‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 3)Chapitre 19 sur 44 · RODERIC, VINGT-QUATRIEME ABBE (VERS L’AN · texte numérisé non relu

RODERIC, VINGT-QUATRIEME ABBE (VERS L’AN

Ceux de Jumièges,, se voiant privés de leur abbé et ne pouvant espérer de le revoir, pensèrent bientôt à lui donner un successeur. Ils jettèrent les yeux sur un de leurs confrères, nommé Roderic, dont l’bistoire ne nous a presque rien conservé. Elle nous apprend seulementqu’il avoit debelles qualités, et, ce qu’ilyade plus louable, qu’elles n’étoient que la suite des vertus nécessaires au gouvernement, dans lequel il demeura longtemps : Homo valde idoneus, midto vixit tem— pore (a). Nous voions en effet qu’il vivoit encore au tems d’Odon, évêque de Chartres, et que ce prélat, qui n’ avoit pas moins d’affection pour lui que pour ses religieux, lui donna la terre du Trel, dans le fief et paroisse de Vaux, près de Meulant, pour un cens annuel payable au jour de S. Remy (b).

U an 983. — La charte est datée des nones d’avril, la trentième année du règne de Lothaire, fils de Louis IV, dit d’Outremer, c’est-à-dire du 5 avril 983. Nous ne sçavons autre chose d’une si longue vie, et l’année

{a) Ms. gem., part, ix, p. 134.

(b) Voiez les preuves, art. 11.

qui la termina ne nous est pas plus connue. Le nécrologe en fait mention au 19 de février.

Quelques modernes, suivant l’opinion d’Artur Dumoutier, lui donnent pour successeur Ensulbert (a), qu’ils font en même tems abbé de Fontenelle, mais leur sentiment ne peut être soutenu, après ce qu’en ont écrit Dom Mabillon et les auteurs de la GalliaC hristiana (b). Ensulbert fut à la vérité moine et doyen de Jtimièges, puis abbé de Saint- Vandrille, mais il ne gouverna jamais l’abbaïe de Jumièges en cette qualité ; il est même vraisemblable qu’il mourut avant Roderic, s’il est vrai que celui- cy n’ait fini ses jours que la dernière année du dixième siècle (c) , car il est constant qu’Ensulbert termina sa carrière en 993. Il mourut à Jumièges et fut enterré dans l’église de Saint-Pierre, où l’on fit graver l’ épitaphe suivante :

Hic humatusin tumulo requiescit Devotus Deo, pioque nomine vocatus Eufulbertus. Hic sub normâ almi Benedicti sanctam expetiit ducere vitam in sacri cænobii gemetice nsis loco qui ejusdem cænobii piissimus extitit Decanus, et pio disponente Deo insignis claruit abbas in cænobio quod vocatur Fontinella, ubi excellentissima Beati Wandregisili clarescunt digne mérita. Igitur supradictus abbas sacrum nutriens clerum et Basilicas Dei restaurans atque ornans, hospitalitatenque cum eleemosinarum largitione sectans præcipue, jejuniis atque orationibus cum sanctarum scripturarum meditatione assidue vacans, féliciter ab hujus ærumnis sæculi migravit ad astra poli, decimo calendas octobris anno ab incarnatione Domini nongentesimo nonagesimo tertio, atque anno sexto Decennovali lunâ existente secundâ. Perfruatur anima ipsius gloriâ sempiternâ in choro angelorum, amen.

(a) Ilist. Eccl. de Normandie, t. II, p. 374.

(b) Ann. Ben., t. IV, p. 303, et Gall. christ., t. XI, p 192.

(c) Mabill. Ann. Ben. et Chron. Fontnella.

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