‹ Histoire de l'abbaye royale de JumiègesChapitre 18 sur 20 · TOMBEAU DES ENERVES · texte numérisé non relu

TOMBEAU DES ENERVES

Au moment où l'impression de cet ouvrage était terminée, et que S. A. R. Madame la Duchesse de Berry avait daigné en accepter la dédicace , on a trouvé les débris du célèbre tombeau dit des Enervés. Cette importante découverte nous a paru devoir mériter cette note et la planche que nous y joignons.

Ce monument qu'on croyait anéanti , s'est retrouvé enseveli sous des décombres , à l'endroit même où il était jadis assis. Quoique très-mutilés , les précieux restes qui viennent d'être exhumés peuvent encore donner une idée de sa haute importance sous le double rapport de l'histoire et de l'art , et servir en outre à remplir diverses lacunes qui existent dans les descriptions qui nous en ont été données. Parmi ces descriptions , celle de Toussaint Duplessis est regardée comme la meilleure , mais elle est loin d'être complette.

( 266 ) Nous allons la rapporter ici , et sans prétendre , en remplir entièrement les lacunes , nous donnerons néanmoins tout ce que la de'couverte récente peut y ajouter de remarquable.

« Dans l'église de Saint-Pierre ( dit ï. Du- » plessis ' ) , est un autre tombeau qui a donné » jusqu'ici bien de l'exercice aux savants. Il » est élevé de deux pieds ou environ au-dessus » du pavé , et représente , en relief , deux » jeunes seigneurs, âgés de 1 6 ou 17 ans au » plus , couchés de leur longueur sur le dos : j> leur habillement est noble ; ce sont de >i longues robes qui leur descendent jusqu'aux » pieds ; la tunique intérieure , fermée sur la » poitrine avec une boucle ou une agrafe de » pierreries , laisse le cou entièrement décou- » vert ; ils ont la tête nue , ceinte en forme de » diadème , d'un bandeau semé par intervalles » de pierres précieuses; leur chevelure frisée » et bouclée ne descend guères au-dessous des » oreilles : enfin , leur chaussure était liée » simplement vers la cheville du pied ; mais » l'extrémité de cette espèce de brodequin ne » parait plus, parce que les pieds ont été » brisés. »

I. Description géographique et historique de la Haute-Normandie , etc., Paris , 1740 , vol. a , pag. 260.

( 267 ) Nous croyons devoir ajouter que les Enervés

étaient représentés la tête reposant sur un carreau ou oreiller , que trois anges , Tun placé au milieu d'eux et les deux autres de chaque côté , leur soutenaient la tête. Il ne reste de ces décorations que quelques fragments qui forcent encore à suposer le reste, ( Voir la gravure en regard. )

Les statues maintenant sans têtes ' , sont avec leur socle formées d'un seul bloc de pierre , et le tombeau a six pieds quatre pouces de long sur trois pieds deux pouces de large.

Ce monument , divisé en plusieurs morceaux , que Ton a réunis en les fixant sur les brisures , offre un pied revêtu de Tespèce de brodequin dont a parlé T. Duplessis* ; mais une chose qu'il n'a pas dite , c'est que les personnages avaient chacun un lion à leurs pieds. Un seul pied trouvé , qui s'adapte à l'une des statues est posé sur la partie inférieure d'un lion. D'après des renseignements fournis par les anciens du pays , ces lions se trouvaient placés en sens contraire , c'est-à-dire dos à dos.

Les statues, dans ce qu'elles offrent encore , présentent autour du cou un simple collier

1. Une de ces tètes est en la possession de M. Ë.-H. Langloîs , elle a été rétablie sur la gravure.

( 368 ) qui, probablement , avait un ornement au bas , peut-être l'agrafe dont a parlé Duplessis. Cet ornement n'existe plus. Elles sont revêtues de manteaux ; celui de Tune est ouvert et laisse en évidence une ceinture ornée de pierreries et bouclée , dont l'extrémité descend jusqu'à mijambe ; l'autre statue est en grande partie couverte d'un manteau qui cache tous les autres ornements, lesquels devaient être semblables à ceux de la première, du moins si l'on en juge par l'unifonnîté qui règne dans les manteaux.

On remarque sur ces débris des traces de dorure d'azur , et l'empreinte de fleurs-de-lis coloriées , en partie effacées.

A l'endroit où ce tombeau était placé , on a trouvé ; à quatre pieds de profondeur , une excavation non voûtée et sans murailles , dans laquelle étaient deux squelettes se touchant. On n'en a recueilli que les têtes ; l'une trèsbien conservée et à laquelle il ne manquait pas une dent. Elle a été jugée appartenir à un sujet d'au moins 70 ans * ; l'autre était moins bien conservée et a été remise en terre.

I . D'après rînspectîon anatomîque de la périphérie du crine de Pune de ces tètes , il résulte de Fossification complète des sutures sagittale et lambdoide , que le sujet auquel il a appartenu devait être au moins septuagénaire. ( Observation communiquée par M. Hodicsnç , D. M. y à Jumiéges, )

Une observation que nous croyons devoir faire sur cette sépulture , est ijue les prêtres étaient enterres jadis , comme à présent , la tête vers l'orient et les pieds en sens contraire. Le tombeau , dit des Enervés , avait les pieds vers l'orient , et les squelettes trouvés sous le lieu de son assiette étaient placés dans la même direction , ce qui doit faire croire que ce tombeau était celui de séculiers.

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