‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 3)Chapitre 25 sur 44 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

l’archevêque de Cantorbéri mourut. Il fut intimement touché de cette mort, qui ne lui ôtoit pas seulement un ami, mais un bienfaiteur de son monastère, dont il avoit un extrême besoin pour achever l’église de la Sainte- Vierge, où il n’y avoit ni nef, ni vitraux. Il eut de la peine à essuier ses larmes ; mais il ne laissa pas de continuer l’entreprise et de la conduire heureusement à sa fin. Quelques seigneurs de la province y contribuèrent par leurs libéralités.

Hugues, évêque de Bayèux, fils de Rodolphe, comte d’Ivry, et neveu de Richard, premier duc de Normandie, fit présent à Raoul, qui avoit été son écuyer, et à l’abbaïe de Jumièges, dont il étoit religieux, de l’église, terre et seigneurie de Rouvrai1, sur la rivière d’Eure (a). Ansold de Paris donna, en 1056, le fief

du laborieux auteur de cet ouvrage. Cf. Hist. Litt. de la congrég. de S. Maur, p. 379.

k Le chef de Saint Valentin, qui jusqu’à la révolution avait été conservé « à l’abbaye, fut, lors du départ des moines, pieusement recueilli par « M. l’abbé Adam, curé de la paroisse; après le concordat, il fut « transféré à l’église paroissiale, où il est encore aujourd’hui. L’authen- « ticité de cette relique est garantie par le sceau encore intact des reli- « gieux de Jumièges. (L’abbé Prévost, op. cit. pp. 27-28. ) » Elle est aujourd’hui placée sur le maitre-autel, et le saint est toujours en vénéràtion dans la contrée.

De belles peintures, exécutées récemment daus l’église, représentent quelques-uns des faits rapportés plus haut. Ces peintures datent de 1859 et sont dues au pinceau de M. Th. Senties, professeur de peinture à Dieppe, mort depuis cinq ou six ans.

(a) Preuves, art. 15.

1 Rouvray, aujourd’hui commune du canton de Vernon, département de l’Eure.

de Colombières1, Vitry2, Ivry3 et Ville-Juive4, dont Pierre de Paris, sonfils, confirma la possession à l’abbé Robert par une charte datée de l’an 1069. Hugues, comte de Meulan, et Gautier de Tessoncourt lui donnèrent aussi des marques de leur l’affection, en la même année 1056, par le privilège qu’ils accordèrent l’un et 1 autre à 1 abbaïe de ne païer, ni droit pour le passage de ses vins sur la rivière de Seine, ni dixme pour les vignes qu’elle avoit à Vaux. A ces bienfaits succéda la donation du fief de Hau ville par Gilbert Crespin, officier du duc Guillaume (a).

Avec ces secours, Robert trouva moyen de mettre fin a ses travaux. Il n’y avoit plus un ouvrier dans la maison au mois de novembre 1066, et l’on ne pensoit dès lors qu’à faire la cérémonie de la dédicace de cette église, pour y pouvoir célébrer la fête de Noël; mais S. Maurile5, archevêque de Rouen, la différa jusqu au mois de juillet de l’année suivante, pour la faire avec plus de solennité, dans le Concile

(a) Preuves , art. 16, 1°.

1 Colombières, aujourd’hui hameau du département de la Seine, dépendant de la commune de Colombes, arrondissement de Saint-Denis.

Vitry, aujourd hui "V itry-sur-Seine, canton ds Villejuif, arrondissement de Sceaux, departement de la Seine.

3 Yvry , aujourd’hui Ivry-sur-Seine, canton de Villejuif, arrondissement de Sceaux, département de la Seine.

4 Ville-Juive, aujourd’hui Villejuif, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Sceanx, département de la Seine.

5 Nous avons déjà remarqué qu’on ne donne habituellement à ce saint archevêque que le titre de Bienheureux.

provincial qu’il voulut tenir a Jumiègos (<g) après la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie 1. Le duc s’y trouva avec tous les éveques de la province i Jean d Avranch.es, depuis archevêque de Rouen, Guillaume de Coutance, Hugues de Lisieux et Beaudouin d’Evreux. O don, éveque de Bayeux, ne put y assister, parce que le duc son frère lui avoit laissé la régence du royaume d’Angleterre pendant son absence. Ive, de Séez, n’étoit point encore de retour de Paris, où il avoit été appelé pour la dédicace de l’église de Saint- 4 Martin-des -Champs. Après les cérémonies de la consécration, qu’on met ordinairement au 1er juillet 1067, S. Maurile célébra pontificalement la messe au grandautel, et finit par un discours au peuple sur la sainteté des temples et le respect qui leur est dû.

Vers le même tems, Dieu voulut tirer de la poussière et faire renaître la mémoire de S. Constantin, éveque de Beauvois, et de S. Pérégrin, évêque régionnaire en Angleterre, dont les corps reposoient en solitude et sans honneur dans l’abbaïe de Jumièges, depuis sa destruction par les Danois. Leurs chasses furent trou-

( a ) Act. SS. ord. S. Ben., sæc. VI, part. n,p. 226.

i Don Bessin ne donne pas les actes de ce Concile provincial, que Dom Pommeraye a mentionné sous le titre de Conventus Episcoporum Normaniœ ad dedicationem B asilicæ Gemmeticensis, etc. ( Sanct . Rotom. Eccl. Concil., p. 75). C’est qu’en effet on ne voit point que cette réunion, dont parle Ordéric, ait eu les caractères d’un Concile, ni qu’elle ait été l’occasion d’aucune délibération ni d’aucun règlement touchant les affaires ecclésiastiques. A. Du Moustier fait mention de cette dédicace dans sa Neustria Sancta, au 1er juillet ( Bibli . nat. pai . ms. lat. 10051, fol. 182).

vées sous des décombres, entre l’église de Saint-Pierre et la chapelle de Saint-Sauvéur, aujourd’hui de Saint- Etienne. Les moines firent part de cette découverte à l’archevêque de Rouen et le prièrent de faire luymême la levée des saintes châsses ; mais le prélat s’en défendit et donna la commission à l’abbé Robert, qui fixa la cérémonie au 15 de juin, auquel on a toujours depuis célébré la fête de ces deux saints par un office solennel, quoiqu’avec moins d’appareil dans ces derniers tems, où leurs reliques ont été dispersées par les Calvinistes 1.

Plusieurs années auparavant, on avoit aussi découvert, en remuant la terre pour paver une chapelle de Saint-Filbert, dans la grande église, le corps de Saint Flavius, vulgairement S. Filleul, archevêque de Rouen; mais Dieu, pour des raisons qu’il ne nous est pas permis de sonder, fit connaître, par un brouillard épais qui s’éleva tout-à-coup dans la chapelle, qu’il n’avoit pas pour agréable qu’on touchât à ce dépôt, et l’abbé fit aussitôt refermer le tombeau, où le saint corps est toujours demeuré 2 .

C’est peut-être à ce même tems, c’est-à-dire au tems

1 Le culte de ces saints dut, en effet, être bien délaissé, puisqu'Arthur

Du Moustier n’en fait pas mention. .

2 Ce récit, appuyé sur l’autorité de Dom Mabillon (Act. SS. ord. S. Bened., tom III, part. II, p. 629), s’accorde mal avec les affirmations de Chastelain et de l’église de Paris qui, dans leurs Martyrologes (au 23 août), assurent que le corps de S. Filleul était gardé au monastère de S. Martin de Pontoise. Cf. Boll. Act. SS. August., pp. 640, et 642

où l’on bâtissoit la nouvelle église, qu’il faut rapporter l’invention de divers ossements, dont on donna une partie àl’abbaïe deConches, nouvellement fondée par Roger deToni, au diocèse d’Evreux1, où ils sont encore aujourd’hui conservés dans une grande châsse exposée à la vénération des peuples, sous le nom de Fierte de quatre cent quarante-deux religieux de Jumièges morts sous l’abbé S. Aicadre en 684. Si leur culte est bien ou mal établi, ce n’est point à nous à en juger. Dom Mabillon seroit sans doute pour l’affirmative, aprèsles avoir qualifiés d’élus de Dieu, et il semble que S. Aicadre et S. Hugues n’en avoient pas une autre idée lorsqu’ils demandoientà être enterrés avec eux. C’étoit aussi la commune opinion des religieux de Jumièges, dans le xe et xie siècles, puisqu’ils les invoquoient publiquement contre les artifices du démon.

Quoi qu’il en soit, cinq mois après la dédicace de la grande église de Jumièges, le bruit s’étant répandu en Normandie que les Anglois commençoient à se révolter pour le soutien de leurs libertés , Guillaume-le-Conquérant, informé de ces troubles, partit de Dieppe, la nuit de Saint-Nicolas 2, et rentra en Angleterre pour arrêter ces mouvements par sa présence ; il trouva que ce qu’on lui avoit dit du penchant des Anglois à la révolte étoit

1 M. A. Le Prévost place la fondation de l’abbaye de Conches par Roger, sieur de Tosni, en 1035.

2 7 décembre 1067. « Jam aura hiemalis mare sævissimum efficiebat, « sed sancti Nicoiai Myrreorum præsulis solemnitatem Ecclesia Dei cele- « brabat et in Normania prodevoto principe fideliter orabat. — Order. Hist. eccl. Lib. IV, § 3 »

vrai. Son arrivée rompit cependant toutes leurs mesures ; mais le renouvellement de la taxe du Donegelt, qu’Edouard-le-Confesseur avait abolie, produisit peu de temps après des murmures et un mécontentement si marqués dans tout le roiaume, que la révolte devint presque générale. Les habitants d’Oxfort levèrent l’étendart et excitèrent les autres à la rébellion. Ceux d’Exciter l, capitale du Devon et des lieux circonvoisins, suivirent leur exemple, etbientôt toutes les parties occidentalles du roiaume furent sous les armes. Un orage n’étoit pas plustot dissipé qu’il s'en élevoit un autre : Edwic ravagea le comté d’Herefort; Blethwin, prince de Galles, soutint Morcar et Edwin, ses oncles; les fils de Harold levèrent un corps d’aventuriers en Irlande, et passèrent dans le Sommerset, où ils défirent le général Eadmoth, qui vouloit s’opposer à leurs progrès. Une flotte danoise parut sur les côtes orien-

1 Exeter, cité-comté d’Angleterre, dans le comté du Devon, avec port sur l’Exe, à 16 kilomètres de la Manche. Henri Ier, roi d’Angleterre, y mit pour évêque un Normand nommé Guillaume de Varelvaast, ou Véraval, hameau de la commune de Hautot-le-Vatois, canton de Fauville, Seine-Inférieure. Guillaume de Varelvaast, ou Véraval, dont un membre de la famille occupa plus tard la charge de Notaire apostolique, à Rouen, avait suivi le duc Guillaume à la conquête d’Angleterre, en qualité de chapelain. Il servit d ambassadeur aux successeurs de ce Prince, Guillaume le Roux, et Henri 1er, C’est ce dernier qui récompensa ses services en lui donnant l’évêché d’Exeter en 1107. Cet évêque bâtit la Cathédrale de cette ville, dont il reste encore les deux tours, le reste ayant été refait à neuf au XVIe siècle. (Voir Magasin Universel , année 1833, p. 521. — Fleury, Hist. ecclés., t. XIV. — Monasticum anglicanum, t. II, p. 515. — Henri Pignot, Histoire de l'abbaye de Cluny, 1868, t. II, p. 170 et suiv.)

taies d’Angleterre et arriva à l'embouchure de la rivière d’Erumbre1, où elle fut jointe par les seigneurs mécontents, et une autre flotte et des troupes de terre venues d’Ecosse. Toutes ces troupes, jointes ensemble , formèrent une armée considérable , qui eut d’abord quelques avantages dans les combats particuliers, mais Guillaume en triompha toujours dans les actions générales, et fit tant, par sa prudence et par sa valeur, qu’il réduisit tous ses ennemis, les uns à l’obéissance et les autres à la retraite, de sorte qu’en 1069 toutes les sources de révolte étoient épuisées.

Il congédia pour lors ses troupes, après leur avoii donné des récompenses proportionnées à leurs services. Il dépouilla les Anglois, qu’il regardoit comme un peuple inquiet et remuant, de toutes les charges, baronnies et fiefs dépendans de la couronne, et les distribua aux normans et aux autres étrangers qui s’étoient attachés à sa fortune. Les seigneurs donnèrent ensuite une grande partie de leurs terres en arrière-fiefs à leurs compatriotes, et, par ce moyen, le dessein que le roi méditoit, de lier les Anglois avec lesNormans, se trouva parfaitement exécuté. Les évêchés et les abbaïes furent accordés indistinctement aux uns et aux autres. Lanfranc, abbé de Saint-Etienne de Caën, fut promu au siège de Cantorbéri; Thomas, chanoine de Baieux, fut élevé à l’archevêché d’Iork ; Athelelme et Théodevin, moines de Jumièges, furent nommés aux abbaïes

1 L’Humber.

d’Abbendon et d’Ely ; mais il faut remarquer que, pour toutes ces places, le roi fit choix de sujets d’un mérite distingué. Athelelme étoit disciple de 1 abbé Robert 5 c'est tout ce que l’histoire nous en apprend , avec le tems de sa mort, dont nous parlerons ailleurs. Théodevin mourut à Ely, après un gouvernement de deux ans et demi, et eut pour successeur Godefroi, autre moine de Jumièges (a), qui l’avoit accompagne par respect et par attachement. L’un et l’autre refusèrent de se faire bénir jusqu’à ce que le roi leur eût rendu les titres qu’il avoit fait saisir et distribuer à ses courtisans, en punition de la révolte d’Herevart et de plusieurs seigneurs, tant évêques que laïcs, qui s’étoient retirés dans l île d’Ely, où ils pensoient qu étant environnés de marais, ils seroient en état de se défendre contre la puissance du monarque, qui leur étoit odieux.

Peu de tems après, l’abbaïe de Malmesbury étant venue à vaquer par la mort de Varin, Guillaume-le— Conquérant la donna à Godefroi, qui supplia sa majesté de donner celle d’Ely à un autre, ce qui luy fut accordé (b). Nous ne sçavons pas quel fui le sujet de cette translation. On croit cependant que le relâchement dans lequel le monastère de Malmesbury etoit tombe en fut la principale cause; en effet, Godefroi eut beaucoup à travailler, et Guillaume de Malmesbury 1 rend ce

(а) Ann. Ben., t. V, p. 57.

(б) Angl. Sacr., t. I, p. 611.

1 L’un des principaux historiens de l’Angleterre.

témoignage à sa diligence et à sa piété qu’il releva l’honneur de cette église, et qu’il y fit revivre l’esprit de religion en y introduisant celui de la prière, avec un office réglé, auquel il se trouvoit des premiers et dont il ne sortoit que le dernier ; il joignit aux exercices ordinaires de ses religieux une étude sérieuse des lettres, dont il avoit été parfaitement instruit à Jumièges; ce qui leur acquit une si bonne réputation, que Guillaume de Malmesbury doute qu’entre toutes les abbaïes d’Angleterre il y en eût une supérieure, tandis que celle de Malmesbury jouissoit de l’avantage d’en surpasser plusieurs. Le même auteur continue et nous apprend que Godefroi, dont il loue la douceur envers les bons et la sévérité redoutable aux méchants, s’appliqua aussi à faire copier les plus excellents livres qu’il put trouver, et que c’est à ses soins qu’on est redevable des premiers de la bibliothèque de Malmesburi , qu’il augmenta lui-même considérablement, quand il en fut abbé. Mais, quelqu’éminentes que fussent les qualités de Godefroi, il eut néanmoins la faiblesse de rechercher, dans le seul mets qu’il se permettoit, une trop grande propreté et trop de délicatesse. Le roy d’Angleterre ne se contenta pas d’avoir donné des abbaïes à quelques religieux de Jumièges, il voulut se les attacher tous par un bienfait dont les fruits également la durée des siècles. C’est ce qu’il crut faire en leur donnant l’ille d’Helling, dans le côté méridional du comté de Norfolk (a) , qu’ils érigèrent

{a) Preuves , art. 16, 2° et Monast. anglican., t. II, p. 978.

en prieuré , dont ils retiroient annuellement onze cents écus d’or. Comme cette charte n’est point datée, il n’est pas facile d’en fixer l’époque; on peut néanmoins conjecturer, par les souscriptions des seigneurs anglais, qu’elle fut expédiée en Angleterre vers l’an 1073, dans un voiage du Conquérant pour appaiser les troubles excités par la conspiration de Ralp de Guair, comte d’East-Anglie, et de Roger Fitz- Osberne, comte de Herefort, arrivée cette même année.

Quelques écrivains, comme Orderic Vital et dom Mabillon, marquent la mort de l’abbé Robert en 1072, mais ils n’ont pas assez connu la vérité. Nous n entrerons pas dans un détail ennuieux de preuves multipliées ; il suffit de dire qu’en 1077, sous le règne de Philippe I et de Guillaume-le-Conquérant, Gautier Payen fit une remise à l’abbé Robert et aux religieux de Jumièges (a) de tout ce qu’il pouvoit prétendre sur leurs vignes de Mesières, et du droit d attache de leur bateau sur la rive droite de la Seine, le long de ses terres, à condition qu’ils prieroient Dieu pour lui, sa femme et ses enfants. Guillaume et Osberne de Hotot leur avoient fait quelques années auparavant un présent bien plus considérable, en offrant leur jeune frère à Dieu dans l’abbaïe de Jumièges; ce présent consistoit en une cession perpétuelle et irrévocable de cent acres de terre à Hauville, tenues pour lors à fief par Gilbert S ti vicaire; sept livres de deniers, dont les religieux

(a) Archives. Charte originale.

achetèrent la dixme de Flancourt1, à charge de la tenir à foi et hommage de Gautier de Beaumez, leur vendeur. C’étoit les assujettir au service militaire, et les obliger de fournir un certain nombre de cavaliers en tems de guerre. Gautier en eut du scrupule, et, pour soulager sa conscience, il les déchargea de ce devoir en 1073, avant que de faire le voiage d’Angleterre avec le roy Guillaume. L abbaïe de Jumieges lui est encore redevable de la totalité des dixmes àVarengeville2, de la tierce partie à Saint-Pierre, et d’un moulin à l’Aunai, sur l’étang de Duclair (a). Il mourut en Angleterre en 1074. Hugues de Candos3, qui l’avoit assisté à la mort, fut chargé de remettre sa cuirasse à l’abbé Robert, et d’exhorter le comte deMontfort à ratifier ses donations ; ce qui fut exécuté dès l’année suivante, 1075. L’abbaïe de Jumièges prenoit- tous les jours de nouveaux accroissemens, par la sage conduite de l’abbé Robert. La régularité y étoit étroitement observée, le nombre des religieux se multiplioit, les

(a) Preuves, art. 27, vers la fin.

1 Flancourt, commune du canton de Bourgtheroulde, arrondissement de Pont-Audemer, département de l’Eure.

2 Varengeville-sur-Seine, aujourd’hui Saint-Pierre-de-Varengeville, canton de Duclair, Seine-Inférieure. Cette commune formait autrefois deux paroisses, celle de Notre-Dame et celle de Saint-Pierre ; c’est pourquoi nous voyons ici Varengeville distingué de Saint-Pierre. Le tit re de Saint-Pierre est resté, alors que l’église unique prenait la place de celle de Notre-Dame. Nous avons dans la Chronique de Fontenelle une preuve qu’au xie siècle l’église de Saint-Pierre était au hameau d’Esquetot ou d’Ectot.

3 Ou mieux Chandos.

études florissoient , le temporel augmentait sans introduire la licence, la mortification étoit pratiquée comme dans le sein de la pauvreté ; en un mot, la religion y étoit honorée par ses soins avec le même zèle et la même ferveur qu’au temps de la primitive église ; mais un si bon maître n’avoit plus que quelques années à demeurer avec ses disciples : la mort devoit bientôt le séparer d’eux pour le conduire à Dieu. Il y fut appelé le 10 juin 1078, après les avoir exhortés à être toujours fidèles à leurs engagements et à faire régner parmi eux une concorde fraternelle qui ne fît de leur société qu’un coeur et qu’une âme. Son corps fut enterré dans le chapitre et couvert d’une tombe figurée en petits carreaux, sans inscription. Le religieux s’engagèrent, par reconnoissance, à célébrer tous les ans son anniversaire par des vigiles et le saint sacrifice de la messe, que l’abbé disoit immédiatement après prime, assisté de toute la communauté et de trois chantres revêtus en chappes.

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