‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 3)Chapitre 18 sur 44 · ANNON, VINGT-TROISIÈME ABBÉ · texte numérisé non relu

ANNON, VINGT-TROISIÈME ABBÉ

Huit ans après, le Comte de Poitiers pria le bienheureux Martin de lui amener de ses religieux pour repeupler l’abbaïe de Saint -Jean-d’ Angeli qu’il venoit de réédifier. L’abbé, ne pouvant s’y refuser, pria ses frères de lui donner un successeur, ou du moins de choisir un vicaire pour les gouverner en son absence. Ils avoient remarqué tant de sagesse, de vertu et de capacité dans Annon, qu’ils 11e crurent pouvoir faire un meilleur choix. Ils le présentèrent au bienheureux Martin, qui approuva son élection et le fit bénir en sa présence par l’archevêque de Rouen. Pour lui, il alla, avec une peuplade de religieux, au monastère de*Saint- Jean-d’ Angeli, et de là à Saint-Augustin de Limoges, pour y commencer la réforme.

Annon, ainsi chargé du gouvernement de Jumièges, 11e pensa plus qu’à procurer l’avancement spirituel de ses frères, en maintenant avec une vigueur digne des premiers fondateurs la régularité aux offices divins et l’assiduité à la prière et au travail, qu’il avoit, trouvé établi. Il 11e montra pas moins de zèle à introduire et à

1 Saint- Jean-d’ Angely, dans le département de la Charente-Inférieure.

soutenir les études dans sa maison, et il est facile de prouver que ses moines étoient studieux, par la peine qu’ils se donnèrent de copier dans son temps et par son ordre plusieurs bons livres que l’on conserve encore aujourd’hui dans la bibliothèque (a). On voit aussi, par un poëme, de près de 200 vers héroïques, sur l’origine, la destruction et le rétablissement de l’abbaïe de Jumièges, qu’on n’y négligeoit pas la poésie, et que l’auteur de ce poëme, quivivoit dans le 10e siècle, s’y est même élevé en beaucoup de choses au dessus du génie du plus grand nombre d’écrivains dê son temps, quoiqu’à dire vrai il ne soit pas exact dans ses époques 1 . Yepez a rapporté cette pièce dans ses chroniques de l’ordre de S. Benoît, sur l’année 684, et Artur duMoutier l’a insérée par extrait dans son Neustria pia. On la lit encore dans des cartouches autour du cloître.

Les religieux de Jumièges ne songeoient qu’à jouir du bonheur d’avoir à leur tête un supérieur du mérite et de la vertu d’Annon, lorsqu’ Albert et Azener, ses frères, hommes distingués par leur naissance et leurs emplois dans Orléans, lui procurèrent l’abbaïe deMici2, pour le raprocher d’eux. Il en alla prendre possession vers la fin de l’année 944, et, après l’avoir gouvernée environ trente ans, il y mourut le 27 janvier 973, avec la consolation de voir que tous les religieux de cette maison avoient embrassé la réforme qu’il y avoit introduite ( b ).

(a) Act. SS. Ben., sæc, 5, p. 362.

(b) Ibidem.

1 Cf. Hist. litt. de la France , t. VI, p. 538.

2 Micy, ou Saint-Mesmin, dans le Loiret.

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