Noël , Essais sur le département de ia Sâne-Infêrieuttm
e5{>eces quis'y trouvenl leplua/communément.
Toute. cette végétation, avec kitemps ♦ forn^e» de nouvelle (bilubè ; «naisâl faudra* qu-tt ^'éraulè plusieurs ^cles avajtit élytanieh taneànavà vielle exploitation « :où b to«itJ)ç;nf ejeiar^^màîs aussi abondante que dau^: le^n endrOil^. qui 5'expjoitent maintenant, parce qu(â ne pouvant se foTiOfE^i^>iquç sous TeaUi et W»ti?àvaiw:prar tiques pouiv Ve|çp)oit^tio9 actu^U^; ens^y^at' fai| baisser considéraM/eiuent ^ le. pixéau 9 celle i qiii se.forme^ne^po^jrr^ ja$Qai$ acquérir jlépaissèur de la p];*em^ère. : rc; . /»ij::"
Le sol ne se :Consoli4e qu^ lepfi^meM;-^ etjed endroit^ les plus anciennement exploîtiç'si;? ne peuvent; être parcourus que t;r|)S'-,cUfficitement^' Il existe cependant qqelqi^es partions de terrain sur lesquelles, il est facile d^^marcbeip'o.miaîft dans beaucoup d^^n^droit^;, q\iQique la sutfice du sol paraisse ofirir quelque, spliflité par l'^etib-f cernent des racin^f des v^gétauy qiii y crpi^sent^r il serait imprudent de. Si'aye^t^L*er utiles. par^ courir. Cette, ^lufaçelaitj^fim d*iwe toile qui serait tend,ue. sur Tjeau ; le terrain s'enfonce sffus les pas, lorsqu'au marchç:, .diesswft^,; et Peau s'étève à Vendroit où oa fait la preasion ; W
i â38 ) drbres mémesTemUent et s'enfoncent lorsqu'on se promène atÉpa^ès. Si le réseau que forment tes racines deS'Yegëtàux se dëchiraît, on s'embom-berak de mamière à ne pouvoir s*en tirer, et même 41 y a deîj endroits où Ton pourrait disparaître. Quaiidon parcourt tes lieux et que le terrain flëchit sous, les pas, il ne font aucunetnent hësitdr ; c'est de raarchw ' lé plus vîtc possible,' et îort'évhè paf là le damger : car si Pon s'arrêtait, on séi^it certain de s'embourber ; ce <pri est .arrivé à quelijués; curieux i quoiqu'ils eussent été prévenus auparavant deû acci- Aént» qtti ►pouvaient leur arriver! Quelques-uns ârtïraiètti pu- y périr, 'Sàhs lès 'précautions que leurs cdtidûctettf i^aVaiént prises pour les'gat^ntir des événement^' qui sbht à ■ redouter po'ùr ceux qiui'ne c'ohiiafeseht pis parfeîtément ce sol. 'i '^L*S e^idrôîtis ' ^ploîtés dèpûiis; peu d'années fbrméiil de '«f^its iacsl atï**ihî!îeu desquels pou^ëtil d*^. * Xfréssôhs , ûés' conferves et d-atttrês platttètf 'fi^jùatiqtîès'i' qM formèùf des espèces d^tes flte veMuré. Des riétiuphars (nym^Aea) 4otttMesf plantes sorird%ne étendue considérable^ ornent les g<^tiflëfi( pièces d'eau. Dans rétéi^ri>^ découvre de fiièè-ïoîn leurs grosses flem*s blanches , qui brillent et se détachent sur les eaux, qui pai^aissent isoires, parce
( 239 ) que le sol sur lequel elles reposent est de cette couleur» et qu'elles paraissent en. avoir la teinte, quoiqu'elles soient au contraire plus limpides que celles de la Seine. Elles proviennent d'un grand nombre de sources qui existent au pied de la côte où est la forêt de Brothone ; elles sont toujoui^ au-dessous de la température en etc , et bien au-dessus en hiver, ce qui fait qu'elles ne gèlent que très^tard. Il y à même des endroits où sont des sources qui ne gèlent presque jamais. Ces eauxxsout peuplées d'un grand nombre de poissons et d'une quantité innombrable de reptiles et d'insectes qui attirent dans ces lieux, à certaines ëp6«ques , des légions d'oiseaux aquatiques. Les poissons qui s'y pèchent le plus . ordinairement sont l'anguille , la tanche et le brochet ; mais ils répugnent au goût, et n'offrent qu'tin mets peu délicat , par rapport à Todeur de bourbe dont ils sont imprégnés. Lès i hérons , lis butors , les canards , les sarcelle^ y les judelles'^ les poules d'eau, les marouetteset les bécassiiies, sont les oiseaux qui s'y trouvent le plus communément. Une chose digne de remarque, c'est que la bécasse , qui est un oiseau de passage pour nos contrées, et qui ne quitté les montagnes éloignées où elle niche et passe
(940 ) la belle saisonvq^'à la fin de Tautomne , pour venir dans ^ nos parafes , s'y trouve en toutes saisons, et que; souvent.on y en a tué au mois de Juin. .Lçs canards y sëjoument également toute Tannée ; mais la meilleure époque popr eu trouver, est la fin de Juin et le commencement de Juillet, où dans certaines années .les hal]>rans y sont en abondance.
La tourbière s'exploite au profit des habitants ^e Heurteauville , sur les fonds desquels il existait une bâtisse ayant cheminée , lors du commencement de l'exploitation. Ils nomment parmi eux un administrateur qui se trouve chargé de faire faire les travaux et de vendre la tourbe. Il leur rend compte tous les ans de sou administraftion ; mais nul travail n'est plus incertain. On a vu plusieurs années les dépenses ^^Uifiasser les bénétices , et dans d'autres revenir loo et même i5o francs à chaque propriétaire 4 un droit:, et il yen a 112. Cette diËTérence dans les produils. est sou^nt causée par 1 intempérie des saisons y qui , comme nous l'avons fait remarquer précédemment, contrarie les travaux relatifs à 1 exploitation. Les endroits exploités deviennent des fondrières dont on ne peut tirer aucun parti. Il serait intéressant pour les propriétaiires d^ pouvoir les utiliser, ce qui
( 241 ) jusqu'à présent n'a paru guère possible ; et les habitants voient avec peine , maigre le be'nétice qu'ils en tirent maintenant , dtftruîre un terrain précieux qui par la suite ne leur offrira qu*ua objet nuisible , une espèce de cloaque où les eaux en croupissant rendront Tair insalubre dans les environs.
Cependant un essai fait pour tirer parti de ces marécages a paru donner l'espoir aux propriétaires que tous les endroits envahis par les eaux, après l'exploitation de la tourbe, pourraient bien ne pas rester sans utilité. En 1820, MM. Dubreuil , directeur du Jardin des Plantes à Rouen , et Lebret , pharmacien en la même ville, ont tenté d'y introduire la macre ou châtaigne d'eau ( trapa natans " de Linnée ). Us
I. Trapa natans^ macrc, salîgot, cornucllr, châtaigne oa truffe d'eau , est une plante annuelle qui croit dans les rivières , les lacs , lés étangs, etc. , et dans tous les endroits où il y a des eaux croupies et où le sol est limoneux* Cette plante appartient à la tdtrandrie monogyuitu Les fleurs sont petites, axîUaires et composées de quatre pétales blancs, avec autant d^ëtamines et un seul style. Le calice est placé sur 1 ovaire, et divisé profondement eu quatre segments pointus. Sa racine est trcs-lon^ue et garnie par intervalle d un grand nombre de fibres en partie flottantes dans reau , et en partie attachées à la vase. £Ue pousse des tiges minces , herbacées et rameuses, qui s'élèvent jiisqu à la surface de l'eau et qui sont garnies de deux sortes de feuilles, les unes opposées et plumeuses à folioles capillaires , et le& autres alternes , de forme
( 242 ) ont jelé des fruits de cette, plante en assez grande quantité dans plusieurs pièces d'eau.
Leur essai a très-bien réussi; et en 1821, le semis a produit des fruits aussi parfaits que ceux qu'ils avaient semés. Mais par défaut de surveillance, tous les plants ont été enlevés en 1821 et ne se sont pas perpétués.
Les endroits non exploités sont à usage de pâture , et tous les habitants du hameau , sans distinction , y mettent paître leurs bestiaux ' .
Il existe une chapelle dans ce hameau , bâtie en lySo, qui fut érigée en succursale par l'abbé de Saint-Simon. Elle était jadis dans un autre endroit, et fut fondée par la piété des habitants, à la suite d'un événement où vingt personnes périrent en voulant traverser la Seine pour assister à la messe paroissiale à Jumiéges.
rhomboïdalc et assez semblables à celles du peuplier commun; les unes flottent dans l'eau, et les antres nagent ii sa surface. Les fruits , semblables à de petites cliâtaignes , ^ont armés de quatre cornes opposi^cs deux à deux , et sont noirs comme du jais. lU renferment une amande blanche ayant la forme d'un cœur. Cette amande est très-bonne à manger ; son goût approche de celui de la châtaigne , mais est un peu plus fade. Cette plante pousse spontanément en Italie et dans le midi de la France , où ies fruits se vendent comme on vend dans ce pays les châtaignes et les noisettes. On les mange crus ou cuits sons la cendre*
1. Le droit des habitants à la Harcllc remonte à i3ii , époque où ils en obtinrent la concession des religieux.
( 243 ) Elle fut dotëe suffisamment pour y entretenir un chapelain à perpétuité. A la révolution, une partie des dotations ont été vendues. Elle est connue des marins qui parcourent le bas de la Seine sous la dénomination de Chapelle du hout-du-V ent i nom qui lui provient de ce que les vents qui régnent le plus ordinairement dans ces parages, les obligent fort souvent de relâcher là.
Le ten-itoire des hameaux de Heurteauville et de Conihout ne s'élève que de très -peu au-dessus du niveau de la Seine dans son élévation ordinaire, et se trouve souvent submergé. Dans les inondations, Tcau séjourne long-temps dans l'intérieur des teiTes , détruit une partie des récoltes , rend l'air malsain , et occasionne des maladies , surtout des fièvres très-opiniâtres.
Outre ces désagréments, la marée endommage considérablement le terrain de ces hameaux. C'est principalement sur la rive droite qu'elle fait le plus de ravages.
Il y a trois endroits où elle cause beaucoup de dommages.
Le premier et le plus considérable maintenant est le Trou^des-Iles o\x Trou^Couturieî\ Quand la marée y arrive , pour peu qu'elle
ait de force , elle enlève toujours quelques parties du sol ; quelquefois elle einporte des pierres d'un volume considérable , déracine des arbres , et lance le tout à de très-grandes distances. Une maison qui existait dans cet endroit et qui se trouvait éloigne'e de la rive , il y a quelques' années , a disparu. Uendroit endommagé forme un avancé dans les terres , où Teau s'engouffre de manière à ne pouvoir s'en faire d'idée , à moins de l'avoir vu. Quand elle est arrivée à l'extrémité , elle retourne avec la même violence et fait autant de dégâts le long de la rive qu'en arrivant. Ce trou s'est agrandi considérablement depuis quelques années , et l'eau menace d'envahir une trèsgrande étendue de terrain! Il est même à présumer que si elle pénétrait jusqu'aux terres en labour , la Seine s'ouvrirait un nouveau cours dans cet endroit où elle passait jadis.
Un autre se nomme le Trou-des-Haugues.
C'est un des plus anciennement formés. Il est au-dessus du premier et presqu'au milieu du hameau de Conihout. 11 a été question de le barrer il y a quelques années. Des architectes étrangers aux localités n'avaient estimé les travaux à faire qu'à 76,000 fi'ancs; maïs il est certain que ceux qui les connaissent savent
( 245 ) qu'un entrepreneur ne serait pas venu à bout d'y faire faire un travail solide en ne dépensant que cette somme. Il a été beaucoup plus grand qu'il n'e^t en ce moment. La rivière n*a maintenant aucune tendance à l'augmenter ni à laisser le terrain se rétablir , et il est à présumer qu'il restera long-temps dans le même état. Une prairie placée à côté s'endommage par les deux extrémités , et sous peu pourra disparaître.
Le troisième , sur la même rive , se nomme le TroU'Canepin. La marée y fait beaucoup de ravages.
Il existe sur la rive gauche plusieurs endroits qui s'endommagent également. Le plus remarquable est près la chapelle du Bout-du-Vent.
Il y a quelques années, l'excavation formée par Teau a été barrée par un talus d'au moins 1,200 pieds de longueur sur 12 à i4 pieds d'épaisseur ; et au moment où le travail venait d'être terminé, une seule marée en a enlevé plus de 100 pieds.
La violence de l'eau est telle dans tous ces endroits , que si un des plus forts navires qui montent la Seine se trouvait vis-à-vis au moment où la marée arrive , il serait brisé ou submergé. Cet efifet terrible ne dure que
( 246 ) quelques minutes, iseulement au moment de ranivée du flot. Les dommages qu'elle cause au terrain sont si considérables , qu'il est impossible à la plupart des propriétaires d'y foire foire les travaux nécessaires pour les empêcher. Cet inconvénient valut aux habitants de Jumiéges et du Mesnil, sous Louis XIV, d*étre déchargés du droit de halage sur leurs propriétés '.
Si la partie la plus basse du territoire de Jumiéges a le désagrénient de se détruire par Teffet des marées , et que l'air y soit insalubre, elle a l'avantage d'être très-productive , et sous ce rapport, c'est la plus précieuse et la plus estimée du pays.
La partie sablonneuse , qui n'a pas à redouter les mêmes inconvénients, a le gran^ désavantage d'être peu féconde; cependant la salubrité de l'air qu'on y respire *, son exhaussement qui la foit dominer sur les lieux environnants , en rendent le séjour agréable à ceux qui ne sont pas obligés de se livrer aux travaux pénibles de Tagriculture pour suffire à leurs besoins.
T. Arrêt du conseil, du 17 Octobre 1676.
a. Les brouUlards qui régnent souyeQt 4ur U pivclie maréc^f mw s'étendent rarement iu^^'au Sablon.
( Ul )
De cette partie on jouit , dans dififerentà endroits, de plusieurs points de vue qui peuvent être mis au nombre des plus beaux qu'offrent les rives de la Seine.
En portant ses regards vers le septentrion , la perspective n'est bome'e que par la côte de Villequier , entre laquelle on découvre les plaines de Bliquethuit , le château, le beau parc et le bourg de la Mailleraye, et, plus près , le hameau de Heurteauville avec sa tourbière , ses vergers et ses prairies , qui paraissent encadrés dans le circuit que trace la côte où est la forêt de Brothone, et l'œil peut suivre le cours sinueux de la Seine sur une étendue d'au moins 1 8 kilomètres (4 lieues).
A l'occident et au midi , la vue est bornée par la côte du Lendin et celle d' Yville , dont les formes variées produisent un très-bel effet ; leurs bases paraissent cachées par les arbres de la péninsule qui dérobent également la rivière à la vue , ce qui sauvent produit une illusion singulière ; car lorsque des navires sont dans ces parages, on remarque souvent leurs voiles entre les arbres , et on croirait les voir errer au milieu de bosquets, Vers l'orient , du haut de la côte où est la forêt , la perspective s'étend à plus de 24 kilomètres (6 lieues). On
( 248 ) découvre la Seîne au pied de la côte, et, sur la rive opposée , les riches vergers des comfnunes d'Yville, d'Anneville et de Berville , ensuite les marais de ces communes divises en plusieurs endroits par des rangées de saules, et, au dessus, des plaines sablonneuses qui, dans leur culture, oflBi'ent uit nombre infini de carres de diverses couleurs. La vue dans celte direction n'est bornée que par la foret de Roumare et par les bois de Canteleu, qui se perdent à 1 horizon.
La population de la péninsule s'élève à près de trois mille âmes. Jumiéges en contient à lui seul mille neuf cent cinquante-cinq, le Mesnil près de huit cents, et Yain\îlle environ deux cent cinquante '.
Les occupations des habitants sont la culture des terres et des arbres fruitiers.
Comme une partie du pays abonde en pâturages, on y fait quelques élèves de betes à cornes et de chevaux; mais ou s'occupe peu du perfectionnement des races. On s'y livre surloul à l'engrais des veaux, qui se vendent ordinairement à Ftouen, où ils sont connus,
1. Gotto population pour Jumît'gcs est d'après nn reïeré fait en 1820 , el pour les autres commîmes d*aprè« uA relevé fait en 1S18.
(249 ) ainsi que ceux de beaucoup d autres communes voisines, sous la dénomination de veaux de rivière. Il existe quelques troupeaux de bêtes à laine dans la partie sablonneuse ; mais leur éducation est peu soignée : il n'y en a point au niarais '• On y fait un grand nombre d'élèves en volailles , suilout en dindons et en canards , dont on alimente une partie du marché de Duclair, où viennent se pourvoir la plupart des marchands qui les vendent à Rouen, où les canards sont connus sous la dénomination de canards de Duclair , ce bourg étant renommé depuis long- temps par la qualité dé ceux que fournît son marché.
Outre les produits en grains , tels que blé , seigle , orge , sàrrazin , etc. , pois , fèves , etc. , qu'on porte au marché de Duclair , et les fourrages, tels que foins, trèfles, luzernes, etc. , qui se vendent à Caudebec, on y fait une assez grande quantité de cidre et de poiré. La consommation de cette dernière boisson se fait en pallie dans le pays , surtout par les habi-
I. Les moutons y sont bientôt atteints d'une maladie au foîe connue sous le ndm de pourriture, qu'ils gagnent, dît-on, en iii4ngcant d'une herbe que les habitants nomment douve, H est plutôt à présumer qu'Us doiyent celte maladie à la trop grande humidité dei pâturages.
( âso )
tanls du Sablon.Le cidre , qui est gëne'ralement de bonne qualité , est destiné pour Rouen.
La plupart des habitants des hameaux de Conihout et de Heurteauville sont pêcheurs pendant la saison des aloses ; ensuite ils font commerce de fruits qu'ils portent à Caudebec avec leurs bateaux.
Les poissons que Ton pêche à Jumiéges sont l'alose ( clupée ) , qui monte la Seine an commencement du printemps pour frayer, et qui s'y trouvfe quelquefois en grande quantité. C'est un des meilleurs poissons de cette contréç après le saumon, qu'on y pêche également; la feinte ( autre clupée ) , qui monte après l'alose; les flondes ( pleuroiiectes ) , l'anguille i( murène), l'éperlan (osmère), etc. Cette tranche d'industrie est maintenant peu lucrative , par rapport aux droits que les pêcheurs sont tenus de payer. Il y a cependant une pêcherie établie à un endroit nommé la PieUç -, dont les produits sont ordinairement assez considérables.
Avant la révolution , la pêche le long de la majeure paitie des communes de Jumiéges, du Mesnil , d'Anneville et d^ Duclajr, appartenait à Fabbé et aux moines , qui la louaient aux pêcheurs moyennant une faible rétribution
( 251 ) en argent ( 6 francs par bateau ) , et la redevance de différents poissons qu'ils réservaient pour leur monastère , tels que les esturgeons , les premiers saurnons que chaque pêcheur prenait, et une certaine quantité d'aloses et d'autres poissons.
Comme seigneurs de ces paroisses, les religieux astreignaient tous les pêcheurs de leur dépendance à diverses redevances féodales qui ne sont remarquables que par leur puérilité.
Pour en donner à peu près une idée, on rapportera celle quî^uit. Chaque année, au commencement du printemps , tous les pêcheurs vassaux des moines étaient tenus de se présenter à l'abbaye , les uns avec un aviron sur l'épaule , et d'autres avec la bricole ( nommée péronne ) dont ils se servaient ordinairement pour tirer leur filet, et un bâton blanc à la main , et tous, pourvus de cet attirail , faisaient processionnellement trois fois le tour d'un colombier placé dans la cour de l'abbaye, et la troisième fois , en passant devant , ib frappaient , chacun à leur tour, à la porte , et faisaient un salut ; ce qui s'exécutait en présence de tous les religieux , assis gravement pour voir défiler cette procession burlesque. hes pêcheurs qui manquaient à cet acte de
soumission étaient condamnés à payer une amende. On ignore dans le pays la cause qui avait fait instituer cette cérémonie singulière , qui s'est pratiquée Jusqu'à la révolution. Tous les anciens de Jumiéges et plusieurs des environs se rappellent y avoir figuré , et beaucoup d'habitants se souviennent d'en avoir été spectateurs. Tout particulier qui voulait exercer la profession de pécheur, devait préalablement assister à cette cérémonie avec les attributs exigés.
Puisque nous avons ^mentionné cet usage singulier , nous ne croyons pas devoir en passer sous silence un autre non moins extraordinaire , qui se pratique encore au Mesnil , où il a lieu de temps immémorial, sans que le but ni les causes qui le firent instituer soient connus. L'autorité supérieure devrait bien le faire cesser, par rapport à ses résultats.
Tous les ans , le jour de Noël , après vêpres, le dernier marié de la paroisse jette ce qu'on appelle la pelotte sur une plaine nommée rOraille. Cette pelotte se compose d'une boule formée de morceaux de tôle ou d'autre matière capable d'offrir de la résistance, dans laquelle celui qui la jette à mis une pièce de monnaie de la valeur qu'il juge convenable.
Aussitôt qu'elle est lancée, les garçons de
( 253 ) la paroisse qui sont présents cherchent à s'en emparer. Pour en être maître , il faut la déposer sur sa cheminée sans avoir été atteint. On en a vu , pour la conserver , faire plusieurs lieues. Presque toujours il s'engage des luttes terribles pour l'obtenir , et heureux ceux qui n'en sont quittes que pour quelques contusions ! C'est là , disent-ils , qu'ils paient ce qu'ils appellent les vieilles dettes ; malheur alors à celui qui a mérité la haine de ses cohabitants ! car les horions ne lui sont pas épargnés. On prétend que cet usage existait jadis à Jumiéges , mais qu'il a cessé , parce qu'un homme y fut tué, et l'on prétend aussi que , quand une chose semblable arrive dans un pays, on doit être cent ans sans y jeter la pelotte. On dit qu'il y a près d'un siècle que cet événement eut lieu à Jumiéges , et beaucoup de personnes pensent que bientôt cette institution , tombée en désuétude , y sera remise en vigueur.
Elle se pratique aussi à Yville , commune vis-à-vis la péninsule. Elle était également usitée à Hauville, où les moines avaient des propriétés ; mais elle a cessé pour les mêmes causes qu'à Jumiéges. Il est étonnant , d'après ce qui s'y passe , que le même motif ne l'ait pas encore fait cesser au Mesnil.
11 est peu d'endroits, si ce n'est dans certains cantons de la Basse-Bretagne, où la superstition ait un culte aussi bien établi qu'à Jumiëges.
Quelques notes relatives à ce sujet, et qui sont l'exacte vérité , ne paraîtront peut-^tre pas déplacées ici , par rapport à leur singularité.
Une croyance répandue parmi la plupart des habitants, et qui malheureusement existe encore ailleurs, est celle aux revenants, aux sorciers, etc. , etc.
On y croit aux maux de saints , surtout pour les enfants.
U existe dans le pays plusieurs femmes qui se sont créé un certain revenu en exploitant cette dernière partie de la crédulité. Elles se chargent , envers ceux qui veulent bien avoir confiance en elles , de deviner, au moyen de feuilles de lierre qu'elles mettent tremper dans de Teau bénite, le mal de quel saint est tenu le sujet pour lequel on les consulte ( comme si les bienheureux du séjour céleste s'amusaient à tourmenter d'innocentes créatures ) ; et ensuite, au moyeu d'ë prières et de pèlerinages , elles répondent de sa prompte guérison.
Nous avons dans les envh'ons un saint Fini dont les légendaires ne nous ont pas transmis les faits , mais qui n'en jouit pas moins d'une
( 255 ) grande réputation. Si un parent ou un ami est malade , on va en pèlerinage à Saint- Fini , où Ton fait dii-e une messe à l'intention du moribond , et au moment du sacrifice , le malade se lève , ou autrement , pour abréger ses souffrances , son ame part pour la région céleste.
Une autre croyance est que quand une personne qui vous fut chère est décédée , et que son imagé vous apparaît pendant le sommeil , on est certain qu'elle est en purgatoire , et qu'elle ne peut se tirer de ce mauvais pas que par des prières et surtout par un pèlerinage qui s'exécute ainsi. Il faut déposer pendant la nuit un bâton blanc sur la fosse de la personne décédée , et aller ensuite à la chapelle de la Mère de Dieu ( dont il est fait mention dans cet ouvrage) ; on a la certitude que le mort vous accompagne dans cette pieuse course , et concourt à vos prières.
Une superstition généralement répandue dans le pay!^, est la persuasion qu'on peut guérir tous les bestiaux de diverses maladies , et surtout les chevaux , des coliques ou tranchées par le procédé suivant ; Le jour de saint Jean-Baptiste , avant le lever du soleil , il faut aller dans la campagne pieds nus et sans être
( 256 ) vu , arracher datis le champ d'un voisin deux poignées de seigle, en fah^e un lien, et quand un animal est malade, on le lui passe autour du corps ; on recite ensuite Tevaugile saint Jean, et en prononçant ces paroles : In principio , l'animal doit bondir et conscquemmenl être guéri.
11 serait facile de composer un volume sur cet article relativement aux superstitions des Gemiegeoîs ; pour ne pas abuser de la patience du lecteur, Tauteur pense devoir se restreindre. Cependant il doit encore lui signaler la note suivante : Quand un individu se noie ( à Jumiéges , peu d'individus connaissent la natation , quoique journellement les habitants soient exposés à braver un clément où , chaque année on compte toujours un plus ou moins grand nombre de victimes ; il serait à désirer, et je forme des vœux à ce sujet, que dans toutes les communes le long de la Seine , un maître soit chargé d instruire la jeunesse dans un art qui ne peut qu'être utile à rhumanite) , et qu'on ne peut retrouver son cadavre, on prétend être sûr d'y parvenir en iâisant bénir uu cierge qu'on fixe sur une planche ou sur un morceau de liège ; on allume ce ciergi» , et ainsi fixé, on le laisse aller au gré du courant,
( 257 ) ot nul doute qu'il ne s'arrête à l'endroit où est le corps du submergé.
Comme ou Fa dit , beaucoup d'autres superstitions aussi absurdes existent dans cette péninsule f où l'ignorance est faite pour les maintenir encore long-temps^ avec le préjugé qu'ont beaucoup de personnes que c'est sottise que de don-ner de Fëducation aux enfants ; de sorte que plusieurs habitants aisés de Jumiéges ne savent ni lire ni écrire; quelques-uns cependant ont fait abstraction à cette règle, et leurs enfants se sont ensuite distingués dans la société. On pour-' rait en citer plusieurs qui doivent à leur éducation une fortune honorable. Lies habitants de la Terre -"Gémétique ne demandent que de l'instruction et de l'encouragement ; laborieux , industrieux et économes , là force de leur tempérament . est à l'épreuve de la fatigue. La marine leur doit un grand nombre de sujets distingués.
Je crois devoir signaler ici une cérémonie trop singulière pour être passée sous silence. J'aurais ' cependant pu m'abstenir d'en faire mention , d'après le récit qu'en a fait M. E.-H. Langlois ; mais comme il a eu la complaisance de graver un dessin représentant cette solennité, pour en orner mon ouvrage , il est nécessaire que
l€ lecteur en puisse co i liaîlre Texplication. Le 23 Juin , chaque annëe , line confrérie dite de Saint - Jean - Baptiste s'assemble avec croix et bannière chez un particulier désigné dans le pays sous le nom de Loup-Ï^ert, Tous lès individus qui composent cette assemblée sont revêtus d'un chaperon portant pour insigne rimage du saint précurseur dont ils vont célébrer la fête. Le particulier chez lequel on s'est réuni , autrement le houp^J^ert^ se revêt d'une vaste houppelande dexouleur verte , se coi£fe d'un grand bonnet pointu , sans bords , et de même couleur ( pour s'en former une idée , il faut avoir vu jouer le Deçin de ■ f^iUage : son costume est le même que celui du niagicien, à la couleur prèfr), et tout le vêtement quelquefois est chamarré de rubans ( car il y a des variations dans le costume ) ; accoutré de la sorte, il se met en procession à la tête des frères , et tous marchent en chantant l'hymne de Saînt-Jeàn , au bruit de deux sonnettes que porte un jeune homme en smrplis. A ce départ , quelques salves de mousqueterie annoncent que le loup est en marche ; ils se rendent ainsi à un endroit nommé le Chouquet ( vis-à-vis les ruines de TAbbaye). M. le curé , qui serait considéré comme hérétique s'il n'allait pas à leur
PROCESSION Dl" IjOIIP-VKRT
( 259 ) rencontre , se trouvant averti par le bruit des pétards, vient les trouver avec son cierge ; de nouveaux coups de feu signalent son amvée , et son dëpait n'est pas moins bruyant. Il conduit toute la bande jusqu'à Téglise , au son des clochettes et au bruit de la mousquèterie ; à Téglise on chante vêpres , après quoi toute la troupe l'etourrie ,' avec croix et bannière, chez le lioup, où l'attend uii repas qui , quoique t6ùt en maigre , n'est pas le moiiidre stimulant dé sa pieuse course. A la fin du jour, on allume un bûcher, et ce sont ordinairement un jeune garçon et une jeune fille , parés de bou<Juets? et de rubans , qiil sont chargés de ce soin. La procession an*rve autour du feu ; rien n*est plus pittoresque que la sortie de la maison pour cette partie de la cérémonie. Il fout se figurer le tintement des clochettes , joint au chant de V Ul queant Iaxis , les croix et bannières défilant comme des lances sous des pommiers dont les branches sont très-basses , et les frèrtîs formant le cortège avec beaucoup d'assistants qui suivent toute cette procession. Arrivé près du bûcher, on chante le TeDeum^ et ensuite on recommence M Ut quednt. Les hymnes terminés , le Loup en costume , ainsi que les frères fiéciprés , se tenant tous par une main , courent autour du feu
( 260 ) après celui qu'ils ont désigné pour être Loup Tannée suivante. On saura que , dans cette course , il n'y a que ceux qui sont à la tête et à la queue de la file qui aient une main de libre ; cependant il faut saisir trois fois le futur Loup , sans quoi il ne serait pas censé pris ; jusqu'au moment où cet heureux résultat soit obtenu , l'aspirant loup , qui est armé d'une forte baguette , a le droit de frapper le vieux loup et toute sa ti'oupe, ce qui s'exécute ordinairement avec beaucoup de zèle. Enfin , quand le loup est pris , quelques-uns des frères le portent sur leurs épaules près du bûcher, et font le simulacre de le jeter dedans ; c'est dans ce moment qu'en présence de la pieuse associatioui encore présentes la croix et la bannière, un ancien du pays chante la ronde suivante :
YoiCl la Saint- Jean y Le mien y sera ,
L'heureuse journée J'en suis assurée ;
Que nos amoureux II m'a apporté
Vont à l'assemblée : Ceinture dorée :
Marchons , joli cœur, Marchons , joli cœur ,
La lune est levée. La lune est levée .
Que nos amoureux II frCa apporté
Vont à rassemblée ; Ceinture dorée ;
Le mien y sera, Je voudrais ma foi
J'en suis assurée : Qu'elle fût brûlée :
Marchons ; joli cœur , Marchons , joli cœur ,
La lune est levée. La lune est lovée.
Je voudrais ma foi £t moi dans mon Ut
Qu'elle fût brûlée , Avec lui couchée ;
£t moi dans nion lit De Paitendre ici
Avec lui couchée : Je suis ennuyée :
Marchons y joli cœur, Marchons , joli cœur,
La lune est levée. La lune est levée.
Ce que le ménétrier accompagne de son violon , qui n'est pas toujours d'accord.
Souvent on y joint d'autres couplets qui , comme les précédents , sont en contradiction avec l'espèce de solennité religieuse qu'on veut imposer à cette singulière cérémonie.
Les chants terminés, on rentre chez le Loup , où , comme il a été dit , un souper tout en maigre est servi. Pendant le repas, celui qui parlerait de trafic ou dirait un mot immodeste , serait mis à Tamende , et ce sur le son des clochettes qu'agiterait le Loup près duquel elles sont déposées. Le contrevenant devrait en outre se lever , se découvrir et réciter à haute voix Pater noster tout au long. On observe que le Loup et les frères sont toujours décorés ; que le Loup a le droit d'inviter ses amis à ce repas , mais qu'ils ne peuvent être admis à la même table.
Pendant tout ce temps, des danses s'exécutent devant la porte du Loup. Les pétards
et'les coups de fusil annoncent dans le lointain la cérémonie.
A minuit, tous les convives se lèvent, mettent chapeau bas, et entonnent de nouveau TC/if queant On retire ensuite les chaperons, et alors il est permis de dire tout ce qu'on pense ; mais la fête n'est pas encore finie.
Le lendemain, toute la compagnie en joie retourne avec le même attirail jusqu'au Chouquet , où elle trouve un pain bénit à plusieurs étages , surmonté de bouquets et d'une grande asperge ornée de rubans.
M. le curé vient encore à leur rencontre ; on va entendre la messe , où le Loup quête en costume, et dépose sur les marches de Tautel, les clochettes , que le futur Loup prend pour gages de la dignité qu'il doit avoir et qu'il a méritée pour Tannée suivante. Néanmoins on retourne chez le vieux Loup , qui traite toute la société selon sa fortune , et que souvent il garde plusieurs jours à table.
La plupart des habitants du bourg de Jumiéges sont marchands ; mais ils sont en tî*op grand nombre, et l'endroit n'offre pas assez de débouchés pour que tous puissent y trouver le débit de leurs marchandises. Jadis il s'y tenait un marché tous les jeudis, qui contri-
buait à entretenîr leur aisance. Ils Vont laissé tomber en désuétude quelques années avant la révolution , parce qu'ils avaient alors d'autres moyens de prospérité. L'abbaye répandait beaucoup de splendeur sur le pays, où elle attirait un concours considérable de persoimes des communes environnantes ; en outre les religieux procuraient du travail à la classe indigente , et secouraient les individus les plus nécessiteux. Depuis qu'elle est détruite, les biens des moines ont prospéré d^ns les mains laborieuses de ceux qui les possèdent, et l'agriculture a même subi de T^randés améliorations; mais dans le petit bourg qui compose aujourd'hui Jumiéges ,
tout est dans l'inertie et révèle la détresse des habitants.
Ils ont réclamé le rétablissement de leur aucien marché : s'ils parvenaient à l'obteiair, peut-être . leur pays recouvrerait-il une faible partie de son antique prospérité, quil paraît avoir perdue pour totijours. '•- '^