‹ Histoire de l'Abbaye du Bricot en Brie (XIIe siècle-1792) [microform]Chapitre 68 sur 194 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

l5o HISTOIRE DE L' ABBA YE DU BRICOT

authorite, en vertu de la sainte obedience, laretira & soy ' w.

Le depart de la prieure causa parmi les dames du Bricot une veritable desolation. La petite communaute comprenait alors, outre la superieure, sa sceur, Gabrielle de Guedon, sous-prieure, Charlotte de Chenu, celleriere, Louise d'Arzillemont, chantre, et Marguerite de Cambrai, sacristine, c'est-a-dire, avec 1'abbesse, en tout cinq professes seulement, n'y ayant de present autres religieuses qu'elles en icelle abbaye . Abandonnees par celle qui leur avait servi d'initiatrice et en quelque sorte de mere dans la vie religieuse et pour laquelle elles s'etaient eprises d'une filiale et mystique affection, il semblait a ces timides filles, toutes fort jeunes, que e'en etait fait de leur pauvre couvent et elles se demandaient, non sans anxiete, ce qu'elles allaient devenir. La dispense d'age accordee a 1'abbesse lui interdisait d'une facon absolue, jusqu'a trente ans revolus, a peine de nullite de son privilege, toute immixtion dans le gouvernement de 1'abbaye sans 1'intervention et conseil de la plus ancienne religieuse. Or, 1'abbesse n'etait encore que dans sa vingt-quatrieme annee, et la plus ancienne de ses compagnes n'avait pas vingt-six ans. Ce qui augmentait leurs regrets, c'est qu'il n'existait, dans tout le pays, aucune autre abbaye du meme ordre reforme de cloture que le Paraclet, ou

i. Arcliives departementales de la Marne, serie H, fonds de I'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton III, liasse 12.

vivaient vingt professes, sans compter soeur Marguerite, et un certain nombre de novices '.

Leur violent desespoir inspira aux religieuses du Bricot une grande resolution. Elles deciderent de s'adresser au pape, afin d'obtenir qu'une personne aussi necessaire a 1'avenir de leur communaute que leur semblait etre soeur Marguerite Des Massues put lui etre rendue. Dans la pressante supplique qu'elles redigerent dans ce but a 1'adresse du saintpere, elles demandaient humblement que cette religieuse fut autorisee a revenir parmi elles et a y passer le reste de sa vie. En vain, faute de ce, disaient-elles, sembleroit toute la grace et faveur reciie par ladicte abbesse en son institution, n'a}^ant aucune ancienne religieuse en son monastere , estans la plus part aagees d'environ vint ans, et qu'aucune ne passe guieres la vint-cinquiesme annee . Elles ajoutaient que, si cette faveur leur etait refusee, ce serait pour elles une manifeste desolation et laissera une tres cuisante mais pourtant tres juste douleur et regret d'elle au coeur de toutes. Cette requete futmise en forme authentique par le cure de Barbone, Jean Ragon, docteur en theologie de la faculte de Paris et notaire apostolique. D'un commun accord les religieuses constituerent un procureur charge de la deposer en leur nom aux pieds du souverain pontife, luy representer bien distinctement toutes les choses cy-des-

i. Archives departementales de la Marne, serie H, fonds de I'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton III, liasse 12.

sus exprimees et le supplier de transferer au Bricot soeur'Des Massues, la dispensant de 1'obedience qu'elle devait a la dame abbesse du Paraclet '. Quel fut le sort de cette touchante demarche? Nous I'ignorons. Un evenement d'une gravite plus haute survint, sur ces entrefaites, qui prit le pas sur tous les autres et les relegua dans 1'ombre derriere lui. L'abbaye de Notre-Dame-des-Bois allait quitter le Bricot. Tout, depuis deux ans, avait montre qu'elle n'y pouvait desormais prosperer. Les efforts reunis de Paule de Guedon, du vicomte et de la vicomtesse de Saconay, n'avaient abouti, en somme, a grouper autour de 1'abbesse qu'une maigre communaute de cinq professes, et voila que, par le depart de la plus indispensable d'entre elles, 1'existence du malheureux couvent se trouvaitune fois encore remise en question! II semblait qu'une fatalite pesat, depuis un certain nombre d'annees, sur les lieux memes qu'il occupait, et que l'emplacement qui avait servi de berceau propice a son enfance fut devenu funeste a sa maturite. On ne peut meconnaitre que les temps avaient change. Au xn c siecle, alors qu'une foi profonde servait de frein aux passions, la situation de la petite abbaye en un lieu forestier et escarte au fond des bois, loin de tout centre d'habitation important, avait pu paraitre favorable a la vie contemplative et au recueillement, sans etre dangereuse pour la securite de ses habitantes.

i. Archives departementales de la Marne, serie H, fonds de I'abbaye de Notre-Dame du Bricot, carton III, liasse 12.

Mais depuis, des guerres politiques et civiles, deshoriorees par toutes sortes d'exces, avaient acclimate dans le pays le brigandage, et la religion n'etait plus une barriere suffisante auxmalfaiteurs. Telle fut principalement la raison pour laquelle on decida que la communaute emigrerait a Sezanne. Ce parti, raconte Baugier, fut pris pour la commodite des religieuses, mais beaucoup plus encore pour leur seurete, parce qu'etant au milieu des bois, elles etoient sujettes a mille accidents auxquels une telle situation les exposoit r .

Les religieuses du Bricot obtinrent, des le 29 novembre 1627, le consentement des habitants de Sezanne pour s'etablir dans un faubourg de leur ville l . Aussitot elles adresserent al'eveque du diocese, Rene de Breslay, unerequete tendanta cequ'il leur fut permis d'operer le transfer! de leur couvent. Les motifs ailegues etaient qu'ayant le desir de servir Dieu en la purete de leur raigle, avec nombre et accroissement de religieuses capables de conserver a perpetuite le service divin , elles ne le pouvaient faire audict lieu du Bricol, attendu que la situation du lieu est fort incommode et comme mise au milieu des bois, exposee a la mercy des coureurs et meschans garnemens, pour estre les bastimens ruynez , joint que la

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