TOMBEAU DES ENERVES
Au moment où l'impression de cet ouvrage était terminée, et que S. A. R. Madame la Duchesse de Berry avait daigné en accepter la dédicace , on a trouvé les débris du célèbre tombeau dit des Enervés. Cette importante découverte nous a paru devoir mériter cette note et la planche que nous y joignons.
Ce monument qu'on croyait anéanti , s'est retrouvé enseveli sous des décombres , à l'endroit même où il était jadis assis. Quoique très-mutilés , les précieux restes qui viennent d'être exhumés peuvent encore donner une idée de sa haute importance sous le double rapport de l'histoire et de l'art , et servir en outre à remplir diverses lacunes qui existent dans les descriptions qui nous en ont été données. Parmi ces descriptions , celle de Toussaint Duplessis est regardée comme la meilleure , mais elle est loin d'être complette.
( 266 ) Nous allons la rapporter ici , et sans prétendre , en remplir entièrement les lacunes , nous donnerons néanmoins tout ce que la de'couverte récente peut y ajouter de remarquable.
« Dans l'église de Saint-Pierre ( dit ï. Du- » plessis ' ) , est un autre tombeau qui a donné » jusqu'ici bien de l'exercice aux savants. Il » est élevé de deux pieds ou environ au-dessus » du pavé , et représente , en relief , deux » jeunes seigneurs, âgés de 1 6 ou 17 ans au » plus , couchés de leur longueur sur le dos : j> leur habillement est noble ; ce sont de >i longues robes qui leur descendent jusqu'aux » pieds ; la tunique intérieure , fermée sur la » poitrine avec une boucle ou une agrafe de » pierreries , laisse le cou entièrement décou- » vert ; ils ont la tête nue , ceinte en forme de » diadème , d'un bandeau semé par intervalles » de pierres précieuses; leur chevelure frisée » et bouclée ne descend guères au-dessous des » oreilles : enfin , leur chaussure était liée » simplement vers la cheville du pied ; mais » l'extrémité de cette espèce de brodequin ne » parait plus, parce que les pieds ont été » brisés. »
I. Description géographique et historique de la Haute-Normandie , etc., Paris , 1740 , vol. a , pag. 260.
( 267 ) Nous croyons devoir ajouter que les Enervés
étaient représentés la tête reposant sur un carreau ou oreiller , que trois anges , Tun placé au milieu d'eux et les deux autres de chaque côté , leur soutenaient la tête. Il ne reste de ces décorations que quelques fragments qui forcent encore à suposer le reste, ( Voir la gravure en regard. )
Les statues maintenant sans têtes ' , sont avec leur socle formées d'un seul bloc de pierre , et le tombeau a six pieds quatre pouces de long sur trois pieds deux pouces de large.
Ce monument , divisé en plusieurs morceaux , que Ton a réunis en les fixant sur les brisures , offre un pied revêtu de Tespèce de brodequin dont a parlé T. Duplessis* ; mais une chose qu'il n'a pas dite , c'est que les personnages avaient chacun un lion à leurs pieds. Un seul pied trouvé , qui s'adapte à l'une des statues est posé sur la partie inférieure d'un lion. D'après des renseignements fournis par les anciens du pays , ces lions se trouvaient placés en sens contraire , c'est-à-dire dos à dos.
Les statues, dans ce qu'elles offrent encore , présentent autour du cou un simple collier
1. Une de ces tètes est en la possession de M. Ë.-H. Langloîs , elle a été rétablie sur la gravure.
( 368 ) qui, probablement , avait un ornement au bas , peut-être l'agrafe dont a parlé Duplessis. Cet ornement n'existe plus. Elles sont revêtues de manteaux ; celui de Tune est ouvert et laisse en évidence une ceinture ornée de pierreries et bouclée , dont l'extrémité descend jusqu'à mijambe ; l'autre statue est en grande partie couverte d'un manteau qui cache tous les autres ornements, lesquels devaient être semblables à ceux de la première, du moins si l'on en juge par l'unifonnîté qui règne dans les manteaux.
On remarque sur ces débris des traces de dorure d'azur , et l'empreinte de fleurs-de-lis coloriées , en partie effacées.
A l'endroit où ce tombeau était placé , on a trouvé ; à quatre pieds de profondeur , une excavation non voûtée et sans murailles , dans laquelle étaient deux squelettes se touchant. On n'en a recueilli que les têtes ; l'une trèsbien conservée et à laquelle il ne manquait pas une dent. Elle a été jugée appartenir à un sujet d'au moins 70 ans * ; l'autre était moins bien conservée et a été remise en terre.
I . D'après rînspectîon anatomîque de la périphérie du crine de Pune de ces tètes , il résulte de Fossification complète des sutures sagittale et lambdoide , que le sujet auquel il a appartenu devait être au moins septuagénaire. ( Observation communiquée par M. Hodicsnç , D. M. y à Jumiéges, )
Une observation que nous croyons devoir faire sur cette sépulture , est ijue les prêtres étaient enterres jadis , comme à présent , la tête vers l'orient et les pieds en sens contraire. Le tombeau , dit des Enervés , avait les pieds vers l'orient , et les squelettes trouvés sous le lieu de son assiette étaient placés dans la même direction , ce qui doit faire croire que ce tombeau était celui de séculiers.
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