‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges (volume 3)Chapitre 39 sur 44 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

seigneur du Lendin, une déclaration comme il n’avoit aucun droit de quai sur la rivière, et fit détruire celui qu’il y avoit bâti au-dessous de son chateau ; ce qui servit beaucoup au procez de 1687 contre la dame Angélique Fabert, marquise de la Mailleraïe, et épouse non commune en biens de Messire François d’Harcourt, marquis de Beuvron, qui soutenoit avoir une extension de fief dans Jumièges au hameau de Heurteauville. Mais rien ne prouve mieux son intelligence et son habileté dans les affaires temporelles , que le silence de touts les titres de l’abbaïe sur l’abbé Guillaume, durant l’espace de cinq ans qui lui restèrent encore à vivre depuis qu’il l’eût choisi pour son écuier. Il falloit qu’il s’en rapportât bien à lui pour être demeuré tout ce temps dans l’inaction, si ce n’est qu’en 1238 il obtint du pape Grégoire IX une bulle de confirmation de tous les biens de l’abbaïe et la protection du Saint-Siège pour son monastère ; il y termina heureusement ses jours le 6 mai 1239, et fut enterré dans la partie supérieure du chapitre, au-dessous de la chaire abbatiale.

Guillaume fut sans contredit un des plus grands supérieurs qui eût gouverné l’abbaïe de Jumièges depuis S. Gontard, et ce m'est point porter trop loin son éloge que de dire qu’il fut aussi grand serviteur de Dieu qu’il nous a paru zélé pour les intérêts de sa maison. Fidèle observateur de la règle, il jeunoit en compagnie avec la même rigueur que dans le cloitre ; il ne portoit pas de linge, et ne voulut jamais permettre

à ses religieux d’en porter ; quoique sa manse fut séparée, il n’en touchoit point le revenu, et, chaque fois qu’il sortoit, il demandoit de l’argent au cellerier. Dans la maison, il s’appliquait à la prière et à la lecture, sans jamais se dispenser des divins offices, auxquels il assistoit avec une modestie et une attention que rien ne pouvoit distraire. Les jours de fêtes et de dimanches, ce qui lui restoit de temps après les offices, il l’emploioit à faire de pieuses exhortations à ses religieux, sur le mistère du jour ou sur les vertus du saint dont on faisoit la fête ; et, ces jours-là, jamais il ne recevoit de visites, de quelque qualité que fussent les hôtes qui survenoient dans le cours delà semaine ; il ne souffroit point qu’on servît gras à sa table, quoiqu’elle fût alors séparée de la communauté. Il évitoit dans les repas les folles dépenses, autant qu’il pouvoit, se contentant de faire servir honêtement et proprement. Il mourut âgé d’environ soixante-quinze ans, dont il en avoit passé huit au prieuré de Saint-Martin-de Boafle, dix dans la charge de grand-prieur de Jumièges, et près de vingt-sept dans les fonctions d’abbé ( a ).

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