‹ Histoire de l'abbaye royale de JumiègesChapitre 13 sur 20 · I. Noël , Essais sur le département de la Seirte-Inféricnre · texte numérisé non relu

I. Noël , Essais sur le département de la Seirte-Inféricnre

( 192 ) et les autres offrant la représentation d'anges^ de saints , de fruits , de fleurs et d'autres objets d'un travail très-estime.

Les moines avaient réuni sous les arcades, ou autrement autour du cloître ^ la plus grande partie des monuments qui servaient à rappeler le souvenir des faits mémorables qui s'étaient passés dans ces lieux. Quatre fresques , qui ne pouvaient être considérées comme des chefsd'œuvre de l'art , même en se reportant à l'époque ' où elles avaient été peintes , étaient trcs-incorrectes , surtout sous le rapport des costumes : mais on sait que les moines , pour leurs prétendus faits historiques , n'avaient pu inventer que des choses imaginaires.

La première représentait la punition extraordinaire des Enervés.

La seconde , la révélation mystique faite à saint Aicadre que Dieu devait appeler à lui une partie de ses religieux. On y voyait l'ange et le diable dont il est parlé dans l'historique qui précède.

La troisième , le débarquement des Danois et l'incendie du monastère en 84o. L'abbaye s'y

I. £llcs ont dii (^tre faites post<'rIeuremeiit au gouvernement de l'abbe Fran«;ois de Fontenal^ qui fit construire ce cloître en j53o.

trouvait représentée » maïs infidèlement , avec les deux clochers du portail et la grande pyramide ou aiguille qui s'élevait sur l'entrée du chœur '. On y voyait en outre les religieux fuir en enlevant leurs richesses ; Tabhé marchait à leur tête et portait un ostensoir. Le feu était aux quatre coins de Tabbaye , dont les flots venaient battre les murs. On voyait une giande partie des Danois se jetant à Teau pour débarquer. D'autres , à peu de distance , escaladaient les murs ou lançaient des brandons enflammés sur les édifices.

La dernière représentait la rencontre faite par^ Guillaume-Longue-Epée des deux religieux qui lui offrirent les aliments grossiers qu'il refusa.

Ily a peu d'années, tous ces tableaux existaient sur les murs du cloître , et la majeure partie des habitants du pays se rappellent encore de les avoir vus.

On aperçoit dans cette enceinte , à l'orient , contre l'cglise Saint-Pierre, un enfoncement demi^circulaire : c'était la salle du chapitre , où reposent les restes d'un grand nombre d'abbés. On y remarquait en 1820 plusieurs colonnes

1. Ce tai>1eau , où Tabbayc se trouvait figurée très-grossîèrenent et sans proportions régulières , était tout-à-fait imaginaire*

dont les chapiteaux étaient ornés de décorations bizarres. Sur la .partie inférieure des murs, une fresque , dont restent les fragments de quelques personnages , y représentait la cérémonie du lavement des pieds. Au septentrion du chapitre, était Tappartement du trésor*.

C'était dans le cloître que les moines enterraient leurs morts. Les pères étaient mis sous les arcades , et les novices dans le milieu de Tenctinte, où les religieux cultivaient des fleurs.

Tous les murs qui entourent cet emplacement ont été dépouillés dans leurs bases des pierres dont ils étaient revêtus. Il ne reste maintenant que des masses énormes de mortier qui , par le temps , ont acquis plus de consistance que la pierre.

Au milieu de ces débris , on remarque un if

I. Une croyance populaire dans le pays est qu*îl y avait dans plusieurs abbayes un trésor pour la rançon duroi^en cas de captivité, et que Jumiégcs possédait une sonimc imn»cn»e pour ce sujet. Ce prétendu trésor était , dit-on , cacbé de manière 4 ne pouvoir être découvert , et Tendroit ne devait être connu que de quelques religieux , qui devaient en garder le plus grand secret. Là cause de cette croyance fut peut-être la rançon de Rîchard-Cœur-de- Lion, ou de quelqu*aulre souverain, à laquelle les moines dé Jumiéges contribuèrent. Ils ont eu sî souvent besoin d'argent à certaines époques , que cette croyance est absurde , et qu^il n'est pas à présumer qu'ils eussent pu conserver des sommes considérables, sans en user dans les pressants besoins o^ ils se sont souvent % trouvés*

qu'on a déshonoré en Tébranchant il y a quelques années, et qui a survécu à la plupart des monuments dont il était entouré et qui paraissaient indestructibles.

A l'occident du cloître, on passe sous la voûte obscure d'un édifice dont il n'est guère facile d'assigner la destination. Auôun des ornements dont il était décoré en 1821 n'avait rapport à la religion. Plusieurs colonnes offraient sur leurs chapiteaux la représentation de crapauds , de têtes de lézards , de larges feuilles, etc. En voyant ces ornements, on aurait pu penser que l'artiste chargé de diriger les travaux de cette construction avait pris pour modèles de ses décorations les animaux et les productions de la péninsule. La façade de cet édifice est placée à l'occident, comme le portail de la principale église , mais avance un peu plus. Tout ce corps de constiniction , dont une partie de la voûte est tombée , formait un carré long parallèle au cloître. Il avait sur sa façade deux entrées ; la principale était surchargée d'ornements d'un travail très-délicat. Plusieurs petites colonnes surmontées de figures grotesques soutenaient les bases d'un cintre qui formait un peu l'ogive ; ce cintre renfermait plusieurs rangs de moulures sculptées avec

( 196 ) beaucoup de soin. Le dernier se composait d'un zig-zag dont les angle3 nombreux renfermaient chacun une fleur-de-lis. Ce cintre, ainsi que les chapiteaux les plus remarquables des colonnes de cet édifice , enlèves de 1820 à 1821, ont eu la même destination que les attributs des ëvatagélistes qui décoraient la grande église. L'autre entrée , de moindre grandeur , est très - simple et paraît plus antique que celle qui précède ; le haut est en plein cintre. Entre ces deux entrées , il y avait une galerie exhaussée de 2 mètres ( 5 à 6 pieds) environ du sol. La muraille extérieure , à l'occident, est détruite, et laisse voir sur la partie qui se trouvait être intérieure des croisées factices d'un très-bel effet ; elles sont de formes différentes et marquées par des moulures en zig-zag, surmontées d'un filet au-dessous duquel , de distance en distance , sont des têtes d'hommes et d'animaux sculptées avec beaucoup de délicatesse. C'était à côté de cettegalerie et sur la voûte de cette vaste construction qu'était placée la bibliothèque. Le dessous, dont il n'est guère facile d'indiquer l'usage primitif, servait de cellier lors de la suppression. -du monastère.

D'après lé style d'architecture que présente

une partie des restes de ce monument, où toutes les croisées sont en plein cintre k leur sommet , et par son état de vétusté , il parait remonter à une époque très-reculée ; mais il présente les traces d'un grand nombre de changements.

L'entrée principale et la galerie ont été ajoutées et sont moins antiques que le reste de l'édifice , et ce ne fut sans doute que cette partie qui fut construite sous l'abbé de Harlai, dans le XVII®. siècle, ainsi que celle supérieure, qui n'existe plus, et où la bibliothèque fut transférée.

Un cintre intérieur de la principale entrée est d'une construction * singulière , qui dut demander beaucoup de travail, et qui paraît offrir une grande solidité. Au lieu que les pierres soient taillées en coin , elles sont l'une en gouttière dans le inilieu , et celle posée contre saillante d'un côté, et en gouttière, comme la précédente , de l'autre , ^ et ainsi de suite de chaque côté du cintre ; elles s'emboitent toutes les unes dans les autres. Celle du milieu, qui ferme la voûte , est saillante des deux côtés , et pour être posée , il a fallu la pousser de côté dans l'espace qu'elle occupe. Ces pierres sont si bien jointes , que ce n'est qu'en examinant avec attention qu'on

peut s'apercevoir de la manière dont elles sont disposées.

En se dirigeant au midi de tous ces monuments, on de'couvre une élévation qui paraît régulière et très - étendue. C'est la place où existait le dortoir, et l'élévation est formée des débris restés de sa démolition. Cet édifice, bâti dans le goût moderne , ne faisait que d'être achevé quand la révolution a commencé. On peut juger de sa longueur par la trace de l'élévation que ses débris ont formée , et de sa largeur par un reste de muraille qui subsiste à son extrémité septentrionale , contre l'église Saint-Pierre.

Jadis il y avait à Juxniéges un autre édifice qui seiTait de dortoir et que les moines auraient dû conserver par rapport aux souvenirs qu'il rappelait : on le nommait le Vieux-Charles VII. Il avait été construit pour loger les rois de France, des princes et des grands seigneurs , quand ils venaient à Jumiéges. Ce roi l'avait habité durant ies guerres dans la Normandie; maisil y séjourna peu de temps. On connaissait par tradition dans le pays les appartements qu'il avait occupés, et plusieurs personnes ont conservé le souvenir d'avoir parcouru le vaste appartement voûté désigné sous le nom de la salle de ses

Gardes '. Les moines finirent de détruire cet édifice il y a au plus quarante ans , quand la majeure partie du nouveau dortoir fut en dtat d'être habitée. A T endroit où il était, on voit encore , au niveau du gazon , quelques pierres qui formaient la base des murailles.

A r extrémité septentrionale des décombres du nouveau dortoir, on découvre une voûte qui sert d'entrée à plusieurs souteiTains qui communiquent les uns aux autres , et qui s'étendent de l'orient à l'occident*. La partie à Toccident servait de cave au vin. C'est une allée le long de laquelle sont vingt-six caveaux, treize de chaque côté, dont chacun pouvait contenir au moins cinq à six cents bouteilles et plus. Ce monument, par sa solidité, la difficulté de le démolir et le peu de parti qu'on tirerait de ses débris , sera peut-être un

1. Scion Duplcssîs, ce monument avait 102 pieds de long sur 33 de large.

3. On prétend dans le p^^ys qu'il existe des souterrains qui partent de Tabbaye et vont à plus d'une lieue de là. Cette prétention est mal fondée ; du moins qui que ce soit ne peut fournir d'indication sur ces prétendus souterrains , créés sans doute par r imaginât! on effrayée de quelques individus quf n'auront osé parcourir dans toute leur étendue ceux existant réellement et que Ui peur leur aura fait exagérer : car ils n'embrassent pas beaucoup plus que la longueur des édifices qui s'élevaient sur le sol.

(200 ) de ceux qui subsisteront le plus long-temps à Jumiëges.

En remontant vers Torient , on parcourt un autre souterrain très-long et très-étroit ( attribué à Tabbé Mailinbos). De là, marchant dans la même direction, on en trouve un autre soutenu dans le milieu par trois fortes colonnes; de leurs chapiteaux partent des neiTures en très -grand nombre qui supportent une vaste voûte et correspondent à des appuis pratiqués dans les murailles. Cet édifice parait être un des plus antiques de l'abbaye. Son étendue ferait présumer qu'il a pu servir d'église. Quelques-uns prétendent que c'était un lieu de sépulture, ce qui n'est pas à réfuter, ce lieu n'étant propre qu'à cet usage. D'autres afTu'ment , sur la foi d'antiques traditions qui ne méritent peut-être pas toute confiance , qu'il a servi de prison d'état, et qu'il a renfermé plusieurs prisonniers de marque. Si la chose était vraie , on doit gémir sur le sort des malheureux qui furent séquestrés dans un réduit où pénétrait à peine, en plein midi, la plus faible lueur, et d'où il était de toute impossibilité de chasser l'humidité. On prétend Y^galement que jadis les moines qui violaient leurs vœux étaient obligés de rester là ,

(âoi)

réduîts au pain et à Teau pour le reste de leurs jours \

Une constinictîon moderne pratiquée au fond témoigne que , dans les derniers temps, il ne servait plus à cet emploi sinistre * ; c'est une glacière construite en 1 7 36, où les moines mettaient rafraîchir les vins dont ils faisaient usage.

En quittant ces lieux ténébreux , on arrive dans les anciens jardins du monastère , qui se ti'ouvaient placés à Torient du dortoir et dont une partie s'élevait en terrasse. Un très -bel escalier en pierre , encore intact , qui donnait vis-à-vis le milieu de la maison , .servait à accéder dans les jardins supérieurs : tous ont cessé d'être entretenus.

Un petit bosquet qui se trouvait au-dessus , où des treillages de charmille dessinaient des

I* D'après une tradition répandue dans, le pays , on y croît ^'un religieux qui yîol«iît Jadis ses vœux ctaît voué à la mort par les frères , et qu'il était mis dans un cachot pour y mourir de faim ; que, pour prolonger son supplice, on mettait près de lui un cîerge allumé , un pain et une cruche pleine d'eau, et que la porte se fermait à ' jamais sur lui. Sans affirmer la chose sincère , on sait que ces atrocités se sont quelquefois commises dans certaines maisons religieuses : c'était le véritable F'atiâ in. pace , imitation de l'antique punition des Yestales,

2. Dans les derniers temps , la prison était sur le logeaient du portier, et avait son entrée par la petite tourelle qui se remarquait avant d'arriver a« principal édifice.

( 202 ) allées , s'est changé en un fourré épais que les ronces et les buissons permettent à peine de parcourir.

Les restes de tous ces monuments suffisent encore , malgré leur délabrement, pour donner une idée de leur ancienne étendue et de Topulence de leurs antiques possesseurs* Les travaux des hommes en font disparaître i^haque jour quelque partie, et la nature elle-même travaille sans cesse à leur destruction. Des arbres et des plantes ont remplacé, partout où il reste des voûtes, les toits de métal des édifices , et tapissent les murs que leurs racines dégradent. Des saules otift poussé sur les voûtes de Taile septentrionale * de la grande église, et en ont détruit une partie ; un lierre digne d'admiration cache sous sa verdure épaisse presque toute la partie extérieure de ce qui reste de la muraille de la chapelle où reposait le cœur de la belle Agnès, et tapisse un côté de l'intérieur de la croisée qui se trouve percée dans cette muraille ; une cépée d'orme sort des vieux murs de l'église Saint-Pierre , qu'elle dégrade, et voile de ses rameaux l'antique chapelle de Saint- André. La clématite et la ronce étendent

1. Ils y poussent en quantité suffisante pour engager à le» couper de temps & autre*

( 203 ) ieurs longues liges sur presque tous les décombres qui gissent depuis quelques années à peu d'élévation au - dessus du sol , et les couvrent de leur feuillage.

Ces lieux qu'animèrent pendant tant dt siècles le séjour de ses nombreux habitants et le concours des fidèles qui venaient y rendre à Dieu leur tribut de louange et d'adoration , n'offrent, dans ce moment, qu'une solitude affreuse où presque tous les habitants du pays répugnent de pénétrer. Le morne silence qui règne dans cette enceinte n'est le plus souvent înteiTompu que par le manouvrier qui vient détruire les restes des édifices pour en employer les débris à des constructions que font faire les habitants.

Depuis que tous ces monuments sont livrés à la destruction et que leur enceinte est déserte , un grand nombre d'oiseaux et d'animaux sauvages s'y sont établis comme dans un refuge où ils pensent être à l'abri des atteintes de Thommc. Des choucas ( connus dans le pays sous le nom de comeillards ) se sont emparés des clochers, et en sont les seuls habitants; la cresselle s'est établie dans les vieux trous des murs; le hibou, le chat -huant et l'effraie en sortent tous les soirs, et font retentir

Tair aux environs de leurs cris lugubres ; Thirondelle revient tous les ans confier Tespoir de sa génération aux abris peu solides que lui offrent les corniches à moitié détruites de ces murs délabrés ; des nuées de chauves - souris se réfugient dans les souterrains et dans tous les lieux obscurs qui se trouvent dans ces débris ; le lézard , le crapaud et la couleuvre se trament dans le sanctuaire des églises, et se cachent dans \e§^ déblais parmi les broussailles , aux lieux où jadis le marbre et la pierre artistement taillés annonçaient la magnificence.

A Porient et à quelque distance de ces décombres, existé une maison spacieuse : c'était le logis abbatial qui fut construit sous Tabbé de Harlai , et qui n'offre rien de remarquable , si ce n'est la hauteur des appartements , élevés de 4 2t 5 mètres. Elle était ordinairement occupée par le receveur. L'abbé de Saint- Simon , connu par ses exactions , est le seul 'auquel elle ait servi de demeure. Ceux qui l'ont successivement possédée ont fait sculpter leurs armomes sur la façade orientale , et les armes de Jumiéges sur la façade occidentale.

A la révolution , on les a détruites. Cependant on aperçoit encore quelques vestiges des armes des princes de Lorraine et de celles de Jumiéges.

Les ruines du célèbre monastère de Jumie'ges , maintenant la propriété de M. Casimir Caumont^ n'éprouveront à l'avenir d'autres destructions que ^celles du temps. Ami zélé des arts , ce propriétaire cherche non seulement à ce qu'il ne soit porté aucune atteinte à ce monument ( peut-être un des plus curieux de l'antique Neustrie), mais il se plaît en outre à recouvrer les débris épars dispersés par le vandalisme révolutionnaire.

Déjà il en a recueilli de très - curieux. Les archéologues et tous ceux qui s'intéressent à notre gloire nationale doivent lui savoir gré d'avoir mis des inscriptions aux lieux où se rattachent des souvenirs historiques.

Une colonne tumulaire, élevée avec des débris provenant de ces ruines et ombragée d'un saulepleureur, a été mise par ses soins à l'endroit où reposait le cœur de celle qui fit délivrer la France du joug honteux des Anglais , et contient plusieurs inscriptions.

Celles suivantes n^'ont paru devoir trouver place ici ;

Agnès , cet être objet dés royales amours , Près du vieux monastère a terminé ses jours; Sur sa tombe éievëe en la sainte chapelle , De nombreux p^crin» venaient prier pour elle.

( â06 ) Au-dessous on lit :

Passants , ne priez plus ^ L'Etemel a fait grâce :

Agnès a trouvé place Au séjour des ëlus.

Comme il a déjà été dît^ Agnès habitait le manoir du Mesnil, et Charles VII le monastère de Jumiéges. M. Caumont a fait placer une barrière à un endroit où jadis existait une porte par laquelle cette femme célèbre avait coutume de passer pour visiter son royal amant. Sur les panneaux qui sont au bas de cette barrière, on remarque cette inscription qui mérite d'être connue par rapport aux idées gracieuses qu'elle renferme :

Agnès, par cette porte, arrivait du luanoîr; Un page la guidait vers le royal dortoir.

Agnès de Charles VII ranima le courage.

Son nom cher à la France a passé d";»ge en âge :

Belle était son surnom , £t de la belle Agnès celte porte a le nom.

D'autres qui se rattachent au monument en général méritent surtout de fixer rattention des savants. Comme elles sont ostensibles, je m'abstiendrai de les citer ^ désirant que les

( 207 ) visiteurs de Jumiéges puissent en apprécier le mente , et vouer , ainsi que mol , en les lisant , leur reconnaissance à celui qui a bien voulu les placer aux endroits où ils les trouveront. J'espère qu'il m'excusera d'en donner une difficile à de'couvrir. Elle est placée dans l'ancienne salle du Chapitre, et cachée par un buisson, sans doute pour ménager une surprise , et en même temps faire réfléchir celui qui en fera la découverte :

Du besoin du passé notre ame est poursuivie , Et sur les pas du temps llioninic aîrae à revenir. 11 faut aux jours présents de la plus belle vie L'espérance et le souvcnin

11 serait à désirer que tous ceux qui possèdent des monuments auxquels se rattachent des souvenirs historiques, suivissent l'exemple de ce propriétaire : ils auraient droit à la reconnaissance des savants et des amateurs qui , guidés par le goût des arts, étudient l'histoire des peuples sur les monuments. Car rien ne prouve mieux la civilisation que la beauté des édifices que ce peuple a possédés; et les ruines de Jumiéges, grâce aux soiqs de M. Caumont, attesteront encore long-temps aux hommes studieux que les sciences et les aits , qui marchent

( â08 ) toujours de pair avec la civilisation, furent, il y a plusieurs siècles , cultivés avec beaucoup de zèle par les pieux cénobites qui ont habite cette enceinte , d'où ils répandaient les connaissances dans les environs.

A trois kilomètres (trois quarts de lieue) de là y au midi de la péninsule et presqu'à son extrémité , dans la commune du Mesnil , on trouve le manoir de la belle Agnès. Tout porte à croire que cet endroit a été dévasté. On y voit une petite maison qu'on dit être celle qui fut occupée par l'amante de Charles VII ; mais son peu d'étendue et sa simplicité , par rapport à d'autres édifices qui Tavoisinent et qui paraissent de la même époque , font présumer qu'elle ne devait être qu'une dépendance d'un château plus considérable où elle a pu résider. L'édifice désigné pour être sa maison devait être la chapelle du château ; toute sa disposition l'annonce : car, malgré les changements qu'il a subis pour être mis à usage de demeure , on voit à sa chai-pente qu'il y avait sous le toit un berceau en planches, tel qu'en offrent plusieurs églises. Il présente en outre d'autres traces de son ancienne destination. 11 n'offre de remarquable que quelques croisées , doiU l'embrasure a la forme d'un

fauteuil. Il existe à Tentrée de la cour un e'difice beaucoup plus considérabre que (*ette maison et mieux bâti » qui ne devait être aussi qu'une dépendance du château. On y voit les traces d'une cheminée très - spacieuse qui paraissent indiquer que ce devait être une cuisine. Cependant les moines prétendaient que cet appartement avait servi de salle à la belle Agnès. D'après Thistorique qui précède , ce fut sur cet édifice que tomba le tonnerre pendant la nuit que Stanislas, roi de Pologne, passa à Jumiéges. On voit dans ce même édifice une grande voûte qui servait et sert encore d'entrée au manoir. Cette entrée , malgré son délabrement, semble annoncer utt château considérable , et non une aussi chétive habitation que celle qui reste et qui n'a jamais pu servh* de séjour à Famante d'un roi de France. A en juger par les décombres qui se trouvent à quelque distance en fouillant devant cette maison , et par les arrachements qui se remarquent sur ce qui reste de ces édifices , il n'est pas douteux que le château était placé au septentrion de la bâtisse qu'on désigne maintenant pour être celle où la belle Agnès a résidé. Ce qui peut avoir donné lieu de croire , dans les derniers temps , qu elle l'avait occupée , c'est qu'il y a

( 210 ) près d'un siècle qu'une datme dont on vantait la beauté ( madame Leguerchois ) demeurait dans cette maison , où elle est dëcëdée. On voit encore sur les murailles les traces des écussons où e'taient peintes les armes de sa famille ; elle donna quelques propriétés aux moines , pour êti*e enterrée dans l'abbaye avec ses ancêtres^ dans la chapelle de la Vierge.

Les moines, par reconnaissance , laissèrent son mobilier intact dans l'habitation du Mesnil; et ceux qui l'occupèrent depuis faisaient voir aux curieux le lit et les meubles de cette dame , comme étant ceux de la dame de Beauté; ce qui fait encore dire dans le pays à plusieurs personnes qu'elles ont vu au Mesnil les meubles de la belle Agnès.

C'est peut-être à madame Leguerchois qu'il faut appliquer l'anecdote suivante qu'on attinbue dans le pays à la belle Agnès, anecdote qui , si elle était vraie , dénoterait des sentiments peu compatibles avec l'attachement qu'on lui a toujours supposé pour Charles VII. On doit d'autant moins y ajouter foi , qu'elle n'est fondée que sur d anciennes traditions ou autrement des dictons populaires qui nécessairement ont dû s'altérer par le laps de temps qui s'est écoulé depuis. On prétend que , pendant

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