SES PRODUCTIONS , SA POPULATION , ETC
Ijes premiers objets qui frappent la vue du voyageur qui vient visiter ce coin de terre , sont les antiques clochers de la grande église de Tabbaye , que leur élévation fait apercevoir de très-loin. En les approchant par le côte septentrional , quand on est sur le point d'arriver au pied , on découvre Téglise paroissiale , qui se trouve cachée dans cette direction par des arbres qui sont sur les propiîétés environnantes
( 168 ) Ce monument est très -imparfait. I^ nef est celle qui fut construite au commencement du XII^ siècle. Elle est beaucoup plus étroite que le chœur ; les fenêtres en sont extrêmement petites ; quelques-unes ressemblent aux meurtrières des anciennes forteresses : cependant il en existe d'autres qui sont un peu plus grandes; elles ont i mètre ( 3 pieds) d'ouverture , tandis que les premières n'ont que i6 centimètres (6 pouces). Le haut de toutes est en demi-cercle. Deux allées , une de chaque côté , sont divisées du centre de la nef par des piliers carrés qui portent des arcades à plein cintre. La partie qui compose le chœur est beaucoup plus large, et renferme deux rangs de colonnes de divers ordres. Toute cette partie est le commencement de l'exécution du plan entrepris en iSSy par l'abbé de Fontenai , et qui n'a pas été terminé. Un toit posé sur ces colonnes et sur des murs qui devaient porter dès voûtes beaucoup plus élevées , des chapelles qui tombent en ruines , donnent à cet édifice, un aspect désagréable.
Cependant , quoique la partie du chœur forme une dlspa^.'^te frappante avec la nef , elle annonce l'ébaucha d'un monument, cohsidé-rablc et d'un très-bon goût. Les. colonnes d'une belle proportion , ornées de chapiteaux d'une
( 169 ) forme sévère , paraissent s'assortir parfaitement au monument pour lequel elles étalent destinées, et font regretter qu'il n'ait pas été fmi.
Les croisées des chapelles , percées dans de très-grandes proportions , sont en ogive. On y remarque quelques vitraux peints , très-bien exécutés , représentant divers sujets tirés de Técriture-sainte.
Le plus remarquable de ces vitraux, et cependant dégradé dans diverses parties , est très-compliqué.
Ce qu'il oiFre de plus apparent est le monstre de l'Apocalypse ou le dragon à sept têtes.
Au-dessus est un ange qui cherche à le percer avec une lance. Dans le fond CvSt un payvSage où l'on voit une tenté et le veau d'or placé sur une colonne, avec plusieurs personnages rangés autour qui l'adorent. Plus haut on aperçoit les prophètes , parmi lesquels on distingue Moïse brisant les tables de la loi contre la montagne , devant Aaron , ensuite gardant les troupeaux ; saint Jean écrivant l'Evangile; Jésus -Christ au milieu des apôtres. En avant-scène et au bas du tableau est le crucifiement ; l'arbre de la science autour duquel est enlacé le serpent; Te sacrifice d'Abraham ; le buisson ardent , etc.
Quoique ce vitrail , qui ne forme qu'un seul
tableau sur le même fond , renferme une grande quantité de scènes qui ne devraient pas être réunies , et bien qu'il pèche par le défaut d'unité de lieu , de temps et d'action , il offre beaucoup d'intérêt sous le rapport de la correction du dessin , de l'expression des figures et de la vivacité des couleurs. Les chiffres iSyo paraissent indiquer^ qu'il fut fait à cette époque.
Un autre , beaucoup plus dégradé , représente un Ecce homo. Il est contenu à peu près dans le quart de la vitre : le surplus a été détruit et remplacé par des verres blancs , et devait offrir les autres scènes de la passion.
Un troisième représente , entre plusieurs sujets remarquables , Suzanne surprise au bain. Le dessin est d'une petite dimension, et le sujet, quoique exécuté d'une manière très-gracieuse, passe , d'après certains rigoristes , pour être trop libre pour l'endroit où il se trouve.
Le mieux consei'vé renferme trois tableaux.
Celui du milieu est le plus remarquable. U représente la mort ou la dormition de la Vierge. Les personnages sont d'une assez grande dimension , les figures dessinées avec correction , et le coloris est de la plus grande vivacité. Les draperies, qui sont très •- riches , sont aussi parfaitement dessinées. Saint Pierre lisant^
placé en avant »- scène , fait illusion et paraît anime. Le reste des apôtres et d'autres personnages ne paraissent guère moins intéressants. Dans le haut on voit le Père-Eternel et Jésus- Christ portés sur des nuages. Un endroit où le Saint-Esprit devait être représenté , a été remplacé par des verres blancs. Dans le bas , le dernier tableau représente la mer agitée , un vaisseau battu des flots , et Jonas jeté à la mer par ses compagnons ; une autre scène le représente au moment où la baleine le rejette sur le rivage.
Une inscription^ en très -beaux caractères gothiques , indiquait sans doute le nom de l'artiste ; mais une partie est détruite , et on ne
peut lire que Jacques * iSyô, date
où ce vitrail a dû être fait. Il est placé dans la deuxième croisée nord , en partant du bout du chœur. Il est à présumer que le défaut de soin qu'on met à l'entretien et à la conservation de ces précieux chefs-d'œuvre , fera que bientôt il n'en restera plus de vestige. Plusieurs autres qui s'y remarquaient il y a quelques années , et qui n'étaient pas moins dignes d'admiration , ont été brisés et remplacés par des verres blancs.
Le fond de l'autel est formé d'une dépouille de l'abbaye. C'est un grand tableau tellement
noirci par la fumëe des cierges , qu'il est impossible d'en distinguer le mérite. Il représente une Assomption. Son encadrement es^ formé de plusieurs pilastres cannelés en bois, ^vec dps moulures dorées. On voit sur un cartotiche les chiffres 1628. Il avait été donné par un prieur de Longueville , et mis dans la chapelle de la Vierge. 11 existe sur l'autel deux autres petits tableaux assez bien peints : Tun représente saint Romain détruisant la gargouille ; et l'autre saint Valentin , patron de la paroisse , faisant fiiîr miraculeusement les mulots qui désolaient la, péninsule. L'extérieur de cette église précepte oHie masse sans proportions régulîèi'es ; ' ti^anmoins, en examinant soigneusement les murailles du chœur , on y remarque des beauté de détail susceptibles d'intérêt. Les sculptures qpai sont au sommet des contre-forts placés entre chaque croisée , sont d'un travail trcs-soigné ; et malgré l'état de délabrement de cette église , qui menace ruine dans divers endroits , la partie qui cqmpose le chœur mérite de fixer l'attention des aîÉnis des arts. Un intérieur de cette partie a été peint en 1824 par un jeune artiste ' , qui Ta rendu avec une scrupuleuse
*T. M. C Goureau.
exactitude. Son tableau a mérité les lionneurs de Texposition. La nef n'est pas non plus sans intérêt , quoique d'une architecture très-simple , par rapport à son antiquité. Il a été dit dans Thistorique qui précède que cette basilique était surmontée d'une tour ; mais il n'en reste aucun vestige. La cloche est placée dans un clocher , en forme de pavillon , surmonté d'une croix et d'un coq ; le tout soutenu par un mauvais échafaudage en charpente , et s'élevant à peu de hauteur au-dessus du toit , entre la nef et le chœur. Avant 1789, il existait trois cloches dans ' cette espèce de clocher : deux ont été bi'isées pour faire des canons, et la troisième laissée à la paroisse.
En quittant l'église paroissiale pour aller aux ruines de l'ancien monastère, on traverse le bourg de Jumiéges, ou autrement la réunion d'une trentaine de maisons , la plupart couvertes en chaume ' , et dont le délabrement s'assortit aux ruines qu'elles avoisinent.
Parvenu vis-à-vis le portail de la grande église , on voit sur la droite un angar qui servait jadis de halle ; il est adossé à une antique
I. La majeure partie du bourg de Jumiéges a été incendiée il y a quinze à seize ans : nonobstant cet exemple et contre les r)>glementSy on continue d^y couvrir en cbaumc.
( \U ) construction : c'était la buanderie. Au-dessus est un appartement assez vaste qu'on nommait la Salle des Dames. Il y avait auprès d'autres appartements qui leur étaient destinés , et où couchaient celles qui venaient visiter les religieux et auxquelles d'anciennes règles que nous avons rapportées, tombées depuis en désuétude, interdisaient la faculté de pénétrer dans l'intérieur du monastère.
En face, avant d'entreir dans les cours et dans ce qui reste des églises de l'abbaye , on voit une maison très -spacieuse, autour des murs de laquelle sont des sculptures et des appuis où existaient, il y a quelques années , les fragments de deux statues de saints : c'était l'entrée du monastère. Une petite bâtisse, nouvellement construilc, bouche le lieu qui servait de passage, au-dessus de la voûte duquel est encore un appartement très- vaste qui a servi également pour les dames dans les derniers temps. En traversant cet édifice , on arrive dans une petite cour sur laquelle donne le portail de la grande église. 11 existe dans son entier, et n'est décoré d'aucuns ornements, si ce n'est une corniche au haut de la muraille, dont la partie saillante de chaque pierre CvSt sculptée de petits carrés placés en damier. Il fait face à
( 175 ) l'occident. Deux tours , sunnontées chacune d'un des clochers dont il a été parlé , sont placées de chaque côté. Elles ont , d'après T. Duplessis^ i55 pieds de hauteur*. Elles «ont carrées toutes deux jusqu'aux deux tiers de cette hauteur, et îrrégulières dans le surplus. C'était dans celle du midi qu'étaient les principales cloches. Il y en avait dix à l'abbaye , sans compter celles de la paroisse , qui étaient au nombre de trois. Lorsque l'abbaye a été vendue au commencement de la révolution, on avait rései'vé la plus grosse de ces cloches pour la commune , d'où elle a été enlevée par ordre supérieur il y a au moins douze à quatorze ans , sans qu'il en soit résulté d'indemnité pour le pays ; ce qui donna lieu à la majeure partie des habitants de dire que si ce n'était pas d'après une offre intéressée faite à celui qui devait principalement réclamer contre cet enlèvement, c'était au moins par sa négligence à faire des démarches auxquelles la fonctio^i qu'il exerçait alors et l'intérêt qu'il devait prendre à la commune l'obligeaient.
I. Le mi^inc dît que la grosse tour avait la^ pieds de haut sur 4i de tous cAtés ; que IVgUse avait 265 pîcds de long sur G3 de large; le chœur ^'S pîcds et demi de long et 3i de large; la chapelle de la Vierge 63 pieds de long , 27 de large et ^o de hauk
Elle est maintenant à Rouen , à l'ëglise Saint-Ouen *. Les habitants de Jumîéges murmurent encore contre cet enlèvement.
La couverture en ardoises des deux clochers est percée dans divers endroits , et laisse à découvert leur charpente^ qui, sous peu de * t^mps , sera délimite si on ne la recouvre pas. Ces deux clochere sont maintenant dans un tel état de délabrement , qu'ils menacent d'une chute prochaîne ; et il est de la plus grande urgence que l'autorité avise aux moyens d'éviter les accidents qu'ils pourraient causer dans leur voisinage *. Les deux tours en pierre qui leur servent de support sont de consistance à durer encore plusieurs siècles ; elles ont , dît-K)n , été réser>'ées comme étant utiles aux marins qui se guident dessus pour éviter plusieurs dangers qui existent dans la Seine au-dessous de Juraiéges, et notamment les roches dites les Meules. Mais il est à présumer que ce n'est là qu'un prétexte dont on a pu se servir pour obtenir leur conservation ; car leur utilité, sous ce rapport, n'est pas généralement reconnue des marins.
Il est plus probable qu'elles ont été conser\^ées comme monuments d'art. Quelle que soit la
1, M. Gilbert i. Description historique de rr'^iisc Saint-Ouen. a. La couverture de celui placé au midi vient d cLre abatlue.
cause qui les a pre'servëes de la destnictîon , il est nécessaire de pourvoir à leur re'paration , ou de les faire détruire , pour pre'venii' les accidents qu'elles pourraient causer. Mais les amis des arts doivent s'intéresser à ce qu'elles soient conserv^ées, tant pour leur antiquité que pour le style de leur architecture , qui en lait un monument pour ainsi dire unique dans ce genre. 11 était, dit-on , fait défense d'abattre les murs qui les avoisinent à 9 mètres ( environ 3o pieds ) de distance. Il était même auvSsi défendu de détruire la couverture du portail et de la nef, sur une pareille étendue : mais depuis plus de vingt ans , les voûtes du portail sont exposées à l'intempérie des saisons , et se dégradent , surtout depuis quelque temps, avec une rapidité qui fait craindre que celle supérieure n'éprouve une chute prochaine. La façade , lézardée sur plusieurs points, constate l'ébranlement que les éléments ont fait subir à cette partie de Tédilice.
Les murailles de la nef subsistent encore dans leur entier. Leur architecture est saxonne , et leur construction remonte au temps de Guillaume-le-Conquérant. Une voûte soutenue par des colonnes très-massives couvre les deux ailes , sur chacune desquelles règne une galerie
dont la voûte supérieure est écroulée d^s plusieurs endroits. Celle du côté septentrional , ornée de demi-colonnes de chaque côté , trouée de distance en distance , et ne laissant , dans certains endroits , que des arceaux dont les pierres sont désunies et ne paraissent tenir à rien , et d'où pendent des guirlandes de verdure, offre un effet de perspective tout-à-fait pittoresque.
On apercevait encore en 1820 , au haut des murailles, les attributs des quatre évangélistes, très-bien conservés , de forme colossale et d'un très -beau travail , qui furent exécutés sous l'abbé François de Harlai , dans le xvn*. siècle. Il y avait surtout un ange adorateur digne d'exciter l'admbation , tant par l'expression que par la beauté de la figure. Ils étaient répétés de chaque côté , et surmontés d'un chapiteau décoré de feuilles très-délicatement sculptées. Ils supportaient les nervures qui soutenaient les voûtes de l'édifice. Ils ont été enlevés en 1821 et portés en Angleten'e, ainsi que les chapiteaux de quelques colonnes et diverses autres sculptures qui se faisaient remarquer dans ces iniines. Les amis des arts doivent d'autant plus regretter ces monuments , que dans le nombre il se trouvait des chefs-d'œuvi'e que leur perfection rendait
dignes de figurer dans un musée. Pour enlever les attributs des e'vangëlistes , comme ils avaient été sculptés sur place et faisaient corps avec Tédifice , il a fallu percer les murailles , qui sont d'une très-gmnde épaisseur.
Au haut de la nef, il reste un pan de la tour qui s'élevait sur l'entrée du chœur , et sur laquelle jadis avait existé une pyramide ou haut clocher en bois , couvert en plomb , qui fut détruit sous l'abbé Leveneur. Par la suite , on se contenta de poser des poutres horizontalement sur cette tour, et d'y placer une plate-forme en plomb, qui fut entourée d'une balustrade en fer. Le pan de muraille qui reste s'élève à une grande hauteur. Il n'est soutenu que par deux colonnes, et il existe dessous un cintre très -hardi, de la largeur de la nef.
Ce pan est percé de deux croisées dans sa base , et de trois dans sa partie supérieure. Le haut de toutes ces croisées est en demicercle. La construction de cette portion d'édifice doit remonter à celle de la nef. Une petite tourelle , d'une forme très - déliée , se voit à son extrémité septentiîonale , et renferme un escalier tournant qui conduisait sur la tour. Ce pan est adossé par sa base , à l'occident , contre les murailles de la nef. Des restes
àes pans latéraux détruits dans le bas existent à son sommet , de chaque côté , et chacun consei've encore la moitié d'une croisée et la colonne qui se trouvait au milieu ; leur poiils menace continuellement d'occasionner la chute de cette partie d'édifice vers l'orient, où elle est isolée et manque absolument de support.
L'arc est on ne peut plus imposant. On ne passe dessous qu'avec crainte , et le débris qui Je surmonte est l'objet le plus fi^appant de ces ruines , et conséquemment celui qui produit le plus d'effet. C'était vers le côté nord de cette tour qu'existait la chapelle de la Vierge ; il n'en reste en ce moment qu'un pan de muraille , celui vers le couchan\ , qui fait le prolongement de la base du restant de la grande tour carrée. Dans l'épaisseur septentrionale de cette muraille , il y avait un escalier en spirale dont les degrés ont été démolis , ainsi qu'une partie de l'extérieur de la muraille qui le contenait. Dans la partie inférieure se voit encore une croisée en ogive, construite dans l'embrasure d'une vaste ouverture en demicercle dont on aperçoit la trace. Au-dessus est une galerie très - étroite où sont quatre ouvertures séparées par des piliers sur lesquels s'élèvent les cintres de ces ouvertures, qui sont
( t81 ) aiussi en demi-cercle ou k plein cintee. Le tombeau d'Agnès Sorel était au milieu de cette dis^elle.
Ce monument , à la révolution , fut le premier détruit de ceux quje possédait Jumiéges. Les individus qui se rendirent coupables de cet outrage , ne trouvèrent dans le monument qu'une pierre creusée, à plusieurs compartiments, dans lesquels il ne restait rien. Les débris de ce cénotaphe furent dispersés. On est redevable à M. Auguste Leprevost de savoir que le marbre qui recouvrait ce tombeau fut tramsporté à Rouen-, et sert maintenant de pen'0|i à une maison placée au haut de la rue Saint-Maur , près le Mont-aux-Malades. Il est engagé en partie dans un mur de cette construction , et on ne peut lire que le fragment d'une des épitaphes d^ la belle Agnès. Voici ce que montre la partie en évidence :
DAME DE BEAUTÉ , DE ROQUE-FERRIÈRE , D^lSSOUDUN
ET DE VERKON-SUR-SAINS ; PITEUSE ENTRE TOUTES GENS, ET QUI LARGEMENT DONNOIT DE SES DENIERS AUX ÉGLISES ET AUX PAUVRES ; LAQUELLE TRÉPASSA
Il y avait sous cette chapelle un caveau qui servait de lieu de sépulture. On y trouva plusieurs cercueils en plomb , qui furent enlevés.
( 182 ) Dans rintërieur de la ïief , contre le pilier nord qui supporte le pan restant de la grande tour , était adossé un autel dédié à saint Valentin et à saint Sébastien, tous deux en grande vénération à Jumiéges. C'était, pour le travail et la matièi'e , le plus riche qui fût à l'abbaye. Les religieux l'avaient fait ériger en 1693 ; il était orné des statues des deux saints auxquels il était dédié ' . Les pilastres et autres ornements étaient de marbre ; les corniches étaient dorées. Les statues, dans de grandes proportions , étaient en pierre très-dure et parfaitement exécutées. On admirait surtout aux pieds de chacune d'elles de petites figures qui représentaient des pestiférés guéris par leur intercession. Il y avait sur ce même autel un buste de vermeil , de grandeur naturelle , qui contenait le chef de saint Valentin. Le chœur de cette même grande église était environné de chapelles bâties «d'après le style gothique ; elles avaient été construites du temps de Guillaumele-Conquérant , suivant la tradition historique ; mais leur architecture dénote qu'elles auront
1. ÏA Statue de saint Valentin, qnî est tin chôf-d'œiivre> a été conservée par les soins de M, Damesnil , curé de Gucrbaville , qui Fa fait placer à Tenirée du cbœur de son église.
ensuite été restaurées. C'est la seule partie de ce vaste édifice où se trouvent des ogives. Deux de ces chapelles subsistent encore vers le midi ; elles étaient dédiées à saizit Michel et à saint Jean. Il y en avait une autre du même côté dédiée à saint Maur, entre laquelle et celle de saint Jean était Tentrée de la sacristie. Celles du côté du nord et du bout vers l'orient sont détruites : elles étaient dédiées à saint Yimer , à sainte Anne, à saint Benoît et à saint Nicolas.
On remarquait dans cette église , derrière le grand-^u4el et dans divers autres endroits, un graiid nombre de statues érigées en l'honneur des fondateurs et des bienfaiteurs de Tabbaye , tels que Clovis , sainte Bathilde, saint Filibert , saint Hugues , RoUon , Guillaume - Longue- Epée , Charles VU , etc., parmi lesquelles les moines avaient placé celle de Dagobert. Toutes ont été détrukes à la révolution.
On admirait dans cette même égHse un saintaépmkce en marbre:; il est enccH*e intact : les pdrsoiwages sosit de grandeur naturelle. Il est Biià^ntetaaAt dans Téglise de Caudebec , où sont divers autres monuments provenant de cette abbaye.
L'extérieur de la nef est d'une très-grande simplicité ; seulekoent les t^roisées , dont le
haut est en demi - cercle , sont environnées, dans cette partie , d'un filet saillant , au-dessous duquel sont des rouleaux coupes de distance en distance. Cette décoration très -simple est d'un bel effet ; après avoir fait cintre autour des croisées , elle se prolonge horizontalement jusque contre les jambes-de-force ou contreforts. Les sommités des murailles offrent plusieurs rangs de petits carrés. Les rangs supérieurs sont en saillie , et très - délicatement sculptés ; ils forment des corniches fort élégantes. Trois contre-forts , entre dbacua desquels sont deux croisées et quatre au-delà ( dix en tout ) , servent ^ de soutien à la muraille septentrionale ; ils sont surmonta d'une petite pyraniide autour de laquelle sont sculptées des niches d'une forine trèsgracieuse.
11 n'existe plus que les restes de deux contreforts vers le midi.
Les débris de cette grande église , par leur étendue , leur forme colossale et l'ordre die leur architecture , sont ce qu'il y a de plus imposant parmi les ruines de Jumiéges.
En traversant quelques décombres ^ers le midi, vis-à-vis le chœur de la grande église, on trouve les ruines de la pc^tite église de Saint-*
Pierre. Toutes ses murailles existaient encore dans leur entier en Janvier i823. Son origine remonte à Tépoque de la fondation du monastère; mais l'éditice a subi plusieurs changé^ ments. La plupart des ouvertures ^ quiëtaient eai ogive (plusieurs existent encore)-, attestaient qu'elle avait été restaurée depuis les croisades V époque où ce genre d'architecture s'introduisit en Europe. Ses ruines étaient naguère faite»
, pour: piquer la curiosité plus qu'aucune de cell^ qui ks avoisinaient, I^a muiaille de la
mefvdujcôté méridional, encore; intacte ;,:offinev dans son sommet, des croisées de ferme ogive sans ornements ; des ouvertures semblables se remarquent dans sa base, mais celles ont. été bouchées ; et sont enfouies en partie au-desi^ous du sol, si bien qu'à l'extérieur on n'aperçoit ^ue le sommet de quelques-un.es. De^<:e côté^ entre la nef et le chœur, on trouve une chàf)èllè voûtée qui fof me un enfoncement : elle. était dédiée à saint ^Martin. La ctef de voyie se com**pose d'un përidèïltif fort curieux, ailtoul* duquel spnt quatre têt^s.de grandeur naturelle. Xie milieu représente en petit saint Filibert tenant sa crosse d'une main, et de Tautre caressant
^. Cette paru» ^ été restaurée en i333«
.peu large , compasce de la réunion d'un grand' .nombre de petite;s..€olonnes,qui se divisaient daiïS , leur, paçti^ supérieure pour former les :Ogiv:es de ces ,mçfnç.s croisées ; toutes devaient contenir deç.^cj^^s.à leur sommet , à en. juger ,d>',après. Iç^i d^m- qui s'y remarquaient. Les corniches des. colonnes et- les murailles étaient .surchargées d'oçnements. singuliers qui n'au*raifnt pas du se trouver dans. un édifice de cç .genrç. Pjfrtout c'étaient des monstruosités qui Jb^essaient la vue» Quoique les Anglais en eussent ej^evé beaucoyip^9 il , en restait encore un assejs gr^^, npmliri; avant que les murailles du chœur fussent abattues. Quelques-unes représentaient ,4^ %^'t^^s d'honune de dimension au-dessu$ descelle ordinaire, dont l'expression ne peut 6e jdécrire ; toutes poitaient des consoles sur le^uelles étai.(Ç]:^,die;;$.statue3;de saints. Un char piteau qm S|ervaH.de couronnement à plusieurs petites colonne;^ » offrait deux hommes ailés .i|pnt un axait dçs jambes de, bouc, et l'autre 4^s.£Tifïes .dç.lion*, Vis-irvis était une autre j^i/é^j^\^Qi(i. à pfiVj'.P^^ semblable ^ mais ellç atvalt été mutilée iî^yant la destruction de cette pi^rjtie . de J,' édifices ...
, En 1821^ pn voyait au côté méridional du çhflBur des staUes très -étroites en pierre,
•surmontées de dais de la même matière , sculptes en filigrane et ornes de ligures extraordinaires. Les Anglais les ont également enlevées. C'était à l'extérieur de ce monument que se remarquaient les décorations les plus^ bizarres et les plus ridicules ; presque toutes étaient intactes en Janvier i823, et quelques-unes méritaient d'être conservées piar rapport à leur singularité. Elles étaient placées sous les consoles qui soutenaient les bases de l'arc des ogives des croisées. A Tune , au midi du chœur , on voyait une guenon alaitant un petit singe , ^t , pour pendant , un cochon ayant le cou enveloppé d'tme draperie qui lui formait une espèce de cravate ; la partie antérieure du corps était couverte d'un carapou soigneusementboutonné ; il portait une cruche' suspendue au côté gauche , avec une petite épée recouverte en partie , au-dessous de la garde , par une espèce de rondache ; il tenait un verre avec un de ses pieds de devant , et paraissait courir avec tout cet attirail sur une branche de chêne. La croisée qui suivait , c'està-dire celle au bout à l'orient, ofB^it, d'un côté, un monstre ailé ayant une tête de tigre et une queue de serpent , et avait pour pendant , de l'auti'e côté , un homme dont l'extrémité «tait une queue de poisson. A l'extérieur de la
( 190 ) première croisée , au nord , se voyait un lion semblant étreindi'e une femme sous lui» et en face un bélier couché sur un singe. A une autre croisée du même côté , on apercevait un singe qui faisait le simulacre de jouer du violon sur un soufflet avec une pincette. Les autres sujets, dans les derniers temps, étaient dégradés de manière à ne pouvoir être décrits : mais tous ceux dont il vient d'être parlé étaient on ne peut mieux conservés.
C'était au milieu du chœur de cette église qu'était placé le tombeau des prétendus fils fie Clovis IL Ce monument, qu'on croyait être le plus antique qui fût dans ces lieux , dont l'époque de l'érection n'était point connue, que les protestants mêmes respectèrent dans, les gueiTes de religion , devint à la révolution la proie d'une 'horde ignorante et sacrilège qui se faisait un jeu de la destruction des monuments des ails , de la violation des tombeaux et de la spoliation des églises. Il ne fut pas plus respecté que celui d'Agnès Sorel. En i794t quand tous les édifices étaient encore intacts, il ne restait plus que quelques fragments de marbre et de pierre, épars sm* le pavé, qui décelaient au voyageur qui parcourait ces lieux l'endroit où avait reposé le cœur de l'amante
( 191 ) de Charles VU, et la place où avait existé le tombeau dit des Enerves , sujet de recherches pour les historiens et les antiquaires. La même hprde dévastatrice , poussée par le génie ou le démon de la destruction , n'avait pas lion plus épargné la conlre-table eu pierre de l'autel de cette même église, chef-d'œuvre de sculpture , représentant dans huit cartouches les principaux mystcjcs de la religion chrétienne, et dans laquelle la plupart des figures, exécutées d'après le style grec % offraient des draperies de la plus grande perfection.
En sortant par le portail de cette église , à l'occident, on se trouve dans l'emplacement qui formait le cloître ; c'est un carré long ; il était entouré d'arcades. C'était là que les moines avaient prodigué les ornements avec le plus de profusion. De 1820 à 1821 , on en voyait encore quelques vestiges dans l'angle de l'orient au midi,
La majeure partie des piliers et colonnes qui soutenaient les voûtes , était sculptée à jour , et le haut des voûtes , au croisement des nervures qui les soutenaient, était omé de pendentifs ou culs-de-lampe , les uns sculptés en filigrane ,