‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 180 sur 445 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Publication de la Réponse au Traité des Etudes monastiques (1692).

L'impression fut achevée le 27 février, et l'ouvrage parut dans la première quinzaine de mars.

On est convenu de dire qu'il y avait plus d'érudition dans le livre du Père Mabillon, que dans celui de l'abbé de Rancé. « Cela, dit M. Sainte- Beuve, n'est point aussi évident qu'on le croirait (1). » L'abbé de Rancé remonte aux sources, fouille les éditions grecques et latines des Pères de la vie monastique, vérifie les citations de son adversaire, les explique différemment, les présente sous un aspect nouveau, les détruit ou les modifie par d'autres empruntées aux mêmes auteurs.

On admire dans Mabillon cet ordre savant dont parle Quintilien, lorsqu'il compare l'habileté de l'écrivain, qui règle la marche de son discours, à la tactique d'un général qui range son armée en bataille. L'abbé de Rancé organise sa défense sur le plan de l'attaque : il suit son adversaire pied à pied. D'après Dom Vincent Thuillier, bénédictin,

(!) Port-Royal, t. III, p. 55G.

288 HISTOIRE DE i/ABBÉ DE RANCÉ.

chaud partisan de Mabillon, et dont on ne doit pas, conséquemment, suspecter le témoignage, « la première lecture de ce livre est séduisante. L'auteur traite son sujet avec tant d'agrément et de vivacité, il donne à tout ce qu'il dit un si grand air de mystère, qu'à moins de savoir résister aux premières impressions, il ne mène pas seulement, il entraîne partout où il veut. Il n'est pas étonnant qu'on ait applaudi d'abord. A peine s'en peut-on défendre, lors même qu'on le lit dans le repos et le silence du cabinet. On passe d'une page à la suivante, par le seul plaisir qu'a donné la première : pour s'arrêter, il faut se faire violence; à plus forte raison pour sacrifier le plaisir de la lecture au travail de la réflexion (1). »

L'abbé de Rancé avait pour lui la simplicité, la hauteur, la droiture du but, le langage ferme et incisif qu'il prenait d'autorité, sachant que les manières languissantes ne persuadent point. Mais il était de cette grande école du respect qu'on appelle le christianisme; aussi se montre-t-il toujours plein de politesse et de courtoisie, et, tout en attaquant vigoureusement l'opinion de son antagoniste, il ne cesse de témoigner la plus haute estime pour sa science, et la plus profonde vénération pour sa vertu. Il s'excuse d'avance : il demande pardon pour tout ce qu'il y aurait de blessant dans ses paroles contre son intention. « Je vous avoue, dit-il, que ce qui me fait plus de peine dans l'obligation où je suis d'expliquer mes pensées sur ce sujet, c'est que j'estime et que je considère beaucoup celui auquel je réponds , et qu'il s'attire une recommandation particulière par sa vertu comme par sa doctrine. Ce n'est pas sans me faire beaucoup de violence, que je suis contraint d'user de termes dont on ne peut s'empêcher de se servir, quand il est question de juger d'un ouvrage de doctrine (2). Ce sont des nécessités auxquelles il faut que je me rende malgré moi, mais qui ne rabattent rien de la considération que j'ai pour celui dont j'examine les pensées. »

Les sentiments du Père Mabillon étaient les mêmes. Il n'y avait donc, de part et d'autre, ni aigreur, ni amertume; mais une discussion calme et sage, une lutte dans la charité, au profit de la vérité. Dans de pareils combats, il n'y a point de vaincus.

L'abbé de Rancé comprit combien il était important, dans cette polémique, de retourner aux règles anciennes, jusqu'à l'époque de leur première pureté. C'était là le roc ferme auquel il fallait arriver, après avoir

(i) OÈuvf. posth. de Mabill., 1. 1, 1. IV, p. 369 et 870.

(2) Gomme : Ce raisonnement n'est pas juste; cette conséquence est mal tirée; cette preuve ne dit rien; cette citation ne fait rien à la chose, et d'autres expressions semblables. (Rép. au Traité des Êtud. monast. (Avant-Propos.)

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