquis des droits : elle cut a defendre droits et proprietes. Mais les luttes qu'elle soutint a cette occasion ne furent, qu'on se rassure, ni bien nombreuses, ni tres redoutables, et elles ne mire nt a aucun moment en peril 1'existence de la communaute. Loin meme qu'elles aient entrave son develloppement, elles s'effacent plutot au milieu de progres et d'agrandissements reguliers. Le xm c siecle correspond, en effet, pour notre abbaye a une reelle periode de prosperite. Si quelques possessions ou privileges lui sont alors ca et la contestes, en revanche, d'une part elle s'enrichit de biens nouveaux, d'autre part elle etend considerablement le cercle de ses relations avec des communautes ou des personnages puissants. On verra encore les comtes de Champagne figurer au premier rang parmi ceux-ci. La premiere contestation dans laquelle se trouva engagee 1'abbaye du Bricot se produisit en 1219. Une de ses proprietes de Chatillon, ou tout au moins de la paroisse de Chatillon, y donna lieu. II s'agissait de quatorze journaux de terre, peut-etre des pres, sur lesquels un certain Girard Le Char-

1'ROSPERlTE DE L*ABBAYE AU XIII C SIECLE 49

pentier elevait des pretentious. Ge terrain, d'apres le dire du demandeur, lui avait etc precedemment cede en gage ou hypotheque ; il alleguait aussi les droits de plusieurs tiers, auxquels, a Ten croire, une partie du fonds litigieux devait revenir a litre d'heritage. A de semblables preventions, aussi peu justifiees qu'inattendues,les religieuses firent naturellement la sourde oreille. Girard poussa la presomption jusqu'a saisir de sa cause la juridiction ecclesiastique du diocese, 1'officialite de Troyes. Esperant 1'intimider, il cita par-devant ce tribunal 1'abbesse du Bricot. Mais lorsqu'on 1'invita a faire la preuve de son droit pretendu, qu'on lui demanda de se porter garant pour ses co-interesses et d'accepter une assignation d'audience, Girard se refusa piteusement a tout. L'official rendit, en consequence, en faveur de 1'abbesse, une sentence de conge-defaut, qui la degageait de toute poursuite '. L'instance n'eut, de la sorte, pas d'autre efFet qu'un ennui momentane cause aux religieuses de Notre-Dame-des-Bois.

Deux annees apres, elles faillirent en eprouver un nouveau, par leur faute cette fois, dans une affaire d'une nature plus grave, mais qui heureusement fut arrangee a temps et n'eut pas Tissue facheuse qu'on cut pu craindre d'abord.

Les souverains de la Champagne, pendant un certain temps, s'etaient arroge le droit d'imposer aux communautes religieuses de leurs Etats des

i. V. pieces jitstijicatives, n X.

abbes et des abbesses de leur choix. Cette usurpation cessa des le regne de Henri le Liberal (i 1 5 2- 1 181), peut-etre meme des celui de Thibaud le Grand (i i25-i 162), son pere; elle laissa neanmoins des traces en ce que certaines communautes etaient astreintes, avant de proceder a 1'election d'un superieur, a demander une autorisation, qui, a la verite, ne se refusait pas l . On s'etonnera moins, pour ce qui touche a 1'abbaye du Bricot, de cette espece de dependance a laquelle elle n'echappa point, si Ton songe a ce qu'elle devait aux comtes champenois, qui, presque des sa naissance, s'etaient montres ses bienfaiteurs et qui, en I'affranchissant de la tutelle de Montier-la-Celle, 1'avaient, en quelque sorte, prise sous leur propre patronage. Quoi qu'il en fut d'ailleurs de la legitimite de leur droit, il arriva qu'en 1221, le Bricot cut a pourvoir au remplacement d'une superieure, que la mort vraisemblablement lui avait ravie. Soit ignorance, soit oubli, ne tenant aucun compte de 1'usage, le chapitre arreta le choix d'une nouvelle abbesse sans avoir pris soin prealablement de se munir de 1'autorisation indispensable. '

La Champagne avait alors pour comte un jeune prince, brillant, lettre, poete meme et poete non sans merite, Thibaud IV, que ses talents de trouvere firent surnommer le Chansonnier. Age de vingt ans a peine, Thibaud, qui venait d'epouser la

i. D'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. Ill, p. 171,

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