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gieux achetèrent l’autre moitié d’un officier du Duc nommé Geofroi, et le duc ratifia cette acquisition h Un de ses comtes, appelé Bernard, donna aussi, deson consentement, huit hospices à Hanesy 2, vingt autres à Guisinieres 3, et, dans l’une et l’autre de ces deux paroisses, uneterre à deux charrues. Ces libéralités furent suivies de la donation de l’église et des dixrnes de Guisinières par un prêtre nommé Marmon ; de la terre de Vimoutiers4, du patronage de l’église, des dixrnes, prairies, eaux, pesches, moulins et bois jusqu’à la forêt dépendante de l’église Cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux, ou sente aux ânes , par Osmond De Getez et ses copartageants.
Croupie. — Vers le même temps Gautier donna des marques de sa vénération pour l’abbaïe de Jumièges en lui cédant, avec l’église de Croupte 5, tout le domaine de la dite paroisse; la quatrième partie du Mesnil- Renouard en dixrnes, prez et bois, avec la forêt entière d’entre Vimoutier et Croupte, jusqu’au chemin du Mont-Saint-Michel ou pont de vir , à la réserve de deux vavassories ou petits fiefs, dans le territoire de Croupte.
1 Heurtauville, petite commune du canton de Duclair, sur la rive gauche de la Seine ; elle entoure presque entièrement la presqu’île, dont le fleuve la sépare.
2 Anisy, dans le Calvados, arrondissement de Caen, canton de Creully .
3 Guisiniers, dans l’Eure, arrondissement et canton des Andelys.
4 Vimoutiers, dans l’Orne, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Argentan.
5 La Croupte, commune du département du Calvados, arrondissement de Lisieux, canton d’Orbec.
Oisy et Vieux-Fumé. — Evrard, Album et Trutmer donnèrent la baronnie d’Oisy et Vieux-Fumé1 avec tout ce qu il y possédoient en prairies, bois, eaux, pesch.es et moulins ; et, comme Huguesy avoit une portion, les religieux l’achetèrent pour éviter toute dispute dans le partage qu’ils seroient obligés d’en faire. Album ajouta à ces premières aumônes, qui luy étoient communes avec Evrard et Trutmer, assez de terre dans Condé, près d Oisy, pour occuper le labour d’une charrue, en quoy il fut imité par Lambert, qui se démit, en faveur des moines, de tous ses droits sur lesterres et sur l’église de la Barberie 2; et par Ermenolde et Frédéric, qui leur cédèrent la quatrième partie de l’église et des terres de Varaville 3.
L abbaïe n’ avoit aucuns titres de ces possessions, comme il paroit par la charte de Richard second, qui ne l’expédia que pour les mettre à couvert de l’injuste témérité de quelques usurpateurs, qui commençoient à s’élever de son tems contre Jumièges, quoique ce monastère fut alors dans sa plus grande ferveur, par les soins de S. Guillaume, abbé de Dijon4, que le duc avoit fait venir pour rétablir Fécamp, alors occupé par des
1 Dans le Calvados, arrondissement de Falaise, canton de Brettevillesur-Laize. Cf. Léchaudé d’Anisy, Recherches sur les léproseries , etc., dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , t. XVII, p. 211.
2 Barbery, dans le Calvados, arrondissement de Falaise, canton de Bretteville.
3 Varaville, dans le Calvados, arrondissement de Caen, canton de Troarn. Cf. Léchaudé d’Anisy, ibid., p. 210.
4 Cf. Boll., Jan., t. I, pp. 57-64 et 746 (édit. Palmé).
chanoines séculiers et déréglés. Comme le relâchement dans Jumièges n’avoit pu faire de grands progrès dans un espace de douze ou quinze ans qu’il s’étoit introduit, le saint abbé n’eut pas besoin de tout son zèle pour faire rentrer les religieux dans leur devoir ; ses premières exhortations suffirent, et l’abbé Robert, qui fut conservé dans le gouvernement de la maison, n eut aucune peine dans la suite à maintenir le bon ordre que l’homme de Dieu avoit rétabli.
L’an 1004. — Durant les premières années de ce renouvellement de discipline, dont il faut fixer l’époque en 1004, deux ans après la réforme deFécamp, Albert le Riche, de la noble famille de B ellesme, père d’Arnoul, archevêquede Tours, et neveu d’Annon, vinta Jumièges chercher la voye du Ciel sous l’habit religieux. Robert la lui accorda et reçut ses vœux solennels, après avoir obtenu le consentement de sa femme, comtesse de Chateaudun. Albert, ainsi dégagé des liens du siècle, ne s’appliqua plus qu’à se perfectionner dans l’exercice des vertus qui convenoient à son état. Il parut comme un religieux parfait, dès le commencement, parmi ceux dont il sembloit n’être venu observer les actions que pour les imiter. Ils le regardèrent bientôt comme leur modèle, le voiant extrêmement humble, doux et plein de charité , soumis et obéissant à tout le monde, exact à tous ses devoirs de l’observance, retiré, aimant le silence et toujours en oraison, même au milieu du travail.
Dame-Marie , Boaffte. — Non content d’édifier ses
frères par la régularité de sa vie, il voulut encore les aider de ses biens par la donation qu’il leur fit de la terre deDammarie l, à Bellesme [a) , et de Boafile 2, en Poissy, près de Meulant, avec tout ce qui pouvoit lui appartenir dans la dépendance de ces terres, comme il est plus amplement expliqué dans les preuves articles 8 et 93. Il vouloit donner tous ses biens à l’église de Saint-Pierre, mais Robert et ses religieux l’en détournèrent, à cause de deux filles qui lui restoient dans le monde et qui ne se sentoient pas assez de force pour suivre la généreuse résolution de leur père. Contents des bons exemples qu’il leur donnoit (car sa vie étoit une louange et une sanctification perpétuelle du nom de Dieu), ils ne voulurent pas même de titres des donations qu’il leur aveit faites avant sa profession, et ce ne fut que plus de quinze ans après, lorsqu’il fut abbé deMicy, qu’il expédia la charte de Dammarie, et qu’il pria le roy Robert de ratifier la donation de Boafile, située dans ses états.
Longueville 4. L’an 1012. — Douze ans auparavant l’abbé de Jumièges, de concert avec sa communauté, fit un échange delà terre de Tourtenai, en Poitou, contre la seigneurie de Longueville 5, appartenante aux reli-
(a) Analect.. t. III, p. 441. — Preuves, art» 8.
1 Dame-Marie, dans l’Eure, arrondissement d’Evreux, canton de Hreteuil.
2 Aujourd’hui Bouafle, dans le département de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Meulan.
3 A la fin du présent ouvrage.
4 Cf. A. Du Moustier, Neustria Pia, pp. 666-6G9.
5 Département de la Seine-Imérieure.
gieux de Bourgueil1, par la donation de la Comtesse Emme, leur fondatrice. L’acte en fut dressé en 1012, et confirmé par Richard II, duc de Normandie, Robert archevêque de Rouën et Mauger ses frères, Guillaume comte d’Arc, fils naturel de Richard I, Judith femme de Richard II et Gonnor sa fille, qui fit présent à l’abbé et aux religieux de Jumièges de trente livres d’or, GuillaumeV, comte de Poitou, surnommé le grand, Prisque sa femme, Gilbert évêque de Poitiers. Rodolfe et Geoffroi son frère donnèrent aussi leur consentement, que l’on crut d’autant plus nécessaire que la terre de Tourtenai relevoit en plein fief du Comte de Poitou, comme celle de Longueville dépendoit pour la mouvance du Duc de Normandie. Les parties intéressées signèrent ensuite, au nombre de dix : sçavoir, pour l.’abbaïe de Jumièges, Robert, qui en étoit abbé, Albert, religieux du même monastère, Bernard, Odon et Gilbert, évêque d’Evreux, qui est aussi qualifié moine. Les cinq du côté de Bourgueil furent Bernon, Tedelin, Garnier, Robert et Herloth ( a ) . On y voit aussi les signatures de Lambert, d’Osmont, de Gautier et de plusieurs autres, tant ecclésiastiques que séculiers. C’est à cette époque qu’on fixe la fondation du prieuré de Longueville, et l’on ne voit pas en effet qu’on puisse la reculer.
La même année Albert fut élu abbé de Micy. Les commencements de son gouvernement furent accompagnés de quelques chagrins, que l’extrême pauvreté
(a) Mabill. Ann., t. I, p. 224, et Gall. christ., t. XI, p. 283.
1 Bourgueil-en-Vallée, abbaye du diocèse d’Angers, fondée en 990.
de son monastère luy occasionna, mais il fit tant par ses soins qu'en peu de temps il y rétablit la paix et l’abondance. Pour conserver l’une et l’autre il obtint du roy Robert, en 1022, la confirmation des privilèges et des biens tant anciens que nouveaux de son abbaïe {a), et il écrivit au pape Jean dix-neuvième, que quelques uns qualifient dix-buitième, et même dix-septième, pour les .mettre sous la protection du Saint Siège. La Bulle est de l’an 1025 (b) . L’année suivante, son fils, qui avoit succédé depuis trois ans à Hugues, son oncle maternel, dans l’archevêché de Tours, lui donna F abbaïe de Saint- Julien hors les murs de la ville. La crainte de Dieu, qui avoit accompagné toutes ses actions depuis son entrée à Jumièges, lui fit accepter cette place par l’appréhension de lui déplaire en la refusant; mais les religieux, le regardant comme intrus, parce qu’ils ne l’avoient pas élu eux-mêmes, selon leur droit, refusèrent de lui obéir, et Albert, craignant d’aller contre la volonté de Dieu, qui sembloit se déclarer par le refus général de soumission de la part de ceux à qui il appartenoit d'élire leur abbé, renonça aux droits qu’il pouvoit avoir, et revint à Micy.
L’an 1014. — L’abbé Robert étoit mort, avec beaucoup de vraisemblance, dès l’an 1014, accablé d’années et comblé de bonnes œuvres qu’il avoit faites depuis la réforme de S. Guillaume, à laquelle il s’étoit soumis, et il ne laissa pas son abbaïe destituée de sujets capables
(a) Mabill. Ann., t. IV, p. 706.
(b) Analect., t. III, p. 439.
de lui succéder ; mais le respect les porta tous à déférer au saint réformateur le choix de celui que la providence Divine leur destinoit.
THIERRY j VINGT— SIXIÈME ABBE.
Guillaume mit donc à leur tête un de ses disciples, nommé Thierri, qu’il avoit amené avec lui de Saint- Bénigne de Dijon, et qui fut un de ses plus zélés co-adjuteurs dans les travaux de la réforme. Il l’avoit fait prieur deFécamp (a), après que Richard II en eut chassé les chanoines, qui refusèrent d’embrasser l’état religieux. Thierri étoit Normand, natif du Perche, de l’illustre maison de Montgommeri ; il fut donné, étant encore enfant, par ses parents à l’abbaïe de Dijon, où il fit profession. Quelque tems après, ayant accompagné son abbé à Fécamp, il y exerça la charge de prieur jusqu’à ce que le bienheureux Guillaume le fit abbé de Jumièges. Après son élection, qui fut universellement approuvée, il fit recevoir et observer dans son abbaïe les coutumes de S. Bénigne, qui lui méritèrent le titre de restaurateur de la discipline monastique (b). On ne sçut jamais mieux allier la piété avec
(a) Chron. St-Benign. Divion., Spicil., t. I, p. 440.
(b) Ms Gem., part. II, p. 135.
l’amour pour les sciences et pour les arts. Aussi sa réputation attira bientôt auprès de lui un si grand nombre d’élèves, qu’il fut en état dans la suite d’en faire part aux monastères voisins, sans trop diminuer sa communauté. Il occupoit ses religieux suivant leurs talens. Les uns vaquoient à la prière et assistoient aux offices de jour et de nuit ; les autres travailloient des mains, ou s’appliquoient à l’étude de l’Ecriture sainte et des pères, qu’ils transcrivoient, et dont l’abbé voioit les copies, en quoy il suivoit la maxime de ses prédécesseurs, qui avoient toujours entretenu des écoles à Jumièges. Il y en avoit d’intérieures pour les moines, et d’extérieures pour les séculiers, qui y étoient reçus sans distinction du pauvre ou du riche, comme S. Guillaume l’ avoit établi dans tous les monastères de sa réforme1. Souvent même les pauvres étoient nourris des aumônes du monastère. Un établissement de cette nature, aussi louable qu’avantageux, ne peut manquer
i Ce passage mérite d’être remarqué. Il confirme l’une des plus belles traditions de l’église, qui a toujours compris l’enseignement public et gratuit parmi ses devoirs essentiels et l’a répandu, même dans les siècles réputés barbares, avec une libéralité et un dévouement auxquels on n a pas assez rendu hommage. Les abbayes, comme les cathédrales, avaient des éC0le§ ouvertes à tous et très fréquentées, et dépensaient pour leur entretien des sommes relativement considérables. Nous avons eu déjà occasion de le constater, dans une étude sur La Musique à l’abbaye de Fécamp. Les monographies consacrées depuis trente ans à nos plus célèbres abbayes offrent toutes les mêmes documents, et permettent de tirer la même conclusion. — Cf. Bolland, A et. ss. Januar., 1. 1, p. 60-61 (anc. édit.). — En 1338, l’abbaye de J umièges affectait encore une rente considérable à l’entretien des écoles. Cf. de Beaurepaire, Recherches sur l'Instruction publique dans le diocèse de Rouen, t. I, p. 18.
de conserver la bonne discipline et de faire revivre les siècles d’or de l’ordre de S. Benoit. Jumièges, réformé et appliqué à la culture des lettres, communiquoit aux autres monastères, et l’institut qu’on y suivoit et les sciences qu’on y enseignoit. C’est ce que nous verrons dans la suite en parlant de quelques religieux particuliers, que leur mérite fit élever à des dignités supérieures.
Thierri, uniquement occupé du succès des études et du progrès de ses frères dans la discipline monastique, fit trop peu d’attention aux moeurs déréglées de quelques religieux du prieuré d’Haspres, dépendant de son monastère. Gérard, évêque d’Arras, l’avoit souvent averti de ce qui se passoit, mais le pieux abbé, que la longueur du voiage rebutoit, usa de tant de délais que l’évêque perdit patience et résolut de faire par lui-même ce qu’il n’avoit pu obtenir par ses remontrances. Il prit avec lui l’abbé de Saint-Vaast, et le mena au prieuré d’Haspres, sous prétexte de l’accompagner dans la visite de l’église paroissiale. Ils descendirent au prieuré, et le prélat, y ayant trouvé de nouveaux sujets de mécontentement, il proposa à l’abbé de Saint-Vaast d’accepter cette maison et d’y mettre des religieux dont la vie et les exemples pussent être utiles au public. L’abbé, qui étoit témoin du peu d’édification que le public recevoit de ceux qui y étoient pour lors, promit de se charger de leur conduite et de céder à l’abbaïe de Jumièges en contre-change la terre d’Anglicourt en Beauvaisis. L’éveque ne fut pas plustot de retour à Arras qu’il
écrivit à l’abbé de Jumièges pour lui faire part de son projet, le menaçant de chasser ses moines, s’il ne prenoit ce parti, qu’il croioit seul convenable dans ces circonstances.
L’an 1024. — Thierri consentit à tout, quoique P 'inégalité fût manifeste, et l’acte en fut passé à Rouen, le 13 janvier 1024, en présence de Richard second, duc de Normandie, Robert, son frère, Richard et Robert, ses fils, et Warin, évêque de Beauvais (a).
Saint-Pierre-d’A ut ils et Longueville. Le Trait et Yainville. Joui le Gautiel. — On rapporte aussi à cette même année la permission que Thierri demanda à Richard II de réunir à son abbaïe l’église de Saint- Pierre d’Autilz1 dans la seigneurie de Longueville 2. Le duc la lui accorda et voulut même qu’on en fit mention dans la charte qu’il expédia trois ans après pour confirmer les donations de ses prédécesseurs, et assurer au monastère celles qu’il lui faisoit de nouveau, en dédommagement de l’échange du prieuré d’Hapres pour la terre d’Anglicourt, et de la cession que le Comte d’Evreux avoit contraint l’abbé Thierri de lui faire de
(ai) Chron. Cambr., 1. II, c. 29. — Ann. Ben., t. IV, p. 303. — Preuves, art. 10.
1 Saint-Pierre-d’Autils, commune du canton de Vernon, arrondissement d’Évreux, département de l’Eure.
2 II ne s’agit plus ici de Longueville-en-Caux dans la Seine-Inférieure, mais de la grande seigneurie de Longueville qui comprenait une partie de Vernon outre les paroisses de Saint-Just, Saint^Marcel et Saint- Pierre-d'Autils, dont Longueville n’est plus aujourd'hui qu’un simple hameau. Cf. de Blosseville, Dictionnaire topographique du département de l'Eure, p. 127.
la terre et des bois du Trait depuis la vallée de Yainville jusqu’à la Croix-au-Comte Ça), pour quelques redevances qu’il prétendoit en qualité de seigneur suzerain sur les baronnies de Joui et de Gauciel, dépendantes de l’abbaïe. La charte de Richard est du mois d’aout 1027 : ce qui suffit pour convaincre d’erreur l’opinion de ceux qui ont placé sa mort en 1026, sur le seul témoignage de Guillaume de Jumièges, que tout homme raisonnable se fera scrupule de préférer à un titre original étayé de deux autres non moins authentiques en faveur des abbaïes de Fécamp et de Bernai, donnés le même jour dans une assemblée publique des seigneurs de la province.
Quoi qu’il en soit de cette diversité de sentiments, dans laquelle nous avons l’avantage d’avoir pour nous le sçavant auteur de Y Histoire ecclésiastique , le père Rivet et beaucoup d’autres, l’abbaïe de Jumièges s’est toujours cru redevable à Richard II des biens qu’elle a possédés et peut encore aujourd’hui posséder au Pontde-1’ Arche, à Dans, à Saint-Pierre-d’Autilz, à Saint- Marcel, à Saint-Just, à Tourville, aux Authieux, au Gruchet, à Rouen, à Lislebonne, à Trouville, à Norville, à Goui, à Vimoutier, à Saint-Pierre-du-Manoir, à Baieux, à Trun, à Honfleur, à Brocheville, à Dive et àVieuxfumé, où il subrogea les religieux en ses droits et privilèges sur toutes les terres de la paroisse, voulant qu’en icelle, et dans tous les lieux où lesbiens qu’il
(a) Ms Gem., part, n, p. 136.
leur donnoit étoient situés, ils les possédassent en toute liberté , comme il faisoitlui même avant que d’en avoir disposé en leur faveur ( a ) . Ces marques de bienveillance pour Tabbaïe de Jumièges, où sa dévotion à saint Pierre et son respect pour Thierri lui faisoit faire deux ou trois voiages touts les ans, ne furent pas les seules dont il voulut honorer les serviteurs de Dieu dans cette sainte retraite ; il confirma par la même charte les donations des seigneurs particuliers, parmi lesquelles on trouve une place de moulin à Joui par le comte Rodolphe , dix acres de pré à Vatteville-sur- Seine 1 par Hugues, évêque d’Evreux, huit hospices 2 dans le marais deDive3 avec soixante-une mesures de sel, par Odon son maître d’hotel ; une acre de pré dans le marais deCurthulin, et la quatrième partie de Blacqueville4 par Thetbert; l’église delaLuzerne5 avec uneterre et un moulin , par Christine ; la dixme cTIfreville 6 par Turgot ; un hospice à Claville 7 par le vicomte Ursion ;
(a) Preuves, art. 7.
1 Canton de Caudebec, arrondissement d’Yvetot (Seine-Inférieure).
2 Voir l’explication de ce mot dans l 'Étude sur la condition de la classe agricole en Normandie au moyen âge, par M. L. Delisle.
3 Commune du canton de Dozulé, arrondissement de Pont-l’Evêque (Calvados).
4 Commune du canton de Pavilly, arrondissement de Rouen (Seine- Inférieure), tout proche de cette paroisse, mais sur le Mesnil-Panneville, est un lieu dit le Marais.
5 II y a plusieurs fiefs de ce nom en divers lieux et une commune dans le département de la Manche.
6 Peut-être faut-il lire Imfreville on Infreville.
" Il y a Claville-Motteville et Claville-sur-Cany dans la Seine-Inférieure, et un autre Claville ou Clasville, dans l’Eure ; il nous paraît plus probable qu’il s’agit de ce dernier qui, comme Jouy et Gauriel, fait partie du canton sud d’Evreux.
et les deux parts de l’église, d’un pré et d’une terre au Pont-Autou 1 , avec un moulin et deux isles au même lieu , par Stostring. Après le dénombrement de ces différentes donations, que le duc prend également en sa main et sous sa protection contre quiconque des donateurs ou de leurs héritiers voudraient s’en ressaisir, il les affranchit de toutes redevances et servitudes, dont ces biens pourraient être tenus envers lui, déclarant que son intention est qu’ils demeurent libres et assurés aux donataires, comme si lui-même les avoit donnés.
L’an 1027. — Suivant les caractères chronologiques de la trente-huitième année du roy Robert et de la huitième indiction, que portent les chartes de Jumièges, de Fécamp et de Bernai, elles durent précéder d’assez peu de temps la fin du duc Richard. Il mourut à Fécamp le 23 d’aoust de l’an 1027, et fut enterré dans l’église abbatiale auprès de son père, ainsi qu’il l1 avoit désiré. L’abbaïe de Jumièges perdit un père et un protecteur en perdant le duc Richard. Ce prince avoit emploié son autorité et ses biens à faire éclater sa magnificence et sa piété envers elle ; à peine fut-il mort que Roger de Montgommeri, appuié de l’exemple du duc Robert, dont les commencements furent peu favorables à l’église, parut, comme de concert avec deux seigneurs du roiaume, vouloir la dépouiller tout à la fois de ses anciennes possessions. Il supprima le marché de Vimoutier, dont les religieux de Jumièges tiroient un
1 Commune du canton de Montfort, arrondissement de Pont-Audemer (Eure).
revenu considérable, et le transféra à Montgommeri 1 , dont il étoit seigneur. Albert, seigneur de Creil, s’empara de la seigneurie de Montaterre2, que l’abbaïe venoit de recouvrer par la mort d’un gentilhomme du pais, nommé Herman, à qui Vaningue l’avoit cedée par un bail à vie à l’insçu de son abbé et sans la participation de ses frères. Dreux, comte d’Amiens, surchargeoit de nouvelles exactions la terre de Genesville , dont Gautier son père s* étoit fait le défenseur au moyen de la seigneurie que l’abbé Robert lui avoit abandonnée.
Thierri, touché de la misère des fermiers et des vassaux de Genesville, s’efforça par prières et bons offices d’obtenir du comte Dreux l’affranchissement de cette terre. Il lui offrit soixante-deux livres, monnoie de Rouen, et six chevaux de prix, promettant en outre d’envoier dans le prieuré trois religieux de sa maison, dont les œuvres et prières seroient appliquées au profit des âmes de ceux qu’il lui plairoit de choisir. Dreux, en considération de l’homme de Dieu, ou plustot de Dieu lui-même considéré dans son serviteur, et pour le repos de l’âme de son ayeul et de son ayeule, de son père et de sa mère, de lui-même, d’Emme, sa femme, et de ses enfants, accepta l’offre et accorda la demande de Thierri. Il lui promit de remettre à son monastère la
1 Montgommery forme aujourd’hui deux communes et deux paroisses du canton de Livarot, arrondissement de Lisieux (Calvados), voisines de Vimoutiers, bien que ce dernier appartienne au département de l’Orne.
2 Montaterre ou Montataire, commune du canton de Creil, arrondissement de Senlis (Oise).
terre de Genesville, libre et déchargée de tel cens ou exaction dont lui ou ses prédécesseurs l’avoient surchargée. Mais Thierri étant venu à mourir peu de temps après cette convention, l’acte n’en fut dressé que sous l’abbé Guillaume, son successeur, en 1030, la quarantedeuxième année du roi Robert. Ce qui a donné lieu à l'auteur de Y Histoire ecclésiastique de Normandie de douter que Thierri ait précédé Guillaume dans le gouvernement de l’abbaïe de Jumièges, parce qu’il est fait mention du premier dans la charte dont nous parlons, et que le nom de Guillaume se trouve dans une autre charte qui a dû nécessairement précéder celle du comte Dreux. Le lecteur équitable jugera sans peine que cette difficulté ne mérite pas qu’on s’j arrête. Thierri n’a place dans la charte de Dreux que parce que le comte se laissa gagner à ses prières, et que les conditions du traité avoient été dressées et rédigées par écrit de son vivant, ou du moins avant que la nouvelle de sa mort fût devenue publique. Les abbés de Jumièges destinèrent dès lors trois religieux à Genès-Ville, et les y ont entretenus jusqu à ce que, les vivres étant devenus plus chers, on fut contraint de réduire ce petit monastère en prieuré simple. Nous verrons dans la suitte comment et à quelles conditions il est passé aux Chartreux de Gaillon, pour y être réuni à perpétuité.
Van 1028. — Thierri, comme on a vu, survécut peu aux conventions faittes avec le comte d’Amiens. Dieu l’enleva de ce monde, pour le récompenser éternellement, vers le milieu de l’année 1028. On enterra son
corps dans la chapelle de Saint-Sauveur, qu’il avoit fait rebâtir sur les fondements de la grande église, dont il avoit fort à coeur de relever les ruines. Mais, quelque raisonnable que fût son zèle pour la gloire de Dieu, et quelque juste que parût le dessein qu’il avoit formé de lui bâtir un temple plus auguste que n’étoit l’église de Saint-Pierre, cette pensée si sainte en elle-même ne se rencontra pas avec la volonté de Dieu, dont les momens ne sont connus que de lui seul. Après la cérémonie de ses funérailles, qu’on croit avoir été le 17 demay, les religieux s’assemblèrent et réglèrent entr’eux qu’on feroit à perpétuité son anniversaire avec la même solennité qu’il avait voulu qu’on fît de son tems ceux des ducs de Normandie, Guillaume de Longue-Epée et Richard, leurs bienfaiteurs. Dans la même assemblée, ils approuvèrent les règlements qu’il avoit faits pour la station des litanies de la Vierge ', chaque premier jour du mois, et la lecture d’un point de la règle tous les jours de la semaine qui ne seroient point empêchés par une fête de précepte. Ils confirmèrent ensuite son ordonnance pour la punition des fautes dans la célébration des saints mistères, et son rituel, ou livre des cérémonies qu’on devoit observer dans l’administration des sacrements, dans la bénédiction des vases et ornemens ecclésiastiques, et dans la réception et profession des novices, tant enfants qu’adultes. Dom Martène a puisé dans ce rituel et dans un ordinaire presque de
1 Ce fait prouve l’antiquité des litanies de la Sainte-Vierge et de l’usage des stations qu’on retrouve dans nombre de cathédrales.