GEOFFROY DE PIGNES (ONZIEME DE NOM) QUARANTE-NEUVIÈME ABBE
Le sort tomba sur Geoffroy de Lignes . On ne connoit ni sa famille, ni le lieu de sa naissance. On sait seulement qu’il étoit religieux de Jumièges, qu’il prêta serment d’obéissance à Gille Aicelin, archevêque de
Rouen, et qu’ayant été élevé depuis son entrée en religion dans les exercices de la plus solide piété, par les soins de Robert d’Etelan et de Jean du Tôt, on ne le vit jamais s’écarter des exemples de vertu qu’il en avait reçus. Son unique dessein étoit de faire la volonté de Dieu, d’être toujours prêt à lui obéir et de travailler, autant qu’il étoit en lui, à le faire honorer. C’est ce qui lui inspira le courage de tenter, au moins par la voie de l’instruction, le rétablissement de la vaisselle d’étain au réfectoire ; mais quel que fut le respect, l’affection et le dévoûment de ses religieux, il n’eut pas le bonheur de réussir, et craignant qu’une trop grande sévérité sur ce point ne les irritât, au lieu de les gagner, il toléra l’usage de l’argenterie dans l’espérance qu’ils pourroient se déterminer d’euxmêmes à en faire le sacrifice. On loue beaucoup sa charité pour les pauvres, sa douceur et son affabilité pour les étrangers, sa fermeté à l’égard des incorrigibles, sa compassion pour les pénitents et son amour vraiment fraternel pour tous ses religieux, dont il avoit aussi la confiance et l’estime.
Rien n’ étoit plus beau que ces commencements, et jamais peut être aucun abbé n’ avoit donné de plus grands exemples de charité, de clémence, d’intégrité, de sagesse et de religion ; mais dans le temps où la communauté était plus prévenue des avantages qu’elle espéroit goûter sous la discipline d’un si bon père, il lui fut enlevé, le 14 de mai 1312, précisément au bout d’un an et deux mois depuis son élection. La