n voîcî rîmitatîon
En Thonneur du Très-Haut , reposent en cv.s lieux Du valeureux Clovis les enfants belliqueux , Venus, selon le vœu de Batbilde leur mère ^ Se repentir ici d'avoir trabi leur père.
( 17 ) un bas - relief représentait une barque sans^ rames flottant au grc des eaux , dans laquelle il y avait deux adolescents accompagnés d'un domestique ; un religieux s'avançait sur la rive pour les recevoir. Sur la corniche du piédestal de celle de sainte Bathilde , on voyait les mêmes enfants , aussi sculptés en relief, recevant l'habit monastique des mains d'un abbé , en présence du roi, de la reine et d'auti'es personnages qui s'y trouvaient représentés.
Les moines prétendaient que Clovis II et saipte Bathilde , par rapport à leurs enfants , avaient aumône le monastère de la quatrième partie du revenu de la couronne , jusqu'à ce qu'il eût assez de possessions pour entretenir im grand nombre de religieux. Ils célébraient chaque année , le 1 8 Mai , l'anniversaire des Énervés. L'abbé était tenu d'officier lui-même. Pendant l'office , le tombeau était couvert du drap mortuaire , et on devait sonner toutes les cloches.
Dans d'anciennes pancartes de l'abbaye , où il en était parlé , il était dit : « Pro filiis » régis Francorum paier abbiis celebrabit » annwersarium, »
Dans le cloître qui fut reconstruit avant la desti*uction de Jumiéges^ en i562, on
( 18 ) voyait plusieurs fresques d'une époque fort
antérieure , représentant l'histoire de ces enfants. Chaque tableau portait une inscription qui en donnait l'explication.
Sur la porte du cloître on lisait ces deux vers latins :
G^megia, ex natîs Clodoue) dicta gemellis, Âucta refulgebat nongcnlis fratribus olim.
PieiTe Ronsard, abbé de Bellozane, s'est emparé de ce sujet , et en a fait un épisode de son poème de la Franciade \
Mais l'opinion la plus plausible , et qui d'ailleurs est étayée de l'autorité du P. Ma-
I. « Puis retourne pour quelque trouble en France, • » De ses enfants punira l'arrogance , » Qui , par flatteurs , par îeunos gens deceus , » Vers celle ingrats qui les avoit conceus, » De tout honneur dégraderont leur mcre, » £t donneront la bataille à leur pcre.
» Leur mère adonc , ah ! mère sans mcrcy !
>« Fera bouillir leurs Ïambes , et aînsj M Tous roeshaigncz les doit iettcr en Seine.
•> Sans guide iront où le fleuve les meîne , M A l'abandon des vagues et des vents :
» Grave supplice , afin que les enfants , ' M Par tel exemple , apprennent à ne faire » Chose qui soit à leurs parents contraire. »
( Franciade ^ lye. chant. )
( 19 ) billon , est que le tombeau qui a donné lieu à toute cette légende était celui de Tassillon , duc de Bavière , et de Théodon son fils y sur lequel les moines auraient depuis fait mettre des fleurs-de-lis et graver les vers que nous avons cités.
Plusieurs auteurs ont cherché à éclaîrcir ce point d'histoire , mais ils ne sont pas d'accord entr'eux. L'un d'eux ( le P. Toussaint Duplcssis ) pense que ce pouvaient bien être les fils de Carlo man, fils aîné de Charles-Martel et fi'èrc de Pepin-le-Bref.
Carloman , après ses revers , abdiqua la puissance souveraine pour embrasser la vie monastique. On sait qu'il eut plusieurs enfants qui furent tondus.
Le P. Duplessis est obligé , pour donner quelque vraisemblance à son opinion , de supposer gratuitement deux faits , savoir :
d'abord qu'ils ont trempé dans la révolte de Gripon leur oncle ; et ensuite qu'ils ont été enfermés à Jumiéges. Mais ce ne sont que de vaines hypothèses , puisque rien n'indique qu'ils soient morts à Jumiéges, au lieu qu'il est regardé comme à peu près certain que Tassillon et son fils y sont venus terminer leurs jours. Quoi qu'il en soit, les prétendus
<20) Énervés ne pouvaient être fils de Clovis^ II, puisqu'il est constant que ce roi n'est jamais sorti du royaume , qu'il s'est marié en 649 * qu'il est mort en 656 , âgé de vingt-doux ans , et n'a eu que trois enfants , qui tous trois ont régné, et qu'il n'a pu en avoir d'un âge assez avancé pour se révolter contre lui.
On a cru devoir s'étendre aussi longuement sur ce foit, par rapport aux discussions dont il a été l'objet depuis long-temps parmi les historiens.
On a également cru devoir citer en note les autorités les plus connues qui sont pour ou contre ce fait "..
I. Belleforest , dans sa Cosmographie , le prétend de tout* fausseté ; Srief recçeil des antiquitez et fundalions de Jumiéges , où Belleforest est refuté dans cet ouvrage apologétique attribué à Adrien Langloîs , religieux bénédictin; Yepcz , Chronique ^ t. 3 , pag. 784 ctsuiv. ; Mabillon , y4nn. bénédict. , t. ii , p. 3i3 ; Guillaume de Jumiéges ,liv. 4» chap. 3, pag. «4^» Duchesnc, Historiens français , t. 1 1 , p. ai4 et 2i5 ; Chronique de Fontenelle; la Chronique de G, Dupréau ; la Chronique de V ordre de Saint- Benoit; la Description de la Haute-Normandie par T. Duplcssis; Mcseray , Chronologie de t Histoire de France ; le Gallia Christiana; V Histoire générale de Normandie par G, Dumoulin , etc.
M. £,-^II. Langlois , du Pont- de-l* Arche , membre de la société des Antiquaires de France , etc. , dans une notice trèsétendue , publiée en 18^4 1 et insérée dans les mémoires de U iociété libre d'Ëmulation de Rouen , même année , paratt avoir épuisé tout ce qui peut être dit à ce sujet.
La plupart des captifs que saint Filibert faisait racheter s'attachaient , par reconnaissance , à leurs pieux libérateurs : les uns embrassaient la vie monastique , et les autres s'unissaient à eux pour les aider dans leurs h'avaux. Ils augmentèrent considéi*ablement le nombre des religieux et la population du monastère , qui finit par s'élever jusqu'à neuf cents moines et quinze cents frères convers.
L'un de ces captifs , nommé Saëns ( Sydordus ) , racheté en Irlande , fut amené à' Jumiéges , où il se fit remarquer par sa science et son zèle. Saint Ouen , qui visitait souvent ce monastère , ayant eu occasion de connaître sa capacité et s^s vertus , l'établit abbé dans un nionastère de son diocèse » bâti par le roi de Finance Thieny III , en 689 , où ce religieux mourut en odeur de sainteté : l'endroit a depuis porté son nom.
Les pieux cénobites de Jumiéges, tout en consacrant la plupart de leurs moments à des exercices de piété ou au soulagement des infortunés , n'en cultivaient pas moins les sciences et les arts , et se livraient surtout à l'étude des langues , pour se mettre à portée de connaître les idiomes des peuples lointains où ils allaient racheter des captifs. Les lettres leur étaient en
outre indispensable^ pour les prédications auxquelles ils se livraient journellement.
Jumicges et Fontenelle ' , au VII^ siècle y étaient, pour ainsi dire , les seuls endroits de la Neustrie ou les sciences et les lettres florissaient. Aussi , d'après l'utilité' reconnue de ces établissements, les rois et les princes secondaient leurs entreprises. Sainte Bathilde , après la mort de Glovis, étant régente du royaume pendant la minorité de Clotaire III , n'oublia pas Jumiéges^ dans ses générosités en faveur des monastères, dont elle fonda plusieurs.
Parmi les biens donnés à Jumiéges lors de la fondation de Tabbaye , se trouvait une partie de la forêt de la péninsule ; Tautre avait été donnée précédemment à Tabbaye de Fontenelle. Ce * fut saint Ouen, chancelier de France, alors archevêque de Rouen, ami de saint Filibert, qui en fit le partage ; mais n'ayant pu le faire
i. Fontenelle , ou Saînl-Wandrîllc , monastère près de Caudcbcr. On croît que ce fut là que Théodoric , fils de Childérjc , dernier roî de France de la dynastie Mérovingienne , vînt lci>luix^cr ses jours.
a. Samte Bathîlde fît don d*une terre nommde Génesvîllc , avec les maisons , moulins et leurs dépendances , et d^une propriété dans le Beauvoisis, nommée Montatcrre.
de manière qu'aucune des parties n*eût à se plaindre de rinëgalitë, sur une nouvelle vërification , pour les mettre d'accord , il fit donner la pallie en litige à Tabbaye de Duclair ' .
Saint Filibert , dont les principaux soins étaient de propager les vertus monastiques, ayant formé le dessein de fonder un monastère de filles à Pavilly *, en jeta les fondements sur un terrain qui lui fut cédé en 662. Il y mit •pour supérieure sainte Austreberthe , prieure de l'abbaye de Port-sur-Somme ^.
Peu de temps après la fondation du monastère de Pavîlly , saint Filibert fut arraché à ses frères de Jumiéges, qu'il ne cessait d'éclairer par ses connaissances et d'édifier par ses vertus.
Ebroin , maire du palais , homme cruel et vindicatif, ayant été mis en prison à l'avènement de Childéric II à la couronne, rendu quatre ans après ji la liberté , et réintégré dans sa première dignité , sous Thieiry , chercha à
I. Duclair, bourg sur le bord de la Seine, à 6 kilomètres ( une lîeue et demie ) au septentrion de Juroiéges. Son abbaye n*cst connue que par cette discussion. M. Noël , dans ses Essais sur ie département de la Seine-Inférieure^ suppose qu'elle fut dtCtniite par les Danois, lors de leurs premières invasions.
a. Pavillj, bourg à 16 kilomètres (4 lît-'ucs) environ de Rouen y dans le pays de Gaux , et à pareille distance de Jumiëges.