‹ Histoire de l'abbaye royale de JumiègesChapitre 10 sur 20 · US · texte numérisé non relu

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lui retraçait toutes les choses séduisantes qu'il avait pu entendre dans les confessions, et quoiqu'il fût accablé par les ans et les infirmités, il aspirait à des jouissances interdites à sa profession et à ses facultés physiques.

Il mourut âgé de quatre-vingt-cinq ans. Il était grand prédicateur , et s'appliquait à ne fréquenter que les personnes de distinction, auprès desquelles il affectait la vertu la plus austère. 11 n'aspirait à rien moins que d'être mis après sa mort au rang des saints : mais les suites des possessions de Loudun frustrèrent ses espérances. - ,

En songeant à la malheureuse catastrophe d'Urbain Grandier, à l'iniquité de ses juges et à la perversité de ses accusateurs , on ne peut faire autrement que de déplorer l'état d'ignorance et le fanatisme qui régnaient alors. Il faut espérer, d'après le progrès des lumières, que jamais de pareilles scènes ne se renouvelleront parmi le peuple qui passe , aux yeux de toutes les nations , pour être le plus civilisé de l'Europe.

On ue pourra s'étonner que Ban'é ait choisi Juraiéges pour le lieu de sa retraite , quand on saura que les principes qu'il professait , et dont Urbain Grandier fut malheureusement

victime , s'y trouvaient consacres ; qu'un des abbés et docteur n'a pas eu honte d'affirmer, en i43o, que Jeanne d'Arc était sorcière; que les moines , au mépris de la raison , eii 1 606 j ont fait mettre un malheureux en jugement , en l'accusant d'avoir , par sortilège, fait élever les eaux de la Seine audessus de leur niveau ordinaire. • On ne sait s'il a été brûlé , les mémoires n'en disant rien ' ; mais connaissant l'accusation et les accusateurs, il y a lieu de le penser, d'après les crimes judiciaires de ce genre qui se commettaient alors ; et on peut croire que , dans les temps modernes , si ces mêmes religieux , auxquels on doit des éloges à plus d'un titre , mais qui sous ce rapport ont mérité l'exécration de l'humanité , eussent pu trouver des juges imbus de ces principes atroces, ils aui'aient peut-être fait renouveler ces horreurs, puisqu'ils croyaient ou feignaient de croire aux sorciers et aux possessions , et qu'ils faisaient métier d'exorciser. Ils ont pratiqué ces jongle-

I. On trouve seulement dans les mémoires que le parlement fit cette année ( 1606) le procès à un homme accuse d'être sorcier, et d^a^oir , par ses maléfices, causé le débordement fluhit de la Seine , qui avait monté le lundi de Pâques de Tannce précédente jusqu^à la grande porte de Tabbayc , et rniw' plus de 3oo toises des murs du Courtil.

ries jusqu'à leur destruction. C'est , à n'en pas douter , à eux que les habitants sont redevables d'une foule de pratiques superstitieuses du même genre , que la religion et la raison condamnent cf .élément , et que le temps fera certainement tcinber en désuétude.

En i65i , la grosse cloche de l'abbaye fut fondue et fut bénite par Parchevêque de Rouen , qui lui donna le nom de Marie. Quelques années auparavant , les religieux avaient traité avec l'abbé pour la construction* d'un nouveau logis abbatial dans le bourg. Ce fut à cette même époque que par des concessions ils obtinrent l'ouverture de la rue de la Poterne à Rouen , qui jusque-là n'avait été qu'un impasse.

Cette abbaye , si souvent visitée par des souverains et des princes, eut l'honneur ( en Septembre 1 720) de recevoir dans son enceinte Jean Casimir y roi de Pologne et de Suède , qui, s' étant retiré en France après une abdication volontaire , vint passer dans l'austérité du monastère de Fécamp des jours précieux qu'il eût dû consacrer au bonheur de sujets qui mirent en lui leur confiance et dont il déçut l'espoir. La communauté de Jumiéges le reçut aux portes du monastère , au son de toutes les cloches. Le prieur lui fit une

harangue, et le conduisit ensuite à l'église, où il entendit vêpres ; après quoi le prieur , le sous-prieur et d'autres religieux le conduisirent à la salle des Hôtes , où les officiera lui servirent à souper. Il paitit le lendemain.

Pendant la nuit qu'il passa à Jumiéges, le tonnerre tomba sur la grange du Manoir , au Mesnil , qui jadis avait servi de salle à la belle Agnès, et causa un dommage de plus de 3,000 livres.

En 167 1 , on députa vers M. de Harlai, alors archevêque de Paiis, pour la réception du logis abbatial élevé les années précédentes hors l'enceinte du monastère , sur un fonds de terre que la communauté avait acheté de plusieurs particuliers. Le prélat envoya des experts pour en faire la visite ; et , sur leur rapport , il déchargea les religieux des engagements contractés envers lui relativement à ce nouvel édifice , auquel il reconnut qu'il avait été employé des sommes considérables et beaucoup au-dessus des conventions arrêtées en 1649 » dont il demanda à n'être jamais inquiété. La dépense s'élevait à plus de 65,ooo livres.

Ce logis , qui subsiste encore , a 1 1 7 pieds de long, 4^ de large, et 36 de haut, depuis le pavé jusqu'à la naissance du toit. Les rece-

veurs de Tabbë , qui Toccupèrent, le qualifièrent de château , Tabbe de Saint-Simon , de palais : quoiqu'il ne méritât jamais aucune de ces qualifications , néanmoins Tépithète de château lui est restée.

A cette même époque , des troubles agitèrent les habitants de Jumiéges et du Mesnil contre les religieux , qui s'étaient fait céder par ces habitants une grande portion du marais , à un endroit nommé TOraille , près l'église du Mesnil , sous la condition d'acquitter au fisc une somme assez considérable que ces mêmes habitants devaient pour l'amortissement de leurs héritages. Les religieux voulurent enclorre de fossés le teiTain qui leur avait été cédé ; mais les habitants détruisaient la nuit ce que les religieux avaient fait pendant le jour. Un moine s' étant transporté sur les lieux , pour s'opposer aux habitants , fut impitoyablement massacré par eux, sans que jamais on ait pu découvrir les coupables. Après ce meurtre les travaux furent continués sans opposition.

Depuis long-temps les vicaires de la péninsule et de Duclair souffraient avec peine la suprématie des religieux de Jumiéges , qui , commet curés, officiaient dans leurs églises aux

fêtes solennelles , surtout, à celles patronales. Celui de Duclair fut le premier à lever l'étendard et à vouloii' secouer un joug qui les révoltait ; mais ils furent contraints de rester dans la soumission. Une sentence du bailli de Rouen, du i5 Mai 1687, J^siîntint les religieux dans leurs prérogatives.

Vers le même temps , la nef de la grande église , qui avait eu besoin de restauration , fut entièrement réparée. Le pavé fut renouvelé en pierre de taille. En 1690 , on fit démolir les vieilles infirmeries construites au milieu du jardin , sur la première tentasse ; et en 1698 , on construisit une chapelle dans la nef , en Thonneur de saint Valentin.

On sait que dans notre contrée nous sommes redevables aux pieux cénobites, outre les autres motifs de reconnaissance , de la conservation des sciences acquises par d'autres peuples qui nous ont précédés. Et ceux même qui ne leur ont accordé pour tout mérite que d'avoir été nos bibliothécaires , ne peuvent disconvenir que , malgré toutes les critiques , peut-être méritées à certaines époques par leurs mœurs , ils ont le plus contribué à la civilisation , et que nous leur devons , en quelque sorte , la perfection à laquelle les ar!s et les

( 154 ) sciences sont parvenus ; en un mot , les progrès en tout genre que T esprit humain a faits jusqu'à ce jour. Mais le nom de la plupart de ceux à qui nous sommes redevables de ces dons est resté dans l'oubli , parce que leur modestie et leur humilité leur faisaient mépriser les honneurs.

Pour l'ami des sciences toujours désireux de savoir , il est agréable de connaître ceux qui , par leurs savants travaux , ont contribué à lui faire acquérir des connaissances.

Jumiéges , sous ce rapport , a possédé un grand nombre de sujets qui ont mérité que leur nom fût transmis à la postérité ; mais il n'y en a qu'un petit nombre qui soient connus et que nous avons mentionnés : celui des auti'es est ignoré.

Jean Garet sem le dernier que nous aurons à citer. Il naquit au Havre vers 1627, et mourut à Jumiéges , où il était religieux , en 1694. II fut éditeur des ouvrages de Cassiodore , avec des notes, imprimés à Rouen en 1679 , sous la protection de M. Letellier , chancelier de France. Il fit cette édition sur une réunion de plusieurs manuscrits et d'anciennes éditions qu'il compara et dont il rectifia les fautes du texte. Dans sa préface, chef-d'œuvre d'érudition ,

ii a donné l'explication de plusieurs passages commentés par des savants qui ne les avaient que très-imparfaitement compris , et a composé de plus, dans la belle édition qu'il a publiée des oeuvres de Cassiôdore , une notice sur la vie de cet illustre historien. D. Garet mourut à Jumiéges , et fut enterré dans le cloître , le troisième du côté de Téglise. On mit simplement sur sa tombe : 24 septembre 1694.

En 1 69g , les deuxième , troisième et quatrième cloches furent cassées et refondues avec tant de perfection , qu'elles se trouvèrent d'accord avec la première. On observe en passant que le carillon de Jumiéges passait pour un des plus parfaits de la Normandie.

L'année suivante , on forma le projet de construire un nouveau dortoir qui , d'après le plan dressé , devait avoir 1 55 toises de long sur 8 de large , et devait , outre les salles , contenir quaJrante-neuf chambres. Jacques Bayeux, architecte de Rouen , fiit chargé de l'exécution de ce plan. On traita avec lui le 29 Janvier 1701. Jja condition principale fut qu'il aurait i o livres 10 sols par toise d'ouvrage tant plein que vide, sa nourriture et son logement dans l'abbaye , et que les religieux fourniraient les matériaux. La première pierre fut bénite par le P. prieur ,

le 9 Avril suivant , et posée le même jour par le plus pauvre de la paroisse , qui fut habillé de neuf, et Taumône générale de la semaine fut augmentée de moitié , pour attirer la bénédiction du ciel sur Touvrage et sur les ouvriers. En 1 704» l'édifice était élevé de i5 pieds au-dessus de terre , et fut laissé là ; mais il fut question d'y mettre cinquante ouvriers pour le commencement de la campagne suivante. L'exécution de ce projet fut suspendue faute de fonds et parce qu'il fallut faire travailler à la nef de la grande église, qui menaçait ruine. Ce ne fut qu'en 17 12 que les travaux du dortoir furent continués. Une partie à peine était habitable en 1720; et le surplus ne l'a été que quelques années avant la révolution. Les religieux ne commencèrent à l'habiter qu'en 1732. Ils y logeaient depuis long-temps, quand ils firent démolir l'ancien dortoir où était la salle des gardes de Charles VIL Le nouveau dortoir était un des plus beaux de la congrégation.

L'abbaye était vacante depuis 1695, et les revenus avaient été mis en économat. Elle fut donnée , par la protection du duc d'Orléans, régent du royaume , à messire Claude de Saint- Simon , clerc tonsuré du diocèse de Paris , le 20 Janvier 1716. Il n'était alors âgé que de

vingt ans huit mois ; il était fils d'Eustache- Titus de Saint-Simon , seigneur de Falvi-sur- Somme , qualifié du titre de marquis de Saint- Simon. Il obtint ses bulles de Clément XI, le 5 Mars 17 19, et prit possession par un procureur le 3o Avril 1720. Après s'être rendu dans son abbaye , il vécut en commun avec les religieux, auxquels il témoigna beaucoup de bienveillance , ce qui leur fit croire d'abord qu'ils pouvaient le regarder comme un protecteur, et qu'ils le verraient vivre au milieu d'eux comme abbé régulier : mais il ne tarda pas à leur prouver qu'ils s'étaient trompés. Il employa bientôt tous ses soins pour s'enrichir à leurs dépens. Il commença son administration par faire casser le concordat fait avec le cardinal de Ferrare en 1 545, pour demander un nouveau partage , qui fut fait en 1722 , d après lequel il obtint 8,200 livi'es de revenu sur les religieux de plus que ses prédécesseurs. Son intention , comme il le disait hautement, était de les ruiner. Il les tourmenta tellement et porta si loin ses excès , qu'on fizt obligé d'infonner juridiquement contre lui devant le lieutenantcriminel du bailliage de Rouen , pour injures envers le prieur et voies de fait envers le cellerier, qu'il avait battu à coups de canne.

Ce fait , d'après une tradition connue des habitants , eut lieu au bas du Courtil , proche la loie nommée des Iles. Le procès criminel fut civilise et renvoyé devant des commissaires ; mais le prieur et le cellerier , avant leur de'cision, furent menaces de lettres de cachet ; de sorte qu'ils jugèrent à propos , pour n'être pas en butte à cette nouvelle persécution , de fiiir de Jumiéges. L'un se retira à Fécamp, et l'autre à Bourgueil.

Les religieux ne furent pas les seuls à se plaindre des procédés de l'abbé de Saint-Simon : il se lit également détester par les habitants. On connaît par tradition dans le pays plusieurs traits de lui. qui sont suflisants pour donner une idée de son esprit de domination et de son despotisme , qui ne militent pas à son avantage.

Voulant agrandir ses domaines et surtout planter en bois une certaine étendue de terrain en face de son habitation , il acquit ou lit l'échange d'un grand nombre de propriétés; mais comme il y eut des gens qui ne voulurent pas lui céder leurs héritages de bonne volonté, il employa la force pour les y contraindre. On lui reproche d'avoir fait mettre le feu à quelques habitations qui le choquaient ' , pour

I . Ce fait est affirmé journellement par Ic9 anciens haibîtantA»

S* en faire ceider le sol. On lui reproche aussi d'avoir , en l'absence d'un pauvre habitant , fait enlever sa chaumière qu'il tenait à consei*ver. On prétend qu'il était nuit quand le villageois fut pour rentrer chez lui , et qu'il chercha long-temps son habitation, ne pouvant se figurer qu'elle eût disparu pendant son absence. On sait dans le pays que l'abbé l'indemnisa généreusement , dans la crainte que cette affaire n'eût des suites fâcheuses ; et que ses descendants possèdent à Jumicges, proche la Seine « un héritage qui fut accordé à leur ancêtre pour la perte qu'il avait éprouvée.

Pendant que cies choses se passaient , on travaillait, aux frais des moines, à réparer les feimes de l'abbé, qui devenait de plus en plus exigeant à leur égard. Quand les réparations furent faites , il refusa de les accepter , et ce ne fut qu'en lui donnant une somme de i5,ooo livres qu'ils parvinrent à le calmer. Il exigea de plus le droit de percevoir le premier esturgeon et le premier saumon «qui seraient pris dans la Seine , où la pêche appartenait aux religieux. Toutes ces exactions « jointes à 12,000 livres de dettes et à 66,000 livres d'emprunts pour la construction du dortoir, où les armes de l'abbé de Saint-Simon

furent posées, obligèrent le chapitre-général de réduire la communauté à vingt religieux, et de transférer le noviciat à Saint-\yandrille , où il est resté jusqu'en lySg.

En 1 74o , les religieux , malgré le dénûment où ils étaient, fournirent du pain à six ou sept cents pauvres qui , par la famine existante alors , venaient chaque jour aux portes du monastère ; ce qui dura depuis la Toussaint jusqu'en Janvier l'j^i >, époque où commença la cotisation des propriétaires et des gens aisés en faveur des pauvres habitants de leurs paroisses respectives.

Le 23 Mars 1760 , le roi nomma pour abbé de Jumiéges le prince François -Camille de Lorraine , prêtre du diocèse de Paris et grandprévôt du chapitre de Strasbourg , qui mourut peu de temps avant la révolution. Il ne vînt jamais à Jumiéges , mais protégea toujours les religieux , pour lesquels il fit des sacrifices considémbles , notamment en les déchargeant de ce qu'ils devaient à la mense abbatiale pour la construction de leur dortoir. On prétend cependant que cet abandon fut fait pour les remercier d'avoir substitué ses armes à celles de l'abbé de Saint-Simon sur le tympan du nouveau dortoir.

A sa mort, il possédait à Jumiéges des biens qui ont été vendus en partie par M. Charles- Eugène de Lorminc , Joséphine - Marie de Lorraine, veuve de M. Victor- Amédée Savoie Carignan , ses héritiers , et en partie par le gouvernement.

Son successeur fut M. de Laumesnil , nommé au commencement de la révolution et qui n'a dû recueillir aiici^n des revenus de labbaye. On ne possède sur lui dans le pays que la tradition suivante , qu'il est vejiu prendre possession de sa charge ; que les habitants de Jumiéges sont allés au-devant de lui jusqu'à Duclair ; que ceux de ce dernier endroit , pour lui faire honneur, sont venus Taccompagner jusqu'au monastère , où il resta peu de temps , et on affiniie qu'il a élé une des victimes de la révolution. Puisse cette assertion être fausse !

Dans les derniers temps, les moines se trouvaient peu nombreux et presque tous s'étaient rélâchés de l'austérité de leurs prédécesseurs. La conduite de certains était un outrage aux mœurs et à la religion. Sachant que cet ordre de choses ne pouvait durer , et peut-être aussi présageant leur suppression , ils avaient fait des emprunts , anticipé sur leurs revenus pour le plus de temps possible ; ils avaient vendu jusqu'aux plombs

qui couvraient leurs e'difices ■. Cependant dans le nombre il s'en trouva toujours qui se firent vénérer par leurs vertus. Mais si généralement leur conduite ne fut pas exemple de blâme , une vertu qu'ils ne cessèrent de pratiquer fut la charité , qui valut à leur monastère , jusqu'aux derniers moments de son existence , le titre d'aumônier, titre justement mérité , qu'il devait à la bienfaisance des religieux et à leur zèle , <juî les portaient à secourir les pauvres, les veuves, les orphelins et les malades , auxquels ils n'ont jamais cessé de prodiguer tous les secours qui dépendaient d'eux. Dans le nombre on doit signaler D. Bride, qui les gouvernait en qualité de prieur au commencement des troubles l'évolutionnaires , et qui partit de Jumiéges en emportant l'estime et les regrets de ses confrèies et des habitants. Il a fait depuis l'édification des fidèles d'Yvetot , dont a il desservi la paroisse jusqu'à sa mort, arrivée depuis peu d'années. D'autres lui ont survécu : mais nous regrettons de n'en pouvoir dire autant de tous.

A la révolution , l'abbaye a subi le sort de

I. La vente des plombs produisît peu de ckose aux moines : celui qui les avait achetés ayant fait de mauvaises ailaîres, ils ne reçurent qu'une faible partie du prix.

lieaucoup d'autres. Vendue par le gouvernement , elle a été li\Tée à la destruction. Les monuments qu'elle possédait ont été détruits ou mutilés ; les ornements des é;çlises , les vases sacrés et l'argenterie , dont les moines n'avaient pu s'emparer personnellement ' , ont été livrés au trésor public. La bibliothèque , une des plus riches de la province , a , pour ainsi dh'e , été livrée au pillage. Cependant la majeure partie des livres qui la composaient ont été portés à Rouen , et sont maintenant à la bibliothèque de cette \ille , dont ils ne forment pas la partie la moins intéressante. Divers renseignements précieux , laissés à la disposition de l'ignorance , ont été la proie des llammcs * ,

1. L^auteur possède les procès-verbaux en forme constatant quelques objets cle cette nature qui ont été livrés au gonvornement. La plupart de ces procès-verbaux sont rédigés dans un style à donner Tidce de Tesprit dont étaient animés ceux qui faisaient les livraisons. Dans un qui ne contient que la description d'objets d'une valeur très-modique , on trouve que NN. « oui dépose >» au district montagnard d'Yvetot les restes des hocbets de la » superstition et du fanatisme , provenant de leur ci-devant » église , k usage du ci-devant culte catholique. »

2. On a poussé l'extravagance au point de briMcr jusqu'aux titres qui constataient des droits que les habitants avaient dans la forêt et dont ils sont maintenant privés. M.Lesniïi, décédé récemment maire d'Yainville , a eu le bon esprit de sauver des mains des incendiaires ceux concernant sa commune , et ses administres lui doivent Vobligation d'en recueillir les avantages.

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