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Chatillon, il refusa et de se soumettre a la superieure et d'endosser la livree monastique. Pour punir son manque de foi et son insubordination et 1'amener a resipiscence, 1'abbesse ne vit d'autre moyen que de confisquer une partie de ses dimes. Mais ce remede n'ameliora rien et la situation, se prolongeant, devenait intolerable. G'est pourquoi, apres huit ans, las de guerroyer 1'un contre 1'autre sans resultats, 1'abbesse et le cure convinrent de s'en remettre, pour la solution de leur litige, a la juridiction ecclesiastique du diocese, a 1'officialite de Troyes '.
L'abbesse Marguerite porta contre Eudes une accusation de manquement a ses promesses et de revoke contre son autorite; Eudes se plaignit, dans une demande reconventionnelle, que 1'abbesse cut leve sur les dimes a lui afferentes cinquante setiers de ble et autant d'avoine. L'abbesse avait pour procureur un clerc que Ton nommait Jean de Sommeyevre. Elle produisit contre son adversaire plusieurs temoins, dont les depositions etablirent clairement qu'il avait failli a de formels engagements. Apres cela, il n'etait pas bien difficile de demeler de quel cote se trouvait le bon droit. Aussi la sentence de 1'omcial 2 condamna-t-elle le cure de Chatillon a reconnaitre obeissance a la superieure du Bricot et a porter le costume de la communaute. Quant a 1'abbesse, le juge diocesain prononca le
non-fonde de la poursuite intentee centre elle I . Fort heureusement, toutes les personnes avec lesquelles 1'abbaye du Bricot entretenait des rapports ne montraient point le caractere deloyal et processif d'Eudes. Si les chanoines de Troyes, par exemple, avaient eu 1'humeur chicaniere, rien ne leur cut ete plus aise que d'appeler, k leur tour, la pauvre abbesse de Notre-Dame-des-Bois devant la justice. Mais, plus avises que le cure de Ch&tillon et moins oublieux du principe que le pire accommodement est preferable au meilleur proces, ayant avec nos religieuses quelque matiere a litige, ils choisirent sagement de la regler par une entente amiable.
e - c \ ^ l ^ s'agissait la aussi de dimes. L'abbaye du Briv cot percevait a son profit les dimes de vin de Fon-
i. L'eglise de Chatillon-sur-Morin passe pour avoir ete celle d'un monastere. Mais de 1'existence de ce monastere on n'a nul indice. Est-ce le souvenir altere du droit de patronage des abbesses du Bricot qui a donne naissance a cette tradition, que rien ne confirme, ou bien faut-il penser qu'k un moment donne, Notre- Dame-des-Bois aurait entretenu a Chatillon, pour le service de Peglise, un petit college de clercs, une sorte de chapitre compose de fibres ou religieux vivant sous sa regie, comme ceux existant au Bricot dont nous avons parle plus haut (p. 3g) ? II est difficile de se prononcer. L'eglise actuelle parait dater de la fin du xv siecle. Elle est plus remarquable par ses dimensions, assez grandes pour une construction rurale, que par son style, quelque peu grossier. Cependant M. Poinsignon (Geographic de la Marne p. 89), vante la regularite de son plan..., la beaute de ses voutes et de ses trois nefs . Deux sveltes et elegantes colonnettes aux chapiteaux finement sculptes, de la bonne epoque du xm siecle, que Ton peut voir dans le chceur, attestent 1'existence anterieure d'un Edifice plus soigne.
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taine-Denis et de Saint-Quentin-le- Verger '. Seulement, elle devait au chapitre de la cathedrale de Troyes quarante sellers sur les premieres, completees, en cas d'insuffisance, par les secondes. Or, il n'etait point rare que, la recolte se trouvant peu abondante, le total des unes et des autres restat inferieur a quarante setiers. En Tannee 1288, la communaute se voyait, de ce fait, debitrice envers les chanoines d'une somme de treize livres tournois, representant les arrerages de sa redevance en vin. Le chapitre lui proposa alors de la tenir quitte et des arrerages dus, pour le passe, et de la rente, a 1'avenir, si elle consentait a lui faire 1'abandon des deux dimes. Les religieuses, reunies en conseil, delibererent entre elles, et, convaincues qu'un pareil arrangement leur etait avantageux, accepterent la proposition. Par un acte en regie date du 3o septembre 1288, 1'abbesse Marguerite et le couvent firent cession au doyen et au chapitre de la cathedrale de Troyes de tous leurs droits sur les dimes de vin de Fontaine-Denis et de Saint- Quentin-le- Verger 2 .
II a ete question plus haut, a propos du seigneur de Launat, d'un Jean de Verdey que les Feoda Campania donnent comme son vassal. Ce nom reapparait dans un document de 1'annee 1 287 ou figure en meme temps celui du Bricot et qui nous
1. Saint-Quentin-le- Verger, commune du canton d'Anglure, arrondissement d'Epernay (Marne).
permet de ranger ce seigneur parmi les bienfaiteurs de notre abbaye.
Jean de Verdey, dit aussi Jean Longauz, ecuyer, et sa femme Marguerite etaient proprietaires de terres et de droits a Chatillon-sur-Morin et sur le territoire de cette localite. A la date que nous venons d'indiquer, au mois de septembre, ils transfererent tous ces biens ou droits a Jean Gharmeit de la Saucerte, ecuyer, et a sa femme Marguerite. Mais ils stipulerent que ces derniers paieraient chaque annee aux religieuses du Bricot une rente de trois setiers de grain,' par moitie ble et avoine, comme aussi qu'ils continueraient aux eglises de Notre-Dame de Montleand, pres Montmirail, et de Chatillon-sur-Morin les rentes grevant les proprietes cedees, et qu'enfin ils serviraient a une certaine Marie de Doulent, nonain de 1'abaye du Blicor , sa vie durant, une autre rente assise sur les memes terres. Gette affaire fut conclue en presence de Robert de Puisieulx et de Laurent, Tun abbe et 1'autre prieur de Ghantemerle l . Plusieurs autres personnes, des seigneuries desquelles mouvaient les fiefs alienes, prirent part a la transaction pour 1'approuver; ce furent damoiselle Agnes, dame Vlataud et sa fille Perrote, Thibaud Longis et sa femme Heloi'se, tous personnages par ailleurs
i . Communaute de chanoines seculiers d'abord, puts reguliers sous la regie de saint Augustin (ii35), qui devait sa fondation aux comtes de Champagne. Robert de Puisieulx en fut abbe pendant de longues annees. II mourut en i3a6 (Gallia Christiana, t. XII, col. 592, 598).
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inconnus. La charte qui en fait foi ', datee de 1287, avons-nous dit, presente cette particularite interessante qu'elle est le premier de nos documents sur le Bricot redige, non plus en latin comme tous ceux qui precedent, mais en francais 2 .
Vers la fin du xm e siecle, en 1 292, aux sources, assez nombreuses, de revenu dont elle disposait deja, mais qui toutes se rattachaient a 1'agriculture, 1'abbaye du Bricot en ajouta une nouvelle, relevant d'un domaine different. Nous voulons parler d'une tuilerie, etablie pres de Ghatillon-sur- Morin, ou. ce genre d'industrie s'exerce encore de nos jours, qui lui fut donnee par un chanoine de Troyes, Henri de la Noue, un parent peut-etre des chevaliers Herbert et Robert de la Noue, mentionnes plus haut. Ce clerc accomplit son aumone entre les mains de 1'official. On convint qu'en retour, les religieuses feraient celebrer,
2. II est incidemment question du lieu du Bricot dans un acte, date de septembre 1290, relatif a 1'abbaye de Notre-Dame du Jardin-les-Pleurs. Jean de Gourganfon et sa femme Marguerite apportent, comme garantie d'une vente qu'ils ont consentie en faveur de cette communaute, les biens qu'ils possedent au Bricot : Et quant a ce fermement tenir et acomplir, lidit vendeeur ont obligie..., chacun pour le tout..., eus et leur hers et touz leur biens et les biens de leur hers, muebles et non muebles, presanz et a venir, ou que il puissent estre trovez, et especiaument en contre-pleige de garantisse quanque il eut au Bricpr de 1'eritage a la dite damoisele, a joi'r et a esploitier, si comme 1'an doit joi'r et esploitier de contre-pleige de garantisse, selon 1'usage ou la coustume du pai's... (Leonce Lex, Martyrologe et chartes de Vabbaye de Notre-Dame du Jardin-les-Pleitrs, p. 22-24.)
chaque annee, dans leur chapelle,des messes et des anniversaires a 1'intention du donateur, de ses parents defunts et d'une sceur, du nom d' Alice, qu'il avait encore l .
Une derniere fondation de meme nature nous conduit presqu'au seuil du siecle suivant. G'est celle d'un Pierre de Courgivaux, ecuyer, a la memoire de sa mere defunte, Lucie de Gironde, nom qui nous rappelle celui de Renaud de Gironde, dontles deux sceurs, cinquante ans auparavant, avaient pris le voile au Bricot 2 , et qui se rattache evidemment & la meme famille. Elle cut lieu en 1298. Pierre de Gourgivaux ceda a 1'abbaye de Notre-Dame-des- Bois, pour cet anniversaire et le sien, un cens que lui payaient des habitants de Sezanne 3 .
G'est ainsi que peu a peu, sous forme d'interets nouveaux, s'etablissaient entre nos religieuses et la petite ville de Sezanne les liens qui finalement devaient les attirer dans les murs de 1'hospitaliere cite.