FAITS HISTORIQUES
JJans le département de la Seine-Inférieure, entre Rouen et Caudebec , la rivière de Seine, dans une de ses nombreuses sinuosités , forme sur sa rive droite une péninsule qui peut avoir six Idiomètres ( une lieue et demie ) de long du septentrion au midi , et deux kilomètres (une demi-lieue) de large de Torient à Toccidentp Ce temtoire se nommait jadis la Terre- Gémétique , nom auquel on a accordé diverses étymologies. Quelques auteurs prétendent qu'il dérive du mot latin gemitus ou gemere, comme
désignant un Keu de douleur et de gémissement , parce que les religieux y gémissaient continuellement.
Dans les temps anciens, les moines établis dans ces lieux ont prétendu qu'il dérivait de gemma , pierre précieuse , et ils récrivaient Gemmeticum, Il provenait , selon eux , de ce que leur monastère était considéré comme un diamant brillant , ou autrement comme la perle des monastères , ou plutôt parce que les moines qui Thabitaient brillaient comme autant de pierres précieuses. D'autres ont appelle Gemeias , Gimiéges , ou Gemellorum^ Gemicges, et enfin Jumiéges.
Il existe diverses autres étymologies qui ne méritent peut-être pas mieux d'être citées que celles dont nous venons de parler. Sans s'étendre davantage sur un sujet aussi futile qu'il est peut-être difiicile d'éclaircir, surtout en cherchant son origine dans la langue latine, puisque, d'après l'opinion de savants distingués , le mot dont il s'agit est absolument celtique, on dira seulement que l'auteur, dans un précédent ouvrage, crut devoir adopter gemitus , qui lui parut alors être l'étymologîe la mieux fondée , mais que de nouveaux renseignements lui ont démontré n'être pas mieux
prouvée que les autres, puisque toutes sont étayées sur des autorlte's respectables. Cependant , si cette dernière était adoptée , elle devrait cette préférence à son identité , qui ne peut être contestée , avec la nature du sol qu'elle indiquait. Car c'était jadis , à n'en pas douter, un pays de tristesse et de désolation, plus propre à servir de refuge aux bêtes fauves que de séjour à l'homme. Cependant quelques écrivains nous l'ont dépeint comme un lieu de délices où tout se trouvait en abondance ; mais un plus grand nombre nous en ont laissé des descriptions dans lesquelles ils l'ont désigné comme un endroit affreux ^ tout couvert de marais infects et de forets épaisses. Nous ne pouvons accuser ces derniers d'exagération dans leurs tableaux, puisque , malgré les améliorations que l'industrie , le progrès des arts et plusieurs siècles ont dû lui faire subir, une grande partie n'a jamais été livrée à la culture , et que la forêt et les marais très-étendus qui s'y trouvent encore , ne peuvent nous en laisser d'autre idée que celle qu'ils nous ont transmise.
Ce sol compose maintenant trois communes.
La principale , qui tire son nom de celui que portait jadis toute la péninsule , dont
(4) on a fait d'abord Gemiéges ^ et finalement
Jumiéges , doit son illustration à l'antique et célèbre abbaye de Béne'dictins qu'elle a possédée , où se sont passés plusieurs événements mémorables.
Les deux autres se nomment le Mesnil et Yainville , mais ne sont , pour ainsi dire , coïisîdérées que comme des dépendances de Jumiéges. Cependant le Mesnil a été le théâtre d'un événement qui, depuis long-temps, a fait consigner son nom dans l'histoire.
Le fondateur de l'abbaye à laquelle Jumiéges est redevable de sa principale illustration , fiit saint Filibert. Ce saint homme , que plusieurs titres recommandent particulièrement à la vénération des habitants de Jumiéges , était fils de Filibaud, premier magistrat de Vie, qui depuis en fut évêque. Filibert naquit à £auxe, en Guyenne, en 617 ou 618. Quand il eut terminé s^s études , son père le fit entrer à la cour de Dagobeit , où il obtint la confiance de saint Ouen, avec lequel il se lia d'une étroite amitié. Ces deux saints personnages s'étaient attiré , par leurs vertus , l'estime de toutes les personnes de la cour , malgré la sévérité avec laquelle le premier censurait les mœurs dissolues qui y régnaient.
Dagobert voulut s'attacher Filibert en lui offrant des emplois ; mais celui-ci ne voulut en accepter aucuns. La vocation qu'il avait toujours eue pour la vie monastique , et que ses fréquents entretiens avec saint Ouen ne firent que fortifier , le de'tenninèrent à quitter le monde et la cour, pour se retirer dans un cloître.
Il choisit le monastère de Resbais, fondé par saint Ouen , pour y faire profession. D était âgé d'environ vingt ans. Sa fei'veur et retendue de ses connaissances l'en firent élire abbé , à la mort de saint Agile , qu'il avait trouvé revêtu de cette charge en entrant. Il se conduisit avec beaucoup de zèle dans son gouvernement. Ses frères , jaloux de ses perfections , se soulevèrent contre lui , en prétendant qu'il affectait une fausse dévotion , pour les tyi'anniser ; ils en vinrent au point de vouloir le chasser de son église : mais deux des per-« turbateurs ayant terminé leurs jours d'une manière tragique (ils furent frappés par la foudre), les autres, persuadés que leur mort était l'eflet de la vengeance divine, se calmèrent. Cependant le pieux abbé , croyant que Dieu ne le trouvait pas digne de gouverner cette communauté , et se reprochant lui-même ^^ sans en être cause, la moit des deux frères»
prit la résolution de quitter le monastère. Lei> religieux eurent beau le prier ^ il ne voulut rien entendre. En les quittant il alla d'abord à Luxen et à Bobbio ' ; ensuite il visita les monastères les plus célèbres de France et d'Italie , pour y puiser des connaissances propres à perfectionner la vie monastique.
Quand il fut de retour, il forma le projet de fonder un nouveau monastère , pour y mettre en pratique les principes d'austérité qu'il avait puisés dans ses voyages; et ce fut Jumiéges qu'il choisit pour exécuter son dessein.
A cette époque , il existait dans cet endroit, au bord de la Seine , un château-fort , alors démantelé î qui remontait à une très -haute antiquité, et que Ton présume avoir servi de poste militaire aux Romains , pour défendre le cours supérieur de la Seine des ra'\'ages des Saxons , et où les rois de France a>'aient depuis entretenu des garnisons, pour protéger leur royaume contre les incursions des peuples de la liriinile-Bretagne > qui plusieurs fois y avaient pénétiY par cette contrée.
Ce fut sur les ruines de ce château que
1. Bobbîo, pcti:e \\\\e «l^Italîe , dans les Apennins, où îl y avait un monastère de l*ordrc de saint Benoit, qui fut fondé far «aini Colombain, également fondateur de la TÎHe.
saint Filibert obtint de Clovis II et de sainte Bathilde la permission de Jeter les fondements de l'abbaye de Jumiéges , en 654 *•
Il y fit bâtir , en peu de temps , trois églises de différentes grandeurs : la première , en forme de croix , sous le vocable de la Vierge , ayant un autel enrichi d'or, d'argent et de pierres précieuses , qu'il tenait de la munificence de la reine Bathilde. Chaque aile eut aussi son autel , l'un dédié à saint Jean - Baptiste , et l'autre à saint Colomban. La seconde, au septentrion de la première, sous le vocable
I. Il existe parmi les historiens un nombre infiai d'opinions
relatives à cette fondation. Les uns en fixent IMpoque en 638 fet
640 ; les autres , et le plus grand nombre , en 654* L*auteur avait
d*abord adopté l'époque de 6^0 dans un opuscule intitulé :
Ln Terre Gémétique , sur la foi d'anciennes chroniques dont
la véracité , d'après des autorités plus respectables , semble
suspecte. Il parait que ce sont les moines du moyen Âge qui ,
voulant illustrer leur maison , en ont recule la fondation
le plus possible. Sans entrer dans l'énumération de tous les
historiens qui en ont parlé et qui ^ pour la plupart , varient
entr'cux, l'opinion la plus probable est celle d'un religieux
qui a écnt la vie de saint Filibert vingt à vingt-cinq ans
après la mort de ce premier abbé , par les ordres de l'abb^f
Gochin , qui la fixe en 654. Dans la vie de sainte Bathîldç
un auteur contemporain dît qu'elle donna à saint Filibert
plusieurs sommes d'argent avec des bois et des prairies , pour
bâtir ce monastère ; ce qui doit nécessairement détruire les
assertions qu'il fut fondé en 638 ou 640 ^ époque où régnait
Dagobcrt. ^
de saînt Denis et de saint Germain, n'avait
qu'un autel ; et la troisième fut dédiée à saint Pien'e : elle avait du côté du midi, vis-à-vis Tenceinte du chœur , une petite chapelle en l'honneur de saint Martin , sur laquelle le saint fondateur avait fait pratiquer une chambre pour lui, afin d'être plus à portée de remplir ses devoirs pieux pendant la nuit.
Il fit élever au midi deux dortoirs de chacun 290 pieds de long sur 5o de large , et fit ceindre un espace très-considérable de terrain vers le midi par des murs flanqués de distance en distance de petites tourelles '.
Tous ces travaux terminés , saint Filibert fit venir à Jumiéges soixante-dix religieux qu'il tira des abbayes qu'il avait visitées ; il leur fit embrasser la règle de saint Benoît , qu'ils suivirent avec beaucoup de zèle et dont il leur donnait le précepte et l'exemple.
La plupart des habitants de la Neustiie, notamment ceux de Jumiéges et des environs, vivaient dans l'ignorance des vérités évangéliques : notre saint abbé et ses religieux les catéchisèrent et en converth'ent un grand nombre.
t. U ne reste maintenant aucune trace de ces premiers travaux, sauf quelques parties de l'église de saînt Pierre, qui parai.'tseiit appartenir à relie première époque.
La vie de ces pieux cénobites était tellement édifiante j nous disent les vieilles légendes , que beaucoup de grands quittaient le monde pour venir se consaa'er à Dieu sous la direction du saint abbé, après avoir fait don de leurs biens à son monastère ; ce qui fut cause qu*en peu de temps il se trouva peuplé et enrichi d'une manière très-considérable. Il est également afiirmé qu'au bout de dix ans de sa fondation, il renfermait huit cents religieux.
Leur manière de vivre, malgré lem'S richesses, était on ne peut plus austère. Leur nourriture ne se composait que de fruits , de légumes et de poissons. Parmi ces derniers, ils en péchaient d'une taille gigantesque ' ; ils en mangeaient la chair , et en brûlaient F huile pour l'entretien de leurs lampes.
Ils ne tardèrent pas à récolter dans l'enceinte de leur monastère des fruits et des légumes
1. Divers auteur^ modernes prétendent, d'après la longueur extraordinaire donnée à ces poissons par les anciens écrivains qui en ont parlé , et notamment Surius ( Gesta S» FiliberU ) » <}u^il y a erreur dans leur texte. Les uns ont prétendu qu*îU avaient i5o pieds de long ; d'autres 5o pieds. M. No<?l , dans •es Essais sur ie département de la Seûu-Inférkure ^ les a réduits ^ 5 pieds. Malgré ces contradictions , il n^est pas incroyable que la rivière, alors peu fréquentée, put servir de refuge à dVnormri cétacces , et l'on sait que c*est dans cette clasHc que se trou vr ni les poissons les plus volumineux.
excellents; ils y cultivaient la vigne, et le vin qui en provenait passait alors pour être délicieux ' .
Saint Filibeit ne borna pas ses soins, pendant qu'il fut abbc de Jumiéges , à travailler au salut des habitants de la Neustrie : il se montra en outre le protecteur des opprimés et le bienfaiteur de l'humanité , en procurant des secours aux pauwes et en rachetant les Chrétiens tombés au pouvoir des infidèles.
Le P. Mabillon ( Annales bénédictines ) prétend qu'il envoyait ses religieux outre-mer tantôt sur des vaisseaux marchands, et tantôt sur d'autres , qu'il faisait équiper à ses frais , et leur fournissait de l'or et de l'argent pour le rachat des captifs.
C'est sous le gouvernement de ce saint abbé que plusieurs auteurs ont placé l'existence d'un fait inventé par les moines du moyen âge pour illustrer leur maison. Ils ont prétendu que deux enfants de France sont venus terminer leurs jours dans ce monastère.
Voici comme le rapporte un écrivain anonyme , qui doit être le même que celui de
I. U est ccitaîn qu^îl y a eu des vignobles à Jumî^gcs , comme dans plusieurs autres endroits de la Normandie. L'enclos oi^ ^tait i^abbayc porte encore le nom de la Vigne.
l'apologie de cette histoire, attribue'e à dom Adrien Langlois , premier prieur apn^s la réforme de Saint - Maur , puisque ces deux ouvi'ages j sans nom d'auteur ni d'imprimeur , ne paraissent en former qu'un*.
On a cru devoir rapporter ce passage textuellement , par rapport à sa naïveté , et surtout dans la crainte de l'altcrer.
<c C'est ( dit-il ) en ce sainct lieu ( Jumiëges ) » où les deux lils aisnez de Clouis , second » du nom, et de Saincte Baltilde*, furent » destinez du ciel pour faire leur pénitence. » L'histoire manuscripte rapporte comme » ce Clouis ayant succédé fort îeune à la » couronne de France , après le décez de son » père Dagobert , espousa une estrangère , » saxonne de nation , nommée Bauldour ou » Baltîlde , que l'église a canonizée au nombre » des saincts , de laquelle Clouis eut cinq » fils , encore qu'aucuns chroniqueurs ayent » teu les deux premiers nez, à cause de leur
I. Il exUte entre les mains d'un habitant de Jwmlége» un exemplaire de cet ouvrage.
3. Ecrit Bathîlde , Balthilde , Baltîlde , Bautes ou Baudour , in^Téremmcnt par divers auteurs ; mais c'est Bathilde qu'il faut écrire , d'après les ouvrages les plus renomm<5s.
» forfait , qu'ils ont jugez indignes d'estre
» révélez à la postérité ppui* enfants de roy.
» Quelques historiens rapportent qu'iceluy ,
» meu de piété et dévotion d'aller \4siter le
» saint -sépulchre de N. S. et autres lieux
» en la Terre - Saincte , laissa la régence du
» royaume à saincte Baltilde , son épouse , par
» le conseil et advis de ses princes et seigneurs.
» Mais aussitost qu'il eut entrepris son voyage,
» accompaigné de la plus grande partie de
» sa noblesse qu'il avoit choisie pour l'assister,
« plusieurs seigneurs indignez et mal contents
:» de ce que le roy les avoit laissés derrière ,
» commencèrent à conspii'er contre la royne ,
» et en excitèrent plusieurs à sédition et révolte ,
» disants qu'il n'appartenoit pas qu'une femme
» et icelle estrangère commandast en France ,
» voire mesme trouvèrent moyen de divertir
» et enlever ses deux fils aisnez de son obéis-
» sance ; la Royne , advertie de la conspiration ,
» en donna soudain advis au roy son mari;
» lequel , ouie ceste nouvelle , tourna bride
» en toute diligence , ce qu'ayant entendu , les
» conspirateurs firent amas de grandes armées
» soubs l'authorité de ses deux fils , pour lui
>y empêcher son retour et prendre le gouver-
» nement du royaume , et de fait se présen-
1» tèrent au champ de bataille contre lui ; msds » Clouis , assisté de ses fidèles serviteurs et » se confiant en l'aide du Tout-Puissant» qui » ne délaisse jamais les siens , mit en déroute » cette multitude de rebelles , une grande » paitie demeurez sur la place , les autres » prenants la fuite , et les deux fils avec les » principaux conspirateurs pris prisonniers et » amenez à Paris, où le roy estant arrivé, » fait assembler tout son conseil , princes et » seigneurs, pour donner judgement contre » tous ces rebelles , lesquels furent condamnez » à divers genres de mort , selon le démérite » et qualité d'un chacun ; mais pour le judgep ment de leurs princes, supplièrent Sa Majesté y» les en vouloir excuser , disants qu'il n'appar- » tenoit 'qu'au roy et à la royne de chastier » lem*$ enfants ; que s'il ne lui plaisoit les conjo damner lui-mesme, qu'il en donnast le judge- » ment à la royne leur mère; ce que le roy » eut pour agréable. Alors la royne Baltilde , » inspirée par l'esprit de Dieu , qui ne pouvoit » laisser un tel excez impuni , aimant mieux » que ses enfants fussent punis en leurs coi*ps » que d'estre réservez aux supplices éternels , » par une sévérité pitoyable et pour satisfaire i» aucunement à la justice divine, les déclara
>> inhabiles à succéder à la couronne , ci » d'autant que la force et puissance corpo- » relie qui leur avoit servi pour s'eslever contre » leur père consiste aux nerfs , ordonna qu'ils » leur seroient coupez aux bras, et ainsi rendus » impotents , les feit mettre dans une petite » nacelle ou bateau , avec vi^Tcs , sur la rivière » de Seine , sans gouvernail ou çiviron, assistez » seulement d'un ser\îteur pour leur admi- » nistrer leurs nécessitez ; remettant le tout à « la providence et miséricorde de Dieu , soubs » la conduite duquel ce bateau devalla tant » sur la rivière de Seine , qu'il parvint en » Neustrie ( aujourd'hui Normandie ) , et » s'arresta au rivage d'un monastère appelle }y des anciens Gemicges , commencé à fonder » par le roy Dagobeil, dont saint Phîiberf^ y> ( qui en fut le premier abbé ) en estant » adverti, les alla trouver accompaîgné de ses » religieux, seut quels ils estaient, la cause de » un tel événement , et , adniirant leur con- » tenance et maintien tout auguste , les reçut » gracieusement et les mena on son monastère , » où par ses prières recouvrèrent leui* santé ,
I. C'est encore aîiisi que saiul ï'îlîbcrt est nomme par ]r* habitants de Jumicges.
}> et furent instruits à la discipline monastique
» et vie spirituelle. Cependant , le roy et
» la roy ne , advertis de cet heureux succez ,
» vindrent en toute diligence au monastère
» de Jumiéges , où ils reçurent une grande
» consolation et contentement , et rendants
» actions de grâce à Dieu , consentirent que
» le sainct propos et volonté de leurs enfants fust
» accompli , croyants fermement que Notre-
3> Seignem' les avoit destinez pour vivre et
» mourir dans ce sainct lieu , où leur grand-
» père Dagobeit avoit déjà consacré son cœur
» et affection. Et dès-lors le roy et la royne
» ayant été ainsi présents à la vesture de leurs
» enfants , voyants que leur delict étoit sufli-
» samment satisfait et effacé par leur entrée
» en la religion , qui est comme un second
» baptesme , advîsèrent à ne les priver du tout
» de leur héritage et patrimoine , selon la
» rigueur de leur sentence ; mais au lieu de leur
>> droict et succession , donnèrent à ce monas-
» tère de grands privilèges et possessions pour
» amplifier le bien et l'augmenter de religieux.
» Et ainsi finirent ces deux enfants de France
» heureusement leurs jours en ce monastère ,
>» qui , à leur occasion , est appelé en la chro-
» nique de France V abbaye des Enervez. »
Les moines , pour faire regarder ce fait comme re'el , avaient fait ériger plusieurs monuments qui semblaient le constater. Le plus important était un tombeau placé dans l'église de Saint-Pierre , sur lequel ces\ prétendus princes étaient représentés vêtus de longs manteaux retenus par des agrafes et parsemés de fleursde-lis ' , et leur fi'ont était orné d'un diadème enrichi de pierreries. Ce monument était en pierre , d'un assez bon travail , et ces quatre vers étaient gravés autour :
Hic în bonore Dcî requîescît stîrps Glodoyeî
Patrîs , beliica gens bdla salutîs agcns :
Ad TOttim matrîs Batbîldis pœniluere
Pro proprio scclere proque labore patrîs. '
Outre une fresque peinte sur les murs du cloître , il y avait encore , dans la grande église dédiée à la Vierge , deux statues , l'une représentant Clovis et l'autre sainte Bathilde. Sur la corniche du piédestal de celle de Clovis,
I. Les fleurs-de-Us n^ctaicnt pas encore un des attributs des armes de France ; elles ne furent employées que plus de cinq siècles après»